René Bamt, itïctem, p
a Si la brebis avait été alerte à accomplir son message, rhonuBe serait revenu après la mort. Mais comme la chèvre a été plus empressée qu^elle à porter le message contraire, l'homme ne revient pas*. >
Si la façon de traiter les femmes caractérise révolution sociale, le conteur Tchwi l'emporte largement sur les féministes les plus exaltés de nos jours. Sa galanterie va jusqu'à faire créer la femme avant Thomme. Avait-il une réminiscence de l'énigmatique ancienne prédominance de la mère dans le célèbre matriarcat? C'est peu probable, il voit simplement dans la femme une fournisseuse d'enfants pour peupler le monde, tandis que l'homme n'y contribue que de passage. C'est donc à la femme que le droit d'aînesse fut accordé par le créateur ; l'homme fut créé après comme un mal nécessaire.
Le couple, péniblement assorti, ne put que procréer des enfants mal venus et peu nombreux, qualifications assez exactes de la population africaine.
Le créateur, voulant remédier au mal^ envoie la brebis annoncer aux hommes que les morts reviendront à la vie, bien entendu, pour continuer la propagation de l'espèce. Mais la brebis s'attarde à brouter en route, les hommes, restés longlemps sans relation avec Dieu, proclamèrent désespérés que la mort met fatalement fin à la faculté génératrice de Tindividu. C'était méconnaître la bonne intention du créateur. Celui-ci, fâché, envoya la chèvre alerte dire aux hommes qu'il leur sera fait comme ils l'ont dit : Ils mourront, mais ils ne ressusciteront pas. La négligence de la brebis messagère est la cause première de ce grand malheur.
Malgré la variation des détails, la mort a pour cause la faute d'un animal qui, jaloux du privilège des hommes, emploie la ruse pour les empêcher d'y parvenir. Le lièvre des légendes hottentotes agit dans la même intention que le serpent de la Genèse, et, dans les deux cas, la divinité, fâchée de l'attitude des hommes, leur annonce la mort sans retour et inflige une peine à l'intermédiaire rusé : le serpent est condamné à ramper, le lièvre a la bouche fendue. Ce sont là des similitudes
i. René Basset, ibidem, p. 209-210.
bien autrement frappantes que les rapprochements avec les mythes babyloniens. Ne s'ensuit-il pas que des légendes analogues peuvent voir le jour chez des peuples tout différents sans avoir rien emprunté l'un à l'autre ?
Mais n'oublions pas un trait bien inattendu. Le symbolisme tiré de la lune, en ce qui concerne la mort et la résurrection, se retrouve chez les docteurs talmudiques. Dans la bénédiction qu'ils ordonnent de réciter à l'occasion de la néoménie (rOTO naaVn)» '* 'uï^^ symbolise la restauration d'Israël après sa disparition de la série des peuples autonomes (oninj^ uîlV nniDD lynnnnb)* ^ écouter les critiques, il faudrait conclure que les Hottentots viennent directement de la Palestine.
Voici finalement une troisième variante sur le même sujet, qui a été recueillie de la bouche d'un conteur Nyam-Nyam, dans l'Afrique équatoriale.