‹ Recherches cliniques et anatomiques sur les affections pseudo-membranenses, productions plastiques, diphthériques, ulcéro-membranenses aphtheuses, croup, muguet, etcChapitre 35 sur 74 · X. FAUSSES MEMBRANES DES CICATRICES · texte numérisé non relu

X. FAUSSES MEMBRANES DES CICATRICES

A la suite d'une solution de continuité des tissus accessibles à la vue, on remarque, après l'écoulement du sang , une production de suc séro-glutineux ou de blastème, qui vient former une couche pseudo-membraneuse. Cette fausse membrane réunit les lèvres de la plaie par première intention; mais si les bords en sont écartés et non susceptibles d'être affrontés, la pseudo-membrane ne peut obturer la plaie et on voit apparaître un liquide spécial : le pus. La plaie non réunie ne tarde point à être recouverte d'une foule de petites saillies granuleuses et mamelonnées, molles et très-vasculaires, dont l'ensemble a été nommé membrane des bourgeons charnus.

Quand le travail de suppuration se ralentit, la membrane des bourgeons charnus, extrêmement vasculaire, laisse suinter de nouveau un liquide qui se coagule , un blastème qui se vascularise; les bourgeons s'étendent^

186 RËCtlËtltttEft CLtMlQtESl Et AltÂtOMtQtJES

sô rapprochent et 8'unlsBem. En même temps qu'un nouveau dépôt de blastème se fait) la vaàcularisation s'étend et finalement la cicatrice se trouve constituée. M. le professeur Laugler, en mettant quelcjues particules de charbon très-finement pulvérisé sur une plaie en vole de Cicatrisation, nous a montré ces grains de poussière noire, recouverts chaque jour par l'exsudation plastique ou par le suc glutlneux épanché. La production de la cicatrice a donc lieu par un dépôt successif de blastème dans lequel apparaissent des éléments embryo-plastlqUes, et qui s'organise en tissu cellulaire ou lamlneux.

Le phénomène Initial de toute cicatrice est le même, quel que soit le tissu divisé, qu'il soit en contact avec l'air extérieur ou que la plaie soit sous-cutanée, comme dans la rupture d'un muscle ou d'un tendon. Il y a toujour)$ un suc glutlneux, ou un blastème qui vient constituer la clcAtrice, le même qui, sorti des vaisseaux, vient s'étaler en fausse membrane sur une plaie du derme.

La formation des vaisseaux a lieu dans le tissu cicatriciel par le développement en anses de ces vaisseaux et peut-être aussi par leur prolongement direct. Mais le phénomène le plus remarquable du tissu cicatriciel ou inodulalre, suivant l'expression de Delpech, c'est de se rétracter et de diminuer de volume par la suite. Les vaisseaux y disparaissent et le tissu se resserre, les fibres s'accolent pour occuper moins de place, car la nutrition y èsl de moins en moins active.

La production d'une pseudo-membrane cicatricielle primitive ou secondaire a lieu dans toute solution de continuité» à la suite d'une plaie par instrument tranchant»

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comme à la chute d'uhe eseharre. Elle arrive ïkptè^ 1» suppuratioo des pustules de la vaHole notl iliodifiée, aUsi^l bien que dans les excavations pulmonaire^ résult&ht du rejet d'un foyer gangreneux ou apoplectique^ etc.j eUJi

Je vais donnelr tiuelques détails sur le blaslème qui vient former la cicatrice^ et sur cette dei'nière.

I. Le liquide qu'on observe à la surface d'une plaie récente dès que l'écoulement sanguin est tari, est jaunâtre ou un peu ambré. Il n'offre, sous le microscope^ qu'un sérum épais, dans lequel on ne distingue d'abord aucune organisation; il renferme des granulations mo^ léculaires et des gouttelettes graisseuses. Bientôt cependant on y trouve :

1** Des corpuscules de pus ou pyoïded (leucocyte» à noyaux et sans noyaux) ;

2** Parfois des corps granuleux de l'inflammatioti (leucocytes granuleux hypertrophiés);

3* Des matières granuleuses et des corps gras.

Je dois faire remarquer avec âoin que le sang épanché nuit à la cicatrisation, et que la fibrine^ facilemeUt Méconnaissable à seé fibrilles, empêche la réunion itntUédiate. Le sang extravasé ne s'organise point.

IL On trouve dans les endroUs où apparaît la cicatrice molle et envole déformation, des saillie^ taamelonnéfes, des granulations coniques et rougeâttes, que nous avottS déjà appelées bourgeons chamiis et dont dn a comparé là réunion à une membrane. Leur texture très-vasculalw les fait prédominer dans les tissUs riches eh éléments du

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tissu lamineux et en capillaires sanguias. Les bôurgi^ons charnus sont formés par :

!• Une matière amorphe ou gangue parsemée de granulations moléculaires ;

V Des noyaux et des fibres embryo-plastiques ou fibroplastiques en nombre variable ;

3^ Une trame composée de fibres du tissu lamineux de nouvelle formation ;

4* Des vaisseaux capillaires;

S"" Des globules du pus à la surface;

&" Des cellules d'épithélium, surtout quand les globules du pus ne se produisent plus dans le blastème.

L'abondance de tous ces éléments s'accroît dans les bourgeons charnus suivant qu'une nouvelle couche de blastème sort des vaisseaux; dans la suite , les cellules épithéliales se produisent seules à la surface de la plaie, et la cicatrice est constituée*

IIL La cicatrice ancienne renferme :

l"" Des fibres lamineuses ou du tissu cellulaire» quelques-unes de la variété dartoïque ;

2^ Des éléments fibro-plastiques peu abondants;

3^ Des capillaires en nombre variable et souvent trèspetit;

4" Parfois des tubes nerveux*

La résorption lente des éléments des bourgeons charnus et la disparition graduelle des vaisseaux causent le retrait, ou la rétraction, de la cicatrice. On sait que celle-ci d'abord bleuâtre , molle et saillante , s'affaisse, puis blanchit et devient inodulaire.

Je ne puis jn'occuper ici des cicatrices dans les divers tissus de l'économie * ; j'sd tenu seulement à décrire celles du tégument externe dont une fausse membrane est l'origine. Après avoir exposé la manière dont se forment les cicatrices couturantes de la variole» je dirai quelques mots des cicatrices artérielles et veineuses, et je terminera par l'appréciation des phénomènes de la cicatrisation envisagée d'une manière générale.

Les cicatrices qui restent sur les téguments après la guérison de la variole et qui défigurent si affreusement certains malades ont été signalées par tous les historiens des épidémies et des maladies varioleuses.

« Lorsque les croûtes sont entièrement détachées, dit M. Rayer*, les surfaces qu'elles recouvraient ont une teinte rouge, vineuse, qui ne disparaît que lentement A mesure que cette teinte rouge vineuse diminue, les cicatrices deviennent de plus en plus apparentes; elles sont toujours plus nombreuses sur la face que sur les autres régions du corps et y forment quelquefois de véritables brides ou des espèces de coutures qui traversent le visage et le défigurent horriblement. »

On peut ranger dans deux catégories toutes les cicatrices varioleuses : 1"* celles qui sont écartées les unes des autres et ont un aspect punctiforme; 2® celles qui sont rapprochées et qui se touchent par une partie plus ou moins grande de leurs bords.

* Foy. F. UuTiN, Anatomie pathologique de$ cicatrices dans les dilférents tissus (Mémoires de TAcad. de médecine, t. xoc, 4855).

* P. Ratbb, Traiié théor. et prat. des maladies de la peau, t. i, p.52l,4a35.

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Cette dernière catégorie de cicatrices peut comprendre deux nouvelle» division» formées par : 1" celles qui sont cohérentes dans toutes les directions et qui laissent sur le Visage Fempreinte d'une grande quantité de petites dépressions confluentes ; V celles qui labourent le visage par une rangée de cicatrices confluentes nommées cotA* tureSf dont le fond est disposé en ligne droite. C'est sur cette dernière division que je me propose d'insister pour montrer quand et comment les cicatrices de cette espèce se produisent*

On sait qu'au début de l'éruption Variollque, il est facile de saisir la disposition que présentent les taches rouges à centre papuleux- Ces taches initiales indiquent la place qu'occuperont plus tard les pustules. SontrcUes distantes, on diagnostiquera une variole discrète; sontelles trë»4*approchées ^ on diagnostiquera une variole confluente. J'ajoute) Sont*- elles disposées par séries linéaires ou anastomosées en treillis ou en patte d'oie, on peut diagnostiquer à coup sûr une variole qui sera suivie de couturée ou de cicatrices longitudinales, si la période de suppuration est bien marquée*

Je n'ai trouvé nulle part ce mode de production des cicatrices couturantes du visage nettement indiqué. Cette absence de description s'explique naturellement à notre époque, où, grâce à la Vaccine , les varioles vraies, ou non modifiées, sont devenues de plus en plus rares*

Je n'insisterai pas plus longtemps sur les cicatrices des varioles couturantes. Je tenais seulement à appeler l'attention sur un fait très-réel et que j'avais observé plusieurs fois*

SUB LB8 AFFBGTZONS P8BUDO'MBMBaAM£U8£S. ^9i

Des reoherohes délicates sur le mode de cLoatrisûtion des artères ont été faites par MM. Gh. Robin etL. OUier*. Il résulte de leurs observations : qu'une substance amor* phe, un vrai blastème, transsude des parois de ces vaisseaux divisés» et que le tissu des membranes interne et moyenne des artères, bien que dépourvu de vaisseaux, est susceptible de se cicatriser par première intention. La cicatrisation a donc réellement lieu dans les tuniques non vasculaires des artères aussi bien que dans le tissu également sans vaisseaux de la cornée» et elle s'y pro*duit d'une manière analogue.

Les veines se cicatrisent» comme les artères» à la suite d'un épanchement de blastème. Le caillot sanguin n'est pour rien dans ce travail de cicatrisation; il ne fait que gêner la réunion immédiate au lieu de la favoriser \

C'est donc un fait incontestable et démontré par l'ob*servation» que sur un tissu normal du corps humain» divisé ou ayant subi une perte de substance» il sort des vaisseaux de ce tissu (ou bien des vaisseaux qui nourrissent de loin le tissu s'il n'est pas lui-même vasculaire) un blastème propre à former un tissu nouveau appelé decîcalnceet dans lequel les éléments propres se r^^ néreront*.

Pour bien se rendre compte de ce fait de régénération des éléments d'un tissu par le blastème qu'il a produit, il

* Mémoires d$ laSooiM de biologie, 2« série^ t. v, p. %» et 29, 4859.

« Loc. cit., 2*» série, t. v, p. 34 et 38, 4859.

5 Ch. RoBLN et L. Ollieh, Mémoire sur quelques points de la cicatrisation en général, etc. (Mém. de la Société de biologie, V série, i. V, pi49et8uiv«, 4859.)

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faut se rappeler que les éléments constituants de notre organisme dérivent tous des cellules embryonnaires devenues liquides et formant un blastème amorphe. Dans cette substance organisée et homogène apparaissent les noyaux embryo-plastiques autour desquels se dépose une couche de matière qui s'effile en fuseau à ses deux extrémités. De là les noyaux et les fibres embryo-plastiques dont j'ai souvent parlé. La forme, le volume et les autres caractères des éléments embryo-plastiques diffèrent suivant les parties du corps de l'embryon où ils se trouvent et où apparaîtront plus tard les éléments définitifs : fibres lamineuses» faisceaux musculaires, tubes nerveux, etc.

Or, chez l'adulte, la naissance des éléments anatomiques constituants est exactement la même que chez l'embryon; elle reproduit les mêmes phénomènes de leur génération, elle obéit aux mêmes lois ; les phases consécutives du développement sont les mêmes que les phases embryonnaires.

On comprend toute l'importance pratique de ces faits, car la naissance et le développement des tumeurs, ainsi que l'organisation des tissus cicatriciels, en découlent naturellement.

Les éléments anatomiques n'ayant pas ime manière de croître chez l'adulte autre que celle qu'ils offrent chez l'embryon, il en résulte que dans la production des cicatrices, tout ce que l'on observe rappelle d'une manière générale ce qui a lieu dans le corps de l'embryon pour l'apparition des divers éléments anatomiques (Ch. Robin). Chez l'embryon aux cellules embryonnaires suc-

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cèdent les noyaux embryo-plastiques qui naissent à l'aide du blastème provenant de la liquéfaction de ces cellules. Chez Tadulte, pour la formation de toutes les cicatrices, il naît dans le blastème fourni par les vaisseaux, d'abord des noyaux embryo-plastiques auxquels succèdent, suivant la loi d'attraction du soi pour soi , les éléments du tissu reproduit. Ces éléments, à leur tour, offrent dans leur évolution les mêmes phases qu'avaient parcourues, durant la vie intra-utérine , les fibres, les cellules, etc., de l'espèce à laquelle ils appartiennent. Suivant chaque espèce de tissu, et suivant les conditions pendant lesquelles la cicatrisation s'opère, on remarque une quantité de matière amorphe, de granulations moléculaires et de vaisseaux, en général plus considérable que chez l'embryon (Ch. Robin).

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