OBSERVATION
Olphtilérie pharyngienne et légère.
(Hôpital de Bon-Secours, salle Sainte-Anne, n" 25, service de M. Béhier, .suppléé par M. Bourdon. )
Fille fjet....y Hélotse^ 24 ans^ relieuse, née à Paris, entrée le 23 mai 1851, sortie le 31 mai. — Cette malade, d'un tempérament lymphatique, blonde, et d'une assez bonne santé habituelle, est entrée aujourd'hui à l'hôpital pour s'y faire soigner d'une angine couenneuse.
Pas d'antécédents héréditaires de phthisie, de scrohiles, etc., dans sa famille. Elle a été réglée à quinze ans pour la première fois, mais depuis lors, elle a éprouvé de fréquents dérangements dans la menstruation qui n'a ja-
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mais été bien périodique. Elle a beaucoup de flueurs blanches et ne présente actuellement aucune trace de syphilis. Elle ne tousse pas d'ordinaire et n'offre aucun symptôme antérieur de tuberculisation thoracique.
Le mal de gorge dont se plaint cette fille a commencé depuis trois ou quatre jours; les douleurs étaient peu vives, elle trouvait seulement qu'elle avait de la peine à avaler. Elle ne sait à quoi attribuer ce mal de gorge « qui est venu de lui-même. » Aucune des personnes travaillant dans le même atelier n'a été atteinte en même temps qu'elle, aucune n'en souffrait antérieurement.
Pendant les trois jours qui viennent de s'écouler, elle a travaillé, mais avec dégoût et faiblesse ; il lui a semblé qu'elle avait de la fièvre la nuit, et elle a moins bien dormi que de coutume. L'appétit a été moindre , mais il n'est pas entièrement perdu. Toux légère et gutturale.
État actuel. Peau d'une température presque normale. Cent pulsations égales, régulières; respiration parfaitement libre. Un peu de toux gutturale. Cavité buccale n'ofifrant pas de coloration morbide sur la muqueuse, odeur de l'haleine fade, mais non fétide ou gangreneuse. Gencives gonflées, d'un rouge terne, mais dents sales, encroûtées de tartre. Aucune pseudo-membrane buccale, soit sur les gencives ou les joues. Langue large, avec un enduit sale et un peu blanchâtre, assez léger:
Amygdales légèrement tuméfiées. La droite est couverte, dans sa partie supérieure, par une production blanchâtre ou une fausse membrane à contours nets, non dentelés, étendue en avant sur le pilier droit et n'atteignant pas en arrière le fond du pharynx. L'amygdale
gauche offre une plaque plus large et plus haute» car elle recouvre la lonsille du haut en bas, presque entièrement. Cette plaque est reliée par un prolongement à une autre plaque qui occupe la paroi postérieure du pharynx, mais qui ne dépasse que faiblement la ligne médiane vers la droite.
La forme de ces fausses membranes n'est pas dentelée sur leur circonférence. Elles sont nettement délimitées; leur couleur est d'un blanc sale et grisâtre; elles sont assez épaisses, leur consistance est forte, ainsi que leur adhérence; je parviens à en enlever un lambeau qui a été examiné le soir même. La muqueuse qui entoure les productions pseudo-membraneuses n'est pas relevée en bourrelet; elle est légèrement rouge, mais celte coloration n'est ni vive ni étendue au loin. Le voile du palais est rougeâtre avec la luette légèrement œdématiée et luisante.
J'applique avec soin sur les fausses membranes un pinceau de charpie trempé dans un collutoire composé avec : acide chlorhydrique deux parties, miel une partie.
Examen de la fausse membrane. Elle renferme une trèsgrande quantité de fibrine exsudée , ayant la forme de fibrilles étroites, allongées, larges de 0,001 de millimètre, presque parallèles et peu entre-croisées; une grande quantité de matière amorphe interfibrillfidre, parsemée de fines granulations moléculaires de 0,0005 à 0,001 de millimètre; des globules de pus ayant 0'"",01 de diamètre, abondants et dans lesquels l'addition de l'acide acétique a montré deux ou trois noyaux ; quelques corps granuleux ayant 0-™,011 à 0""",012; de l'épithélium qui
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offre la forme exclusivement pavimenteuse, les cellules ont de 0"",02 à 0""™,022 dans leur plus grand diamètre, le noyau petit relativement n'a que 0"*",003 environ. Il y a encore des matières grasses sous forme de gouttelettes et quelques cristaux irréguliers. Point d'éléments de végétaux, ni mycélium ni spores. {Voy. pi. III, fig. 1.)
24 mai. — Cent pulsations. Insomnie pendant toute la nuit. Les fausses membranes se sont agrandies ; celle que j'ai enlevée hier s'est reproduite à la même place. La plaque située au fond du pharynx s'est étendue vers la droite, loin de la ligne médiane. En abaissant fortement la base de la langue, il est aisé de voir que la partie inférieure du pharynx ne renferme pas de couenne blanche. La respiration est libre et facile. La poitrine n'ofTre rien d'anormal à la percussion ou à l'auscultation.
Le Chef de service attire l'attention de la malade sur le début et les causes possibles de sa maladie, mais elle ne donne aucun renseignement plus précis que ceux fournis hier. Elle ne sait pas comment elle a pu gagner son mal de gorge, elle finit par se rappeler qu'elle a vu un enfant malade chez une de ses amies, elle l'a embrassé à plusieurs reprises ; mais il n'est pas démontré pour nous que cet enfant eût une maladie pareille à la sienne, ni même une angine quelconque. Les réponses de la malade sont contradictoires.
Continualion des applications caustiques ; julep avec extrait de quinquina, 4 grammes ; 2 bouillons, 2 potages.
Dans la journée, j'enlève sur les bords d'une plaque une portion de couenne qui me parait de nouvelle formation. J'y trouve très-exactement les mêmes éléments qu'hier,
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mais les matières amorphe et fibrineuse y sont plus abondantes que les globules de pus et l'épi thélium.
Visite du soir. Les fausses membranes se sont peu agrandies par le bas ; les applications caustiques sont bien supportées par la malade.
25 mai. — Quatre-vingt-seize pulsations. Même état général qu'hier. Les fausses membranes ne sont pas plus étendues, elles paraissent se limiter. J'ai détaché hier sur la droite, au fond du pharynx, quelques points des concrétions et il y a du sang sur ces places sous forme d'ecchymoses d'un brun rougeâtre. Sur les portions enlevées la fausse membrane s'est reproduite, mais moins épaisse.
Prescription , ut supra,
26 mai. — Quatre-vingt-seize pulsations. La journée d'hier a été bonne et la nuit a été la meilleure qu'elle ait passée depuis le commencement de sa maladie. Les amygdales sont toujours gonflées et revêtues de fausses membranes ; celles-ci ont un aspect d'un gris brunâtre. L'haleine a une odeur forte, très-désagréable et un peu gangreneuse. Ganglions sous-maxillaires légèrement engorgés. Constipation qui dure depuis l'entrée à l'hôpital.
Même prescription, et de plus, lavement purgatif. Calapîasmc en cravate autour du cou.
27 mai. — Quatre-vingt-douze pulsations. Le mieux de la journée d'hier persiste ce matin. Les fausses membranes se détachent en partie, celles qui ont été ecchymosées sont d'un brunâtre foncé; haleine fétide.
Cessation des applications caustktues; gargarisme chloruré; une portion d'aliments.
28 mai. — Quatre-vingts pulsations. La malade se
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trouve beaucoup plus forte. Les fausses membranes sont très-peu épaisses sur les points où celles notées hier se sont détachées.
L'examen d'une fausse membrane brunâtre et très^ fortement empreinte d'une odeur gangreneuse a été fait hier.
Je n'ai constaté que des matières amorphes et des granulations moléculaires ; des globules rouges du sang déformés et en partie difficiles à reconnaître; des globules du pus presque méconnaissables. La fibrine n'est plus reconnaissable, elle a dû se dissocier et devenir granuleuse. Il existe une assez grande quantité de cristaux peu réguliers, beaucoup de Vibrions et des végétaux sous forme de baguettes étroites {Algue de la bouche).
J'ai pris ce matin la matière concrète qui recouvre les endroits d'où se sont détachées les fausses membranes brunâtres. Cette matière, examinée de suite au microscope, m'a montré une grande quantité de matière amorphe, des globules de pus et surtout beaucoup d'épithélium pavimenteux. Il n'y a point de cristaux ni d'algues buccales.
29 mai. — Les fausses membranes, loin de se reproduire, ont diminué d'épaisseur. La malade dit qu'elle se sent bon appétit.
S porlioQs ; vin de Bagnols 4 20 grammes.
30 mai. — Il existe encore quelques taches blanchâtres sur l'amygdale gauche. L'état général est bon. La malade voudrait partir, mais elle est encore faible et on hii conseille de rester.
31 mai. — Elle demande son eoceat.
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J'examine avant son départ les places blanchâtres qui restent encore. Je racle avec l'extrémité d'une spatule les endroits malades. La muqueuse est parfaitement saine au-dessous.
On voit avec le microscope, dans les matières enlevées, de la substance amorphe et granuleuse , des lamelles épithéliales fort nombreuses et les filaments raides de V Algue de la bouche.
Je viens de revoir la malade qui a fourni cette observation. Elle est parfaitement guérie, mais elle m'a assuré qu'elle a conservé pendant longtemps de la faiblesse générale, de la difficulté à avaler et même à parler librement. Cette difficulté, qui est survenue après la sortie, aurait été bien plus grande que pendant son séjour à l'hôpital. L'examen de la bouche et du pharynx que je viens de faire ne m'a offert rien d'anormal à constater (26 octobre 18B1).