HISTORIQUE
Dans cet historique des affections pseudo-raembraneuses, j'ai voulu ra'occuper seulement de celles qui siègent dans la cavilé buccale et la région pharyngolaryngienne. Mais comme il exisle lant de travaux relatifs aux pseudo-membranes qui envahissent les parties supérieures des appareils digestif et respiratoire, j'ai dû adopter un ordre mélbodique pour leur exposition, même très-abrégée *.
J'ai choisi dans les écrits des anciens auteurs les travaux qui se rapportent aux affections pseudo-membraneuses, par exemple aux aphthes^ terme générique sous lequel ils désignaient plusieurs affections différentes. Dès que la distinction ou la séparation de certaines maladies
* U m'a fallu restreindre considérablement cet Historique, suivant les déiirs de TÉdileur; j'ai dû en supprimer toutes les citations que j'avais réunies à grand'peine^ et me borner à des indications sommaires.
a été faite, j'ai établi une catégorie à part pour y placer les travaux ultérieurs du même ordre.
Ainsi, en 1576, quand Baillou fait mention d'une concrétion pseudo-membraneuse trachéenne, se rapportant au croup, je la fais suivre des travaux qui ont surgi dans cette voie. A Tépoque où eut lieu le concours sur le millet ou blanchet devant la Société royale de médecine, je fais commencer une division pour exposer la série des travaux faits sur le muguet.
Aphthef et angine* gangreneuses , nloéro-membranenset , ou à fausses membranes*
Époque d' Hippocraie à Galien, — Les Livres Hippocratiques^ bu les écrits du Père de la médecine et de ses disciples, méritent toute noiro attenlion; nous y trouvons des renseignements épars sur les affections pseudo-membraneuses buccales : les noms û'aphthes ou d'ulcérations aphtbfuscs^ tantôt séparés, tantôt réunis, s'appliquent à des maladies diverses, ulcéreuses, gangreneuses- Le Si"" aphorisme a été reproduit ou commenté par tous les auteurs (à'fôai, <jTO|i.aTwv DjcwaiEç).
ŒuvRhS d'Hippockate, Aphoriames, section III, aph. 21 et 24 (traduction Littré, t. iv, p. 496 et 497).
Dans des passages relatifs à Tangine, on a voulu reconnaître les symptômes propres aux maladies gutturales avec des pseudo-membranes ; ils sont loin d'être probants à cet égard.
HippocRATE, Aphorismes^ sect. IV, aph. 34 et 35 (Littré, t. iv, p. 515).
Le long paragraphe 10 du III" livre des maladies, relatif à l'angine (LiTTBÉ, t. VII, p. 429) queValenlin avait cité comme se rapportant au croup (p. 24) ne nous apprend rien de positif. Les deux passages 9 et 26 du II' livre des maladies indiquent une forme spéciale d'angine, le dernier signale des matières expectorées, dures et par petits morceaux.
UippocAATK, Da mahdie$y liv. II, 9 et 26 (Littré, t. vu, p. 47 et 44).
SUR V^ AFFECTIONS PttUDO^MEIIBRÀlVBDSItS. SU
L*expcctoration esl notée dans plusieurs endroits^ relatifs aui uleàres de la i^orge et des amygdal s. Elle est spéciale et on a cru y reconnaître Tindication de fausses membranes ou de productions plastiques dee bronches.
Hjppocrate, Pronostic, 23 (Littré, t. ii, p. 475).
~ Prénot. CoaqiteSy II« sect., 271. Les n^* 274 ei
27% se rapportent aux aphorismes 34 et 35 de la 4« section, déjà cités (Litthé, t. v. p. 643).
HiPFOCRATE, CoaqueSj II' section, 363 (Littré, t. v, p. 664).
Dans le Iir livre des épidémies on trouve les aphthes et les ulcérations
buoeales (<rro{jt.«Ta ÀfOû^ia. 27cpt.aTa iroX/.oîoiv à<p6tt^ca).
H(PP0€RATS, Épidémies^ liy. ni, 3 et 7 (Littré t. ni, p. 74 et 85).
Le mot bouche aphtheuse se trouve plusieurs fois dans les coaques, relatives aux femmes enceintes (orojxaTa à^^ia. Ta à<f0w<^êa aToptatra). HippocRATE, Coaques, 504 et 533 (Littré, t v.p.704 et 707). Je néglige d'autres coaques moins importantes.
Les ulcérations aphthcuses des parties génitales sont citées plusieurs fois dans le livre De la nature de la femme (fiv a^iiarj t« «{^cIa).
HippocRATE, loc. cit, 60, 86, 400 (Littré, t. tu, p. 339, 409,
Il est question aussi d'aphtheux, comme synonyme d'ulcéreux, dans le n* livre des maladies. Yan-Swiéten a noté cette signification.
( fiv oiçOifiaT) ri ousi']fÇ toC ir/.tojjiovoç.)
Hippocratb, Des maladies, liv. II, 50 ( Lfttré, t. Tn, p. 77).
Enfin dans le livre de la dentition, on trouve de curieux pas^gessor lesquels l'attention s'est généralement peu portée: il est parlé d'ulcères des amygdales, et présentant quelque chose de semblable à une toile
d'araignée (àpay^viw^i; tî IÔv ou/, àvaôo'v).
Hippocratb, De la dentition, 48, 24, 22, 23,25,27, 30,34 et 32 (Littré, t. viii, p. 547 à 549).
Il me paraît résulter de l'étude des Livres Hippocratiques^ qu'il n'est pas possible de décider d'après eux si les aphthfs étaient des ulcérations recouvertes de pseudo-membranes; ils ne sont nulle part assez nettement décrits. On peut toutefois supposer, avec une grande apparence de raison, que 6ou6 ce nom on a indiqué, à cette époque, la plupart dee uki^
512 RECHERCHES CLINIQUES ET ANATOIfIQUES
rations buccales et pharyngiennes, et peut-être des ulcérations pseudo membraneuses. Les commentateurs y ont vu, les uns, les aphthes vésiculo-ulcéreux, les autres, le muguet, etc.
Remarquons toutefois les mots d'ulcère aphlheux, de bouche aphthcuse. Le terme aphtheux est également employé comme adjectif pour désigner une ulcération dei parties génitales, de la trachée artère ou du larynx.
Hipporrate a-l-il connu le croup? Les Coaques 363 et 272 parlent de crachats qui vont en diminuant de calibre (ùwcÇy.pa) ; dans la Coaque 274 il est question de crachats (avec l'angine toujouis) épais, tiès-blancs, amenés avec violence. Des données aussi vagues ne permettent pas d'affirmer qu'il s'agit de productions croupales; toutefois, on peut songer à une inflammation couenneuse en voyant les Livres Hippocratiques attribuer à certaines angines une expectoration toute spéciale. (roy.LiTTRÉ, t. VIII, p. 542.)
Celsk ne nous apprend rien de bien précis sur les aphthes. On a voulu trouver dans le chapitre vu {De angna) les caractères du muguet, J. Franck Ta cité comme se rapportant au croup ; nous n'y lemarquirus rien de décisif. On reconnaît dans le livie H du chapitre i**" la traduction du 24« aphori-mc c!e la lll^ section; â^^ôai est traduit par ulcéra. Le VI« livre du chap. xi parle encore des aphthef ; dans ce dernier, il est question d'Rlcérations , mais sans indication de pseudomembranes.
Abétéb nous a laissé une description très-remarquable de Tulcère syriaque ou égyptiac,qui ne:)t autre qu'une angine gangreneuse etauisi pseudo- membraneuse diphtliôrique ; les phénomènes laryngés du croup y sont nettement indiqués. 11 appelle apUihts, les ulcéra* ion» diverses de la gorge ; il distingue ceux qui sont légers, ulcéra mitra et wnoxia.,,. pura .^unt, ex gua, ntc profuriila, neque inflammanlut et dulute vacant, se rapportant probablement aux vésicules herpétiques, peut-être au muguet. Les autres aphtht s, pestilcntta, lata, cava, surdida, appartiennent à Tangine gangreneuse et à l'angine pseudo-membraneuse. Les descriptions d'Arétée sont encore des modèles cités par tous les auteurs qui ont écrit sur les angines mahgnes.
Aretjei Cappadocis, De caus s et signi» acutorum morborum , lib. I, cap. IX, p. kl (Ed. Kiinîç, 4828). Galibn nous offre diverses définitions des aphthes. Ce mot prend un iens tout à fait générique et comprend les ulcérations qui succèdent
sua LES APrBCTIONS PSEUDO-MEMBRANEUSES. 5i3
aox vésicules herpétiques rompues^ probablement le muguet et de plus les pertes de substance consécutives au noma et à d'autres affections gangreneuses de la bouche.
Galini, Opbra omnia^ m Aphorismos Hippocratis comment
tarii, sect. III, Aph. 24 (Ed. KiiHN; t. xyii, part. II, p. 627).
Galbni, Definitiones medicœ (»6td.,t. xix, p. 441, gcclxxxi).
— De composiUone medicammiorum secundum locos
(ibid., t. XII, liv. VI, p. 9SS).
Galien cite, comme s^étant occupé des aphthes simples et rongeants, Mantias, Héraclide de Tarente, Ménécrate, Héras de Cappadoce, Àndromache, Antonius Musa, Asclépiade, Criton.
Dans les Epidémies, III, 42 (ibid,, t. xvii, part. I, p. 662), il regarde les ora aphthosa non point comme ayant des ulcérations simples, mais, au contraire, d^une nature putride.
On trouvera dans le livre I'^ De remediis parabilibus, des recettes ad aphthas, ad aphthas niyras, ad depascentes aphihas, ad aphthoê albas, nigras, ad aphthas infantium. (/6i(i., t. xiv, p. 362 et 363).
La prétendue fausse membrane croupale qu'on a reconnue dans les œuvres de Galien, appartient à la bronchite pseudo-membraneuse.
GalbnI) De meih. medendi, lib. Y, cap. xu. (Ibid., t. xii, p. 364), et De locis affectis, lib. I, çap. l (/6id., t. viu, p. 3).
Èpoq^ de Galien à Baillou. — Après Galien, on voit dans les auteurs, au liujet des apbtbes, la reproduction des idées galéniques et parfois seulement des distinctions entre les diverses ulcérations bucco-pharyngiennes. Julius Pollux indiquerait plutôt les vésicules herpétiques et le muguet que la diphthérie ou le noma ; Oribase signale nettement le noma; Aetius, qui a copié Galien, mentionne, de plus, des ulcères pseudo-membraneux et malins des amygdales, il admet des aphthes blancs, rouges, jaunes, noirs, bénins et malins ; Alexandre de Tralles a parlé d'angines ayant quelque chose d'épais, de muqueux et d'adhérent ; Paul d'Egine dit que les aphthes sont des ulcères tantôt blancs, tantôt rouges, tantôt noirs et rongeants.
JuLius Pollux, Onomasticon, lib. IV, cap. xxrv, sect. 200.
OniBASiiTS, De locis afftctis, curât, lib. IV, cap. lxviii.
Aetius, TttrabibL U, serm. Vill, cap. xxxix et xlv à xlvii.
Alex. Trallianus, De arte medica^ lib. IV, cap. i. T Paulus -ficHNETA, De te medica, De orîi ulceribus^ lib. I, cap. x .
51^ lEORBlGHIS GUmQUIft ET ANATO1I1Q0E8
Les médeeîRt arabes indtont peu des aptithee , cependamt on pevi eher AvicmwB, qui désigne sons le nom ^Aloolas des ulcères bmean qui s'étendent au loin, et par Bothor des pustaïes qui ne s'agrawitoeettl pas et sont facileioeat guéries.
AÎiAtud LcÈftAf^vê dit que )es aphthes dont des nkères de la bouche, appelés A)ehol60 par les Arabes et eonnus des auteurs latins sous le nom de Lactucimen. Ces derniers sont communs chez les enfants , mais Amatus cite plus tard une portion de maxillaire détruite par les aphthes, d'où on peut conclure à une maladie très-diâérente des premières et à la gangrène de la bouche (Cent. I, cur. xvn, Deoris ulceraiionibus),
Fbrnel dans sa Thérapeutique nnivereeUe regarde les aphtlkes comme des nleères creux et rongeants* Ambroise Paré les dit communs diee les petits enflants et sa description rappelle plnsieu^ caractères du muguet. (A.Pabé, Œuvres, liv. XI, chap.xvi, éd. MAtOAmFfB, t. ff, p. 261.)
GmttkVME DE BAiLLOt! Signale pour la première fois dans le second livre de ses Épidémies et éphémérides^ une fausse membrane trouvée dans la trachée chez un enfant qui avait succombé avec une grande gêne delà respiration. La dipththérie ne peut être ici méconnue, elle régnait pendant l*hiver de 4676.
BAttomtm, Oper. mei., 1. 1; Bpid. ephemêrid.j lib. U, p. 497 et 204.
Après avoir constaté potir la première fois l'existenee précité d'une fausse membrane croupale^ nous allons poursuivre Tétude des angines naaligneSi des affections pseudo-membraneuses plus spécialement bucoo* pharyngées et dipbthériques. Plut tard en commençant par Bâillon , éÊMÈ une autre série, l'indication des travaux faits sur le croup, nous eonpléterons l'exposé bibHographique des fausses membranes de h diptbiliérie laryngée Jusqu'à l'époque du célèbre eoncours de 4807, el la publication du rapport de Royer-Gollard«
Noui reprendrons ensuite les ulcérations el les pieuéiHiaeaiibranes ipbtbeusei/dant la bibliographie eet Irèe-confuse.
Aiftg^**^ ntaUgiief, pscntâo-membraneitief ^htliénqnes , parfois gaagréneuset.
Les angines maligneSt pseudo-meaàbraneuaes et réellemeot diphthériqoes, signalées depuis Baâllou, étaient souvent aeomnpagnées de
SUH LES AFPECTIONd FSfiUDO-MEIIBRAAEUSI & 515
gymptôft^s larfngéfi. Les fausses metnbrdnes n*ont été reconnues pour telles qvre très- tard, elles étaient regardées comme des eschares, ou comme une chute de la muqueuse.
Pierre Forest d^rta en 4557, en Hollande (à ÂIcmaer), une épidémie d'angine diphtbérique dont il fut lui-même atteint, ainsi que sa femme. FoRESTrs, Obs, et eut. medic'chir,^ 4 tomis, lib. xiv.
Après avoir paru en Hollande, la diphtbérie sévit en Espagne vers ta fin du xrv" siècle. Elle fit de nombreuses victimes et elle y régna pendant une quarantaine d^années.
Les médecins qui ont décrit Vangine diphtbérique sous le nom de garroHHOy sont : Meecatus, Viuareal, Nunb^, Foivska, Hbiiim*4 M. Bretonneau a rapporté des passages extraits de ce dernier BoédeciB espagnol.
De l'Espagne^ la dipbtbérie avait ravagé le midi de l'Italie. Sa 4Uè, CoRTBSius voyait une épidémie d'angine pseudo-membraneuse sévissant sur les enfants et les adultes et très-contagieuse. Les Napolitains appelèrent la dipbtbérie laryngée maie in carmd, Sgambati^ Gamevata, Gortesius, la font connaître dans leurs écrits. La maladie avait commencé en juin 4648, dans un marcbé près de Naples«Nola, Zacutus Lusitanus, Alaymus, Marc-AurèleSeverin, lui donnent les noms de affeetus Muffocatoriuê, laqueuB guttwris, morbus strangulaiorius, etc.
11 y avait d'abord une inflammation légère de ht gorge, bientôt les parties malades blanchissaient, Thaleine devenait fétide et la déglutition impossible, la voir était éteinte, puis la respiration s'embarrassait, et tes eniants succombaient comme si on les eût étranglés avec une corde. On trouve dans le Traité dé la diphthérUe les citations complètes de fa plupart des auteurs italiens, p. 4d5 et suiv.
Caenetalb, De epidemico stranguîatorio affeciu.
Alathus, Dé ulceribus it/riacii consultatia Marii-Antonii
Alaymi, MAEcts-ÂimELitTs Sevehints, De Pœdanchone maligna. Zacctts Lu siTAwtJS, De praai med. admiranià, lib. i, obs. 00. CoRTESius, MiscelL, p. 697.
Renatcs Moreav, Efnstol.ad calcem tract. Thomm AcNiMM, De angina puerorum eptdBnicA (Epist. med. ^ cent, i, p. 836)»
L'Amérique du Nord présentait une épidémie de dipbtbérie, dix-sept années après l'épidémie qui avait désolé Napies. A Kingston, les enfants
furent surtout atteinte, et^ en même temps que l'angine pseudcHiiembraneuse^ ils offrirent des manifestations cutanées de la diphthérie sur les plaies des vésicatoires et derrière les oreilles.
U est probable, ainsi que nous le dirons plus bas en parlant des aphtheSj que Ketelaer en Hollande, et plus tard Bobrhaave et Van- SwiÉTEN, ont vu la diphthérie soit épidémique, soit sporadique.
Nous trouvons qu'en France la diphthérie épidémique a régné à Paris de 4743 à 474S. IJALOum et Cbo|iel sont ses historiens. En 4747, Malooin parle d'un mal de gorge pestilentiel des enfants, observé déjà par lui Tannée précédente au mois de janvier {Hist. deVAcad, roy. des sciences pour Vannée Mil, p. 584 ; 4752). La même année, au mois d'avril, Arnault de Noblrvillb avait remarqué à Orléans la même épidémie de maux de gorge, parfois mortels en vingt-quatre heures.
f Nous avons trouvé, dit-il, la membrane interne de la trachée détachée comme un rouleau de trois à quatre doigts ; elle était épaisse comme im parchemin et la couleur en était blanche (Loc. ctï., ann. 4748^ p. 524) .
Les années suivantes des épidémies semblables furent observées par les mêmes auteurs.
Chomel , Dissertation historique sur le mal de gorge gangreneux, 4749.
En 4756, Marteau de Grandviluers publia dans l'ancien Journal de médecine une lettre à M. Raulin sur les maux de gorge gangreneux et épidémiques, et, en 4768, parut le Traité des maux de gorge gangreneux qui ont régné à Autnale, Pour Marteau de Grandvilhers, les pseudomembranes angineuses furent produites par le sphacèle ou la gangrène de la muqueuse. Avec l'angine, il observait des éruptions qui, dans plusieurs des faits qu'il a rapportés, montrent l'existence de la scarlatine, n avait vu aussi les manifestations de la diphthérie dans l'appareil respiratoire; mais il regardait les fausses membranes comme étant la muqueuse elle-même détachée par un travail de gangrène.
La plupart des épidémiographes rapportent des angines malignes primitives ou secondaires. En Angleterre, la diphthérie a régné presque en même temps qu'en France.
FoTHBRGiLL S décrit une angine avec maux de gorge gangreneux que RuXAM a pareillement observée. Cette angine était le plus ordinairement liée à la scarlatine ; elle semble avoir été accompagnée de véritable sphacèle dans plusieurs cas. Il nous parait probable qu'il y a eu souvent
SUB LES AFFECTIONS PSEUDO-MEMBBAtfEUSES. 517
des complicalions diphthériques dans les angines décrites par Fothergill et Huxam.
Stabb observait la diphlhérie dans le tx>mté de Cornouailles^ et Lb- PECQ DE LA Clôture voyait des épidémies d*angines gangreneuses en Normandie.
Stabb, Philosoph. tramaci., n» 459, art. 6. Ghisi nous a laissé une relation de l'épidémie de Crémone dans laquelle il a remarqué l'angine couenneuse et surtout les manifestations laryngées et bronchiques de la diphthérie.
Ghisi, Lettere fnedéoh0, istore délie angine epid* âegli anni 4747-4748.
Samuel Babd a eu le mérite de reconnaître ri()en(ité de l'angine couenneuse et du croup, et de les rapporter à une seule maladie. Il observa l'angine seule, l'angine suivie de la laryngite, et enfin la laryngite pseudo-membraneuse seule. Il ne regarde plus la fausse membrane comme résultant du sphacèle de la muqueuse, mais bien comme étant une concrétion, une production morbide. M. Bretonneau a donné une traduction des recherches de S. Bard (p. 468 et suiv.).
D'après MM. Rilliet etBarthez, qui ont eu entre les mains les manuscrits de JuRiNE, ce dernier auteur avait entrevu les liens qui unissent l'angine et le croup, et avait pressenti que l'inflammation de l'arrièregorge n'était pas une gangrène.
M. Bretonneau, en 4826, établit rigoureusement, dans son Traité devenu si célèbre, l'identité de nature des manifestations pseudo-membraneuses de la diphthérie des muqueuses ou de la peau, et rattacha l'angine maligne et le croup à une môme maladie, la diphthérite.
P. Bbetonnbau, Des inflammation» spéciales du tissu muqueun et en particulier de la diphlhérite^ ou inflammation pelHeutaire f connue sous le nom de craup^ d* angine maligne, d'angine gangreneuse, etc.
Chroti]^
En arrivant maintenant aux travaux qui ont plus spécialement traité des fausses membranes du croup, je rappelle que c'est pour mettre de Tordre dans cette exposition que je les ai séparés des angines couenneuses; ces deux manifestations de la diphthérie sont intimement liées dans leur histoire.
518 REGHERGBES CLINIQUES UT AMATOMIQUES
Piuslecirs auteurs dam leaqvelB il est fiait mention de polypes, ou de concrétions , ou de masses charnues, rejetés au dehors, ont été cités comme ayant observé le croup. On a voulu le voir^ quoique à tort, dans les œuvres de Galien (voy. p. 51 3) ; il eo est de même pour Tulpius, Hor- 8tius,Bontius, Stnive et Etmuller. Tous ces faits se rapportent à la bronchite pseudo-membraneuse.
Tm^W9j Observ. middcœ, lib. IV, cap. iv^ p. i9i.
HoASTn», ObtervaUonum tned. siugul.j lib; IV.
BoNTius, De medicina indorum, lib. IV, 4 642.
Stbuvb, Act nov. cur, uat.^ 1. 1, 432.
Etmuller, Oper, medic. théorie, practie,, t. Il, 4607»
OnMit à l'observation de Fabrice de Hilden, il est possible qu'elle ait rapport au croup véritable, le &it cependant ne me parait pas démontré ; la feuiee membrane n'y est pas observée, pas plus que dans Et- MttUar.
Fami. BiLDAmjs, Opêr. ùmn4a* De puer, cat. suffoe., cent, m, obs. X.
D'Etmuller à Home, la plupart des auteurs qui ont décrit Tangine épidémique, dite gangreneuse, ou qui ont rapporté des observations do cette terrible maladie, ont fait mention du croup, soit en insistant sur les symptômes de la maladie étendue au larynx, soit en parlant des exfoliations, des gangrènes de la muqueuse de la trachée.
MoLLOY, in Rutly, A chronological history of the toeather and seasons and of the prevaling diseases in Dublin. Lond., BIalouin, Hist. de VAcad. des sciences de Paris pour les an-
nées Mil, 4748 et suit?.
Ghisi, Lettere mediche, Cremona, 4749.
Starr^ Philosophical trans,, n<> 495.
Van Berghbn, De marbo truculento infantum hoc anno hic Francofurti et in vidnia grassante, (Nov. act. cur. nat., t. II, 4761.) VAJnJioii, De angina infemi^im.
SoBULTZ, Act. cur, nat., 1. 1, 4735.
Hallbnius, Bermttelser till riksms stœnder, a$mi 47^5. S. WiLCKB, De angima énfanUêm in pairia recênUsribus anms observata, 1764.
SUR tB6 AFffieriONS PSEUDO-MBMBRAIVEUSES. 519
HôMB erot trouver une maladie inconnue avant lui : il reconnut et décrivit e&actement les fausses membranes du larynx et de la trachée. Le fait capital du travail de Home, c'est la distinction complète du croup d'avec toute autre manifestation diphthérique.
HoMB, Inquiry into the nature and cure ofthe croup. Edenburg, 4766.
Après le travail de Home, des faits de croup sont rapportés par un très-grand nombre d'auteurs. Les mémoires, les dissertations inaugurales sont consacrés à celte maladie, et après avoir été masquée par L'angine maligne, eHe en est séparée et regardée comme une maladie éistincte.
Wahlbom, Berœttelier Ull fik$en$ itamdeTj anni 4769. Bloom, Id., anni 4769.
fiNGSTEOEM^ Id., anni 1769.
RosBN, Traité des malad. des enfants, trad. Lefebvre de Villebrune, p. 504 et suiv., 4778.
ioecK et Salomon^ Observ. collectes in (xeUê SodetoHe scieni.
Sueciœ, anni 4 772.
Batley, Cases of the angina irachealiSj etc. (In letters (o
W. Hunter).
Gallisbn, 0&5^t7., de concrettone polyposa, caiva^ tussirejeeta,
(Act. Soc. med. Hafniensis, 1. 1.) ZoBBL, in Micbaelis, Observationes circa epidem. Wertheimi,
BcGHAK, Jfide<tiie<fom«il«9«M, t.nr, p.269,S66eiMiy.,47«3. Mahon, Mém. de la Soc. royale de médecme, 4777. M iGHABUS, Diss. maug, de angina polyposa seu membroMoeeay 477$.
Samuel Bàrd, en 4784, regarde l'angine pseudo-membraneuse et le croup comme identiques dans leur nature ; mais malheureusement sa manière de voir n'est pas partagée.
La Société royale de médecine avait mis aux concours la questien du croup. ViEussEux remporta le prix. A cette époque un grand nombre d'auteurs parlent du croup : Borsieri, Stoll, Rbil, GiRTANffsn, etc.
Le 4 juin 4807, Napoléon i*' institua un prix de 42,000 francs à l'aaleur du meilleur mémoire sur la nature du croup , les moyens de le prévenir o« d'atevrer le suceèt de ma traitenaent. Sgbwilmjé qui avait
520 lECUERGHES CLiMQL£S £T AM ATOMIQUES
fait une dissertation sur le croup des enfante pour sa thèse inaugurale, rechercha les faits déjà existants et les réunit sous le litre de Recueil dei observations et des faits relatifs au croup. (Voy. plus bas dans le Journal général,) Soixante dix-neuf mémoires furent envoyés au concours, cinq seulement furent couronné.^. Le prix fut partagé entre Jurine et Albert de Bremen; Vieusseux, Caillau et Double furent mentionnés honorablement. Royer-Collaid fit un remarquable rapport sur ce concours.
RoYER-CoLLAnn, Rapport sur les ouvragies envoyés au concotin sur le croup, 4812.
n devient presque impos&iblede citer en détail les nombreux ouvrages qui suivirent Timpuls ion donnée à l'étude du croup par le concours. On trouvera dans le journal de cette époque qui iBuit cet abrégé, le titre des ouvrages principaux et le nom de leurs auteurs. Indiquons cependant d'une manière spéciale, Valbntin, Blâud, DiSLAnnBS, Double, Desquelles et BfilCHETBAU.
Cest après les travaux de M. Bretonneau que le croup, rattaché à l'angjne pseudo-membraneuse diphtbérique, est mieux étudié que jamais et qu'il est séparé de la laryngite spasmodique; c'est à MM. Gubesint, Blacbb, Trousseau, etc., etc., que nous devons les précieuses connaissances que nous possédons aujourd'hui sur les symptômes et le traitement de la diphihérie laryngée.
AphUiM pMiido-naaibraiievs.
La confusion entre les angines herpétiques, le muguet et les diverses stomatites ulcéreuses, est portée à son comble depuis la période ancienne que nous avons quittée à Baillou, jusqu'au concours de la Société royale de médecine. Il faudrait analyser successivement chaque auteur et citer les textes à l'appui, pour pouvoir se tirer de ce chaos. Nous n'indiquerons ici que les principaux ouvrages.
HorLLiBR, Mekcurial'S, Guillfmrau, Sennbrt, Lazare Rivière, rappellent Hij«pocrate elGalien. Stlvius nE le Boe, Maurigeau, séparent nettement les aphthes vénériens des autres ulcérations buccales et pharyngées. Kelelaer parait avoir décrit une forme de stomatite et d angine qui a de grands r pports avec la stomatite ulcéro-membraneuse et avec la diphthérie.
Kbtelabr, De AphtMê noêtraUbut seu Mgarum Sprauw.
SUB U» AFFECTIONS PSBUOO-MfiMBtANElTSES. S21
SiiroGT, dans sa dissertation De AplUhis , distingue deux espèces d*apbthes, la première formée de pupules qui se développent en vésicules et en ulcères, l'autre consistant en une véritable ulcération. Lbntilius définit les aphthes t pustulœ miliares alb», » et on a pu trouver, àaoB ces définitions, quelques traits des vésicules herpétiques et du muguet. On connaît les descriptions de Boerhaave et de Van- Swiéten. Ce dernier a décrit des affections couenneuses se rapportant à la stomatite ulcéro-membraneuse et peut*étre la diphthérite et les vésicules herpétiques simples.
Yan-Swiétbn, Cammeniaria in Boerhaave aphoriemoe, t. m, aph. 978 et suiv., p. 496, Lugd. Bat., 4753.
Dioiiis dit que les aphthes sont a de petits ulcères blanchâtres auxquels on a donné le nom de chancres.... faisant de petites eschares qui sont comme autant de petites brûlures. »
DioNis, Traité des aocauehemeniê, chap. xi.
AsTBUG décrit longuement les ulcères vénériens sous le nom &Aphthœ venerecB. Sauvages définit les aphthes « eruptio pustulosa, phlyctenodes , et ulcerosa, in ore aut pudenda. » H admet ensuite Vaphtha lactucimen, febrilis, malégna, eyphiltUca, soorbutica.
BoissiEa DE Sauvages, Nosoh metlwd.j 1. 1, p. 455 et suiv.,
nés.
Nous arrivons à une époque où le nom de muguet, blanchet, millet, commence à paraître. La mortalité faisait de grands ravages parmi les nouveau-nés; Ténon en signale les causes dans son mémoire sur les hôpitaux de Paris; ârnault, commissaire de l'hôpital des Enfants-Trouvés, LAFBTiumiB, Louis et Chopart font un rapport et diarat :« Que la maladie (le blanchet) causait la mort de la plupart des enfants (4766).;»
Doublet à l'hospice de Vaugirard, Colombiee dans ses Obeervatione sur la maladie vénérienne et le millet ^ décrivent celui-ci comme « de petits boutons blancs et durs qui paraissent sur les lèvres des enfants, sur leur langue, dans le pharynx et quelquefois jusque dans le canal alimentaire; la déglutition devient difficile, même impossible, la diarrhée survient, il parait sur le corps des boutons ou des taches violettes, qui annoncent la mort. (Biêt0ke de la SoeiM ra^ de médecine^ 4779^ DorabBi-ttgnale
5)2 HECHeftCiies clikioues et anatoauques
I le mUlei dans le Jowmal de tnédeciney 4783 ; à côté de quelques ëesoriptioM e^^aetes, lee idées théoriques sont erronées.
Le 47 février 47M, la Société royale de médecine de Paris institue un prix de ^WO livres pour rechercher quelles sont les causês de la ma^ ladie aphtheuse eonuue sous les noms de muguet, miUet, blanchetf sic, Kd 4767, elle donna iee prix : 4^ livres à Sanponts, 400 livres À Âuvity, ft06 À Van de Wimperse, 200 à Coopmans, une mention honorable à Araeraan et àLentin. Voici le titre des méanoires qu'un trouvera dans V Histoire de la Soc, de médeCy années 4787 et 4788^ publiées en 4790:
F. Samtonts, TesUamen medioum de morbo miliari infantum muguet, ttiiUeê, bianchêi, galliùo idiomate c^^llato.
AuviTT, Mémoire sur la maladie aphtheuse des nouveau-nés. Van ub WiVPBiiSE , Disseriatio de morbo miliari infantum.
G. Coopmans , Dissert, medico-praclica de recens natorttm Aphthis.
J. AanemaN; Commentatio de Aphthis et recta eisdem medendi
methodus observationibus demonstrata.