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MEMBRANES MUQUEUSES

Envisagées d’une manière générale, les membranes muqueuses tapissent la face interne de tous les organes

creux qui viennent s’ouvrir naturellement au dehors du

corps humain. Leur surface libre est humectée ordinairement par un fluide muqueux. Toute muqueuse se compose d’une trame sous-jacente ou chorion et d’un épithélium qui la recouvre.

1 Ce cours a été fait pendant les années 1 848 et 1849 par mon cher maître et ami M. Charles Robin, dont les leçons se trouvent aujourd’hui exposées en partie dans le Dictionnaire dit de Nysten, 41e édition, 1858.

SUU LES AFFECTIONS PSliUDO MEMBRANEUSES.

Les meiffiranes muqueuses forment deux groupes séparés, celui des muqueuses à épithélium pavimenteux et celui des muqueuses à épithélium cylindrique. Ces deux groupes diffèrent par leur structure comme par leur épithélium.

Les membranes muqueuses à épithélium pavimenteux ont toutes un chorionplus ou moins épais, formé de fibres lamineuses (ou du tissu cellulaire), disposées en faisceaux, accompagnées de capillaires, de rares éléments embryoplastiques ou fibro-pl astiques et parfois de cytoblastions. Dans l’intérieur du chorion on trouve, presque en aussi grand nombre que dans la peau, des fibres élastiques ou dartoïques, minces, ramifiées, anastomosées et formant un réseau à larges mailles. La surface du chorion muqueux est uniquement pourvue de papilles vasculaires (excepté sur la langue).

L’épithélium pavimenteux comble complètement (excepté au pharynx) les interstices des papilles, formant de la sorte une couche lisse à la superficie, mais creusée à salace profonde d’autant de cavités qu’il y a de papilles emboîtées et recouvertes par cette couche épithéliale.

Les glandes de ces muqueuses, quand elles en ont, sont placées au-dessous du chorion dans le tissu lamineux ou cellulaire sous-muqueux. Leur réseau lymphatique est superficiel , analogue à celui de la peau.

Les muqueuses à épithélium pavimenteux sont celles des cavités buccale et pharyngienne, de l’oesophage, de la conjonctive, de la vessie, du prépuce, de l’urètre et du gland, du vagin et du museau de tanche.

Les muqueuses à épithélium cylindrique ont un chorion

peu riche en fibres élastiques; les faisceaux de fibres lamineuses sgnt moins serrés que dans les muqueuses à épithélium pavimanteux. Souvent elles renferment des fibro-cellules dans leur épaisseur, et non au-dessous d’elles, comme dans la peau ou les muqueuses déjà décrites. On y trouve aussi quelques éléments fibro-plastiques et une certaine proportion de matière amorphe unissante. La plupart de ces membranes ont leur surface lisse; celle de l’intestin est seule, depuis le pylore jusqu’à la valvule iléo-cœcale, pourvue de villosités.

L’épithélium de ces membranes muqueuses est mince, à peine stratifié, parfois composé d’une seule couche de cellules; cet épithélium recouvre, de la sorte, toutes les saillies de ces muqueuses et les villosités, sans en combler les intervalles; la surface épithéliale reproduit toutes les inégalités et laisse les villosités libres et flottantes. Les glandules de ces membranes sont placées souvent dans l’épaisseur même du chorion (estomac, gros intestin, utérus), plus rarement au-dessous (duodénum, trachée); celles de ces muqueuses qui sont épaisses doivent leur épaisseur aux glandules du chorion.

Le réseau sanguin capillaire est tout à fait superficiel et sous-épithélial ; les mailles en sont plus ou moins serrées et ont des formes spéciales pour la muqueuse de

chaque organe. Les lymphatiques varient dans leur dis-

tribution.

Les muqueuses à épithélium cylindrique sont celles du tube digestif depuis le cardia jusqu’à l’anus, des voies biliaires, d’une partie des fosses nasales, des trompes

d’Eustache, de la trachée, des grosses et moyennes bronches, des trompes de Fallope et de l’utértis.

Après cet aperçu sur les muqueuses en général, indiquons des particularités propres à certaines parties du corps sur lesquelles siègent fréquemment les fausses membranes.

Tube digestif. Langue, molle, humide, à muqueuse rosée pendant l’état de santé, hérissée de papilles très-nombreuses qu’on renverse légèrement en avant en retirant la langue pressée sur l’arcade dentaire supérieure. La muqueuse linguale est composée de deux couches seulement qui sont de dehors en dedans : 1° l’épithélium lingual formé de cellules pavimenteuses d’autant plus aplaties et plus grandes qu’elles sont plus superficielles, d’autant plus arrondies et petites qu’elles sont plus profondes. Les cellules épithéliales sont à la surface de la langue dans un état de mue continuelle1.

2° La seconde couche ou chorion lingual est composée d’une trame de fibres du tissu lamineux (ou cellulaire), 11 exueuses, feutrées dans toutes les directions, et, en outre, de fibres du tissu élastique, nombreuses surtout en arrière, ramifiées et anastomosées de manière à limiter des mailles polygonales. Les papilles linguales sont de plusieurs ordres. Les plus grosses, ou papilles caliciformes , forment le Y lingual ; les papilles fongiformes ou papilles du second ordre sont renflées à leur base et en nombre modéré. Les papilles filiformes (corolliformes de M. Sappey), ou pa-

1 M. Sappey a insisté sur ce fait dans son Traité d'anatomie descriptive, t. ii, p. 763, 1855.

pilles du troisième ordre, sont excessivement multipliées. Les papilles du quatrième ordre ou papilles hémisphériques, sont d’une petitesse extrême, situées dans l’intervalle des autres papilles et à la surface des papilles des deux premiers ordres1. Les glandules sont placées à la base de la langue derrière le Y lingual, dont le sommet répond au trou borgne de Morgagni. Le réseau capillaire sanguin est très-riche et entoure, sous l’épithélium, les papilles nerveuses.

Il paraît démontré aujourd’hui que le corps muqueux de Malpighi ne constitue pas une couche véritablement distincte et naturellement séparable. Le corps muqueux est produit par les procédés de préparation , et il est alors formé par la couche profonde de l’épithélium lingual qui reste adhérente au chorion, ou bien inversement, par la couche la plus superficielle du chorion qui recouvre l’épithélium mal enlevé. Raclez légèrement la langue saine avec un bistouri et vous trouverez les cellules représentées dans les planches III, fig. 3, 4, 6, et IV, fig • h, 6.

Cavité buccale . Mêmes éléments, chorion moins épais à la partie postérieure. Muqueuse gingivale n’ayant que des papilles vasculaires, glandules buccales consistant en petites glandes acineuses, et, en outre, d’après Ivolliker2, en follicules clos situés tout à fait à la partie postérieure.

1 Voyez, pour la description et les figures de ces papilles, l’ouvrage précité (t. ii, p. 754 et suiv., fig. 346, 347 et 348).

2 Kolmker, Eléments d’histologie humaine, trad. .1. Béclard <t M. Sée, 1856, p. 406 et suiv.

Pharynx à muqueuse rougeâtre, plissée; mais lisse dans sa portion basilaire; elle est moins rouge, papillaire et grenue depuis l’orifice des trompes d’Eustache jusqu’à la partie inférieure. La portion basilaire a de l’épithélium cylindrique, des glandules et des follicules clos1, comme la pituitaire postérieure; la partie pharyngée proprement dite est papillaire, à épithélium pavimenteux, disséminé; pourvue de glandules qui offrent tous les caractères des glandules salivaires.

L 'œsophage a toujours, jusqu’au cardia, un épithélium pavimenteux. Le chorion en est fibreux, résistant, composé dans sa partie la plus profonde de fibres élastiques.

Voies aériennes. Chorion bien plus mince, dépourvu de papilles, ayant moins de fibres élastiques que celui des voies digestives supérieures. L’épithélium est presque toujours cylindrique, frangé de cils vibratiles.

Les fosses nasales ont une muqueuse épaisse, rouge ou rosée sur les cornets ; les cellules cylindriques ciliées de l'épithélium commencent à l’orifice supérieur des narines au-dessus de leur vestibule 2 et à peu près au milieu de la hauteur des fosses nasales, sur la cloison. Ces cellules se continuent en cet endroit, insensiblement et par transition de forme, avec les cellules d’épithélium pavimenteux.

U épiglotte est tapissée d’épithélium pavimenteux sur la partie supérieure et antérieure, mais la partie inférieure

1 Kollikeu, loc. cit., p. 443.

2 Sappey, Traité d’anatomie descriptive, t. h, p. 732 et 1 855

offre, vers la base, de l’épithélium cylindrique à cils vibratiles .

Les cordes vocales inférieures formant la glotte sont tapissées par un épithélium pavimenteux stratifié1. La muqueuse laryngée offre dans le reste de son étendue de l’épithélium cylindrique à cils vibratiles, à cellules pro longées en pointe.

La trachée et les grosses bronches ont un épithélium cylindrique cilié; il y a cependant dans la trachée des cellules pavimenteuses provenant des glandes en grappe de ce conduit.

On a dit et répété que les plus petites bronches étaient comme le reste des voies aériennes tapissées par de l’épithélium cylindrique , c’est une erreur. Les petites bronches, après avoir perdu leurs nodules cartilagineux, derniers restes des cercles cartilagineux des bronches plus grosses, et avoir été réduites h un diamètre de 1 millimètre et au plus de 2 millimètres, n’ont que des cellules pavimenteuses disposées sur une seule rangée et pourvues de gros noyaux. Les vaisseaux sous-jacents sont des capillaires assez volumineux à mailles très-serrées et moins larges entre leurs espaces que le calibre des vaisseaux capillaires qui les forment2.

Conjonctive formée dans sa partie palpébrale d’une

1 Kolliker, /oc. cit. , p. 508.

s Voy. à ce sujet un travail de M. Ch. Robin, important non-seulement au point de vue anatomique, mais encore au point de vue pathologique : Sur les causes de l'indépendance de la bronchite par rapport à ta pneumonie , dans les Mémoires de la Société de biologie, 2e série, t. v, p. 95 et note, 1859.

couche de tissu lamiheux ou cellulaire, à fibres condensées et d’un épithélium pavimenteux, stratifié. En cet endroit de la conjonctive, on trouve des papilles vasculaires. Dans sa partie oculaire, sur la sclérotique, on ne trouve pas de papilles, mais le tissu lamineux y est plus serré, plus riche en fibres élastiques. Les cellules épithéliales sont pavimenteuses et très-aplaties. Les glandes sous-conjonctivales occupent l’angle oculo-palpébral ; leur nombre est variab>e; leur structure est semblable à celle des glandules mucipares situées à la base de la langue1.

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