FAUSSES MEMBRANES QUI NE PERSISTENT PAS
Celles de la diphthérie des muqueuses et de la diphthérie cutanée, et en outre les diverses exsudations couenneuses nasales, laryngées, bronchiques, oculaires, intestinales, génito-urinaires;
Les fausses membranes bucco-pharyngiennes du muguet; des stomatites et des angines ulcéro-membraneuse, herpétique, scarlatineuse, etc. ;
ou RECHERCHES CLINIQUES ET ANATOMIQUES
Colles qui sc produisent sous l’influence du tartre stibié du mercure, de la cantharidine, etc.;
Les pellicules qui se renouvellent fréquemment sur les ulcérations diverses, les plaies anciennes, les vésicatoires, et celles qu on observe dans la pourriture d’hôpital;
Les disques varioleux ;
1 lusieuis lamelles membraniformes détachées des surfaces séreuses ou formées par du sang coagulé ; les con-
crétines sanguines simples, les blocs erratiques vasculaires.
~ ' FAUSSES membranes qui persistent.
Ln très-grand nombre des fausses membranes des séreuses, déjà énumérées (p. 57);
Les cicatrices et les adhérences morbides diverses. •
On a dit que toutes les fausses membranes des séreuses étaient persistantes et que celles des muqueuses 11e persistaient pas. On peut se convaincre facilement qu’une semblable division ne serait pas exacte. Il y a de fausses membranes des séreuses qui, consistant principalement en matériaux solides du sang, fibrine épanchée, etc., ne s’organisent jamais et peuvent êlre reprises par l’absorption. On voit d’ailleurs que la deuxième section renferme presque tous les produits plastiques des séreuses , alors que l’inflammation 11’a pas dépassé certaines limites, quand les fausses membranes adhèrent encore aux parois; elle comprend, en outre, les cicatrices diverses. On peut remarquer de plus que, dans les fausses membranes qui persistent, presque
toutes finissent par s’organiser; des vaisseaux sanguins s’y développent ainsi que des lymphatiques 1 et des nerfs 2. Ces faits d’organisation, extrêmement remarquables, doivent, ce me semble, dominer la classification des productions pseudo-membraneuses.
Les premiers historiens des fausses membranes avaient seulement eu en vue les productions plastiques organisâmes des séreuses, et ils avaient insisté sur les périodes de formation, d’accroissement et d’organisation, ainsi que je l’ai déjà fait remarquer.
La véritable classification à établir dans les fausses membranes me semble donc devoir être tirée de leur inaptitude à l’organisation future ou de leur propriété de pouvoir s’organiser par la suite. Cette démarcation estévidente; elle a frappé tous les observateurs; elle sépare nettement en deux sections tranchées des produits morbides différant par leurs éléments anatomiques et leurs
1 A. -F. -H. de Lespinasse, Spec. anat. path. de vasis novis pseudomembranarum tam art. quam ven. quant lymphat. Traj. adRhen.,4842. La vascularisation des néo-membranes a été depuis longtemps constatée et leurs vaisseaux sanguins ont été injectés par un grand nombre d’anatomistes. M. Lebert a fait représenter (pl. III, fig. 4 et 5), dans le grand atlas de son Traité d’anatomie pathologique, les vaisseaux artériels veineux et lymphatiques d’une fausse membrane delà cavité péritonéale préparée par M.Ch. Robin ( voy . aussi la pl. CLXII, fig. 5). Le professeur Schrœder van der Kolk a injecté les lymphatiques d’une fausse membrane située entre l'utérus et le rectum ; M. llouel a vu cette pièce à Utrecht. Blandin affirmait qu’il avait injecté les lymphatiques des fausses membranes pleurales. M. Sappey m’a dit récemment qu’il n’était pas encore parvenu à injecter les lymphatiques des fausses membranes.
2 Virchow, Verhandl. der phys. rned. Gesellsch. su Würzburg, 1 IL 4 850 (nerfs des fausses membranes pleurales et péritonéales).
propriétés physiologiques et pathologiques. Les fausses membranes qui ne s’organisent point et qui siègent le plus souvent sur les muqueuses, sont composées, en majeure partie, de fibrine exsudée. Les fausses membranes qui s’organisent occupent presque toujours les surfaces séreuses et renferment moins de fibrine ; mais celle-ci est unie, dans les proportions convenables, à d’autres éléments qui composent le blastème dans l’intérieur duquel les éléments embryo-plastiques, puis les éléments du tissu cellulaire ou lamineux, peuvent se former.
Il est pour moi hors de doute que la fibrine extravasée ne s’organise jamais \ Je l’ai retrouvée, pendant mon internat à la Salpétrière, dans les caillots apoplectiques les plus anciens et dont les dépôts sanguins, les éléments liquides avaient été repris par l’absorption interstitielle. La fibrine non résorbée dans les fausses membranes pleurales, péritonéales1 2, etc., qui ne sont pas organisées, est quelqueiois aussi reconnaissable plusieurs années après l’accident qui a produit ces fausses membranes que les premiers jours de leur formation. Le plus souvent elle est mélangée de granulations élémentaires qui l’entourent et masquent presque entièrement l’aspect fibrillaire. Il est même difficile parfois de distinguer dans une masse
1 Cruveilhier, Traité d’anatomie pathologique, t. r, p. 219, 1852; — Monneret, Comptes rendus hehdomad. des séances de l Acad, des Sciences, t. xxxv, p. 101, juillet 1852, et Gaz. méd., 1852; — Robin et Verdeil, Traité de chimie anatomique et physiologique, t. m, p. 261, 1853.
2 toi/., dans les fausses membranes de la plèvre et du péritoine, un exemple que je rapporte et que j’avais communiqué à M. le docteur Ch. Robin.
membraniforme la striation de la fibrine de la striation produite par des éléments du tissu lamineux, par de vraies fibres lamineuses. On y parvient en général en mettant de l’acide acétique dans les préparations qu’on place sous le microscope. La fibrine pâlit et n’offre jamais de noyaux ni de corps embryo-plastiques; elle ne s’est pas transformée; elle est devenue pâle et s’est dissociée en granulations, mais elle n’a pas revêtu de nouveaux caractères. La fibrine ne s’est pas organisée à la manière d’un blastème.
Du reste, les épanchements sanguins, disposés enlames étendues et en couches plus ou moins épaisses, s’altèrent ie plus souvent après un temps variable. Voici ce que j’ai observé sur le mode de destruction et de résorption des éléments solides (fibrine, globules rouges ou hématies, globules blancs ou leucocytes) qui composent ces épanchements membraniformes .
Les fibrilles de la fibrine, si faciles à reconnaître ( voy . pi. II, fig. 1, et pl. III, fig. 1, 2, etc.) à leur disposition en treillis ou en faisceaux, perdent la netteté de leurs contours. Ces fibrilles pâlissent et offrent une apparence granuleuse, puis elles disparaissent en se dissociant et en se désagrégeant. On n’aperçoit, à la place occupée par la fibrine, que des granulations moléculaires dont quelques-unes sont encore placées bout about et forment des séries linéaires.
Les globules rouges sont composés, comme on le sait, de globuline et d’hématine; cette dernière substance se sépare, elle forme des granulations régulières ou irrégulières, rougeâtres, parfois de petits amas que l’acide
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acétique n’attaque point. La globuline reste incolore et est résorbée bien plus rapidement que l’hématine. Il se dépose parfois des cristaux d’hématoïdine dont j’ai noté la présence. Quand la globuline des globules rouges, quand les globules blancs et les autres éléments du sang épanché ont disparu en partie, il existe une teinte rougeâtre ou jaunâtre qui est produite ordinairement par des grains d’hématine, souvent par des éléments graisseux. Ces derniers, sous forme de granulations et de vésicules, persistent dans la trame fibrineuse jusqu’à ce que finalement elle soit reprise par l’absorption.
Il n’est point facile de distinguer, par un mot convenablement formé, les fausses membranes persistantes et qui s’organisent de celles qui ne s’organisent pas. On ne peut pas dire fausses membranes véritables , et cependant les fausses membranes de formation pathologique et organisées ne sont pas autre chose. Le mot de membrane accidentelle ne saurait convenir, toutes les fausses membranes sont accidentelles. M. Charles Robin et moi-même avions trouvé le nom de néo-membrane1 , nom hybride à la vérité, mais qui fait bien comprendre qu’il s’agit d’une membrane organisée et réelle, quoique résultant d’une formation anormale.
Je diviserai, par conséquent , toutes les productions pseudo -membraneuses en deux grandes sections : les fausses membranes composées en majeure partie de fibrine
\ °y. Robin et Verdeil, Traité de chimie anatomique et physiologique, t. m, p. 239, 1853 ; et Dictionnaire dit de Nysten, 10® édition, p. 848, 1855.
exsudée ou d’épithélium desquammé, etc., et les néomembranes formées par un blastème plus ou moins apte à revêtir les caractères de l’organisation vasculaire.