CARACTERES DE LA GASTRO-ENTERITE
 quels signes peut - on donc s’assurer de l’existence de cette inflammation du système digestif , qui présente un caractère de danger d’autant plus grand , qu’il a des liaisons avec
(0 Ceb s’Abserve principalement -dans les premières années de la vie, . ■ . '
fout le reste de l’économie , et particulièrement avec le système nerveux cérébral ? Chez l’adulte 9 à peine s’esl-elle déclarée que des symptômes r soit locaux , soit généraux , viennent aussitôt nous avertir de sa présence ; quelquefois meme des phénomènes précurseurs nous la signalent. Chez l’enfant qui ne parle pas , au contraire x rien de semblable n’a lieu ; et des pleurs, des vagissemens , etc. , sont presque toujours les seuls signes de sa souffrance. Le médecin est alors réduit à faire une médecine analogue à celle des animaux. C’est dans des indices muets qu’il doit puiser son diagnostic ; mais, pour l’établir d’une manière exacte, il ne doit négliger aucun moyen d’investigation, Ainsi , il cherchera des renseignemens dans l’attitude eL les mouvemens des enfans qui ne peuvent point encore rendre compte de leur douleur , et assigner avec précision son point de départ. L’étude de la physionomie est ici de la plus haute importance. C’est sur ce tableau mouvant , qui n’est pas encore façonné par l’ex^ périence , qu’on découvre le mal qui tourmente l’enfant. Ses cris sont sur-tout le langage le plus expressif, le plus éloquent. Il faut, alors, plus que dans tout autre cas peut-être , faire usage du stéthoscope ; explorer soigneusement tout le corps s'assurer si toutes ses parties sont régulièrement .Conformées ; si elles ne contiennent point quelque
substance étrangère , et reconnaître enfin celles qui sont douloureuses à la pression. Celle-ci , pratiquée sur l’abdomen , fait pousser des cris, qui annoncent la douleur qu’ils y ressentent. Elle est, encore très-utile chez les enfans qui sont dans un état profond de coma ; elle détermine des grincemens de dents , des mouvemens convulsifs aux extrémités, qui dénoient l’existence d’une inflammation de la muqueuse gastro-intestinale , que souvent aucun signe ne révélait, doublions pas de noter qu’on voit souvent des enfans soulever fortement l’épigastre , et le porter alternativement de droite à gauche, en meme temps qu’ils fléchissent et étendent brus-* quement leurs membres : ee signe , qui mérite toute l’attention des praticiens , s’observe surtout chez ceux qui sont plongés dans un profond assoupissement, que des mouvemens convulsifs viennent interrompre de temps à autre. Le rejet
des couvertures , le coucher en travers du lit et
sur le ventre , des cris plaintifs pendant le sommeil , joints à une respiration abdominale, sont encore des signes qui ne contribuent pas peu à confirmer l’existence de la gastro-entérite.
Le médecin doit chercher ensuite par le moyen du tact, qui, soit dit en passant, a besoin de la plus grande précision, parce que c’est un fks sens auquel nous sommes obligés d’avoir
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toujours recours, et que, dans la première en* fance, c’est très-souvent îe seul qu'il nous soit permis d’employer, le seul par conséquent qui puisse nous dévoiler F existence de ses maladies; le médecin , dis-je , doit chercher ensuite à bien apprécier la chaleur morbide par l’exploration comparative des diverses régions de la cavité abdominale et des autres parties du corps , ainsi que par le rapprochement de ces différentes températures avec celles de l’état sain. Si , par exemple, la chaleur est bornée à l’épigastre, à la région ombilicale, a la fosse iliaque droite , ou si elle se dégage de toutes ces parties , et qu’il n’existe pas de péritonite , cette circonstance , notée avec soin par M. Rayer et par tous les bons observateurs, peut déjà faire soupçonner que l’inflammation affecte spécialement Festomac, l’intestin grêle, ou qu’elle s’est établie à peu près également dans ces deux viscères. Le sentiment de la chaleur est ordinairement d’autant plus prononcé, que l’inflammation est plus intense et plus aigue. Gomme la douleur, ce symptôme augmente ou diminue dans la même proportion que l’inflammation dont il accompagne le développement. Quanta la chaleur, elle est extrêmement variable , et offre tantôt des rémissions, tantôt des exacerbations, Toutefois on peut dire , en général , que la gastro-
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entérite est parvenue à son apogée , lorsqu’il existe une chaleur excessive dans la région épi-* gastrique, que la peau est sèche et âcre, en même temps qu’on observe le froid des extrémités et une soif dévorante que rien ne peut étancher. On ne doit jamais perdre de vue que la cha ileur comme la douleur peuvent n’être que confusément exprimées dans beaucoup d’inflam-* mations gastro-intestinales , même très-intenses, lorsque sur-tout celles-ci se trouvent compliquées d’affections cérébrales; je dis plus, ces deux phénomènes si import ans peuvent même être nuis dans quelques cas, parce qu’alors ils ne sont point perçus. Cependant , pour être faibles, pour être obscurs, pour être difficiles à apprécier, ils n’en sont pas moins eonstans ; c'est un fait que ne manquera jamais de confirmer l’observation attentive , mais souvent répétée et long-temps soutenue.
On peut encore reconnaître l’existence de la gastro-entérite au peu d’empressement que les nouveau-nés mettent à prendre le sein , lorsqu’ils ne sont pas tourmentés par la soif, et j’ai même observé que, dans ces cas, ils abandonnent la mamelle aussitôt qu’ils ont avalé quelques gorgées de lait qui , par l’irritation qu’il produit, leur arrache des cris aigus, signe certain de la souffrance des organes digestifs^
heureux , quand ils ne le rejettent pas imtnediatement après son ingestion î Les enfans plus avances en âge perdent tantôt l’appétit, tantôt ils éprouvent une aversion complète pour les ali~ mens, et principalement pour le bouillon et les substances animales. Néanmoins, le désir moxnentané des alimens se fait quelquefois vivement sentir au début d’une inflammation gastrointestinale ; mais , soit que celle-ci occupe une certaine étendue , soit que la présence des subs* tances ingérées vienne augmenter les symptômes que ces jeunes malades éprouvent déjà , on voit bientôt ce désir faire place à la répugnance la plus prononcée pour toute espèce de nourriture.
Quant à la soif, que M, Broussais attribue à l’extension de l’ inflammation dans le duodénum , elle est on ne peut mieux caractérisée cbez ces petits êtres , que par cette avidité avec laquelle ils avalent toute espèce de boissons; tandis que les adultes, atteints de la maladie que nous étudions, éprouvent une répugnance invincible pour celles qui sont chaudes ou tièdes; ils n’appètent que les boissons froides > aqueuses, et en particulier celles dans lesquelles prédomine un principe acidulé. Quelle qu’en soit au reste la composition, elles peuvent être rendues presque instantanément par le vomissement , si l’inflammation est très-aiguë.
Je ne parlerai point ici des nausées, des voïnituritions, des régurgitations , des vomisse-* mens, des gargouillcmens , des pulsations insolites à l’épigastre, des borborygmes, de la diarrhée, etc., tous symptômes inséparables de l’inflammation de la membrane muqueuse gastro-intestinale , et qui apparaissent quelquefois tout-à-coup et simultanément , lorsque celle-ci présente une très-grande intensité ; tandis qu’ils se succèdent dans un ordre indéterminé, et à des époques plus ou moins rapprochées, lorsqu’elle se développe peu à peu. Je ne dirai rien non plus de ces phénomènes généraux, communs à toutes les phlegmasies qui viennent se joindre toujours aux symptômes locaux que nous venons su c c essi v e m e n t d ’ en u m ér e r .
Une mine assez féconde en symptômes est l’examen des orifices des muqueuses, vu la rapidité avec laquelle se propage à cet âge Finflammation gastro-intestinale. Ce que le raisonnement fait prévoir, l’observation clinique et l’anatomie pathologique le prouvent tous les jours. Qui n’a pas vu , durant la gastro-entérite, l’inflammation de la conjonctive, de la pituitaire, de la muqueuse buccale, etc. etc.? C’est, selon nous, le signe le plus sur de celle des organes digestifs , bien persuadé , d’après l’observation que nous en avons souvent faite , qu’une
de ces inflammations que nous venons cf’îndiM quer , atteste presque toujours l’exisience de? l’autre; je dis presque toujours, parce qu’on a observé que les phlegmasies de la conjonctive* de la pituitaire , etc. , peuvent exister quelquefois indépendamment de celles de l’estomac et de l’intestin ; mais ce fait, tout positif qu’il est* n’altère en rien notre proposition , elle reste dans toute son intégrité, et par elle un doute est converti en certitude. Je m’explique : si à des symptômes assez faibles , assez obscurs pour nous empêcher de reconnaître l’inflammation de la membrane muqueuse qui tapisse l’estomac et les intestins, inflammation que l’ensemble du malade pourrait nous autoriser à admettre , mais dont une sage lenteur nous invite a nier encore l’existence ; si , dis-je , à ces symptômes viennent s’en joindre d’autres que l’expérience nous a démontré être ordinairement consécutifs à cette phlegmasie , comme la rougeur de la muqueuse de l’anus (i) , les inflammations de la
(i) Ce signe, dont les auteurs ne parlent pas, mérite cependant lajjlus grande attention: il existe, en effet, dans presque tous les cas de gastro-entérite. Si l’on m’objectait que cette rougeur est déterminée par la diarrhée , je répondrais que cela peut arriver quelquefois, mais que le plus souvent c’est une pure coïncidence, puisque la rougeur a été également observée dans* les cas de constipation.
conjonctive, dé la membrane mucoso-riasaîV> buccale ; etc. , oh ! très-certainement alors ce {serait afficher par trop de pyrrhonisme, que de ne pas y croire. Ce que je dis là n’est point une simple supposition ; c’est l’expression fidèle de la vérité , dictée par l’observation la plus scru~ puleuse des faits. Si nous nous sommes arrêté long -temps à l’examen de ces symptômes, c’est i° parce qu’ils nous paraissent fondamentaux# dans l’histoire dé la maladie qui nous occupe ÿ 2° parce qu’ils sont ou par trop négligés, j’allais dire méprisés, ou trop souvent contestés par des praticiens d’ailleurs justement estimes.
Nous avons dit plus haut que le jeune enfant exprimait ordinairement , par des cris , ses douleurs ; cependant nous croyons devoir avertir qu’il paraît souvent vouloir crier ; sa figuré indique même ce besoin , il ouvre la bouche pour le satisfaire, mais il se tait, comme si le cri plaintif qu’il voulait faire entendre avortait : cette grimace est le signe certain d’une grande souffrance de l’estomac et des intestins.- On peut même juger de la gravité de la maladie,' par la durée et la répétition dé ce caractère particulier de la physionomie (i), que M. Jadelot
fi) C’est un sillon qui Commence à la partie supérieure de l’aila du nez , et embrasse, dans un demi-cercle plus ou moins complet? U ligne entière de la commissure des lèvres.
appelle naso-huccal, et que cet observateur fë* garde aussi comme l’indice de l’inflammatioîi de la muqueuse digestive , chez les eofans plus avancés en âge.