‹ Recherches et observations pathologiques sur le spinitis, ou inflammation de la moelle épinière, faites à l'Hôtel Dieu de MarseilleChapitre 3 sur 19 · PROPOS · texte numérisé non relu

PROPOS

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Six années d’étude et de pratique A l’Hdtel-Dieu de Marseille ^ et sur-tout les fonctions honorables de Chef des travaux anatomiques de l’École secondaire de. Médecine de cette ville , qui m’ont été confiés par l’Administration des hôpitaux, ont dû me fournir les moyens de faire des recherches sur divers points d’anatomie pathologique. Mais c’est plus particulièrement sur les affections encore peu connues de la moelle épinière , que mon attention s’est arrêtée ; traitées jusqu’à présent à l’aide d’hypothèses et de conjectures plus ou moins ingénieuses , elles réclament les lumières de l’anatomie pathologique. Il nous faut donc des faits pour nous conduire à de nouvelles idées, qui elles - mêmes nous amènent à des connaissances plus exactes. A ceux qu’on trouve épars dans les ouvrages de plusieurs observateurs distingués , il faut joindre ceux que peut iburnir une observation spécialement dirigée vers ce point, et portée sur un théâtre convenable. Les faits que j’ai recueillis moimême dans ce grand hôpital , où une Administration sage et paternelle offre aux étudians tous les moyens d’instruction, doivent être la preuve des principes qui ^sont le sujet de cet opuscule. Je n’ai point la prétention de vouloir, dans cet Essai, traiter à fond un sujet pour ainsi dire entièrement neuf ; mon but n’est pas

même âe considérer en détail une foule de maladies, dont la nature et le siège , presciu’entièrement ignorés, attendent, pour être connus , une plus longue expérience que la mienne. i.° Faire quelques considérations générales sur Forganisalion et les fonctions de la moelle, épinière, et sur son influence dans les maladies ; rapporter les observations particulières , base de ce travail, en les rapprochant des observations analogues ; 3.°^ tracer riiistoire générale du spinitis et de son traitement ; me livrer à quelques recherches sur des névroses dépendantes du spinitis: tel est le plan de cette- dissertation. Mais si tes bienfaits dont nous ont comblés quelques hommes généreux (i) „ sont toujours présens à notre mémoire , s’ils doivent même nous servir, dans cette circonstance, de pnissant motif d’encouragement, pour mériter l’estime de ceux de qui nous les avons reçus ( 2 ) ; n’en^ Irons pas en matière sans leur laisser ici un témoignage public de la reconnaissance qu’ils nous ont inspirée ; qu’ils soient bien'persuadés que le souvenir de leurs bontés ne s’efiacera jamais de notre esprit»^ O vous qui fûtes mon premier maître dans l’art de guérir, ô mort vertueux bienfaiteur , recevez aussi l’hommage de ma gratitude soyez sûr que vous trouverez toujours en moi les sentimens du disciple le plus respectueux et le plus reconnaissant*

(i) Messieurs les Médecins et Chirurgiens eu chef de 1 Hôtel-Dieu* 4») M. Danès*

SUR LE SPINITIS,

ou INFLAMMATION DE LA MOELLE ÉPINIÈRE, FAITES A L’HOTEL-DIEÜ DE MARSEILLE.

1 er

Considérations générales sur T organisation et les fonctions de la moelle épinière , et sur son influence dans les maladies*

O N se plaint généralement qn’on a tenu trop peu de compte de la moelle épinière, soit en physiologie, soit en pathologie. Caché dans une cavité profonde et difficile à mettre à découvert, çet organe a été rarement examiné dans les autopsies cadavériques. 11 importe cependant d’autant plus de s’occuper soit de ses fonctions, soit de ses lésions, que, dès le premier coup d’œil, tout annonce sa haute

ce. nature a pris soin de la protéger par un canal fibrU-

t^ic-éoais, et, par un mécanisme admirable, elle a su faire osseux très r .

mouvoir ce

canal sans comLpromeltre en rien l’organe délicat qu’il

ferme En effet, les vertèbres ont très peu de mobilité, prises cha- 11 ne isolément, et ce n’est que dans leur ensemble qu’elles ont un mouvement très-marqué. Ce mouvement se partage et se gradue sur une surface plus ou moins étendue. Il se dessine en courbures insensibles et ralenties, de telle sorte que la moelle épinière est doucement fléchie , sans être jamais comprimée ni forcée dans aucun point. Celte même nature a eu l’attention de rendre la cavité rachidienne plus large que la moelle épinière, pour mieux écarter d’elle toute espèce de gêne.

Ces considérations suffiraient déjà pour établir le rôle majeur que cet organe doit jouer dans l’économie; mais que sera-ce, si nous nous rappelons que les lésions les plus légères , exercées par l’art expérimental sur des animaux , ou décidées par des accidens malheureux chez l’homme, déterminent presque toujours une mort prompte ; et si Ton remarque que les lésions de la moelle épinière sont plus dangereuses que celles du cerveau , on sera obligé de conclure qu’elle est plus prochainement nécessaire à l’exercice des fonctions de la vie que le cerveau lui-même. Dès-lors les maladies de cet organe doivent être plus graves j plus fréquentes, et plus dignes d’être observées. ' .

D’abord, l’on remarque la plus grande analogie entre le cerveau €(t la moelle épinière , en les considérant dans les parties osseuses et membraneuses qui les protègent, dans les substances diverses qui les composent et dans rorgànisation qui les caractérise. En général, les anatomistes ont trop morcelé la description de nos organes , ils ne les ont point assez souvent étudiés dans leurs rapports (i). Ainsi,

(i) Dans tin cours d’anatomie chirurgicale fait en i8ig, par M. Ducros, ce Professeur de l’Ecole de médecine de Marseille , en parlant de l’importance de considérer les parties dans leur ensemble , pour être éclairé dans la pratique des grandes opérations, nous disait dans une de ses leçons en

le crâne, pris comme enveloppe du centre nerveux, n’est qu’une portion du canal osseux, n’est qu’une vertèbre renflée et accommodée au plus grand volume du bulbe cérébral et aux organes divers auxquels il devait prêter un point d’appui dans^sa partie antérieure: ^aussi le crâne à sa base presenle-t-il une ouverture, un canal, et enfln une organisation qui l’identifient avec les vertèbres. L’éminence occipitale fournit une attache aux muscles du cou, comme les apophyses épineuses aux muscles des régions plus inférieures; chez les animaux dont la tête est grosse, relevée, et le cou très-long, cette éminence est plus considérable et ressemble mieux à ces apophyses. Au reste , chez les animaux, sur-tout chez ceux dont le cerveau a un volume beaucoup moins considérable que chez rhomme et moins disproportionné à celui de la moelle épinière , l’analogie entre ces deux parties du canal osseux est plus facile à saisir et ne peut même être nullement contestée.

Les enveloppes* du cerveau se prolongent sur la moelle épinière et se comportent avec elle à peu près de la même manière que

décrivant la colonne épinière : « La colonne vertébrale, telle qu’on la décrit dans les ouvrages d’anatomie , est tronquée et présente une forme qui ne peut donner qu’une idée très-inexacte de l’organe qu’elle renferme. La surface basilaire de ïocdput , le pourtour du grand trou qui se trouve au-dessus, concourent, aussi-bien que les vertebres, a la formation de «e canal j on peut , avec quelque raison , envisager cette partie du crâne comme le sommet de la cavité rachidienne. Cette disposition confirme bieu ce que nous avons démontré, que jusqu’à ce jour nous ne possédons que des descriptions isolées de nos parties. Il n’a pas encore paru d’ouvrage qui les ait considérées dans leur ensemble. Bichat n sur-txmt contribué a rapprocher , en physiologie , les fonctions qui sont opérées par les même» organes pour concourir au même but. Ne serait-il pas nécessaire que no» unatomlsles suivissent désormais cet exemple dans la description de no» parties ? Les avantages que pourraient en retirer la physiologie et la chibrgîe sont incalculables. » Ce serait alors qu’on aurait une anatomie médicale et chirurgicale | ouvrage qui manque à l’enseiguement.

par rapport à cet organe ; on n’y observe que quelques différences peu

importantes.

La substance du cerveau est continue avec celle de la moelle épinière ; et toutes les deux présenteul si bien les mêmes a])paremes à leur point de réunion , qu’on ne peut décider que d une rnaniore arbitraire où rune finit el où l’autre commence. Ce qu’on nomme ia moelle allongée appartient autant au cerveau qu’à ' la moelle;, et peut-être plus encore à celle-ci qu’à celui-là , comme le dit la dénomination même qui la désigne; tant il est vrai que le cerveau n’est autre chose que la moelle épinière qui se renfle à son eN;trémité supérieure, et que la moelle épinière à son tour n’est que le cerveau qui «e prolonge en tige pour s’accommoder au canal qui doit le recevoir Ces variations de forme ne sont point aussi îm{)ortanles qu’on le croirait d’abord, et ne changent rien à l’organe, ni dans sa structure , ni dans ses fonctions : aussi le canal osseux va rie-t-il suivant les différentes espèces d’animaux , sans que les fonctions en reçoivent des modifications profondes correspondantes.

Le volume plus considérable du cerveau, relativement à celui de îa moelle épinière, n’est pas lin caractère distinctif fondamental, puisque chez les animaux celte disproportion tend à disparaître graduellement ; que, chez plusieurs, il y a égalité de part et d’autre, et que même l’avantage est dû côté de la moelle : chez certains , !e cerveau n’est qu’un ruban que l’on dirait provenir de la moelle épinière, selon le langage vicieux , trop souvent consacré. Il y a ' des animaux qui n’ont que le cerveau pour centre nerveux : tons les nerfs partent de cette origine ( testacéês ) ; chez d’antres, il semble n’y avoir que la moelle épinière : et toutes ces diftérences, en apparence si importantes , ne changent rien aux fonctions , on les retrouve dans les animaux des mêmes familles naturelles ; elles sont simplement relatives à la forme générale de l’animal, arrondie 6u allongée, et destinées uniquement à la distribution régulière des nerfs selon la disposition des parties.

La substance du cerveau est la même que celle de îa moelle épinière : en effet, ce qui caractérise le centre cérébral, c’est sa

^vision en substance grise et médullaire. Quelles que soient Korganîgation de ces deux substances et leurs fonctions respectives , ou les retrouve dans la moelle épinière; ce qui démontre que l’on ne doit pas eonsiderçr cet organe comme un simple nerf,, mais bien comme* faisant partie intégrante du centre nerveux. Observons encore,, contre cette dernière opinion , que la substance de la moelle épinière* n’est point divisée en fibrilles comme tous les nerfs , mais qu’elle est homogène , continue dans tous ses points , véritablement pulpeuse,, et complètement identique avec la substance du cerveau , q^ii se spécifie par ce caractère essentiel. Ge n’est que sur des idées hypothetiipies que l on a cru que la moelle épinière n’était qu’un faisceau? de nerfs qui allaient se réunir au cerveau , d’où l’on faisait partiif arbitrairement tous les nerfs» Il en est sans doute ainsi, d’après t’autopsie , à l’extrémité inférieure de la moelle- épinière : là on» remarque des nerfs et des fibres distinctes; mais ces fibres, on ne peu® pas les suivre jusques au cerveau ; elles s’implantent sur la tige de k moelle épinière, d’où elles prennent immédiatement leur origine.^

La moelle épinière fournit des nerfs comme le cerveau ; que dis-je , celui-ci n’en donne que deux ; tous les autres proviennent delà tige médullaire , soit de sa portion supérieure placée a l’ouverture* du canal, soit de celle qui est enfoncée dans le canal lui^-mêmei. La tige médullaire, à partir de sa première origine jusqtaes à sa^ dernière extrémité, peut donc être considérée comme un tronc: uniforme qui donne naissance à des rameaux dans tous les points, efe q,ui figure assez bien les branches et les racines d’un arbre , dans? quelque sens qu’on prenne les unes et les autres. Pourquoi mutiler çet arbre ? Pourquoi ne tenir compte que de sa partie supérieure Pourquoi accordera celle-ci une prépondérance que tout lui refuse.^’ Pourquoi établir des divisions que rien ne consacre ?

Une analogie noa moins frappante entre le cerveaa et la moell» épinière , c’est que , de même que le cerveau se partage en deux; hémisphères,, une moitié droite et une moitié gauche , avec quelques? jetées intermédiaires qui servent de moyen d union , de même là? moelle épinière se divise en deux petites masses ou cordons liés par

un ruban mo/en. On affirme même que , dans la moelle épinière, comme dans le cerveau , les fibres passent d’un coté à l’autre; et; c’est ainsi qu’on explique le croisement des lésions d’un des deux hémisphères (ï)- Quoi qu il en soit des causes du phénomène^ certains faits prouvent que ce croisement a lieu pour la moelle épinière comme pour le cerveau , quoique l’on puisse présumer que le rapprochement plus intime des parties rend cet accident plus rare par rapport à la moelle épinière.

Examinons rapidement les differentes opinions que les auteurs ont émises sur la moelle épinière, et voyons jusques à quel point ces opinions sont fondées sur l’examen des parties et sur l’observation des faits. Galien , un des auteurs qui ont fait le plus d’expériences sur le système nerveux et qui ont le mieux connu ses fonctions im-. portantes, a considéré la moelle épinière comme un second cerveau , comme une portion de cet organe; il lui accordait une existence, isolée et indépendante, et lui attribuait sur les fonctions un empire en propre. Il ne la regardait donc pas comme la simple réunion

(i) Cet entrecroisement d’affection, ne dépend pas d’un entrecroisement matériel des nerfs qui est contraire à la simple autopsie et à plusieurs observations , enlr’autres à un fait très-curieux rapporté par Bnrns, chirurgien à Glascow, qui a vu que, chez un individu dont l’œil avait été extirpé pour un cancer de cet organe , le nerf optique de tout un côté était de couleur noire dans sa partie médullaire, comme la tumeur du globe oculaire. Il est détruit par ces faits dans lesquels la paralysie a eu lieu du côté affecté (Morgagni, Rochoux, etc. ). Cet entrecroisement nè peut pas non plus s’expliquer par l’antagonisme arbitraire d’un mouve-' meut tonique supposé ( Van-Helmont, Barthez , Dumas) ; d’ailleurs, la substance cérébrale ne présente pas des fibres distinctes ou séparées par des cloisons, mais un tissu uni ^ rapproché , continu. On ne peut expliquer ce fait que par un rapport d’iufluence sympathique établi par une loi primordiale. C’est ainsi que telle portioA du centre est eu rapport, sympathique particulier avec telle partie, la portion autéfieure du cerveau avec les extrémités abdominales.

d€S nerfs du tronc. II nous paraît convenable de designer , sous le nom de centre nerveux , toute la masse nerveuse sur lacjuelle les nerfs prennent leur point d’appui: dès-iors le centre nerveux se ^compose du cerveau et de la moelle épinière, et ces deux organes n en font qu un. Chaque portion pourrait avoir des fonctions différentes , mais elles seraient analogues. Ce çehtre donnerait la vie, le sentiment et le mouvement à toute la machine ; il constituerait 1 homme nerveux de Sydenham; ce serait l’origine de tous les actes vitaux, le point ou vont retentir tous les mouvemens, toutes les impressions qui ont lieu dans les organes les plus éloignés ; celles-ci, y prenant une nouvelle énergie , un surcroît d’activité, refluent encore sur les organes qui leur ont donné naissance , et ^’y développent en sentimens plus vifs, en mouvemens plus prompts, et en actes vitaux de toute espèce plus intenses et plüs parfaits. Les ganglions pourraient être considérés à leur tour comme des centres partiels ; ils en ont tous les caractères , leur volume n’èst pas le même que celui des rameaux qui en naissent ou qui y aboutissent leur organisation est en masse et non disposée en fibres, etc.

L’idée de Galien sur la moelle épinière était soutenue par l’opinion de Platon, qui plaçait le siège de l’âme dans cette partie , sans doute, d’après les faits qui démontrent que ses lésions s’accompagnent plus promptement de la perte du sentiment et de la mort que celles du cerveau lui-même ; et d’après la manière vicieuse d’interpréter les faits de ce genre , il est très-sûr que , chez des animaux inférieurs , les mouvemens volontaires persistent lorsqu’on a retranché la tête et la portion cérébrale du centre nerveux: la moelle épinière serait donc une source de volonté et de sentiment comme le cerveau , et le bulbe cérébral donnerait seulement à la sensibilité animale l’éclat des facultés intellectuelles,

M. Chaussier, ainsi que. plusieurs anatomistes, a prétendu que la moelle épinière partait immédiatement du cerveau et n’en était qu’un prolongement. Cette opinion , exacte sous plusieurs rapports, ne l’est point sous beaucoup d^aütres ; d ailleurs elle tient a des erreurs qui. se sont glissées dans la description du système nerveux

et qui ont eu une très-grande influence sur la physiologie de ce système. Les mots A’origine , de terminaison , de prolongement , dont on se sert si souvent quand il est question de nerfs , ne peuvent avoir qu’un sens métaphorique, comme t’a observé Bichat*y en les prenant à la lettre , on se tromperait grossièrement et on donnerait dans beaucoi^ d’erreurs, comme plusieurs anatomistes qui ne se sont pas aperçus de la source de leur méprise. En effet ^ les nerfs ne naissent pas d’un tronc commun par une sorte de végétation ; toutes ces parties ont été faites à la fois et existentsimultanément ; elles sont liées les unes aux autres , continues ^ mais aucune n’a donné naissance à sa voisine ^ elles ont une; existence propre et indépendante. On aurait tort de croire qu’un nerf considérable est la réunion des fibrilles nerveuses correspou'-* dan tes , et que la moelle épinière est la simple association des^ nerfs du tronc. Ce qui le prouve, c’est que les troncs nerveux ont^ un \rolume beaucoup moins considérable que les fibrilles nerveuses correspondantes. Reil, pour parer à une objection qui détruit 1®' fondement de ce système , a soutenu que les nerfs ne partaient pasi du cerveau , mais bien de tous les organes même ; mais l’objection reste toujours la même; il n’y a qu’à la prendre en sens inverse pour la rendre aussi puissante.. Les filets nerveux réunis sont plus considérables que les troncs nerveux , ceux-ci que le centre nerveux, général donc les uns ne sont pas formés par les autres. Erappé de cette vérité , M. Cuvier a établi , avec raison , qu’il fallait considérer le système nerveux comme un véritable réseau qui n’a ni point de* départ ni point de terminaison. Le névrilème et les enveloppes dm centre nerveux représentent donc comme un ensemble de canaux dans, lesquels circuleraient la^ matière nerveuse ^ le sentiment et la vie^* De temps en temps on rencontre des poins d’arrêt, des espèces de^ lacs Z le centre nerveux est un grand réservoir. Par-tout on les nerfs se renflent il y a un^ centre partiel, centre qui réagit sur toutes les branches correspondantes. Ce centre n’est pas la simple réunion des; rameaux correspondans ; il n’y a jamais proportion de volume, il est plus gros ou plus petit que leur ensemble. Le tronc nerveux

îiii-méme esf un simpTe centré d’union entre les fibrilles , comme les centres proprement dits le sont pour les troncs, et n'est pas seulement une association de fibres, (^-n ne peut pas suivre les fibrilles depuis leur point de départ jusques à celui de leur origine; il faudrait qne les fibrilles fussent en se rapetissant à mesure qu’elles avancent vers les troncs, ce qui u est pas* Le système nerveux se composerait donc de petits tuyaux de substance médullaire , de diverse grosseur , >qui seraient ajoutés bout a bout. Cette organisation se voit parfaite-» meut dans certains nerfs et notamment dans les optiques* (ï\eil.) Pour Saisir cette structure , il ne faut pas prendre les gros cordons qui composent un nerf, mais les dernières fibrilles. Toutes les portions du .système nerveux doivent donc être considérées comme isolées, comme indépendantes les unes des autres, mais comme unies par leur continuité même, et plus fortement unies encore par l’unité de la vie.

Une preuve que la moelle épinière n’est pas le simple prolongement du cerveau , c’est que , s’il en était ainsi, elle serait d’un volume égal dans toute sa longueur ; elle irait même en diminuant jusques à sou extrémité, à cause des nerfs qu’elle donne dans les diverses parties de sa longueur, ou bien en augmentant, si elle les reçoit, conime le prétend ReiL Dans l’un et dans l’autre cas , son développement serait uniforme. Eh bien ! il n’en est point ainsi ; elle devient plus grosse à sa portion cervicale , se restreint pour augmenter de volume à sa portion dorsale , et de même pour la portion lombaire ; et il est remarquable que cette augmentation est en rapport avec les nerfs que ces differentes divisions sont deslinées à animer. Ces disproportions de volume sont encore plus marquées chez certains animaux que chez l’homme, et toujours d’après l’étendue et l’énergie des organes que la partie correspondante de la moelle épinière doit influencer.

L’opinion par laquelle la moelle épinière n’est qu’un prolongement du cerveau, devient insoutenable quand on la considère dans certains animaux. Ainsi, dans plusieurs espèces, cet organe acquiert un volume égal à celui du cerveau , et il serait aussi vrai dé dire, dans ce cas^

que le cerveau est un prolongement de la moelle épinière, que d’établir , par rapport à l’homme , que la moelle épinière est un prolongement du cerveau. Un des grands avantages de l’analornie comparée, qui peut compenser et au-delà les erreurs qu’elle a souvent apportées dans la physiologie humaine, c’est de détruire les idées rétrécies que rexamen de l’homme seul pourrait Inspirer et détacher la physiologie des formes, puisque la vie se montre la même avec des formes très-différentes.

Le Docteur Gall pense que la moelle épinière est tout - à - fait indépendante du cerveau. 11 réserve celui-ci pour loger les facultés intellectuelles , qu’il considère comme divisées , et qu’il case dans autant de portions diverses de cet organe comme dans des chambres séparées. Il est sûr que la portion cérébrale du centre nerveux a des rapports plus intimes avec l’exercice de la pensée que la moelle épinière ; mais il n’est point prouvé que la moelle épinière n’ait de très-grands rapports d’analc^ie de fonctions avec le cerveau considéré comme donnant naissance aux nerfs optiques et olfactifs, et avec ta moelle allo:ngée prise comme fournissant à un très - grand nombre de nerfs.

Ce qui achève de démontrer l'indépendance d’organisation de la moelle épinière, c’est que, dans les productions monstrueuses, le cerveau peut manquer, la moelle épinière existant ; celle-ci à son tour, les troncs nerveux étant conservés ; et de même différentes liaisons des nerfs avec le cerveau , comme Bichat l’a vu quelquefois paur le grand sympathique chez l’homme et constamment chez les oiseaux : ce qui lui faisait conclure avec raisôn que ce nerf ne partait pas du cerveau, et à tort que ses rameaux venaient de ses ganglions et formaient un système isolé, séparé du cerveau et de la moelle épinière.

Les expériences de Rhédi, de Fontana, de Legallois et de Brodie ont répandu un nouveau jour sur la moelle épinière et sur ses fonctions physiologiques. Elles tendent sur-tout à établir l’indépendance de ses fonctions, lors même qu’on ne partagerait point toutes les conclusions que ces illustres auteurs ont cru pouvoir déduire de

leurs belles experiencés. Elles ont prouvé que les parties qui reçoivent leurs nerfs de la moelle épinière conservent encore la vie, le mouvement et le sentiment, lorsqu’on les a soustraites à l’influence cérébrale, et que par conséquent elles reçoivent immédiatement la vie, le sentiment et lé mouvement volontaire de la portion de moelle qui leur fournit les nerfs : ainsi, par exemple, si chez une grenouille l’on coupe la moelle épinière vers son extrémité et qu’on laisse la portion de moelle d’où les nerfs cruraux tirent leur origine , les jambes conservent le sentiment et le mouvement ; il en est de même de toutes les autres parties. M. Legallois a vu qu’en enfonçant une tige dans la moelle épinière , on tuait progressivement les organes , au moment ou l’on atteignait l’origine de leurs nerfs, et cela de haut en bas ou de bas en haut, selon le sens dans lequel on dirigeait la tige meurtrière. Elles ont prouvé que, sur un anima! inférieur , on peut tailler , si j’ose me servir de cette expression , un animal plus ou moins gros , dans le sens que l’on veut> supérieur, inférieur ou moyen. Si l’on irrite la moelle épinière dans diverses portions, on fait entrer en convulsion les organes qui reçoivent leurs nerfs de cette portion. On est donc obligé d’admettre , d’après ces faits , que toutes les portions de ce que nous avons désigné sous le nom de centre nerveux , sont égales en prérogatives; que la tige médullaire peut être considérée comme un arbre qui donne naissance à des rameaux qui portent à leurs extrémités tous les organes, et que ceux-ci sont comme autant de fruits qui reçoivent la vie du tronc commun. Il faut recevoir à la fois ces deux propositions fondamentales dans la théorie du système rierveux ; savoir : que chaque portion du centre nerveux est isolée, indépendante, qu’elle a sa sphère d’activité propre; et qu’en même lemps, d’après l’unité du centre nerveux, et d’après l’harmonie de ses fonctions , toutes ces portions communiquent entr’plles , que la lésion de rime se propage très-aisément à tout le centre lui-même et par conséquent à toute l’économie, el que cela a lieu avec la plus grande flicilité , sur tout chez l’homme, d'après la continuité, la sympathie , l’état accidentel des organes qui les rend plus propre à ressentir l’impression morbide , etc- ; de telle

S9rte que f unité de U vie a pu faire méconnaître son indépendance dans les différentes parties, du moins dans les animaux inférieurs.

C’est à l’aide de ces deux principes que nous essaierons de jeter quelque jour sur les lésions de la moelle épinière- Afin de complétei? iios recherches, «ous parlerons , en passant, de la lésion de l’orîgine des nerfs fournis par le cerveau et par la moelle allongée qui , comme nous lavons déjà dit, n’est que l’extrémité supérieure et i’ecourbee de là moelle epinière. Le cerveau ne donne naissance qu’à deux nerfs , 1 olfactif et l’optique. Le premier prend son origine auiC corps cannelés; le second, aux couches optiques. Eh bien 2 des épanchemens^ des abcès, des lésions quelconques dans ces deux parties y produisent isolénaent la paralysie de la vue ou de l’ouïe, sur-tout si la lésion est lente , chronique , et si, par conséquent, rirradiation ide l’organe malade est bornée ; si non, ces lésions se propagent dans toute la tige nerveuse et produisent des affections générales. Quant à l’influence dé ces mêmes parties sur les facultés intellectuelles , il ti’en sera pas question ici. Ce sujet est trop neuf et trop difficile, et les principes de haute philosophie, d’après lesquels il faut le manier, seraient trop longs à développer» Nous ne traiterons que du rapport des nerfs avec la vie purement animale (i).

La protubérance annulaire et ses prolongemens, tant ceux qui

(i) Nous établirons seulement qu’il y a peu de proportion entre lo Volume des hémisphères du cerveau elles deux nerfs qu’il fournit, tandifî que tout le reste de la tige médullaire conserve des proportions exactes avec les nerfs auxquels elle donne naissance. Ils paraissent être destinés eu entier aux fonctions de la vie animale. Le cerveau et le cervelet sont, doue une espèce de luxe de matière nerveuse. Tout nous porte à croire qu’ils ont des fonctions très-relevées et des rapports très-intimes avec l’exercice des facultés intellectuelles , nous gardant bien d’attribuer a chaque portion du cerveau une faculté particulière ; ce qui paraît être aussi contraire a la bonne physiologie qu’à une saine métaphysique. ïl est certain que les lésions des hémisphères , du corps calleux , etc., pro> duisent l’àssoupisieraent, la perte de la mémoire* '

yont au cerveau que ceux" qui se rendent au cervelet, et que celuî qui commence la moelle de Tépine, fournissent les nerfs moteur» communs des muscles de Toeil, les patliétiques, dont l’origine, quoique postérieure, est visiblement dépendante de la protubérance, le» trijumeaux , le moteur externe de l’œil, le facial, l’auditif, le nerf vague, le glosso-pharyngien et le grand hypoglosse. Ces nerf» étant très-rapprocbés, 1 on sent que les lésions de ees parties doivent être très-graves et compromettre beaucoup' d’organes et de fonctions à la fois; en outre, la paire vague présidant à la respiration par le larynx et les poumons qu elle anime, la lésion de l'origine de ce nerf doit amener 1 asphyxie, et par conséquent une mort très - prompte. C’est ce qui explique, selon nous, poui’quoi les lésions de la base du cerveau, et notamment de cClte région, éteignent si subilemenl la vie ; pourquoi les lésions du cervelet, plus rapproché de la moelle allongée que le cerveau, menacent beaucoup plus les fonction» vitales, observation qui a fourni le système erroné de Willis, qui faisait provenir les nerfs vitaux de cette ori^ne ; pourquoi les secr tions horizontales, les compressions modérées des hémisphères nr sont pas suivies de la mort , comme elles le sont quand la com» pression est assez forte pour peser sur la base; pourquoi les eon» vulsions de la face , la douleur à la région supérieure du cou et tous les symptômes qui indiquent une lésion ou une affeetioES de cette partie de la lige nerveuse , sont d’un pronostic si fâcbeuxv En général, toutes les fois qu’on remarque une affection des muscle» de la face ou des organes du cou ^-on doit soupçonner une affectioi» de l’origine correspondante de leurs nerfs , et annoncer un graves danger. M. Legallois a prouvé par ses expériences, qu’on p<mvait' enlever à un animal les différentes portions de la moelle allongée sans qu’il en perdit la vie. pourvu que l’on respectât l’origine de la huitième paire ; et il a démontré que, dans ce cas, Fantmal meurt par asphyxie suite dé rocdusion dé la glotte par paralysie provenant de la lésion du nerf récurrent. Il a proloiige l exi«lence

des aniinaux soumis à cette é[)reuv’e , en leur ouvrant la trathée-*^ artère et en les faisant respirer à t’aide d’un Iphe. Je ne doute pas

que , dans beaucoup de maladies , la mort n'arrive de la même manière et par la même cause, notamment dans les affections apoplectiques dans lesquelles la respiration est toujours plus ou moins compromise , et où l’on mesure le danger par la lésion de la respiration, ainsi que par l’altération des mouvemens du cœur, qui prennent leur origine , d’une part, dans la protubérance annulaire , et de l’autre , dans la moelle épinière. Les poisons, qui portent leur influence sur le système nerveux , paraissent tuer de la même manière , et M. le professeur De Lille , dans une excellente dissertation sur les effets de la noix vomique, a prouvé que les animaux qui avaient pris cette substance mouraient par l’asphyxie , suite de l’affection de l’origine des nerfs de la moelle épinière et des nerfs intercostaux. Ce n’est pas que je nie l’influence générale que le poison doit avoir sur l’économie. Il est des poisons qui éteignent la vie d’une manière directe, tels sont ceux dont l’action est trèsprompte ; mais ceux , au contraire, qui agissent plus lentement attaq.uent à la fois la vie et embarrassent en même temps le jeu des fonctions auxquelles son exercice est plus ou moins prochainement lié. Il faut convenir que beaucoup de poisons tuent de cette manière avant qu’ils aient pu détruire la vie d’une manière directe.

La protubérance annulaire étant la partie centrale relativement au cerveau , au cervelet et à la moelle épinière, l’on sent avec quelle facilité ses affections s’irradient à toutes les autres portions nerveuses et enveloppent bientôt toutes les fonctions. En ce sens, on peut dire que la protubérance annulaire est le siège du principe de la vie , de ce sensorium commune , soit physiologique, soit moral, que l’on a si long-temps cherché d’après une philosophie peu exacte. Nous insistons sur les fonctions de cette portion de la tige médullaire, afin de faire voir comment des lésions de la partie cervicale de cette mêmeaige se communiquent aisément à cette portion supérieure. Par là, nous pourrons rendre raison, d’un fait curieux d’hydrophobie que nous rapporterons dans cette dissertation , dans lequel la maladie paraît dépendre de la lésion de cette division de la moelle

épiniei’e. En effet, quelque idée que l’on se fasse de cette maladie, il est certain que le spasme du larynx y joue un très-grand rôle, et Ion prévoit que les affections , soit nerveuses, soit inflammatoires , de la partie de substance médullaire qui donne naissance aux nerts du pharynx , doit produire le spasme de cet organe ; il est même possible que le virus hydrophobique porte spécialement son action sur cette partie de la substance médullaire, qu’il l’irrite et , quil 1 enflamme; car il est probable que tous les poisons qui agissent sur la sensibilité ou le système nerveux affectent spécialement le centre nerveux; lui-même.

On comprendra , d’après cela, comment les lésions de la portion cervicale de la moelle sont si grayes et si promptement mortelles ; comment elles sont infiniment plus graves que celles de la moelle epiniere dorsale, et sur-tout lombaire. Car il est bien prouvé que la lésion de la moelle est d’autant plus dangereuse qu’elle est plus supérieure, parce qu’elle enveloppe l’origine des nerfs intercostaux pour la portion dorsale, le nerf diaphragmatique pour la portion cervicale , et par suite le pneumo-gastrique et le grand sympathique : ainsi, par exemple, dans les lésions de la moelle épinière par commotion^ par compression , par blessure, etc., la mort est d’autant plus imminente que la lésion occupe une partie plus élevée; ainsi, la compression de la portion supérieure de la moelle épinière par la luxation de l’apophyse odontoïde , est sur-le-champ mortelle. Les lésions de la portion cervicale ne sont pas moins graves ; elles amènent la paralysie de tout le tronc et la mort, dans plus ou moins de temps , si elles sont légères , et la mort subite , si elles sont profondes. Les lésions de la moelle cervicale produisent le plus souvent la paralysie des extrémités supérieures qui prennent leurs .nerfs de cette portion: ainsi, dans le mal vertébral de Pott, si la portion inférieure de la tige médullaire est comprimée , il y a paralysie des membres abdominaux , du rectum et de la vessie , et insensibilité de la peau correspondante. Relativement à ce dernier phénomène, on observe avec étonnement la limite de la peau insensible et de la peau sensible ; elle est toujours à la hauteur de

4a vertèbre malade et de l’origine du nerf comprimé. Les fonction» digestives sont troublées lorsque la maladie affecte la région lombaire: oa observe alors des vomissemens, quoique cependant on remarque que l’estomac conserve assez long-temps ses fonctions, parce qu’lï puise sa vie dans la huitième paire , qui est plus intimement liée au cerveau. Lorsque la lésion organique a son siège à la région dorsale , sur-tout vers la partie supérieure, ou bien même au cou , les fonctions des poumons paraissent être gênées ; il y a dyspnée et suffocation Imminente. Si la lésion occupe la portion la plus supérieure du cou^ et notamment l’origine du nerf diaphragmatique , mort subite si Fa lésion est profonde. Nous remarquerons que la lésion de la moelle, épinière, quoique circonscrite dans un point , peut s’irradier avec plus ou moins de facilité , soit dans le sens supérieur , soit dans le. sens inférieur : alors on observe que lès fonctions des parties corres*« pondantes à l’origine des nerfs sont enveloppées par la paralysie et qa’enfîn la mort a lieu graduellement , en jirenanl l’origine de» organes vitaux, tels que le poumon et le coeue. Nous avons vu que M* Legallois pouvait tuer progressivement un anirpal dans l’un out dans l’autre sens. M. Abercrombie cite des observalbns qui noua paraissent établir celte marche progressive ascendante et desceiKlanle t telle est celle de Bréra , dans laquelle se prirent successivement rextrémifeé inférieure gauche , le bras gauctie ; il y eut des mouvemena convulsifs dé la face et des yeux, pronoiiclalioii difficile, dimiuulioa de la mémoire, et peu de temps après perte de la parole , coma> eonvukions générales lerciblea, mort. Tel est encore l’exemple d’un jeune soldcit qui se plaignait de douleurs dans, les vertèbres dorsales, dé diffictrlié dé mouvoir les ext^rémités inférieures , de suppressiott des urines^ d'excrétion involontaire des matières fécales ; Fa faiblesse dés extréndléa inférieures s’accrut jusqu’à paralysie complète v bieulôt après les extrémités supérieures furent affectées de la même maladie; dès-k)rs perte dé Fa parole. Quinze jours après un état d’immobilité, «t enlièpetnent privé de la parole , mais conservant encore ses facultés intellectuelles , il mourut subitement. On trouva la partie inférieure ée la moelle épinière dorsale en suppuration et désorganisée. Les

observations suivantes présentent un exemple de le progression descendante. Le Comte de Lordat fut renversé de sa voiture, sa tête frappa contre l’impériale et son cou fut courbé de gauche à droite. Il ne se plaignit alors que d’une légère douleur le long du côté gauche du cou , qui disparut en peu de jours. Six mois après, légère difficulté dans la prononciation , faiblesse du bras gauche pendant près d’un an. Six mois après , ces symptômes n’augmentèrent point d’intensité ; maii alors atrophie du bras, aphonie, mouvemens convulsifs involontaires de tout le corps. Après un autre long intervalle, engourdissement du bras droit, respiration pressée, grande difficulté d’avaler, diarrhée,, urine naturelle, intégrité des facultés intellectuelles , mort subite quatre ans après les premiers accidens. Ses extrémités inférieures avaient été pendant un temps considérable atteintes seulement de faiblesse, mais non de paralysie ; car il se promenait d’une chambre à. l’autre , s’appuyait sur le bras d’un homme, quelques heures avant sa mort. A l’autopsie, la moelle épinière des vertèbres cervicales fut trouvée très-ferme, résistant à la pression comme un corps calleux. Les membranes de cette portion étaient si denses qu’on ne pouvait les inciser qu’avec peine. La moelle allongée parut un tiers plus large que dans son état naturel. Il y avait près de la faulx quelque apparence de suppuration; les ventricules étaient pleins de sérosité; les nerfs brachiaux et linguaux étaient à leur origine très-compactes et presque tendineux. L’épaisseur des nerfs cervicaux provenait de la densité de la membrane qui les couvrait. Nous observerons ici que les symptômes dépendàns de la lésion essentielle de 1 origine du nerf immédiatement affecté , consistent dans des paralysies complètes et constantes , tandis que les symptômes dus à la simple irradiation par continuité ou par sympathie, consistent dans des convulsions, dans une simple diminution de l’énergie des organes» et que le plus souvent ces accidens ne sont pas continus. Lorsqu’ils le sont, on peut présumer que la portion correspondante de moelle s’est à la fin prise idiopalhiquement. Ces idées peuvent servir beaucoup pour déterminer le siège primitif de la maladie, son étendue et le danger plus çà moins prochain qu’elle présente pour le pronostic.

’ D’après ce que nous venons d’établir, on voit qùe ce n’est pas à tort que les anciens attachaient une grande importance à l’étude de la moelle épinière comme siège de maladie , sur-tout dans les affections convulsives et paralytiques. Alexandre de Traites fut même jusqu’à soutenir que la paralysie des membres avait son origine dans le cerveau, seulement lorsqu'elle est accompagnée de la paralysie de quelque partie de la tête , comme les yeux ou la langue , et que lorsqu’elle n’est point accompagnée de la paralysie d’une de ces parties, elle dépend toujours de raffection de la moelle épinière. Galien paraît avoir professé à peu-près la même opinion. En effet , il paraît constant que la lésion du cerveau amène toujours une altération dans les facultés intellectuelles. Lorsqu’on étudie avec soin le malade, on observe toujours, du moins dans certains momens du cours de la maladie , dé la céphalalgie , des vertiges , des éblouissemens ; les facultés intellectuelles sont parfois embarrassées ou suspendues , ou du moins elles l’ont été primitivement, La maladie commence par là et petit finir par la paralysie partielle d’un membre. Le contraire a lieu dans les lésions de la moelle épinière ; l’affection des facultés intellectuelles n’est ici que secondaire.

Quelques auteurs célèbres ont pensé que les maladies spasmodiques et nerveuses avaient leur origine dans la moelle épinière. Hofitnv'um, dans son essai de morbis discernendis ^ établit, la distinction suivante entre l’épilepsie et les convulsions. « Dans le premier cas , dit-il, les membranes du cerveau sont affectées ; dans le second, ce sont les maladies de la moelle épinière. » Je passe sous silence l’affection des membranes, l’on sait le rôle exagéré qu’Hoffmann faisait jouer à ces organes. L’opinion qui! émet ici n’en est pas moins exacte, toutefois en la modifiant. Des couvulsions le plus souvent générales peuvent partjr du cerveau, mais la plupart des convulsions partielles dépendent de la moelle épinière. Dans son traité de morhis con^ufsii’is , ce même auteur divise les affections convulsives en idiopalbiques et symptomatiques. ïl pense que les premières viennent de l’irritation des mernbranes de la moelle épinière, et que les dernières dépendent des maladies de

divers autres organes, en conséquence de l’influence que ces maladies exercent sur la moelle épinière. Cette idée, prise toujours avec les mêmes restrictions, est précieuse et susceptible de jeter un très-grand jour sur le siège, la théorie et le traitement des affections nerveuses des organes du tronc. En effet, quand un de ces organes est affecte, même d’une manière directe et dans sa propre substance,

1 on doit présumer que cette affection est plus ou moins partagée par la portion de moelle epinière qui lui fournit ses nerfs. Ainsi, par exemple , dans les affections convulsives de la poitrine, l’on peut conjecturer que la portion cervicale et dorsale est plus ou moins prise ; pour les viscères abdominaux, la portion lombaire : ainsi dans la diarrhée, dans la colique, dans les désordres de la meiistruation , l’extrémité lombaire de la moelle peut être plus ou moins compromise. Aussi est-il sûr , lorsqu’on veut produire une forte commotion sur les organes du tronc , qu’on peut tirer un très-grand parti des médications appliquées sur la portion correspondante de la moelle épinière: ainsi, dans les affections de poitrine on tire un grand avantage de l’application du vésicatoire entre les épaules ; dans la diarrhée et dans d’autres maladies du bas-ventre, un vésicatoire sur la région lombaire a eu le plus grand succès.

Ludwig attribue plus particulièrement plusieurs affections hystériques et hypocondriaques à l’irritation de l’origine des nerfs intercostaux , et explique les affections des poumons , du larynx , etc.^, qui se développent dans le cours de ces maladies , par la connexion de leurs nerfs avec la paire vague. Il est très-sûr que les organes, abdominaux, qui sont spécialement affectés dans l’hypocondrie et dans l’hystérie, puisent leur force nerveuse dans la moelle épinière r ainsi ces maladies peuvent dépendre d’une irritation médiate de l’organe malade, on bien de la portion de moelle ^ni Im fournit ses nerfs. Lieutaud adopte l’opinion de T.udwig.

Dans les coliques d’estomac ou des intestins , la portion correspondante de moelle épiniére est plus ou moins compromise soit dans certains cas . comme cause directe de la ma a le, soi ans

fl autres ^ comme un de ses effets très-propre à la modifier, ou comme une véritable complication, Astruc rapporte des observations sur une maladie qn’il nomme rachialgie , maladie dont les symptômes ressemblent à ceux de la colique de Poitou , et qui sont cause d’une lésion violente de la moelle épinière , par un coup reçu sur les vertèbres dorsales. Hillary a observé aux Barbades une colique , dans laquelle, lorsque les douleurs diminuent , la paralysie des extrémités commence ; le malade ressent de la douleur aux extrémités des épaules et aux muscles voisins , avec une sensation extraordinaire, une espèce de frémissement tout le long de la fnoelle de l’épine, qui delà s’étend bientôt jusqu’aux nerfs des bras et des jambes. Voyez une observation de Bonel, Sepulchr* anat. vol. I; une autre observation de Privatius , cité par Sauvages. Les préparations de plomb peuvent amener la paralysie des extrélîîités , en partie par la colique même, et en partie , parce que peutêtre elles agissent sur le centre nerveux , et notamment sur la moelle épinière , comme presque tous les poisons. Un très-grand nombre de faits montrent un très - grand rapport entre les viscères abdominaux, et les membres inférieurs. Cette sympathie, outre qu’elle est efïtreteniie par la continuité des parties , peut s’expliquer par «ne origine commune des nerfs des intestins et de ces extrémités dans la portion inférieure de la moelle épinière. En général , un très-grand nombre de sympathies reconnaissent pour cause , ou du rnoins pour soutien et pour circonstance auxiliaire, l’intermédiaire de tout le centre nerveux composé du cerveau et de la moelle épinière. Wiliis n’a eu de la peine à défendre son opinion sur la théorie des sympathies, que parce qu’il ne tenait compte que du centre cérébral. Notre manière de voir nous paraît jeter le plus grand jour sur. presque tous les phénomènes de l’économie vivante.

Bailiou attribue plusieurs symptômes de la fièvre à une affection de la moelle épinière , sur-tout la douleur au dos , le tremblement des mains et l’oppression de la respiration. Il est très-sûr que, dans les fièvres, le centre nerveux est plus ou moins compromis, sur-tout dans les fièvres malignes continues ou intermittentes, principalement

dans celles produites par un poison , comme par celui de la pesle, de la fievre jaune , du typhus et du gaz des marais- Voyez une observation de Brera , d’une affection de la moelle épinière après une fievre petechialé ; une autre observation de Ranchetli , de fièvre pétéchiale, dans laquelle l’on constata, après la mort, finflamtnation de tout le centre nerveux. Reil a vu que , dans les fièvres malignes, la substance nerveuse est injectée de sang.

Les considérations physiologiques et pathologiques que nous venons de présenter sur la moelle epinière , jetteront un grand jour sur la théorie, le siège , le traitement de l’inflammation de cet organe. Déjà même nous avons fait pressentir , par plusieurs observations, le rôle de 1 inflammation 4e la moelle épinière dans une foule de maladies qu’on ne songe guère à lui rapporter , et ceci ouvre un nouveau champ aux recherches.

Obserçations particulières de Spinitis*

OBSERVATION (i).

Marie-Thérèse Machlein, âgée de i4 ans , grande , maïs d’une constitution faible et lymphatique, avait été traitée à l’hôpital des enfans pour une hémiplégie du côté droit, presque complète et survenue sans cause connue; elle sortit 4^ l hôpital a peu près guerie, mais jouissant d’une faible santé , sans être cependant malade , sans éprouver aucun accident grave ; cet état dura quatre mois. Dans les premiers jours de mai i8i5 , on remarqua une plus grande faiblesse dans les jambes ; peu à peu elle fut portée au point que.

(i) Cette observation précieuse m’a été communiquée par M. le professeur Ldlemand ; elle doit trouver sa place dans un ouvrage sur lesmaladies du cerveau et de la moelle épinière, travail qui lui fera sans dout« te plus graud honneur^ et servira aux progrès de la science.

e 12 mai, la malade avait entièrement perdu la faculté de mouvoir es membres inférieurs ; peu de jours après, la peau de ces parties était devenue insensible , en même-temps la respiration était devenue plus difficile. Le i 5 mai, à ces accidens se joignit de la fièvre.

Le 20 mai i 8 i 5 , elle fut apportée à l’hôpital de la Maternité, dans l’état suivant : décubitus constant sur le dos ( cette situation avait déjà déterminé une escarre au sacrum ) , face rouge et animée, chaleur vive de la peau , pouls fréquent et développé , langue rouge, respiration fréquente et gênée , toux difficile et parfois totalement empêchée par un sentiment d’oppression douloureuse vers la partie supérieure moyenne de la poitrine , immobilité et insensibilité complète des membres inférieurs , sortie involontaire des urines et des matières fécales , sensibilité très-obtuse des parois de l’abdomen qu’on peut pincer fortement sans que la malade éprouve d’autre sensation que celle du contact, faiblesse et tremblement du bras droit autrefois paralysé ; pendant la nuit redoublement de la fièvre, malaise , anxiété considérable.

Le 21 mai , 9.® jour , mêmes symptômes ( saignée du bras de six onces, infusion de fleurs pectorales , eau d’orge avec oxymel, émulsion ) -, dans la journée et le soir, état général meilleur , visage moins animé , chaleur de la peau presque naturelle ; pouls à peine fébrile mais toujours fort développé ; langue de couleur naturelle , respiration beaucoup plus facile, peu de toux ; du reste , même état des membres, excrétion toujours involontaire de5 urines et des matières fécales ; nuit plus tranquille ; sommeil.

Le 22 mai, 10.® jour , sueur bornée aux parties supérieures du corps ; douleur vers la partie inférieure droite de la poitrine et la région du foie , n’augmentant point par la respiration , non plus que celle fixée sous le sternum ; développement sur. les jambes de plusieurs phlyctènes du volume d’une noisette ; point de changement dans les autres symptômes de la veille. ( Même prescription moins la ■saignée. )

Le 23 mai, ii.®/oMr, point de fièvre, faiblesse générale un peu augmentée, respiration plus pénible , plus faible , l’insensibilité de

la peau sest etendue jusqu’au niveau de la base de la poitrine , dont les parois restent presque immobiles dans les mouvemens de la respiration qui paraît se taire entièrement par le diaphragme ; toux frequente , faible , laborieuse. En examinant attentivement le rachis, on croit reconnaître une saillie plus marquée quà l’ordinaire vers la partie inférieure de la régiondu cou. (Deux cautères sur les cotes de cette tumeur; emploi du galvanisme pendant environ 20 minutes ; frictions sur les jamibes et le tronc avec l’éther acétique ; potion etheree, eau de tilleul avec liqueur d’Hoffmann ; décoction de quinquina avec la rhubarbe. )

Vers la fin de l’action de la pile galvanique , la malade éprouve des sensations douloureusès , des tiraillemens dans les jambes et les cuisses ; pendant le reste dn jour , la sensibilité semble un peu revenue dans les parties , sur-tout à gauche où la malade sent trèsbien quand on pince un peu fortement la peau ; le pouls est plus fréquent que la veille, la peau est brûlante. ( Le soir , très-large vésicatoire à la région dorsale. )

Le 24 mai, 12.^ jour , peu de changement. ( Même prescription , l’action du galvanisme employé dans différentes directions n’a presque pas été sentie. ) Dans la journée point d’amélioration , paroxysme fébrile le soir.

Le 20 , i 3 .® jour au matin , la peau du membre inférieur gauche est de nouveau insensible , celle des parois de la poitrine jusque vers son tiers inférieur l’est devenue aussi. (Même prescription, de plus deux sinapismesaux jambes. ) Vers deux heures la respiration devient tout-à-çoup excessivement laborieuse , suffocante ; le visage pâlit, la syncope est presque complète et dure un qiiart-d heure. Le reste de la soirée, faiblesse générale , pâleur extrême, pouls petit , très-

fréquent. . . J

Le 26 , 14.^ jour , la paralysie dés parois de la poitrine fait des

progrès , redoublement fébrile , du reste mêmes symptômes. ( Infusion de valériane avec liqueur d’Hoffmann , infusion d'arn.ca, potion avec l’alcool nitrique, quatre sangsues à l’anus , vésicatoire a une jambe, frictions avec l’éther acétique, galvanisme. ) Après 1 emploi

âe ce dernier moyen , la sensibilité semble revenir un peu dans le membre inférieur gauche.

Le 27 mai, i 5 .® jour y augmentation de tous les accidens; paralysie complète des mouvemens de la poitrine et de la sensibilité de la peau qui la recouvre. ( Même prescription , de plus sangsues à la partie supérieure interne des cuisses , sinapismes. ) Dans la journée, seconde syncope plus forte et plus prolongée que la première.

Le 28 mai , 16.® jour , respiration excessivement laborieuse , pâleur livide et altération des traits de la face , sutfocation imminente t mort à onze heures du matin.

Autopsie. Tête. Le cerveau et ses naembranes étaient dans l’état naturel, seulement une portion 4^ la substance médullaire de rhémisphère gauche , immédiatement au-dessus du ventricule latéral, avait subi une altération remarquable; dans l’étendue d’environ un pouce et demi en longueur, d’un pouce en largeur, sur d'eux à trois lignes d’épaisseur, elle était endurcie au point d’offrir de la résistance sous le scalpel. On peut se faire une idée assez exacte de sa consistance , en la comparant à celle du fromage de gruyère*

Canal vertébral. Épanchement entre les parois du canal et la duremère , d’un sang en partie coagulé et infiltré dans le tissu cellulaire du canal, eh plus grande quantité vis-à-vis les dernières vertèbres cervicales, occupant cependant toute la région du cou et le tiers supérieur de la région dorsale , et colorant en rouge la dure-mère avec Iaf|U€lle il était en contact. Vis-à- vis la 7.® Vertèbre cervicale , et à l’endroit où pendant la vie on avait cru apercevoir une saillie des apophyses épineuses de quelque vertèbre , la moelle présentait un reniement marqué, plus considérable qu’à l’ordinaire : incisée dans cet endroit, sa substance était dans un état de désorganisation complète ; son tissu rougeâtre était réduit , dans l’étendue d’environ un pouce, en une espèce de bouillie; au-dessus et au-dessous la moelle avait son or^nisation ordinaire ^ le long de la partie inférieure de la moelle, on trouva entre elle et ses membranes de la sérosité.

Poitrine. Adhérences anciennes du poumon gauche avec les

côtes, etc. ; disparition de la cavité de la plèvre ; bronches gorgées de mucosités.

Jhdomen, Foie volumineux, plein de sang.

Il n est pas dit qu’on ait ouvert l’estomac ni les intestins.

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