DfABI^TÈS
assez bien ses forces et améliora son état sans toutefois pouvoir le guérir. Les autres remèdes internes , qui méritent le plus ma confiance, sont, remploi du quinquina , des préparations martiales, de la teinture de canelle , et de l'opium. L'obser- Tation que je rapporterai pour servir d'exemple, ine dispense d'entrer dans le détail de l'administration de ces remèdes. Je doisîcependan t observer qu'il faut augmenter graduellement la dose de Topium et de la teinture de canelle , de manière à donner , dans l'espace de i[\ heures , environ itn grain du premier, et jusqu'à une once de teinture de canelle dans huit onces de véhicule , ou bien dans la boisson ordinaire.
^BfocBgni nrl f#K et surtout l'opium, ont, comme on le sait, la faculté de diminuer les excrétions, excepté celles de la peau qu'ils excitent et provoquent. La certitude que j'avais acquise de leurs effets, m'engagea à les employer comme pouvant en même temps fortifier l'organisme, diminuer la sécrétion urinaire , et communiquer aux vais, seaux cutanés une énergie qui oblige les reins à se désister de la leur. Mais en déclarant que j'ai à me louer de ces remèdes , si naturellement indiqués, je dois dire que l'opium employé à haute dose, produit à la suite l'inappétence et une constipation qui finit par devenir inquiétante pour le malade. Cette dernière affection oblige à faire usage des lavemens, du mercure doux, de l'aloës, enfin, des pdules laxatives d'Anderson , de celles qu'on attribue à Frank , etc. Il m'a paru
DIABETES. 7 5'
que l'eau de Raloel , 1 elixir de Mynsicht et celui de Haller empêchent l'opiura de resserrer aussi fortement le ventre.
Quand le diabètes est réqent ou peu grave, il cède plus ou moins promptement aux moyens que je viens d'indiquer, et qu'il faut continuer jusqu'au rétablissement de la santé; car il ne suffit pas que les forces soient Jouables et la soif presque nulle, que le besoin d'uriner se manifeste à peine dans la nuit, et que le malade qui ne souffre de rien , soit rendu à ses occupations. Il faut encore que tout symptôme morbifique soit dissipé , et alors même, il importe de suivre^ pendant long - temps un régime substantiel et corroborant. La bonne nourriture, le vin, le café, une petite quantité d'eau-de-vie ou d'élixir de Garrus, l'exercice, les vétemens qui garantissent du froid et de l'humidité, préservent du retour de cette maladie. J'insiste sur la nécessité de continuer long- temps ce régime fortifiant et réparateur, car le diabètes revient aisément, et l'on ne peut considérer comme guéris que les malades qui passent un an san& rechute.
Mais quand le diabètes est grave et avancé , la cure est hérissée de difficultés, et souvent le mal a fait des ravages irréparables.
« Non est in meclico seinpcr , relevetiir itt ceger » Interdùm clocta jplus valet: arie rnatuni ».
OviD.
Au commencement , on ne tarde pas à dissiper les souffrances et à augmenter les forces; la soif
76 BIAB^Tfes.
diminue , les urines coulent peu abondamment et se rapprochent de l'état naturel, l'embonpoint cl le coloris reviennent de manière à faire espérer un parfait rétablissement, la tristesse et l'inquiétude sont moins profondes, le malade croit être guéri, et le médecin crie victoire. Mais l'un et Tautre sont tôt ou tard cruellement détrompés. La peau est la dernière partie qui reprend son état naturel ; tant qu'elle n'offre pas cette mollesse , cette douceur humide , qui sont l'effet et la marque de l'exercice régulier de ses fonctions, tant que les urines ne sont pas colorées, qu'elles n'exhalent pas leur odeur propre, qu'elles sont plus abondantes que dans l'état ordinaire; que la soif n'est point dissipée; que ceux qui ont perdu l'appétit ne le retrouvent pas; enfin, tant que l'ensemble des fonctions n'annoncent point une marche décidée vers la santé, on ne doit compter sur rien. Si le diabétès est ancien ; si le malade est épuisé, vieux, cachectique, épuisé par l'abus des plaisirs vénériens, ou par celui du vin; et, surtout, s'il souffre de la poitrine ou de quelque lésion organique, le pronostic est funeste.
Le traitement du diabétès grave étant toujours long , il convient de remplacer ces remèdes par d'autres toniques, comme l'alun, la teinture de safran oriental et de myrrhe, l'infnsion de Colombo et l'éther. On revient ensuite à la teinture de cannelle , aux opiacés , au quinquina, etc., qui agissent alors d'une manière plus salutaire, que si on en avait continué l'usage.
DIABÈTES, 77
La troisième indication curative consiste a exciter lesvaisseaux inhalans et exhalans cutanés; car ceux-ci sont frappés de langueur et les autres absorbent communément une humidité qui augmente le cours des urines. La quantité de cette humeur que l'on rend en santé, fait a peu près la moitié des alimens et de la boisson; l'autre moitié étant en grande partie évacuée par la peau et par les autres émonctoires^ On voit d'un coup-d'œil que le défaut de transpiration doit augmenter le cours des urines et même entretenir l'action vicieuse des reins, puisque son intensité est naturellement en raison inverse de l'excrétion cutanée. Quant à l'influence morbilique que j'attribue aux vaisseaux cut^^, elle est directement prouvée par la sécheresse,|*ft*>'lefroidde la peau et par la quantité d'urines excrétées, qui. chez certains dépassent de beaucoup celle des alimens et des boissons. On retrouve donc ici le phénomène si souvent offert par les hydropiques, et dont les exemples rapportés par Morgagni sont les plus surprenans.
Mais en reconnaissant avec Celse , Tissot , etc., l'utilité des excitans cutanés, je dois convenir que la langueur et l'action vicieuse des vaisseaux de cette partie, me paraît résulter communément du travail excessif des m cwuwl car dans le diabétès grave, où il estdifhciie d'exciter la transpiration, la sueur que mèm» de fortes doses d'opium ou. de poudre de Dower provoquent, ne tourne»*-, pas sensiblement à l'avantage des malades. Si donc je m'attache à stimuler les vaisseaux cutanés.
78 DIATÎl?Tt;S.
c'est parce qu'en santé comme en maladie, on observe une sorte d'antagonisme entre leur action et celle des reins , de manière que l'excès de Tune fait diminuer l'autre. En relevant l'énergie du système cutané, je fa s en sorte d'opérer une dérivation, dont les sympathies organiques l'analogie la plus étendue , enfin , l'heureuse influence de l'Eté sur quelques malades , montrent les heureux effets. ^
Outre les remèdes internes précités qui conduisent à ce but, on peut employer les frictions , faites sur le tronc, avec un morceau de flanelle imbibée d'huile d'olive mêlée d'un seizième de camphre et d'ammoniaque. Il est avantageux au malade de se couvrir le corps laine , ou du moins de se garantir du froid Wde l'humidité par de bons vêtemeus.
Les lotions faites deux fois par jour avec de loxicrat froid, sur la moitié inférieure de l'épine vertébrale , m'ont paru changer avantageusement l'état des malades qui n'avaient point de lésion locale. Par l'emploi de ce remède, la peau a perdu sa sécheresse , les muscles ont repris de la force, le coloris est revenu. Les lotions faites, on essuiJ parfaitement^ ks^îarties mouillées, et le malade se promène ««STOte autant que ses forces
le permettent.
Après avoir exposé le traitt^rent du diabétès, il me reste à dire un mot des maladies générales et locales qui souvent précèdent, accompagnent, ou qui viennent après celle-là. Charles Whytt
I)IAB}'iTFS. 79
clait attaqué de diabètes en même temps que de mélancolie et de dispepsie;et Bangs a vu cette maladie jointe au scorbut ; Méad, aux obstructions du foie ; Benninger, au cours de ventre qui amporta le malade; Pierre Frank, aux différentes phthisies pulmonaires; Ruysels , aux abcès d-cs rems; et moi-rnème , si j'ose me citer après ces grands hommes, je l'ai vu compliqué avec le catarrhe vésical, les obstructions, le pissemenl de sang , la phthisie pulmonaire , les menaces d'apoplexie, l'hydropisie, les fièvres adynamiques et autres. Méad, Sauvages, Bosquillon , Trnka, Darwin, Burserius , Frank, ont été témoins de pareilles alliances; enfin, j'ai vu l'établissemena; de la phthisie pulmonaire diminuer extrêmemenî les urines, et , par là, effacer le diabétès. Quant aux affections organiques et autres, d'une nature grave, que l'épuisement fait naître ou fortifie, on chercherait en vain leur remède. Qu'opposer en effet, à la phthisie pulmonaire, aux obstructions hépatiques et mésentériques, à l'hydropisie, au pissement de sang, aux calculs urinaires qui se manifestent dans des circonstances si déplorables? Egalement, quel médecin pourrait secourir efficacement le malade attaqué du diabétès accompagné de la suppuration des reins? L'honneur de l'art exige que cette redoutable association de maux soit connue , et les douleurs plus ou moins vives au rein lésé, aux lombes, à l'hypogastre ; le prurit à la verge , les accès fébriles irréguliers, la fièvre continue ; enfin , le
8o Dr ABÊTIS.
mélange du pus avec l'urine en sont des signes certains. Mais il n'est que trop vrai que dans tous ces cas, les ressources de Tart sont insuffisantes. Au reste , on \erra dans l'observation que je Tais rapporler , comment je me suis conduit dans un cas de diabétès joint à la phthisie pulmonaire. Baillou , Trnka, etc., rapportent de^ exemples de diabétès qu'ils attribuent à la rétropulsion de I humeur leucorrhéïque, et Thomassini a vu aussi la même maladie remplacer les dartres. D'après ces faits, on pourrait être surpris que je ne dise rien des exutoires et des vésicans que l'on croit indiqués en pareil cas. Mon sdence à ce sujet est fondé sur ce que je n'ai pas vu d'exemples probans de ces métastases, et que ceux qu'on cite ne me paraissent pasexiger un traitement spécial. Baillou, par exemple, rapporte qu'une femme presque sexagénaire, depuis long-temps attaquée de fleurs blanches très-abondantes, que des remèdes mal à propos administrés, supprimèrent tout d'un coup, fut de suite attaquée d'un diabétès qui, en quatre mois, termina sa vie: Tota ferè die urina plaitè aquœ fluebat nec natura eam sistere poterat. Quiim sat bene habita esset emacruit continué et siti inesplebili cruciebatur. Lingua arescebat et eam perlucidam prœ siccitaie vidi. Fœtidum expirabat et cadavemm, etc. Mais outre que le diabétès méconnu dans son principe , avait pu supprimer la leucorrhée , comme il dessèche la peau et les ulcères, je ne vois point que ce cas réclame une cure spéciale, ni que la médecine puisse rappeler
i)iAB^Ti:s. 8l j
le flux îencorrhéique par des exutoires. En effet, ! les dartres du visage sont une des suites les plus fréquentes de la disparition des fleurs blanches. ^ Or, je le demande aux praticiens, l'emploi de ces \ remèdes rend-il aux visages couperosés leur teint ; primitif? Cette remarque s'applique également '\ aux cas de diabètes que les auteurs font provenir ] du dessèchement d'anciens ulcères. Ils prennent l'effet pour la causé; car, je le répète, l'action excessive des reins fait constamment diminuer les excrétions naturelles et morbifiqués, çn sorte que les ouaiioteiroo même rerusent de remplir ' leurs fonctions. J'ai vu le diabétès, léger et commençant, tarir presque entièrement un ulcère et des fleurs blanches. La Dame qui fait le sujet de cette observation , attribuait cette suppression à des pilules stomachiques qu'elle prit pendant quelques jours d'après mon conseil. Au reste, je conçois que les aicrotoiros peuvent opérer une révulsion avantageuse ; mais les frictions excitantes faites chaque jour sur la région épinière, sur le ventre et sur les extrémités, exercent une ^ action plus étendue et plus puissante. Burserius ^ i nous a transmis Un cas de diabétès dont un sep- \ tuagénaire, d'un tempérament sanguin et bilieux, i fat atteint aussitôt après avoir échappé à une hé- ' miplégie. Au bout de deux mois , un diabétès \ qu'il appelle aqueux , et qui , en effet, n'était pas 1 sensiblement déprédateur des sucs nutritifs , s'as- socia avec des accès de manie accompagnée de symptômes de pléthore sanguine. Burserius em-
^'2 diabÉtîîs.
ploya d'abord une suignée, et, aussitôt après, il mit eu usage le lait et l'infusion de quinquina , qui détruisirent le diabétès. Pendant deux mois, le malade rendit cent soixante à cent soixante et dix onces d'urine, tandis que la boisson répondait, à peine, au tiers de cette quantité.
Dans le cas rapporté par Burserius , on ne voit nullement le succès de la saignée. Pour moi, qui n'ai pas vu de diabétès compliqué de pléthore, je ne saurais dire si ce remède peut être utile dans cette circonstance. Je sais que bien des médecins rajeunissant les opinions de Botâl, de^f eitrein, etc., employent à tout propos les saignées, comme si les hommes de nos jours avaient une force athlétique ; il ne faudrait donc point être surpris que l'on mit sur la ligne des inflammations vraies et primitives, les phlogoses qui se développent dans le cours de l'épuisement phtisurique. Mais, laissons les opinions ; l'expérienCe' seûle doit décider.
Observ. — Dans cette observation, on voit différentes maladies se joindre successivement au diabétès , sans qu'aucune d'elles arrête sa marche consomptive.
M. N.** , âgé de cinquante - cinq ans , bien constitué , robuste et vigoureux , d'un caractère ardent et irascible, étant livré depuis sa jeunesse à la bonne chère, et aux plaisirs vénériens , mais ayant toujours usé du vin avec modération, éprouva avec beaucoup de surprise , une révolution vers i'âge de cinquante ans. Jusque-là, il avait * joui d'une santé brillante, et elle n'avait été mo-
DIABÉTÈS 83
mentanément altérée que par les excès de table. Habituellement il mangeait beaucoup , surtout de la viande, et buvait une quantité d'eau vineuse proportionnée aux nourritures solides qu'il prenait. Le vomissement, provoqué par l'enfoncement des doigts jusques au fond du gosier, la diète, et leau, étaient ses remèdes familiers dans les indigestions qu'il éprouvait. Mais , vers l'âge de cinquante ans, il perdit ses facultés viriles avec une partie de son embonpoint ; et , dans l'espace d'un an, la grosseur de son ventre eut disparu. Les forces musculaires diminuèrent en, méme-temps , et M. N. devint incapable de longues marches. Quoique naturellement buveur, il s'aperçut qu'il buvait davantage, et avec plus de plaisir que par le passé. Pendant les années i8i3 , i8i4 , et i8i5, son état maladif empira d'une manière insensible , quoiqu'il conservât les apparences d'une bonne santé. Aussi, sans réclamer les secours de la médecine dont il ne croyait pas avoir besoin, témoignait-il sa surprise d'avoir perdu son embonpoint ^t ses forces viriles et musculaires. Son appétit était d'ailleurs excellent, et il mangeait beaucî5up deTRfnde à tous ses repas.
Au Printemps de i8i5, il fut attaqué d'urie1îev?ïr intermittente, dont je le délivrai promptefflen-É» par le moyen d'un vomitif et du quinquina. En Septembre, il eut encore ûne fièvrê--du même type qui fut suivie de plusieurs rechutes, et dont une fut accompagnée d'un violent choléra-in orbus, qui , dans l'espace de tro s jcrttr&, rcudrifeM. îf-.
84 DTAB^Tis. I
méconnaissable. J'arrêtai le choléra - morbus au !
moyen des potions opiacées; et la fièvre, qui de | tierce était devenue quotidienne , fut combattue
par le quinquina. Dans l'espace de huit jours, il j
fut guéri ; il se rétablit ensuite assez bien , et reprit j
à peu près ses couleurs. J'observerai que pen-r |
dant ces maladies la soif était la même, et que j
le diabétès poursuivait sa marche à l'insçu du ! malade; et c'est ainsi qu'on ne me dit jamais un
mot qui me fit soupçonner son existence. J-<e \ Octobre, M. N.** me rappela pour me dire qu'il
avait la moitié inférieure de la jambe, et le pied ]
gauche œdémateux. Je le trouvai sensiblement '
maigri, et son teint ainsi que la conjonctive étaient ^
jaunâtres. Lui ayant demandé s'il reprenait ses '
forces et s'il souffrait de la poitrine , il répondit j
qu'elle était en très-bon état; mais que malgré son ]
appétit et les nourritures substantielles dont il |
faisait usage , il s'affaiblissait de plus en plus,. Soa \
épouse ajouta à cet exposé, qu'il toussait et cra- j
chait beaucoup de matières fétides, qu'il s'était |
plaint d'un point de côté, et qu'enfin il buvait |
trop pour pouvoir se remettre. Ces mots furenl; ^ pour moi un trait de lumièrex^ii mo» mit ouf la |^
"Gl découvri^ la double existence du diabétès |
jirrar un abcès ou un ulcère pulmonaire. J'appris I
alors par les détads que je viens de donner et par j
d'autres , cjm aim^noeHt que le diabétès , quoique ;
plus faible en Été qu'en Hiver, existait depuis ;
environ cinq ans. Bu it^lt, tuiei'lcc symptômes ,\ pnnrtr"i?îirjiirT dr rnr r-mr "^""^^j^]^ : maigreur J
niABÉTiîS. 85; chairs molles, peau douce et sèche au tact ; pouls annonçant un commencement de fièvre lente ; teint jaunâtre , prostration des forces ^ propension au repos et au sommeil; appétit et soif prononcés, toux fréquente et sonore, expectoration de matières quelquefois fétides; langue blanchâtre , salive épaisse et quelquefois abondante; selles régulières, ventre mollet et dans l'état naturel. Le malade dort aisément et ne souffre de rien. Depuis qu'il résiste à la soif, il rend , dans l'espace de vingt -quatre heures, de sept à huit livres d'urine claire, légèrement jaunâtre, à peu près semblable à une dissolution de miel, ayan finie odeur fade et alimentaire. Dix livrés et demie de cette urine étant mise à l'épreuve du levain, la fermentation s'établit d'abord lentement et continua pendant quarante-huit heures; vingtquatre heures après, qu'elle eut cessé, je fis porter cette liqueur chez M. Magnes, phaniiacien , où, en présence de plusieurs personnes elle fut soumise à la distillation. On retira d'abord vingtr deux onces d'une hqueur spiritueuse , transpa? rente, qui marquait douze degrés à l'aréomètre, Mise dans une cornue convenable, cette liqueur fournit environ quatre onces d'alcool à dix-neuf degrés et demi; le reste fut jeté, parce qu'Or^ désirait seulement avoir un échantillon d'alcool phtisurique. Le malade étant enproieàlaphthisie pulmonaire , et au diabétès , je crus devoir com» mencer par combattre cette dernière maladie c|ui gviiit cjonné lieu à l'autre,
^6 ' DIABIÊTÈS.
Traitement. Je n'euspas besoin de recommander les nourritures animales, puisque M. N.** vivait principalement de celles-là. Quant aux remèdes, je lui prescrivis, pour le matin , un gros de quinquina, douze grains de cannelle , et autant de safran de mars; et pour le soir, cinq gouttes de laudanum et autant d'élixir de Mynsicht dans un peu d'eau sucrée; on augmenta graduellement la dose de ce mélange ,jusques à en donner vingtquatre gouttes. Je prescrivis, pour boisson, le bon vin à la dose d'une bouteille par jour, mêlé avec autant d'eau ; et je recommandai de boire le moins possible. ]M ca-n m 0 inouïe 9 Novembre, fièvre lente peu sensible, soif moins intense; urines moins copieuses, d'un jaune doré, ayant im peu leur odeur naturelle; toux forte et fatiguante, expectoration des matières quelquefois fétides; douleur entre les épaules, diminution de l'appétit, dégoût pour la viande , et préférence marqaée pour les végétaux; selles plus rares que par le passé. Depuis plusieurs jours le malade se plaint de douleurs vives et continuelles aux pieds, et surtout au gros orteil du pied droit. Toutefois, ces parties paraissent être dans l'état naturel, à cela près, qu'elles s'en Eent un peu le soir; la pression n'y provoque point de douleur.
Les mêmes remèdes sont continués. Le 20 Novembre , M. N.** a notablement repris des forces; la douleur du pied persiste , la soif n'offre presque plus rien d'extraordmaire ; les selles et les vents nue rend le malade, sont dune puanteur insup-
DIABÉTF.S. ^7
portable; la toux et l'expectoration sont au même degré : dans l'espace de a4 heures il rend environ 4 livVes d'urine, de couleur citriue,et transparente. La sécrétion de ce liquide était réduite à la quantité naturelle, et la cessation de la soif annonçant, aussi, que le diabétès diminuait, j'ai voulu savoir si les urines continuaient d'être sucrées. En conséquence, je les soumis à l'épreuve du levain, qui n'y fit développer aucune fermentation ; elles ne contenaient, sans doute, que des matières gélatineuses et albumines. Outre les alimensdont j'ai parlé, je prescrivis une livre de lait pour le matui ; un gros et denai de quinquina, 20 grains d'alun, 10 grains d'éthiops martial, et 12 gouttes de laudanum; pour boisson , un litre et demi de
■vin et d'eau par parties égales. 2 5 Novembre ;
toux et expectoration bien moins considérables; crachats salés, mèmtè petik; fièvre «1*- lentewi»; retour d'une sorle de point de côté, auquel le malade dit être sujet depuis quinze ans. A cela près, la poiiriue est sans douleur; mais les douleurs des pieds sont plus fortes ; la soif et les urines ne présentent rien d'extraordinaire; l'appétit est moindre , les digestions sont faciles , les selles assez régulières et les forces augmentent beaucoup. — jo Novembre : M. N.** a éprouvé plusieurs fois la diarrhée , et cet accident fit supprimer l'usage du lait; la toux a augmenté, et les crachats plus abondans, sont les uns grisâtres, les autres rouillés,'et d'autres mêlés de sang. M'étanfc rendu maître du diabétès , je résolus de chercher à. combattre la phthisie pulmonaue, qui menaçait: également la vie du malade. En conséquence , je supprimai les remèdes précités , et prescrivis : lait d'ânesse, forte décoction de lichen d'Islande , et trente grains par jour de semences de pheliandrium aqualicum. La nourriture végétale fut jointe aux consommés. — 5 Décembre 'i' moiteur continuelle dans la nuit ; mêmes douleurs des pieds,
88 DIAB^ThlS.
m;iis sans enflure ocdématense ; les urines sont Tongeatres et elles exhalent leur odeur naturelle. Désirant savoir si elles contenaient du sucre, j'en fis recueillir G livres, que j'exposai à une chaleur douce , après y avoir délayé un peu de levain. Aucune fermentation ne s'établit, et la liqueur répandit une odeur nrineuse très-prononcée. — ' Dans les premiers jours de Janvier 1816, M. N.**,parut rétabli, et je cessai de le voir, après lui avoir recommandé l'usage, soit de la nourriture animale , soit celui du vin vieux. Il ne souffrait cjue des pieds. — Dans les premiers jours d'Avril îll, N.** me rappela. J'appris que souvent il lui était arrivé de manger avec sa voracité accoutumée, et que même il avait éprouvé plusieurs indigestions. A cette époque , il était attaqué d'une fièvre tierce dont chaque accès débutait par des vomisscmetis et des coliques, qui firent craindre le retour du choléra-morbus. J'employai sur-le-champ, avec le plus grand succès, les potions composées avec les eaux de men tlie et de cannelle, le laudanum et l'éther, et je fis usage après du quinquina en substance. Mais, depuis cette maladie, M. N. ne put plus reprendre la santé dont il jouissait, et il fut réduit à garder la chambre. L'appétit et les digestions laissaient beaucoup à désirer; le 9 du mois de Mai, la toux reparut avec une fièvre lente mêlée de petits accès irréguliers. Dans les premiers jours d'Octobre 1816, M. N.** périt consumé par la phthisie pulmonaire, et par l'inanition; car son estomac ne supportait plus les nourritures quelconques. Les douleurs des pieds ne le quittèrent jamais.