‹ Recherches et observations sur les causes des maladies scrofuleusesChapitre 13 sur 36 · DES · texte numérisé non relu

DES

M.UADIES SCRUPULEUSES.

INTRODUCTION a l'étude des causes des maladies scrofuleuses.

lia scrofule produit uu grand nombre d infirmités, ces infirmités sont très communes; elles ont, le plus ordinairement, une terminaison funeste. Ce doit donc être une étude fort utile et d'un très grand intérêt que celle des causes qui engendrent des maladies si nombreuses, si fréquentes, si souvent mortelles.

Les maladies scrofuleuses sont-elles occasionnées par les agents extérieurs au milieu desquels nous vivons, qui nous modifient sans cesse, et qui peuvent, dans certaines circonstances, altérer la santé d'une manière très profonde ?

L'air que nous respirons, les substances qui servent

à notre nourriture, !e travail, la fatigue, les privations, certaines l'naladies, certaines localités, peuventils faire passer notre espèce à letat scrofuleux?

Nous verrons clans la suite cfe cet ouvrage que la scrofule se développe, dans le plus grand nombre des cas, sans causes extérieures appréciables, au milieu même des conditions hygiéniques les plus propres à fortifier la sauté ; cru elle se montre à l'occasion de certaines maladies dont elle ne tire pourtant point son origine; qu'elle règne d'une manière endémique dans quelques localités, sans qu'on sache encore par quelle raison; que dans des ateliers de travail, où toutes les causes occasionnelles de maladies sont , pour ainsi dire , accumulées , les effets de ces causes, d'ailleurs si nuisibles à la santé générale des ouvriers, semblent ne revêtir les caractères de la scrofule que par la voie delà génération; nous verrons enfin qu'il est au moins permis de douter que des causes extérieures soient pleinement génératrices delà scrofule, et que la cause la plus commune, la plus évidente de cette maladie , c'est l'hérédité.

Cette dernière cause est si générale, qu'on peut aller jusqu'à dire qu'elle existe alors même qu'elle ne peut être formellement reconnue; car, dans les cas de cette espèce , il est encore plus difficile de trouver une autre cause productrice dans les agents extérieurs, que de leur assigner une origine héréditaire (première partie, chapitre V).

La transmission de la scrofule des parents à leurs enfants est un fait trop général pour n'avoir pas été aperçu de tout temps. On verra néanmoins par les

observations inattendues sur lesquelles nous établirons ce point de doctrine, que la loi de cette transmission n'a pas encore été trouvée ; qu'elle a même été méconnue sous beaucoup de rapports, les auteurs n'ayant envisagé l'hérédité que sous un seul point de vue, celui de l'existence de la scrofule chez l'un des parents ascendants; tandis qu'elle a plusieurs autres origines, dont l'étude particulière est indispensable pour connaître la portée des causes héréditaires.

Pour traiter convenablement des causes des maladies scrof trieuses , il n'aurait donc pas suffi de rapporter ici quelques détails dece vaste sujet qui n'ont pas échappé à mes devanciers : il a fallu l'étudier de nouveau. J ai entrepris cette tâche dans la position la plus favorable à ce genre de recherches; j'ai conlinué l'étude des faits particuliers jusqu'à ce que je n'en aie plus rencontré de nouveaux, et longtemps après que je ne faisais que confirmer mes propres observations ; et telle est aussi l'expérience que j ai acquise par seize années de travaux spéciaux, que je l'ai résumée dans un tableau des causes des maladies scrofuleuses, à l'exactitude duquel je dois croire d'autant mieux que je ne rencontre plus de cas particuliers qu'il ne me soit facile de rapporter à quelqu'une des causes premières qui y sont constatées.

Il suffit de jeter un coup d'oeil sur les divisions principales de ce tableau, pour voir aussitôt quelle est l'immensité de notre sujet. Si ce tableau eût été un programme, il aurait pu ébranler la volonté la plus ferme de travailler aux progrès de la science;

mais il n'a été t'ait qu'après mes travaux et pour les réduire à leur plus simple expression (1).

Les causes héréditaires étant celles que nous avons reconnues dans la très grande majorité de nos observations, l'analyse de ces causes formera la première partie de ce travail.

Dans une seconde partie, nous traiterons des causes dites pathologiques de la scrofule; nous analyserons les rapports de cause de la scrofule avec la plupart des maladies de l'enfance, pour faire voir que ces maladies ne rendent point les enfants scrof uleux ; que lorsque la scrofule se montre à leur suite, la prédisposition individuelle existait antérieurement et qu'elle est, en outre, manifeste dans la famille. Nous verrons que, loin d'être un effet des maladies de l'enfance, c'est la scrofule , au contraire, qui, le plus ordinairement , complique ces maladies, les rend plus graves et très souvent mortelles.

Nous consacrerons la troisième partie de nos recherches à des remarques sur les causes extérieures occasionnelles. Au sujet de celles-ci, nous aurons également à faire la science d'une autre manière qu'elle n'a été faite jusqu'à présent; nous aurons à prouver, contre l'opinion reçue , qu'aucune cause occasionnelle n'a des effets nécessaires comme le sont ceux de l'hérédité; que l'humidité, pour citer celle de ces causes qu'on a regardée comme la plus commune, ne donne pas toujours naissance à la scrofule

(!) J'ai présenté ce tableau à l'Académie des sciences dans sa séance du 20 janvier 1840, à la suite d'une lecture que j'ai faite, devant ce corps savant, sur tes cames des malutlies .urojuleiises.

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endémique; que cette dernière espèce ne s'observe point dans certaines localités très humides, tandis qu'elle existe et qu'elle est. très répandue dans d'autres lieux qui sont très élevés , très secs et très sains.

De même la scrofule sporadique affecte tous les âges, tous les sexes, toutes les positions sociales, en toute saison, dans toutes les contrées, étant spécifiquement toujours la même, quelque variables que puissent être les conditions dans lesquelles se trouvent les individus et le degré de latitude qu'ils habitent. La nature de cette maladie est la même en Angleterre, en Espagne, en Russie, etc., ce dont j'ai, tous les jours, de nouvelles occasions de me convaincre par mes relations avec les médecins étrangers qui fréquentent ma clinique à l'hôpital Saint-Louis, et avec les malades scrofuleux de ces diverses nations auxquels j'ai donné mes soins.

.l'ai traité aussi de jeunes créoles de nos colonies des Antilles, chez lesquels je n'ai remarqué aucune différence essentielle entre les maladies scrofuleuses dont ils étaient atteints et celles que nous observons chaque jour à l'hôpital Saint-Louis; j'ai seulement noté que chez les habitants des Antilles la maladie devenait plus grave quand ils passaient dans nos climats tempérés. Je puis encore citer une jeune fille de Benarès, une autre de Calcutta, qui toutes deux n'étaient pas scrofuleuses d'une autre manière que ne l'est une jeune fille de Paris.

Cette similitude de la scrofule au milieu des influences extérieures les plus diverses, et même les

b INTHOUUCTIOÏC.

pins contraires, n'est-elle pas la preuve complète que la cause'de cette maladie n'est pas hors des individus, mais qu elle réside en eux-mêmes r

Quoique les causes occasionnelles qu'on a regardées comme pouvant produire la scrofule ne nous aient pas paru suffisantes pour rendre scrofuleux des sujets originairement bien organisés, nous les étudierons cependant avec soin-, parce qu'elles sont fort nuisibles dans toutes les conditions de la santé, parce qu'elles le sont davantage encore, quand il existe une prédisposition originaire à la scrofule, et parce qu'enfin ces causes réunies débilitent certaines populations au point que celles-ci ne peuvent plus guère engendrer que des enfants scrofuleux. C'est principalement sous ces deux derniers points de vue que nous envisagerons les causes occasionnelles , afin de leur donner le plus haut degré d'intérêt qu'elles puissent offrir dans la recherche des causes de maladies scrofuleuses.

Au point de vue d'où nous avons étudié les causes et la marche des maladies scrofuleuses, toutes les classes de la société ont pris le même niveau : ni l'éclat des unes ni la misère des autres ne les ont empêchées de se ressembler toutes par leurs infirmités. Cette ressemblance que les scrofuleux ont entre eux les isole tellement, qu'ils forment, à mon avis, une variété de l'espèce humaine qui a ses caractères spécifiques, indépendamment des circonstances extérieures an milieu desquelles elle peut naître, qui se propage et se multiplie par la génération.

Dans un autre ouvrage que je publierai incessam-

nient , je ferai voir que le tubercule est le caractère anatomique de cette variété de l'espèce humaine, celui qui donne une nature identique à toutes les autres maladies scrofuleuses avec lesquelles il coïncide le plus ordinairement.

Cet ouvrage est terminé, et j'allais le mettre sous presse, il y a quatre mois, quand j'ai reconnu que ma théorie de la tuberculisation paraîtrait plus évidente et plus complète, en ne la publiant qu'après avoir émis mes idées sur l'origine héréditaire des maladies tuberculeuses.

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