SENSATIONS SUBJECTIVES
démontrer l’existence de nerfs spécialement affectés à la sensibilité musculaire. Quelquefois les orteils se fléchissaient et se courbaient l’un sur l’autre, au moins d’après le dire des malades, quelquefois encore c’étaient des bouffées de chaleur ou de froid.
Mais ce qui est caractéristique, c’est que les amputés sentent leur membre, et ne sentent pas de contact. Ainsi il leur semble tantôt que le pied est en dehors du ht, et alors instinctivement ils sont tentés de ramener leur couverture pour recouvrir le pied absent, tantôt il leur paraît qu’il y a un trou dans le lit, et que la jambe pend par ce trou et se balance. Une femme amputée de la cuisse pour un ostéosarcome du fémur, (St-Augustin n° 4), a eu ceite sensation pendant près d’un mois, et elle lui était devenue extrêmement désagréable.
D’un autre côté Weir Mitchell a eu l’idée fort ingénieuse (1) d’électriser les moignons de ses malades, et il produisait des sensations surtout musculaires, et aussi des fourmillements et des engourdissements.
Ainsi remarquons bien ce fait, c’est que l’excitation d un tronc nerveux donne toutes les sensations sauf une seule, la sensation de contact. Chaleurs, fourmillements, engourdissement, activité musculaire, toutes ces sensibilités sont éveillées par l’irritation du nerf, de même aussi la sensation de la présence du membre, mais du membre perdu dans le vide et flottant dans.l’espace.
La conclusion est simple et importante. La sensation de contact et le toucher ne peuvent pas être provoqués par l’excitation d’un tronc sensitif, car il manque une
(1) Loc. cit.
CONCLUSIONS
condition essentielle, l’irritation périphérique des appareils terminaux. De même, pour revenir à une comparaison faite plus haut, que l’irritation du nerf optique ne donne pas la vue d’un paysage, de même l’irritation d’un nerf de sensibilité générale ne donne pas la sensation de contact. Pour qu’il y ait vue d’un objet ou contact d’un objet, il faut que ces objets excitent non pas le nerf luimême, mais les terminaisons nerveuses, qui modifient d’une manière inconnue encore l’excitation périphérique. L’expérience déjà citée de Volkmann ne laisse aucun doute à cet égard.
Résumons maintenant les principales données éparses dans ces trois premiers chapitres.
lo La sensibilité est une excitation cérébrale ou provoquée par l’excitation d’un nerf centripète ou de la moelle.
2“ Le courant nerveux centripète ou sensitif considéré dans un nerf n’a de sens nettement défini que dans les nerfs d’un certain volume ; dans les ramuscules nerveux terminaux, le courant nerveux sensitif se propage également dans l’un et l’autre sens, ainsi que le démontre l’existence de la sensibilité récurrente, d’autant plus manifeste que les nerfs sont plus petits.
3° La cause de l’excitabilité d’un nerf sensitif est dans un changement d’état brusque de ce nerf. Les nerfs sensitifs sont particulièrement excitables par le contact des objets, ce qui tient sans contredit au renforcement que donnent à l’excitation mécanique les appareils terminaux de la périphérie, dont la fonction est encore très-obscure.
4“ La vitesse des nerfs sensitifs est plus grande que celle
Richet.
com-
74 des ANi. thésies
des nerfs moteurs. Cette vitesse est ralentie par la pression. Chez les ataxiques, elle n’est pas constante, et elle est en rapport direct avec l’intensité de l’excitation.
5® L’excitation d’un nerf donne des phénomènes tels que l’enjjOurdissement, le fourmillement, (démangeaison et chatouillement), le scintillement, la douleur aiguë , les bouffées de froid et de chaud ; mais ne peut donner la sensation de contact qui nécessite la mise en jeu des corpuscules nerveux terminaux.