‹ Recherches expérimentales et observations sur le choléra épidémiqueChapitre 2 sur 10 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

RECHERCHES EXPERIMENTALES SUR LES PRODUITS MORBIDES DES INDIVIDUS ATTEINTS DU CHOLÉRA EPIDEMIQUE.

Lorsque l'autopsie et l'examen microscopique sont insuffisants pour nous éclairer sur l'altération morbide des produits organiques, c'est à la chimie d'intervenir. Dépassant de beaucoup la limite de l'examen le plus attentif, on peut attendre d'elle les renseignements les plus précieux ; aussi, lorsqu'en 1854 la ville de Bordeaux fut atteinte par une épidémie cholérique, je me

proposai de saisir cette occasion pour acquérir quelque lumière, sinon sur la cause de cette terrible maladie, au moins sur les altérations qu'elle produit dans l'organisme humain.

C'est sur le sang" et sur les déjections que je portai mes investigations. Je fus assez heureux pour être mis en rapport avec M. Bernadet, alors interne à l'hôpital Saint- André de Bordeaux, et qui aujourd'hui exerce la médecine avec une grande distinction. C'est lui qui fit les autopsies dont j'eus besoin et qui recueillit tous les produits qui font l'objet de ce travail. Qu'il veuille bien recevoir ici une nouvelle assurance de ma profonde gratitude.

Le. travail entrepris était considérable, et, dès l'abord, je m'aperçus avec peine qu'il me serait presque impossible de le terminer avant la fin de l'épidémie; aussi arrêtai-je un programme dans la crainte de consacrer trop de temps à des recherches d'un intérêt secondaire. Ce programme comprenait essentiellement :

1° Dessiccation des produits, afin de pouvoir les conserver et les examiner ultérieurement, s'il y avait lieu ; 2° analyse aussi complète que possible des déjections; 3° étude des réactions qu'elles éprouvent en présence des agents les plus importants.

Bientôt l'épidémie cessa, et ce travail n'ayant plus d'opportunité, je n'en conservai que les éléments. Aujourd'hui, je crois utile de publier les résultats que j'ai obtenus, car ils jettent une vive lumière sur l'origine des déjections et sur le caractère spécial de la matière albuminoïde qu'elles contiennent.

Je le fais avec d'autant plus de plaisir, que je m'adresse à des hommes dont la seule présence en ce lieu est une preuve de leur amour sincère pour la science et pour la profession qu'ils honorent.

Le peu de lumières que j'apporte, mises en commun avec celles qui ne peuvent manquer de se produire si une discussion intervient, nous feront, je n'en puis douter, faire un pas considérable dans l'étiologie de l'épidémie qui, pour la quatrième fois, vient affliger la France dans le tiers d'un siècle.

Examen du sang.

Ceux qui ont eu l'occasion d'étudier le choléra savent que lorsque cette maladie a fait des progrès notables, la saignée

devient impraticable : à l'ouverture faite par la lancette vient se présenter une matière noirâtre, épaisse ; et lorsque l'on presse les veines, en allant de la périphérie vers le cœur, à peine obtient-on l'écoulement de quelques gouttes de cette matière, qui se distingue essentiellement du sang normal et par son manque de fluidité et par son aspect pointillé et grumeleux. Or, comment se procurer du sang pour en faire l'examen? Si le sang peut être obtenu par une saignée, la maladie est à son début, et il est peu altéré; s'il ne peut s'échapper de la veine qui le recèle, il faut donc l'aller chercher ailleurs. C'est sur le cadavre qu'il a dû être pris. Souvent les plus gros vaisseaux, et notamment les artères, étaient vides, et c'est dans les ventricules du cœur que l'on a dû le puiser. On a eu le plus grand soin de recueillir à part celui du ventricule gauche et celui du ventricule droit. Il a toujours été pesé et soumis immédiatement à la dessiccation.

Une seule fois le sang a pu être séparé en caillot et en sérum. En général, c'était une pulpe homogène, granuleuse, d'un brun foncé, presque noir.

Le tableau suivant donne les résultats obtenus.

Résultats de la dessiccation du sang des cholériques.

l Sérum

[Sang artériel. Caillot

-, ) ( Sérum et caillot . .

j ( Sérum

( Sang veineux. (Caillot

( Sérum et caillot . .

2 jSang artériel

/Sang veineux

o JSang artériel

/ Sang veineux

r |Sang artériel

) Sang veineux

k (Sang artériel

(Sang veineux Q)

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