‹ Recherches expérimentales sur l'absorption et l'exhalationChapitre 2 sur 3 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Dès les temps les plus reculés on attribuait l'absorption aux veines j les lymphatiques ont été chargés aussi de cette fonction après leur découverte. C'est depuis Hunter , Hewson et les travaux de Mascagni que ces derniers vaisseaux sont regardés comme les seuls absorbans. On vient de faire revivre l'opinion ancienne sur l'absorption veineuse , et on s'est laissé même entraîner jusqu'à meure en doute celle des lymphatiques , excepté pour le chyle.

L'exhala lion a toujours été envisagée comme une fonction exclusive du systènie artériel , et on a imaginé des vaisseaux exhalans. Il y a quelque* auteurs cependant qui ont pensé autrement. Mascagni , par exemple , ayant observé que la matière injectée transsude de tous les points des vaisseaux , et s'étant assuré que les artères communiquent directement et constamment avec les veines , à dit que l'exhalation doit se faire à travers les parois des vaisseaux ; mais il s'est arrêté à cette conséquence , quoiqu'elle ne fût tirée que d'une simple observation cadavérique.

11 a répété une expérience intéressante que Kaw Boerhaave avait faite pour prouver l'absorption

des veines; et, chose remarquable ! Mascagni, qui faisait dépendre l'absorption des lymphatiques de la force de la capillarité, tout en reconnaissant par celte expérienceque l'eau introduite dans l'estomac d'un chien qu'on venait de sacrifier passait en partie, lorsqu'on pressait ce viscère , à travers les parois des veines, dans leur intérieur , rejette l'absorption veineuse; sans doute parce qu'il pensait que l'exhalation se faisait à travers ces mêmes parois et que ces fonctions ne pouvaient avoir lieu dans le même vaisseau. Si Kaw admettait l'absorption veineuse , C*ësl parce qu'il attribuait l'exhalation aux artères. Pour admettre que l'absorption et l'exhalation s'exécutent par le même vaisseau , il fallait que cela fût constaté par des expériences.

Tout le monde connaît les travaux de M. Magèndie et ses opinions sur l'absorption des veines et des vaisseaux lymphatiques consignés dans ses Mémoires et dans son Précis de physiologie , et l'accueil qu'ils ont reçu du public.

D'après ce coup-d'œil rapide sur les opinions qui ont régné sur ces fonctions , le lecteur jugera de X Essai que nous lui soumettons.

Les théories physiologiques ordinaires sont loin cTembrasser tous les faits sur l'absorption et l'exhalation; ces fonctions ont été étudiées sous un point de vue rétréci.

Une théorie de la nature de celle-ci doit , pour être parfaite , se trouver d'accord avec tous les phénomènes de la vie , et émaner directement de la physiologie générale. En effet, comment expliquer l'absorption et l'exhalation dans les végétaux et les animaux qui sont entièrement dépourvus de vaisseaux (i), dans la première péiiode de l'organogénie et de la formation des tissus accidentels, à l'aide de ces théories exclusives dans lesquelles on attribue l'absorption aux seuls vaisseaux

(i) L'anatomie et l'organogénie nous apprennent, d'après les recherches spéciales auxquelles nous nous sommes livrés, que l'organisation dans le premier degré de la vie et de la série des êtres vivans est composée d'un tissu simplement absorbait ou susceptible d'imbibition, et qu'on n'y découvre aucune trace de vaisseaux : dans le second, on observe dw

lymphatiques, ou tout au plus aux veines-, et dans lesquelles on charge de l'exhalation un genre de vaisseaux imaginaires , qu'on fait communiquer avec les capillaires artériels, ou bien ces dernières ramifications elles-mêmes ?

De semblables théories ne pouvant expliquer ces phénomènes , il faut en chercher une qui les embrasse tous. Celle dernière est celle qui envisage l'absorption et l'exhalation comme des phénomènes d'imbibilion et de transsudation, qui ne sont qu'un effet de la capillarité; cardans l'absorption il y a imbibilion et transport d'un fluide de la supeiûYic libre à l'intérieur du corps ; etdans l'exhalation il y a imbibition et transport d'un fluide de l'intérieur à la superficie. Il n'y a point de doute que toutes les parties des êtres organisés ne puissent s'imbiber plus ou moins, selon leur texture: l'épiderme, les poils, les ongles même , en sont susceptibles. Or, pourquoi restreindre ce phénomène d'une manière exclusive à certaines parties ? Pour prouver que dans les êtres d'une organisation compliquée, comme la nôtre, les phénomènes d'absorption et d'exhalation ont lieu d'après ce principe, nous allons rapporter quelques expériences, en commençant par celles de M. Magendie, que nous avons répétées.

vaisseaux lymphatiques ; dans le troisième, il y a de plus des vaisseaux veineux j enfin la circulation devient parfaite dans les animaux et dans la période de la vie ou les artères «e développent. Nous en donnerons les preuves dans une Anatomic des tissus primitifs des êtres organisés.

Si l'on détache une portion d'artère on de veine du tissu cellulaire qui l'environne ; si on l'isole des autres parties par une planchette, en sorte que cette portion ne communique avec l'organisation que par ses deux bouts , qui permettent un libre passage au sang qui circule dans le vaisseau dont elle fait partie-, et si l'on , applique à sa face extérieure une substance d'une action énergique, comme, par exemple, une solution d'extrait alcoholique de noix vomique, en s'assurant qu'aucune parcelle de ce poison ne se répande sur les parties environnantes , on en observe les effets sur l'animal après un temps plus ou moins long, selon l'épaisseur, la densité et la nature spongieuse du tissu. Pour se convaincre que le poison a pénétré jusqu'à la surface interne du vaisseau , on ouvre celui-ci, et on goûte le fluide qui humecte sa paroi interne, qu'on trouve d'une amertume intense: preuve évidente que le transport du poison a eu lieu par imbibition.

On produit le même phénomène en prenant un morceau d'une artère ou d'une veine à l'aide duquel on fait communiquer deux tubes, dont l'un est perpendiculaire et se termine par un entonnoir. On plonge crt appareil dans un vase rempli d'eau ; on établit un courant dans son intérieur en remplissant l'entonnoir de ce même liquide ; puis on met un acide quelconque dans l'eau du vase, et quelque temps après on aperçoit, sur le papier teint en bleu par le tournesol, les traces de l'acide qui a passé dans l'intérieur du vaisseau.

Nous avons fait l'expérience inverse. Après avoir découvert la carotide d'un animal, nous en avons

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compris et isolé environ un pouce entre deux ligatures, en sorte que cette portion ne communiquait avec l'organisation que par un simple contact , le tissu cellulaire, les lymphatiques et les vasa vasorum étant détruits. En injectant une solution d'extrait alcoholique de noix vomique dans l'intérieur de la portion vasculaire ainsi isolée, quelque temps après l'animal se trouvait sous l'influence du poison. Ce temps est variable selon lage et l'espèce de l'animal, l'épaisseur et la longueur de la portion du vaisseau lié , si c'est une artère ou une veine, si elle est distendue par l'injection ou remplie sans être distendue, si la substance est en parfaite dissolution ou non, etc.

Nous avons détaché une portion de vaisseau d'un animal ; nous y avons introduit le poison comme dans l'evpérience précédente ; nous avons lavé le bout par lequel nous avions fait l'injection; nous avons placé cette portion de vaisseau dans une blessure d'un autre animal , et les effets de l'empoisonnement ont apparu delà même manière. Nous avons observé } dans l'une et l'autre expérience , que l'empoisonnement commençait à avoir lieu après quatre, sept, dix minutes ou plus.

Après avoir ouveit l'abdomen d'un lapin, nous avons i lié par les deux bouts une anse intestinale de plusieurs pouces de longueur, ainsi que la portion correspondante du mésentère, que nous avons coupée ensuite, en sorte que cette anse ne communiquait avec l'animal par aucun vaisseau'; puis nous l'avons replacée dans l'abdomen avant d'injecter la solution précitée dans son intérieur , pour ne point l'exposer à une

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