EXPÉRIENCE III
Grenouille dans l’eau à 54°. Mort ; rigidité immédiate. La grenouille est laissée encore plusieurs secondes dans l’eau chaude, Le cœur a continué à battre z heure et demie après la mort à travers une boutonnière faite au
thorax.
Les expériences qui précèdent sufhraient à faire rejeter la théorie de la coagulation du cœur. Une remarque encore : Vallin limitait cette coagulation au ventricule gauche; il avait observé, en effet, que ce ventricule est seu7 dur et contracté. Nous avons constaté la même chose dans nos autopsies. Mais alors comment admettre qu'il y ait coagulation partielle du cœur? Que le ventricule droit soit toujours mou, les oreillettes toujours flasques? Comment supposer que cette « coagulation » n’eût pas compris le cœur tout entier et même n’eût pas porté de préférence sur le
cœur droit dont le sang, comme on le sait, est plus chaud de o°2 à
“ nt à up
0° 3, quelquefois même de o5 et de 1°3 que celui du cœur gauche ‘(CI Bernard, Berger, Hering, Liébig, Heidenhain et Korner)?
En réalité, si l’on compare ce qui se passe du côté du cœur aux phénomènes de rigidité cadavérique qui se présentent parfois “si vite que l'animal est rigide moins d’une minute après sa mort “et dans le peu de temps qui a sufñ pour le transporter de l’étuve à la table d'autopsie, on est induit à penser que cette dureté du cœur est elle-même un phénomène de rigidité cadavérique très précoce. Nous avons vu d’ailleurs que cette rigidité du cœur n’est pas constante. On s'explique très bien ainsi que le ventricule gauche soit presque toujours le premier atteint quand on songe que pendant l'Hyperthermie l'énergie de ses contractions ne faiblit pas pendant presque toute la durée des expériences, que ses battements s’accélèrent beaucoup, que la pression artérielle demeure constante (1). Est-il étonnant dès lors que la rigidité cadavérique apparaisse aussi rapidement après la mort comme elle le fait (Brown-Séquard) dans les muscles fatigués et surmenés, ou chez les animaux forcés ? |
S'il restait encore le moindre doute, les expériences faites par Jolyet et Lagrolet en 1882 le lèveraient définitivement. En enregistrant le pouls et la respiration dés animaux soumis à une température élevée, ils ont vu /e cœur s'arrêter après la respiration. Nous avons pu nous-même confirmer le fait et voir dans un cas le cœur battre 2 minutes après l’arrêt de la respiration. Dans d’autres expériences l'intervalle a été de 20 secondes, de 25 secondes, etc., phénomène que nous avons enregistré.
L'Hyperthermie ne provoque donc pas la mort par arrêt primitif du cœur et la théorie de Cl. Bernard ne peut pas être acceptée. L'hypothèse de Mathieu et Urbain qui pensent que la mort est provoquée par la coagulation des museles respiratoires
(1) V. 2me partie, chap. premier, S 8.
ne saurait davantage être admise. D’après Walther, en effet, la
Fig. 1. — Mort d'un chien en hyperthermie (450 4). Le pouls PP'continue à battre après l'arrêt définitif de la respiration, R. Les soubres uts du tracé RR sont même plutôt des hoquets agoniques que des inspirations véritables,
rigidité musculaire est toujours consécutive à la mort; nous n’avons nous-même jamais observé, lorsque l’autopsie a été faite immédiatement, cette cuirasse musculaire rigide dont parlent ces ex périmentateurs, ni même la coagulation du diaphragme.
J'ajouterai que l'examen microscopique du cœur, du diaphragme
: des muscles de l’abdomen et de la
cuisse ne m'a jamais révélé la moindre lésion musculaire.
Il résulte de l’exposé qui précède qu'aucune des nombreuses théories qui ont été émises jusqu'ici ne résout le problème de la pathogénie de la mort dans l’Hyperthermie.
On nous pardonnera notre hardiesse si nous avons tenté d’apporter notre part de lumière dans la question. Nous avons dû pour cela étudier attentivement les symptômes et les lésions que provoque l'Hyperthermie soit en répétant quelques expériences faites antérieurement par les physiologistes que nous avons nommés, soit dans un assez grand nombre d’expériences nouvelles pour lesquelles le concours de M. le Professeur
Jolyet nous a été très utile.