DE L’ALIMENTATION NORMALE
Le travail que j’ai l’honneur de présenter à l’Académie 1 a pour objet l'étude de l’inanition, c’est-à-dire la recherche des faits qui se rattachent à la privation complète ou incomplète des aliments. Mais, avant de passer à ce sujet, je dirai quelques mots de l’alimentation normale, afin de faire connaître l'état naturel des animaux que nous soumettrons à nos expériences, et de rendre plus facilement appréciables les résultats qu’ils nous fourniront plus tard.
Nous savons bien que , relativement au poids du corps , il existe une grande diversité dans la quantité d'aliments nécessaire aux différentes espèces d’animaux, depuis certains insectes qui en dévorent chaque jour le double de leur poids, jusqu’à ceux des animaux à sang froid , qui vivent pendant des années
1 Ce Mémoire a été envoyé à l’Académie des sciences le 25 décembre 1838, et le prix de physiologie expérimentale pour 18A1 lui a été décerné.
sans nourriture. Mais nous manquons de données précises à cet égard, ne connaissant guère que la quantité d’aliments que consomment quelques-uns de nos animaux domestiques, et cela encore sans que cette quantité ait été mise en regard du poids individuel de leur corps. Des données de cette nature seraient cependant bien faciles à obtenir au moyen des ménageries qui existent dans les grandes capitales, et l’on devrait pouvoir en retirer cet avantage-là.
A cet égard l’histoire de l’alimentation normale est donc encore à faire : mais, comme je n’avais à m’en occuper que d’une manière tout à fait accessoire, je ne l’ai un peu étudiée que sur les animaux que j’avais principalement choisis pour mes expériences, savoir : les pigeons et les tourterelles.
Les expériences ci-après ont pour but de rechercher chez ces animaux le rapport en question entre le poids de l’aliment et celui du corps. Nous allons immédiatement en présenter l’exposé.