‹ Recherches expérimentales sur l'inanitionChapitre 136 sur 138 · BLÉ INGÉRÉ · texte numérisé non relu

BLÉ INGÉRÉ

EAU BUE

grammes.

grammes.

1er jour du réchauffement

4e idem

7e idem

Somme

Ce qui donne, pour la moyenne de l’alimentation journalière i kl® • ■ ■ 9 c’est-à-dire environ les ~ de l’alimentation

| eau. . . = 9,33

normale.

Il est important de remarquer cependant que cette alimentation n’a point été uniforme pendant toute la durée du réchauffement: ainsi, en comparant l’alimentation moyenne des quatre premiers jours à celle des trois derniers, l’on a :

ALIMENTATION

QUOTIDIENNE

Blé.

Eau.

grammes.

grammes.

Moyenne des quatre premiers jours

Moyenne des trois derniers jours

Ainsi, pour le commencement du réchauffement, moins de moitié de la quantité normale ; et , pour la fin , l’alimentation normale à peu près tout entière, au moins quant à l’aliment proprement dit.

Il résulte de là que , pendant la première moitié du réchauffement, l’animal n’a été soumis qu’à une alimentation insuffisante , alimentation qui n’eût point été assez forte pour maintenir son poids , et qui devait l’être encore moins pour le réparer. Aussi, pendant cette alimentation, le poids du corps a-t-il continué à baisser, et a-t-il fini par atteindre son minimum le plus absolu (60 heures); et ce n’est que lorsque l’alimentation a été ramenée à sa quantité normale, qu’il a recommencé à dépasser le poids qu’il avait au moment de la mort imminente, et que l’animal n’a plus périclité. L’on voit maintenant la cause de la difficulté et de la lenteur du rétablissement de celui-ci.

Au contraire, chez les deux pigeons rétablis (nos 2 3 et 2 4)» dès le début du réchauffement, l’on a ingéré un poids d’aliments égal à celui de l’alimentation quotidienne normale. Une fois cet aliment parvenu dans le jabot, ce que le spasme de l’œsophage n’a pas laissé s’effectuer immédiatement, la digestion a de suite recommencé; et, s’opérant sur une quantité d’aliments suffisante, le rétablissement s’est accompli avec rapidité; de telle façon, qu’au lieu de continuer le réchauffement pendant sept jours, comme pour la tourterelle n° î 7, les deux animaux en question ont pu se maintenir par eux-mêmes, le premier au bout de sept

SUR L’INANITION. 191

heures, et le dernier au bout de seulement trois heures de réchauffement.

L’ingestion d’une quantité d’aliments suffisante, c’est-à-dire pas trop éloignée de celle de l’alimentation normale, quelque peu disposé que l’estomac paraisse d’abord à la recevoir, me paraît donc la condition essentielle pour arriver avec promptitude et sûreté au rétablissement des animaux inanitiés et réchauffés. Sans cela malgré le réchauffement, le poids du corps continuerait à baisser, et l’animal finirait par périr.

Si je ne craignais pas d’allonger encore davantage ce mémoire, déjà si étendu, j’appuierais cette assertion par la discussion de chacune de nos neuf autres expériences (tableau 116) d’animaux alimentés mais non rétablis , et je ferais voir que c’est à l’insuffisance de l’alimentation qu’est dû le non-rétablissement de ces animaux. Il en est trois cependant sur lesquels je dois donner quelques explications, savoir :

Le pigeon n° 34, qui paraît faire exception à ce que je viens de dire, parce que, pendant le réchauffement, son alimentation moyenne, tant en blé qu’en farine, s’est élevée, par vingt- quatre heures, à 2 36,o8; en sorte qu’à une petite quantité près, elle a égalé le poids normal de l’aliment quotidien des mêmes animaux ( tablaux 1 et 4 )• Mais cette exception 11’est qu’apparente , parce qu’en opposition avec ce que j’ai toujours vu arriver dans les réchauffements prolongés, l’aliment introduit n’a réellement point été digéré, et que, pour ne parler que du blé, l’on a retrouvé dans le jabot, lors de l’autopsie, le nombre précis ( = 4oo ) de graines de blé qu’on avait ingéré pendant tout le réchauffement, aucune d’elles n’étant parvenue jusque dans l’estomac1.

Les tourterelles nos 9 et 1 2 paraissent également faire excep-

1 Cet animal, à l’autopsie, n’a point paru dans un état complètement normal. Son jabot , outre les 4oo graines de blé , contenait une bouillie blanchâtre de mauvaise odeur, reste de j 2g,g5 de farine ingérés pendant les cinq premières heures de réchauffement, et dont une grande partie avait été revomie accidentellement : le blé lui-même n’avait été ingéré qu’à dater du commencement de la 11e heure. J’ai observé aussi des stries de matière blanchâtre, comme puriforme, dans le voisinage du cœur, du foie et de l’estomac. Les intestins se déchiraient en

tion à la règle ci-dessus, puisqu’elles sont mortes ayant encore une certaine quantité de blé dans le jabot. Mais cela a dépendu de ce que leurs fonctions digestives avaient été fortement altérées préalablement au réchauffement, puisqu’elles étaient arrivées au terme de mort imminente par inanition , avec cette même quantité de blé non digéré dans le jabot (tableau 29). Rien d’ étonnant alors que le réchauffement artificiel n’ait pas pu rétablir leur digestion, puisqu’elles ne digéraient déjà plus ou presque plus avec leur chaleur naturelle.

4. J’ai fait en tout vingt-six expériences de réchauffement artificiel : de ce nombre j’en retranche quatre (trois pigeons et une poule) dans lesquelles le réchauffement, eu égard au volume de l’animal, a été commencé trop tard, les animaux étant morts pendant les premières minutes de leur séjour dans l’étuve et sans avoir été réchauffés. Restent donc vingt-deux expériences, sur lesquelles trois rétablissements.

Ce serait là une proportion de rétablissements qui ne serait pas sans importance , surtout quand on réfléchit que nous n’avons pris nos animaux que peu de minutes avant le moment où ils allaient expirer. Mais cette proportion n’est point la véritable. Les expériences précédentes ne sont que des expériences de recherche , faites dans le but de découvrir ce qui se passe , et non dans celui de guérir des animaux inanitiés; et il en est tellement ainsi, que ce n’est qu’à la i3e d’entre elles que je me suis assuré que la digestion pouvait se rétablir par le réchauffement artificiel. Ce n’est, par conséquent, que depuis lors que j’ai pu songer à rétablir les animaux. Or, dans les neuf expériences subséquentes, il en est deux dans lesquelles il n’y a pas eu d’alimentation, el une dans laquelle l’animal est mort par le refroidissement acci-

les enlevant, et étaient énormément gorgés de matières liquides et verdâtres; du reste, le tissu de tous les grands viscères était en bon état.

Les altérations en question sont-elles l’effet dü réchauffement ? je ne le pense pas, puisque, dans des réchauffements bien plus prolongés que celui-là, je n’ai rien observé de semblable : elles tenaient probablement à quelque lésion accidentelle antérieure à ces expériences.

SUR L’INANITION. 193

dentel de l’étuve, quand la digestion commençait à se rétablir1. Restent donc six expériences, sur lesquelles trois rétablissements 2 ; proportion considérable assurément , et qui sans doute l’aurait été davantage encore si, pendant leur réchauffement, nos animaux avaient été suffisamment nourris.

Pour appliquer ces expériences à des animaux plus gros, je crois qu’il faudrait commencer le réchauffement d’autant plus promptement que le volume de l’animal est plus considérable ; car, avec une même source de chaleur, il faut, pour en pénétrer le corps et le mettre sous son influence, un temps d’autant plus long, que le corps lui-même est plus volumineux. Si l’on ne voulait pas modifier le temps, il faudrait modifier la source de chaleur, et substituer, par exemple, le bain chaud à l’étuve.

Bichat, et les physiologistes qui se sont occupés du même sujet avant et après lui, ont jeté le plus grand jour sur les causes de la mort, en les classant d’après les fonctions qui servent à l’introduire. En divisant la mort en mort par le cerveau, mort par le poumon et mort par le cœur, ils parcouraient la série des trois fonctions vitales, et semblaient ainsi avoir épuisé la question.

Et cependant, quand on arrive aux faits, il est positif qu’on n’explique par là qu’un petit nombre de tas de mort , et que la grande majorité de ceux soumis à notre observation échappe à cette classification. Même dans des cas qui sembleraient le mieux se prêter à cette division , dans la phthisie pulmonaire , par exemple , qui pourrait dire qu’en général la mort arrive par asphyxie ; puisque le poumon, le jour de la mort, n’est ordinai-

1 II avait digéré quatre grains de blé au moment de la mort

2 Les trois autres cas sont :

Les tourterelles î 4 et i5, qui n’ont eu qu’une alimentation insuffisante, et qui, malgré cela, ne sont mortes qu’entre la 63e et la 70° heures du réchauffement.

Le pigeon n° 34, mort la 36e heure du réchauffement, sans avoir digéré la moindre partie du blé qui lui avait été ingéré.

194 RECHERCHES EXPÉRIMENTALES SUR L’INANITION, renient pas plus lésé qu’il ne l’était la veille, et que, la veille, il suffisait à l’oxygénation du sang ? D’un autre côté , qui n’a pas été témoin de ces autopsies, dans nombre de maladies fébriles, dans lesquelles on ne retrouve d’autre altération morbide que des lésions souvent des plus insignifiantes du canal intestinal, lésions que, sans faire violence à son jugement, l’on ne saurait considérer comme des causes suffisantes de mort ?

C’est que la classification de Bichat n’explique pas tout, et qu’aux trois modes qu’il indique il faut en joindre au moins un quatrième, la mort par l’appareil digestif, ou l’inanitiation, dont nous venons de tracer l’bistoire. Et en effet, que l’on veuille bien y réfléchir; puisque l’alimentation insuffisante a, sauf pour la durée , identiquement les mêmes effets d’inanitiation que l’abstinence absolue, il est clair que, dès que l’alimentation devient, je ne dirai pas suspendue, mais seulement diminuée, la question d’inanitiation se soulève, et que l’inanition complète n’est plus qu’une affaire de temps.

L’inanitiation, on peut donc le dire, est la cause de mort qui marche de front et en silence avec toute maladie dans laquelle l’alimentation n’est pas à l’état normal. Elle arrive à son terme naturel, quelquefois plus tôt et quelquefois plus tard que la maladie qu’elle accompagne sourdement, et peut devenir ainsi maladie principale, là où elle n’avait d’abord été qu’épiphénomène. On la reconnaîtra, dès qu’on le voudra, au degré de destruction des chairs musculaires, et l’on pourra, à chaque instant, mesurer son importance actuelle par le poids relatif du corps1.

Je soulève ici des questions du plus haut intérêt dans l’étal actuel de la médecine , mais la grande étendue de ce mémoire ne me permet pas de les examiner. Je compte cependant y revenir un jour.

1 Voir la fin de l’appendice.

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