‹ Recherches expérimentales sur la rage et sur son traitementChapitre 31 sur 48 · PES · texte numérisé non relu

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Cette symptomatologie nous paraît calquée un peu trop fidèlement sur celle des mammifères en général et du chien en particulier, et nous doutons qu'elle se rapporte à la rage des poules. Quant à nous, nous n’avons jamais observé ces signes de fureur, et la mort est une terminaison trop exceptionnelle de la rage chez les oiseaux, comme nous allons l'établir, pour avoir été observée aussi communément que semblent l’'admettre certains auteurs comme M. Galtier qui, cependant, « n’a encore jamais réussi à transmettre la rage à la poule », comme il l'écrit dans son ouvrage (1).

D'après une communication lue à l’Académie des sciences, le 25 février 1884, par M. Pasteur, les poules contracteraient tantôt la rage et tantôt ne la contracteraient pas ; elles mourraient souvent au bout de quarante jours après s'être remises une première fois.

Le même jour nous présentions à la même Académie, par l'intermédiaire de M. le professeur Bouley, une note qui n'avait pu être présentée huit jours auparavant, parce que la séance fut ausitôt levée qu'ouverte, par suite du décès d’un membre de l'Académie (2). Cette note était ainsi libellée :

4° les oiseaux contractent la rage; 2° ils guérissent spontanément (3).

« Malgré quelques cas rapportés dans la science, on n’admet pas aujourd'hui que les oiseaux puissent contracter la rage. « Si l’on s’en tient à l'observation superficielle des phénomènes, l’inoculation de la rage chez les oiseaux ne paraît être

(1) Galtier. Loc. cit.

(2) M. Dumoncel,

(8) Travail du laboratoire de Pathologie comparée du Muséum de Paris.

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suivie d'aucun résultat fâcheux pour ceux-ci ; c’est à peine si, une ou deux semaines après l’opération, ces animaux présentent quelques symptômes anormaux ; souvent ils n’offrent rien d'appréciable. Cependant, il m'est arrivé d'observer, parmi les oiseaux que j'ai inoculés, une poule qui fut atteinte, quinze jours après l'inoculation, d'une paralysie ou plutôt d’une parésie des membres inférieurs et des muscles extenseurs du cou. Lorsqu'on la mettait hors de sa cage et qu'on l’effrayait, cette poule cherchait à se sauver, mais ne pouvait se tenir sur ses pattes, devenues presque inertes, et se trainait sur le sol en s’aidant des ailes. Dans sa cage elle demeurait immobile et semblait ne pas pouvoir supporter sa tête, qu'elle laissait tomber lentement en avant jusqu’à ce que son bec eût rencontré le sol. À ce moment elle relevait brusquement la tête pour la laisser retomber sans cesse. Ces symptômes persistèrent pendant plusieurs jours; cette poule ne prenait qu’une quantité insuffisante d'aliments et je m'attendais à la voir mourir lorsqu'un matin, en entrant au laboratoire, je la trouvai guérie de sa paralysie et en train de manger. Elle continua à vivre.

« Ce fait m'inspira l’idée que les oiseaux contractent peutêtre la rage, mais que, en raison de l’insensibilité relative bien connue de leur système cérébro-spinal, ou par une autre cause à rechercher, le microbe de la rage peut évoluer, subir toutes ses phases dans la substance nerveuse de ces animaux et être éliminé avant d’avoir produit des troubles incompatibles avec la vie. Une de mes poules en expérience s'était done montrée plus sensible que les autres et avait été frappée de paralysie.

« Voilà l'hypothèse, voici les faits :

« J’inoculai, à l’aide d’une seringue de Pravaz, à travers les parois du crâne, un coq et un pigeon àvec une goutte d’eau distillée fraîchement bouillie, tenant en suspension de la ma-

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tière cérébrale rabique. Les symptômes pathologiques qui suivirent cette inoculation furent peu accentués, surtout chez le coq, et ils auraient pu passer inaperçus pour un œil non prévenu.

« Au bout de douze jours, après avoir fait une incision sur le crâne du pigeon, j'enlevai, à l’aide du sealpel, une petite lame osseuse et j'incisai un fragment du lobe cérébral droit de la grosseur d'une lentille. L'examen microscopique de la portion excisée m'y fit constater l'existence du micrococeus que j'ai signalé et décrit dans ma communication du mois de juin 1883. Bien que, dès ee moment, je n’eusse aucun doute sur lexistence de la rage chez ce pigeon, le petit fragment de substance nerveuse fut délayé et inoculé à trois rats. Le rat présente un ensemble symptomatique tellement spécial, tellement caractéristique, que je n'hésite pas à considérer cet animal comme unvérilable réactif pour l'étude de la rage,

« Les trois rats inoculés de cette façon périrent de la rage, l'un (le plus jeune) au bout de dix jours, les deux autres le onzième jour, Ces animaux servirent à inoculer quatre autres sujets qui présentèrent les mêmes symptômes ef moururent.

« Au bout de vingt jours, j'inoculai trois rats et un cochon d'Inde avec une parcelle du cerveau du coq obtenue par le même procédé. L'examen microscopique y démontra l’existence du même mierobe que chez le pigeon, mais plus abondant et disposé en certains points par groupes de dix à quinze granulations. Les rats inoculés périrent avec les mêmes signes el dans les mêmes délais que les précédents et que tous les rats inoculés par moi de la rage, et dont le nombre s'élève aujourd’hui à près de deux cents. Le cochon d'Inde mourut le treizième jour, après avoir présenté des troubles semblables à ceux des rats (1).

(1) Ces animaux ont également servi à donner la rage à d’autres sujets d'expérience,

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« Quant aux volatiles auxquels j'ai fait subir ces opérations, leur santé ne s’en est pas trouvée altérée ; ils vivent encore et vont me servir à déterminer le moment ou la virulence disparaitra de leur cerveau, c’est-à-dire où ils seront guéris de la rage. J'ai pu constater déjà que la virulence étaitéteinie vingt huit jours après Finoculation, chez le pigeon qui a servi dans la première expérience citée plus haut.

» J'aurai à rechercher encore si les oiseaux peuvent contracter encore une fois la rage, si cette maladie peut être transmise de loiseau à l'oiseau, et quelles modifications peut apporter au virus l’acclimatement chez ces animaux, ele.

» Les observations détaillées de ces expériences seront publiées prochainement dans un Mémoire que j'aurai l'honneur de soumettre à l'Académie.

» Ainsi done, voilà des expériences qui témoignent qu'une maladie jusqu’à présent réputée incurable peut guérir spontanément chez une classe d'animaux. N'’a-t-on pas le droit d'espérer que, si l'on parvient à saisir le déterminisme de ce fait, dont on comprendra toute l'importance, on ne soit conduit un jour à une thérapeutique rationnelle de la rage et à sa ouérison? C'est une induction qui me parait légitime.

| (25 février 1884.)

Qu'on veuille bien nous permettre de faire remarquer à la suite de cette note que nous avons posé en principe les deux points suivants:

1° Les oiseaux contractent larage;:

20 Ils quérissent spontanément.

Il nous reste à faire la démonstration de ce principe en citant textuellement les faits observés jour par jour tels qu'ils sont relatés sur notre livre d'observations.

Notons encore que nous avons promis de rechercher :

W] — QD lo Si les oiseaux peuvent contracter plusieurs fois la rage, 20 Si cette maladie peut être transmise de l'oiseau à l'oiseau, 3 Si l'acclimatement chez ces animaux amène des modifications dans l'intensité du virus rabique.

Nous allons passer tous ces différents points en revue et exposer les résultats de nos expériences. Mais nous déclarons dès maintenant que nous maintenons nos conclusions primitives. Tout en admettant que dans certaines conditions les oiseaux puissent périr de la rage, nous continuons à croire qu'ils contractent toujours cette maladie et qu'ils peuvent guérir spontanément dans la plupart des cas.

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