EXPÉRIENCE I
Inoculation d’un jeune lapin dans la chambre antérieure del’œil droit. — Mort le douzième jour.
6 mai 1884, Un jeune lapin de quatre mois reçoit, à l’aide d’une aiguille fine de la seringue de Pravaz, une petite goutte d’eau stéri-
lisée tenant en suspension de la matière cérébrale virulente. On voit très nettement l'humeur aqueuse blanchie à la partie inférieure par la matière injectée.
Le 7. Aucune trace d'inflammation, l'animal est vif et mange bien.
Les 8, 9, 10, 11, 12, 13. Rien d'appréciable. Vivacité, bon appétit, La substance injectée est complètement résorbée.
Le 14. Un peu d'hésitation semble se manifester dans la marche, L'animal est mouillé, il urine beaucoup plus que normalement.
Le 15. L'animal est tremblant, il oscille sur ses pattes, hoche la tête et va se buter contre les obstacles en courant comme s’il était en proie à une sorte d'ivresse. Il mange moins.
Le 16 matin. L'animal est trouvé couché sur le Jlanc gauche; excité, il se dresse, mais ne peut marcher qu’en traînant ses membres postérieurs.
Le 16, soir. Il ne peut plus se teuir sur les pattes.
Le 17. Paralysie complète, les mouvements respiratoires sont à peine sensibles. |
Le 18 matin. L'animal vit encore et la vie chez lui ne se manifeste plus que par un léger souffle,
Le 18 soir. Mort.
Dans l'observation qui précède, outre le point spécial au mode d’inoculation, on voudra bien remarquer qué je signale un symptôme : la polyurie. J'ai observé ce phénomène dans la plupart des cas chez les mammifères que j'ai inoculés de la rage ; c’est un signe qui précède la plupart des autres. Sou- vent j'ai reconnu qu’un lapin, qu'un cobaye ou un chien allait devenir enragé parce que je trouvais sa cage inondée, et l'urine coulant au loin. Si je n'avais craint de grossir immodérément ce mémoire, j'aurais décrit la symptomatologie de la rage chez les différentes espèces d'animaux que j'ai pu observer. Je me contenterai d'appeler l'attention sur la polyurie. Nous ne croyons pas que ce phénomène pathologique, qui peut trouver son explication dans l'excitation exercée sur le bulne par le micro-parasite de la rage, ait déià été signalé par aucun observateur.
Paul Gibier, à
IE