Recherches expérimentales sur le grand sympathique
sympathique; je désire seulement r K-eler dans leur ordre chronologique les principales expériences qu on a tentées sur ce nerf à diverses époques. Cette indication historique montrera mieux que toute autre discussion, la part et la succes-
etS f l'étude expérimentale, si difficile, de cette partie du système nerveux.
La première expérience sur la portion cervicale du nerf grand sym-
«hletr T ' ÎT""' ''''' ^^"^ - mémoir^trèS^marquable publie dans les Mémoires de l'Académie des sciences, pour
1 '27(1), cet auteur soutieiil tléjà que la portion cervicale du grand sympathique ne nait pas dans la téte (de la cinquième et sixième paire) pour descendre vers le thorax comme l'avaient cruVieussens et Willis, mais qu'elle monte au contraire de la partie postérieure du corps (chez les quadrupèdes) vers la tète, pour se terminer dans les yeux , avec les deux nerfs précités. La preuve que Petit en donne , c'est que quand on coupe le nerf sympathique dans le cou, chez les animaux (chiens) (2), les effets de sa paralysie se manifestent au-dessus de la section vers les yeux, qui offrent alors un rétrécissement de la pupille, un affaissement de la cornée , une rougeui- et une injection de la conjonctive ; de plus, la troisième paupière est saillante et s'avance au devant de l'œil. Petit ajoute que le sympathique influence les glandes et les vaisseaux del'œil qui, après la section du nerf, perdent leur ressort et s'emplissent de sang; il explique très-bien aussi le rétrécissement de la pupille par la paralysie des fibres du sy mpathique qui, après s'être unies aux filets ciliaires, doivent aller dilater la pupille. EnOn il signale encore un rapetissement du globe occulaire quand les animaux vivent un certain temps.
Tous les phénomènes signalés précédemment se produisent lorsqu'au lieu de couper le filet sympathique au cou , on extirpe le ganglion cervical supérieur ou l'inférieur.
Dupuy en 1816 (3) , Brachet en 1837 (4), John Reid en 1838(5), n'ajoutèrent rien de bien essentiel à l'expérience de Pourfour du Petit. Ils signalèrent tous, comme conséquence de la section du filet sympathique au cou , ou comme résultat de l'extirpation des ganglions cervicaux de ce nerf, le rétrécissement de la pupille, la rougeur de la
(1) Mémoire dans lequel il est démontré que les nerfs intercostaux fournissent des rameaux qui portent des esprits dans les yeux , p. 1.
(2) Chez les cliiens , le cordon sympathique au cou est uni avec le vague , qu'il est impossible par conséquent de ménager. Petit , qui n'ignore pas cette disposition, distingue très-bien dans cette expérience complexe les effets qui dépendent de la section du pneumogastrique de ceux qui appartiennent à celle du sympathique.
|3| MÉMOIRE SUR L'EXTmPATION DES GANGLIONS GUTTITRAUX CHEZ LE CHEVAL. (JOURN. DE MÉD. DE LeROUX , 1816 , t. XXXVII).
(4) Système ganglionnaire. Paris, in-8", p. 414.
(5) PllYSIOLOGlCAL, l'ATHOLOGICAL AND ANAÏOMICAL RESEARCIIES, p. 90.
conjonctive , renfoncement du globe oculaire dans l'orbite et la projection du cartilage de la troisième paupière au devant de l'œil.
Quoi qu'il en soit , c'est ce phénomène du rétrécissement de La pupille qui avait attiré plus spécialement l'attention des expérimentateurs, dans ces derniers temps; c'est à ce fait surtout que se sont adressées toutes les explications proposées et toutes les expériences nouvelles qui firent faire quelque progrès à cette question.
En 1846, M. Biffl(de Milan) (1) observa cet autre l'ait nouveau que lorsque la pupille est rétrécie par suite de la section du nerf sympathique , on peut lui rendre son élargissement en galvanisant le bout céphalique du nerf sympathique coupé.
A peu près à la même époque , le docteur Ruete (de Vienne) (2) ayant remarqué que dans la paralysie de la troisième paire de nerfs , la pupille dilatée et immobile peut encore s'agrandir sous l'influence de la belladone , en conclut que l'iris reçoit deux espèces de nerfs moteurs correspondant à ses deux ordres de fibres musculaires, et que le grand sympathique, en animant les fibres musculaires radiées, produit le mouvement de dilatation , tandis que le nerf moteur oculaire commun , en animant les fibres circulaires, détermine au contraire le mouvement de contraction de l'iris.
En 1851 , MM.Budge et Waller (3) reconnurent que, dans son action sur la pupille , le filet cervical du grand sympathique n'agit que comme un conducteur qui transmet une influence dont le point de départ est dans une région de la moelle épinière que précisèrent ces expérimentateurs et à laquelle ils donnèrent le nom de i^égion cilio-spinale. Cette région est comprise entre la dernière vertèbre cervicale et la sixième vertèbre pectorale inclusivement.
Toutefois ces auteurs, en signalant ce résultat, s'attachèrent uniquement à l'explication du rétrécissement de la pupille. Ils admettent aussi qu'après la section du sympathique , les fibres radiées de l'iris (muscle dilatateur) sont paralysées , d'où il suit que l'action des fibres circulaires (muscle constricteur) prédomine et rétrécit l'ouverture pupillaire. Si, quand on galvanise la région de la moelle à laquelle le
(1) iNTOnNO ALL' INFLUENZA OHE HANNO SUIX' OCCHIO I DUE NERVI GRANDE
siMPATico E VAGO. Dissert. inaug. D' Seraflno BilTi Milanese. Pavia, 1846.
(2) Ruete. Klinische Beytr.ege, etc.
(3) Compte rendu de l'Académie des sciences, p. .378.
sympathique prend naissance, on voit la pupille se dilater, cela vient encore, suivant eux, de ce que, sous l'influence galvanique le nerf sympathique moteur excite l'action des fibres radiées ; leur contraction énergique surpasse alors temporairement l'action des fibres circulaires et détermine la dilatation de la pupille.
Depuis plusieurs années, en montrant dans mes cours publics les effets de la section de la portion céphalique du grand svmpathique , j'ai insisté sur ce point qu'au lieu de poursuivre une explication exclusive pour rendre compte des modifications de la pupille, il faudrait en chercher une pour tous les autres phénomènes qui, survenant et disparaissant simultanément, semblent naître sous l'influence d'une cause commune. Tous ces phénomènes simultanés et connexes sont, ainsi que nous l'avons vu :
1» Le rétrécissement de la pupille cl la rougeur de la conjonctive;
2" La rétraction du globe oculaire dans le fond de l'orbite, ce qui fait saillir le cartilage de la troisième paupière et le porte à venir se placer au devant de l'œil;
3° Le resserrement de l'ouverture palpébrale et en même temps une déformation de cette ouverture qui devient plus elliptique et plus obi ongue tran s v er salemen t ;
4° L'aplatissement de la cornée et le rapetissement consécutif du globe oculaire.
Outre les phénomènes précédents, j'ai encore signalé le rétrécissement plus ou moins marqué de la narine et de la bouche du côté correspondant; mais j'ai surtout indiqué une modification toute spéciale de la circulation , coïncidant avec une grande augmentation de caloricité et même de sensibilté dans les parties.
J'étudiai ces faits, qui n'avaient été signalés par personne avant moi, comme résultat de la destruction du nerf grand sympathique (1), et le
(1) Bien que ce phénomène de caloriflcation et d'augmentation de sensibilité eût dù se manifester entre les mains de tous les expérimentateurs, personne ne l'avait cependant remarqué, ni ne lui avait donné sa signification : c'est à peine s'il avait été noté. Dnpuy parle, dans Jeux de ses expériences sur des chevaux, de chaleur passagère et de sueurs môme survenues dans quelques parties de la face ou de la nuque. Mais cet observateur ne pense pas le moins du monde à caractériser le phénomène , qu'il confond, du reste , dans la description des symptômes d'une carie de l'occipital qui existait coïncidemment dans un cas, et d'une carie de l'os maxillaire qui existait dans
29 mars 1852 , je lus à l'Académie des scieTices une note sw CinlJuence du nerf grand sympathique sur la chaleur animale.
l'autre. 111e signale, au reste, chez d'autres animaux qui n'avaient pas eu les ganglions extirpés , mais qui présentaient des maladies des fosses nasales ou des os maxillaires. (Voy. l'ouvrage du môme auteur sur I'Affection tuberculeuse. Paris, 1817.)
Il reste donc évident que Dupuy n'a pas distingué ni compris le phénomène comme résultat physiologique de l'extirpation des ganglions sympathiques, ainsi que nous le démontrent les conclusions de son mémoire, que je transci'is littéralement et complètement (*) :
" Des expériences que nous avons rapportées, il résulte :
» t" Que la situation profonde des ganglions supérieurs des nerfs grands " sympathiques ne s'oppose point à leur excision sur l'animal vivant ;
» 2° Que l'opération nécessaire pour enlever ces ganglions est simple , peu » douloureuse, et n'est accompagnée ni suivie d'événements fâcheux ;
» 3° Que les phénomènes qui se manifestent et qui sont indépendants de » l'opération sont le resserrement de la pupiDe, la rougeur de la conjonctive, » l'amaigrissement général accompagné de l'inflltration des membres et de » l'éruption d'une espèce de gale qui finit par affecter toute la surface cu- » tanée ;
» 4» Enfin cpj'on est en droit de conclure que ces nerfs exercent une grande » influence sur les fonctions nutritives. »
En lisant le mémoire de Dupuy avant la publication de mon travaU , aucun des nombreux auteurs qui l'ont cité n'a pu y voir et n'y a vu cpie la caloriflcation des parties fût la conséquence de l'extirpation des ganglions cervicaux ; car cela n'y est pas dit. Mais aujourd'hui que j'ai caractérisé le phénomène , on trouve , en Usant rétrospectivement les expériences du professeur d Alfort, ou même celles d'autres auteurs, qu'U y a dans les descriptions, des mots, des phrases, des passages qui doivent se rapporter à ce cpie j'ai décrit ce n est pas la question que j'examine ; car il est clair, ainsi que je l'ai déjà d.t, que les expériences ont dû donner les mêmes résultats entre les mains de In^rmir^''*"''';*''''^'' Conséquent, avoir tous le phénomène
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enda tr'^ le réchauffement des parties, bien que je conmisse
(') Loco ci'.
Dans ma note lue à l'Académie des sdoiicos jo me bornai à décrire le? phénomènes et à signaler leur condition de production sans vouloir entrer aucunement dans leur explication. Cependant au premier abord il était difficile de ne pas croire que cette augmentation de caloricité et de sensibilité ne fût pas consécutive à une plus grande activité circulatoire. Mais comme j'avais observé des cas dans lesquels l'activité circulatoire semblait être le phénomène secondaire au lieu d'être le fait primitif, je me bornai à indiquer la possibilité des deux hypothèses , en disant que la caloricité n'était pas toujours en raison directe de la vascularisation des parties.
Depuis lors je continuai mes recherches et je signalai la même année, dans mon cours, cpie le galvanisme appliqué sur le bout supérieur du sympathique au cou, faisait disparaître tous les troubles produits par la section du nerf. Ces résultats furent publiés plus tard dans les Comptes rendus de la Société de biologie (octobre et novembre 1852).
Mais pendant que je poursuivais mes expériences en France, M. Budge en Allemagne, M. Waller en Angleterre, et M. Brown-Séquard en Amérique, chacun de leur côté, étaient à la recherche de l'explication du phénomène que j'avais découvert.
M. Budge (1) rattacha cette caloriflcation à la région ciUo-spinale de la moelle , ce qui pouvait confirmer sans doute que la partie cervicale du sympathique naît en ce point, mais ce qui n'ajoutait en réalité rien au phénomène lui-même.
M. Waller (2) lit pour les artères le même raisonnement que pour la pupille. 11 admit que la section du filet cervical du sympathique cjui est moteur, amène une paralysie des artères de la face, qui se relâchent, se dilatent et se remplissent d'une plus grande quantité de sang. Ainsi s'explique pour lui la caloriflcation des parties. Si l'on galvanise le sympathique , on fait contracter les artères, le sang en est expulsé et le refroidissement survient.
A son retour en France, M. Brown-Séquard réclama pour lui la théorie de la stase du sang par la paralysie des artères , et il annonça avoir vu le premier en Amérique que la galvanisation du sympathique amène le refroidissement des parties et la contraction des artères. Je n'entrerai pas dans des discussions de priorité relativement à des faits
(1) Compte «endi' de l'Académie des sciences. 1853. a) Ibid.
qui liaient tous de la même amiée , et qui se sont développés immédiatement comme corroUaires tout naturels de ma première expérience. Je me félicite seulement de l'empressement que les expérimentateurs cités plus haut ont mis à me suivre dans l'étude de ces phénomènes de caloriflcation. Cela me prouve qu'ils les ont trouvés importants et dignes d'intérêt.
M. R.Wagner (de Gœttingue) s'est encore livré dans ces derniers temps à des expériences très -intéressantes sur le grand sympathique, mais qui ne se rapportent point directement à la question d'augmentation de caloricité et de sensibilité que nous examinons ici.
DE L'iNFLUENCR