PI. II
E . Oberlm, lith
Appareil pour l’étude de l'influence qu'ont les hautes-pressions sur les phénomènes de la vie.
INFLUENCE DE LA PRESSION SUR LA VIE AQUATIQUE. \8o
figure 97 et dans la planche II. Une lampe électrique envoie ses rayons à travers les hublots du bloc qui est rempli de petits
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Crustacés (Cyclopes). Un objectiî projette sur le tableau leur image colossalement agrandie. Leur transparence nous permet
Dispositif complet d’ime expérience sur les hautes pressions.
de suivre les moindres mouvements de leurs organes, pendant l'expérience. Commençons la pression.
Dès les premiers coups de pompe, les animaux, qui nageaient tranquillement dans le liquide, sont pris d'une certaine inquiétude ; ils s'agitent, et cela jusqu'à ce qu'on ait atteint une profondeur d’environ 1000 mètres (100 atm.). Mais, en somme, ils continuent à vivre dans les mêmes conditions qu à la surface.
Au delà de 1000 mètres, ils tombent lentement au fond de l'eau ; leurs membres s’agitent avec rapidité, leurs appareils natatoires se raidissent et sont pris d’un tremblement très énergique. Les animaux demeurent, à part cela, immobiles au fond de l’eau. Ils semblent incapables de se mouvoir, ils sont tétanisés.
Si on les mène rapidement à 400 atmosphères (4000 mètres), on les voit tomber subitement comme une pluie jusqu'au fond de la cuve, où ils restent inertes, sans avoir même les mouvements de tremblements de la première période. Ils demeurent dans cet état tant que dure la pression.
Chaque fois que cette pression change brusquement, ne fûtce que d'une vingtaine d'atmosphères, les animaux sont pris d’une secousse tétanique unique et générale, puis ils retombent dans le repos.
Si on les ramène d’un coup vers 1000 mètres ou à la surface, ils reprennent instantanément leur course dans le liquide sans paraître avoir été le moins du monde incommodés.
Ceci nous démontre que les accidents que nous avons signalés sont bien des accidents de pression et non de dépression, car, dans ce dernier cas, les animaux seraient malades après la dépression, et c’est le contraire qui a lieu.
Suivant nous, la différence de compressibilité entre les substances animales et l’eau, différence très faible, mais réelle, fait que, aux hautes pressions, le système nerveux, comprimé, est d’abord excité, puis inhibé (tétanisme du début, coma à 4000 mètres). La suppression de la pression lui rend son état primitif et ses fonctions.
Si on prolonge la pression pendant longtemps, qu’arrive-t-il ? Il arrive ce que nous avons déjà décrit. Le coma persiste après la compression, et I animal met plusieurs heures à revenir à son état primitif, au lieu de ressusciter subitement.
C'est qu’alors, en A'ertu de la différence de compressibilité, les tissus se sont laissé imbiber lentement d’eau qui les a pénétrés, et il faut que cette eau ait été chassée pour que l’animal reprenne ses fonctions. Jusque-là, il demeure en état de vie latente.
En résumé, les premiers résultats des hautes pressions sur les animaux sont : l’excitation du système nerveux, puis son inhibition par compression ; les résultats consécutifs, si la pression dure, sont l’imbibition des iissus (nerveux et autres) comprimés et l’état de vie latente jusqu à ce que, après la décompression, ils se soient débarrassés de l’excès d’eau.
Si la pression dure plus longtemps encore, les tissus ne peuvent arriver à la restitutio ad integrum et meurent.
Ce ([lie vous venez de contempler, Messieurs, est le merveilleux spectacle auquel il m’a été donné d’assister le premier en 1 8 8 o ; ce que nous voyons là, éclairé par la violence du rayon électrique, c’est ce qui se passerait dans la profonde obscurité des abîmes si nous y portions un animal de la surface. Nous connaissons maintenant le problème de la pression presque en entier, et il vous semblera sans doute, comme à moi, qu’en biologie un problème ne peut être résolu que si, à l’observation du naturaliste, vient se joindre l’action de l’expérimentateur.