MOYE
NNES
Gomment expliquer des faits qui paraissent justifier à la fois les opinions de M. Junod et de ses contradicteurs?
Je crois qu'on peut en trouver la raison dans les modifications que subissent, dans l'air comprimé, la calorification et la tension artérielle.
Les recherches de M. Galliburcès * et de M. Gyon^ sur l'influence que les modifications thermiques exercent sur l'activité du cœur ont démontré que l'élévation de la température détermine l'accélération du pouls.
* Voir également le graphique n® 4, p. 56.
2 Galliburcès, De Tlnduence de la chaleur sur Tactivité du cœur (Gazette hébdO' madaire de médecine et de chirurgie^ 1867, p. 468).
3 Ë. Gyon, De Tlnfluence des modifications thermiques sur le nombre, la durée et la force des battements du cœur (Berichte ûber die Verhandlungen der K. Sdchs. GeseUsch. d. Wissenschafften, XVIII, 1866, 258).
D'un autre côté, on sait, d'après les travaux de M. Marey\ que toute augmentation de la tension artérielle a pour résultat la diminution du nombre des pulsations cardiaques.
Or, d'une part, en examinant la marche de la température dans l'air comprimé, on remarque, ainsi qu'on le verra plus loin, que la production de la chaleur suit d'abord une marche ascendante pendant la j^remiére heure qui suit Ventrée dans Vappareil^ pour baisser ensuite d'une manière constante.
D'autre part, les tracés sphygmographiques et les caractères du pouls, qui devient de plus en plus faible au toucher, indiquent une forte augmentation de la tension artérielle.
On est donc conduit rationnellement à penser que, chez les sujets soumis à l'action de l'air comprimé, ces deux influences opposées, élévation de la température et augmentation de la tension artérielle y entrent en lutte et que de la résultante de leur action dépend, à un moment donné, soit l'accélération, soit le ralentissement du pouls.
Dans les premiers moments qui suivent l'entrée du sujet dans l'appareil , l'augmentation de la température, produite par la suractivité des combustions organiques, sous l'influence d'un plus grand afflux d'oxygène, amène l'excitation du cœur qui, par l'énergie de son action, lutte avantageusement contre les résistances qu'il éprouve. Puis l'action de l'air comprimé se prolongeant, l'organe central de la circu-
> Marey, Physiologie médicale de la circulation du sançi Paris) 1863*
lation paraît se fatig:uer en quelque sorte et ses battements se ralentissent.
Ce qui tend bien , du reste, à prouver que telle est la cause de ce ralentissement, c'est qu'il s'accentue de plus en plus à mesure que le séjour dans l'air compiimé se prolonge ou que la pression devient plus forte.
. IJnfait non moins remarquable, c'est que ce ralentissement, malgré une très-légère élévation du nombre des battements du cœur, qui se remarque quelquefois au moment inême de la décompression, persiste encore, comme l'a déjà remarqué von Vivenot, pendant plusieurs heures après le retour à l'air libre, comme si l'organe central de la circulation avait besoin d'un certain temps pour recouvrer toute son énergie.
L'augmentation de la tension artérielle et par suite la résistance qu'éprouve l'ondée sanguine, fait sur lequel je m'appuie, avec von Vivenot, pour expliquer le ralentissement du pouls, sont, du reste, rendues bien évidentes par les tracés sphygmographiques ci-dessous, pris, le premier, à la pression normale de l'atmosphère ; les trois autres, aux pressions successivement croissantes de 19, 38 et 76 centimètres de mercure (1/4, i/'Z et une atmosphère) ; le dernier enfin, quelque temps après le retour à l'air libre.
No M. — l'rCHxion de 1» oent. (l/i d'atmosphère)
N» III. — l'iesBÎoii de 38 cent. ( l/'i ntmosi.liôre)
7(i o..,.t. !,.tmosi.h.-.re)
IS« V. — Apres \a aoftie de Toppareil
Tandis, en effet, que, dans le premier de ces tracés, pris avant l'entrée dans l'appareil, la ligne d'ascension est perpendiculaire, ce qui indique le libre développement de l'artère sous l'impulsion de l'ondée sanguine, il semble déjà, dans le tracé numéro 2, pris à une pression d'un quart d'atmosphère, que cette ligne devient légèrement oblique, caractère qui s'accentue de plus en plus dans les tracés
numéros 3 et 4 pris à des pressions d'une demie et d'une atmosphère.
En même temps que la ligne d'ascension devient plus oblique,, sa hauteur diminue et ce fait est surtout évident dans le tracé numéro 4, oh il semble que l'artère ait opposé une résistance considérable à l'action du cœur, fait, du reste, parfaitement en harmonie avec la petitesse du pouls ^ qui devient à peine perceptible.
On remarque, de plus, dans les tracés pris sous l'influence de l'air comprimé, l'existence, au sommet de la pulsation, d'un plateau d'autant plus marqué que la pression est plus forte, et qui démontre d'une manière bien évidente une lutte entre l'effort de l'ondée sanguine^ qui tend à dilater l'artère, et la pression extérieure qui tend, au contraire, à limiter cette dilatation!
La ligne de descente n'oflre pas des modifications moins remarquables. Si, dans le premier et le second tracé, on observée nettement les caractères du dicrotisme, dû à l'élasticité de l'artère, qui ne revient sur elle-même que par secousses, le dicrotisme devient à peine perceptible dans le numéro 3 et disparaît complètement dans le numéro 4, oU la ligne de descente est parfaitement unie et ne présente aucune ondulation, par suite du brusque mouvement du retrait de l'artère.
Dans le tracé sphygmographique numéro 5, pris quelque temps après la sortie de l'appareil, on remarque bien nettement ce ralentissement et cette petitesse du pouls qui, ainsi que je l'ai dit plus haut, persistent encore quelques heures après le retour à l'air libre et qui indiquent que les bat-
tements du cœur mettent un certain temps à recouvrer leur force et leur rhythme normaux. Ici, la ligne d'ascension est droite, mais sa hauteur est encore très-faible, preuve manifeste de la moindre énergie du cœur.
En résumé, les tracés sphygmographiques pris dans l'air comprimé offrent une grande ressemblance avec ceux que fournissent les sujets avancés en âge ou atteints d'ossifica- 'tion des artères et chez lesquels l'élasticité des parois vasculaires devient beaucoup moindre. La raison en est facile à trouver. En effet, que l'obstacle à la dilatation du vaisseau soit produit par la perte de son élasticité propre ou par une force extérieure qui limite sa dilatation, le résultat est absolument identique, et c'est ainsi que Taûgmentation de la pression atmosphérique, en agissant directement sur les artères, en surajoutant son effort à la résistance qu'elles offrent à l'ondée sanguine, produit le même effet que la diminution de l'élasticité des vaisseaux * .
B. Circulation capillaire et veineuse. — Quoique l'observateur soit privé ici du secours d'un appareil qui puisse, comme le sphygmographe, traduire au dehors les variation» du cours du sang et que l'absence de mouvements perceptibles par le toucher ne permette pas, comme pour le pouls, d'apprécier à chaque instant l'effort que l'ondée sanguine exerce sur les parois vasculaires, il est facile, néanmoins,
^ Von Vivenot a démontré expériitientalement Tinfluence de l'augmentation de la pression atmosphérique sur la tension artérielle au moyen d*un appareil imitant le système circulatoire et assez semblable à celui de M. Marey'. Il a pu obtenir ainsi des tracés sphygmographiques tout à fait analogues à ceux qu'on obtient sur le vivant dans les mêmes circonstances de pression.
d'apercevoir les modifications qui se produisent dans le calibre des vaisseaux capillaires et des veines chez les sujets plongés dans l'air comprimé,
A mesure que la pression atmosphérique s'élève, on voit distinctement les muqueuses pâlir, les capillaires les plus volumineux diminuer de diamètre et les plus fins disparaître. Ces phénomènes sont surtout très-marqués sur la conjonctive et le pavillon de l'oreille . Au moyen de Tophtalmoscope on peut même, à l'exemple de von Vivenot, l'observer également sur les vaisseaux de la rétine et de l'iris soit chez l'homme, soit chez les animaux et en particulier le lapin albinos, dont les yeux se prêtent d'une façon trèsfavorable à cette observation.
On observe également des modifications analogues dans le système veineux superficiel dont les rameaux diminuent de calibre d'une manière très-marquée à mesure que la pression s'élève \
Le sang des capillaires et des veines, refoulé des parties périphériques, ne pouvant, d'un côté, s'écouler du côté des artères à cause de la vis a ter go et attiré, d'un autre côté, par l'aspiration qu'exerce le thorax dans l'inspiration, reflue alors dans les parties profondes du système veineux intrathoracique et intra-abdominal, où les grosses veines, maintenues béantes par les aponévroses qui les entourent ou qu'elles traversent, échappent à l'action directe de la pression atmosphérique qui tend à les affaisser.
* Dans le scaphandre, malgré les bracelets en caoutchouc qui serrent fortement le poigne», la main est décolorée (Gai, Des Dangers du travail dans Vair cornprimée etc.j p. 23)i
Ainsi, tandis que la circulation artérielle se trouve ra • lentie par Taugmentation de la pression atmosphérique qui, en réduisant le calibre des capillaires, s'ajoute à l'effort direct exercé sur les artères pour augmenter les résistances à Taction du cœur et diminuer la fréquence de ses battements, la circulation dans les veines et les capillaires se trouve au contraire favorisée, carie thorax, dans son mouvement d'expansion, fonctionne alors comme une pompe placée dans un milieu plus dense et dont la force d'aspiration deviendrait plus énergique * .
^ Les effets de Tair comprimé sur la circulation reçoivent également une explication à contrariis très-satisfaisante des phénomènes qui se produisent chez les 8i\jet« soumis à la raréfaction de Tair.
A mesure, en effet, que la pression diminue, on voit le pouls s*accélérer, la tension artérielle diminuer, en même temps que le dicrotisme sVccentue d*une manière trèsmarquée, comme Ta observé M. Lortet *, les veines devenir très-saillantes et les capillaires turgescents se rompre parfois, l'aspiration thoracique devenant moins énergique et Teffort du cœur n'étant plus contrebalancé par la pression atmosphérique.
* Lortet, Perturbations de la respiration, de la circulation et surtout de la caloxification à de grandes hauteurs sur le mont Blanc (Qazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, 1860, p. 632).
SUR
US PHÉI0HÉIE8 HÉGAIIQUE8 DE U RUPIRATIOI
La modification du rhythme est le phénomène qui se présente, dès l'abord, du côté des mouvements respiratoires, chez les sujets plongés dans Tair comprimé. La respiration se ralentit et ce ralentissement est un fait constant que je n'ai jamais vu manquer dans les nombreuses expériences que j'ai faites à ce sujet.
Pour avoir un point de comparaison qui permît d'observer simultanément les modifications du pouls et de la respiration, j'ai toujours eu soin de noter chaque jour et aux mêmes instants le nombre des pulsations de l'artère et des mouvements respiratoires par minute.
Le graphique ci-contre, dont le tracé répond aux mêmes jours et aux mêmes heures que celui du graphique numéro 1 ,
indique le nombre de respirations par minute et a des pressions croissant chaque jour par 1/5° d'atmosphère.
Grapbi^ub N" 2
ra«jT 2?Jour 3fJour Ifî Jour 5? Joi>r eUout l^.de Boinà>5Q«fi, B.inà3o..nil Bauià6oc™t Bami76«nl. ^*"
;; :::: :: :: ,: iî;;;: ;f-;:
» j s ri ^-i
Tablbau N" 4
MA