De tout cela il suit donc
i" Que lopium, à une dose et sous une forme déterminées , agit exclusivement sur les lobes cérébraux \ '
2*" Que TaQtion spécifique de Topium sur ces lobes reproduit exactement tous les phénomènes qui dérivent de leurs lésions mécaniques.
3" Qu'en agissant exclusivement sur ces organes , l'opium n'altère ou n'abolit que les fonctions que je leur ai attribuées dans mes précédens Mémoires.
4** Que l'action de l'opium sur les lobes cérébraux laisse toujours après elle des traces qui peuvent servir à la constater.
5"* Qu'il y a telle dose qui n'agit que sur les lobes cérébraux , et laisse complètement intactes leè parties mêmes les plus voisines. »
6° Enfin que, chez les petits oiseaux, on peut suivre à l'œil , et à travers les parois du crâne ,
' Il est iautlle d'avertir, au reste, qu'il ne s'agit, dans ce Mémoire, que des lésions cérébrales, et qu'il y est conséquemment fait abstraction des altérations secondaires que les substances que j'emploie pourraient déterminer sur d'autres parties dir corps.
DI3 SYSTÈME NJERVEUX. 255
la formation et le développement de Taltération organique dé la partie, produite par l'action. de la substance.
Expériences sur les tubercules quadrijumeaux.
K Je fis avaler, à un verdier, un grain d'extrait aqueux de belladona.
Plusieurs heures s'étaient déjà écoulées , et il ne paraissait aucun symptôme. Je me décidai donc à faire avaler, au même oiseau , un autre grain d'extrait aqueux de belladona.
Au bout de quelques heures, cette dose ne paraissant guère plus efficace , j'ajoutai à peu près un demi-grain de plus.
Quelque tems après , je m'aperçus que l'animal était tout-à-fait aveugle. Cependant il entendait, il avait l'air éveillé, se mouvait spontanément, et quand il marchait ou volait, c'était, avec une adresse et des précautions infinies.
2. Cette coïncidence singulière de la perte du sens de la vue avec la conservation des autres sens et des facultés intellectuelles me surprit d'autant plus que, dans toutes mes expériences sur l'action de l'opium, j'avais constamment vu la perte d'un seul sens , et d'un sens quelcon-
â56 PB0PRIÉT]ÊS ET FONCTIONS
que , s'accompagner iovariAblement de la perte «imultaoée de tous les autres sens et de toutes les facultés intellectuelles.
J'en conclus que la perte isolée de la vue par la belladona ne dépendait pas des lobes cérébraux ; car, comme je l'ai montré dans mes précédens Mémoires, toutes les sensations, toutes les facultés occupent coocurremment le même siège dans ces organes ; de telle sorte que , dès que l'une d'elles est perdue , elles le sont toutes.
Il n'y avait donc pas à douter que l'altération organique de laquelle dérivait la perte isolée du sens de la vue ne résidât dans les tubercules qundri jumeaux.
3. Pour m'en assurer, je découvris le erâne du petit verdier. Toute la région des tubercules quadri jumeaux , c'est-à-dire toute la région latérale et inférieure des parois crâniennes, se trouva colorée d'un rouge vineux foncé.
Le crâne ouvert, les tubercules quadrijiimeaux se montrèrent empreints de la même couleur. Toutes les autres parties étaient dans leur état naturel.
4- Je donnai , à un autre verdier, trois ^aÎBs et deoû à peu près d'extrait aqueux de beiladona à la fois.
Au bout de vingt minutes, l'animal fut toot-â-
fait aveugle; et néancnoins il entendait, et paraissait éveillé encore. Mais, cette fois-ci , l'audition ne survécut pas long-tems à la perte de la vue , et l'animal tomba bientôt dans un assoupissement profond.
Il fut absolument dans le même état, dès lors, qu'un animal qui eût perdu ses deux lobes cérébraux , ou chez lequel l'action de ces lobes eût été arrêtée par l'opium.
Le crâne étant mis à nu , je trouvai que cette nouvelle dose de belladona avait été assez forte pour transporter l'effusion sanguine de la région des tubercules quadrijumeaux à celle des lobes cérébraux.
La région du cervelet contrastait par sa blancheur avec les deux autres.
5. On peut remarquer, dans cette dernière expérience, que , bien que la perte de la vue ait été presque aussitôt suivie de la perte des autres sens et des facultés intellectuelles, c'est pourtant toujours elle qui a précédé; et qu'ainsi, lors même que la substance, à cause de la trop grande quantité employée, n'agit pas exclusivement sur sa partie de prédilection, elle agit encore sur elle primitivement et prédominamment , comme je l'ai dit plus haut.