De tous ces faits rapprochés , il suit
1° Que la faculté d'exciter des contractions musculaires , et de lier ces contractions en mouvemens d'ensemble , réside dans la moelle épinière;
2° Que la faculté de percevoir les impressions et de vouloir les mouvemens réside dans les lobes cérébraux;
5" Qu'aux tubercules quadrijumeaux appartient le principe primordial des contractions de l'iris: l'iris conserve, en effet, sa contractilité malgré l'ablation des lobes cérébraux et du cervelet; il ne la perd qu'en perdant les tubercules quadrijumeaux ';
4° Que la moelle alongée est absolument indispensable à l'exécution des mouvemens spontanés , ou voulus ^
' Ou plus exactement, (\\i' en perdant les nerfs optiques j car, encore un coup, la suppression des tubercules ne supprime la contractilité des iris , que lorsqu'elle est assez complète pour détruire toutes les racines des nerfs optiques.
- On en verra surtout la raison dans mon quatrième Mémoire.
5° Il siiit, enfin , que la faculté d'ordonner ces mouvemens en marche , saut , vol ou station , dérive exclusivement du cervelet.
2. D'un autre côté, les lobes cérébraux enlevés , la vision est perdue , car l'animal ne voit plus; la volition , car il ne veut plus; la mémoire, car il ne se souvient plus; le jugement, car il ne juge plus. Il se heurte vingt fois contre le même objet, sans qu'il lui vienne l'idée de s'en détourner; il trépigne sous les coups qu'on lui porte, sans qu'il lui vienne l'idée de fuir.
Un mouvement est-il commencé , il le continue, mais il ne le commence jamais spontanément ; il ne vole que lorsqu'on le jette en l'air ; il ne marche qu'autant qu'on le pousse; il n'avale qu'autant qu'on lui enfonce l'aliment dans le bec. Mais , ce qu'on ne saurait trop admirer , le vol , la marche, la déglutition commencés, tout cela continue et s'effectue avec une régularité et une justesse parfaites.
Tous les phénomènes du sentiment sont éteints , et tous les phénomènes du mouvement n'en persistent pas moins encore.
L'animal ne voit plus, mais l'iris de ses yeux est mobile ; le nerf optique, excitable; et quand^ on l'excite, l'iris se meut.
L'animal ne veut plus voler; mais il vole quand on l'y pousse.
Ce n'est plus sa volition qui détermine ses mouvemens ; mais une irritation extérieure peut suppléer à sa volition et les déterminer comme elle.
Rien ne prouve mieux assurément combien la sensibilité est distincte deVexcitabilitéj, les parties où réside la sensation des parties qui excitent la contraction, et les paralysies du sentiment des paralysies du mouvement.
§. VIII
Comparaison des effets obtenus sur les oiseaux aux effets obtenus sur les reptiles et les mammifères.
1 . Des expériences précédentes sur les oiseaux , j'ai conclu que l'excitation des contractions musculaires dépendait immédiatement du nerf; la liaison de ces contractions en mouvemens d'ensemble, de la moelle épinière; la coordination de ces mouvemens en saut , vol , marche ou station , du cervelet ; et la volition de ces mouvemens , des lobes cérébraux.
Il importait de savoir jusqu'à quel point de semblables expériences sur les reptiles et les mammifères reproduiraient ces résultats, et par conséquent les confirmeraient.
2. J'ai coupé la moelle épinière , sur une grenouille, un peu au-dessus du renflement des membres abdominaux : sur-le-champ, la grenouille a perdu l'usage de ses pâtes de derrière, et n'a plus marché qu'avec ses pâtes de devant.
3. J'ai coupé, sur une autre grenouille, la moelle épinière au-dessus du renflement antérieur : le saut , la marche et la station ont été perdus aussitôt. L'animal ne mouvait plus volontairement et coordonnément que le cou et la tête.
4. J'ai enlevé , sur une grenouille , le lobe cérébral droit : la grenouille a sauté et marché d'elle - même , comme auparavant ; elle avait perdu la vue de l'œil gauche.
5. J'ai enlevé les deux lobes sur une autre grenouille : perte absolue et soudaine de toute sensation , de toute volition , de tout mouvement spontané ; mais , sous l'effet des irritations , saut et marche parfaitement réguliers et coordonnés.
6. J'ai retranché , sur une grenouille , le tubercule quadrijumeau droit : la grenouille a tourné long - tems et irrésistiblement sur le côté droit ; la vue était perdue de l'œil gauche.
7. J'ai retranché, sur une autre grenouille, le tubercule gauche : la grenouille a tourné sur le côté gauche ; la vue était perdue de l'œil droit.