Je passe à l'examen de la masse cérébrale
2. Le cervelet d'un pigeon étant mis à nu , j'ai soumis à des piqûres superficielles tout le côté droit de ce cervelet. Il a paru, sur-le-champ, une faiblesse assez marquée du côté gauche.
3. J'ai retranché, par couches successives, tout le côté gauche du cervelet d'un second pigeon. La faiblesse du côté droit s'est accrue visiblement comme s'aggravaient les mutilations.
4. J'ai, sur un troisième pigeon, borné la mutilation aux parties médianes du cervelet. L'affaiblissement a été à peu près égal des deux côtés.
5. Je ne reviendrai pas ici sur le croisement de faiblesse qui, comme on l'a déjà vu , accom-
DU SYSTÈME NERVEUX. Il5
pagne toujours le retranchement d'un seul lobe cérébral. Ce croisement est suffisamment connu par mon premier Mémoire.
6. J'ai enlevé le tubercule quadrijumeau gauche , sur un pigeon ; et la faiblesse a prédominé du côté droit.
7. J'ai enlevé le tubercule droit, sur un autre pigeon ; et la faiblesse a prédominé du côté gauche.
8. J'ajoute que les irritations du tubercule droit déterminaient toujours aussi des convulsions à gauche, et celles du gauche à droite.
9. J'ai découvert, enfin, la moelle alongée, sur un pigeon, par le retranchement préalable du cervelet, et j'ai ensuite irrité séparément ses deux moitiés latérales.
Les irritations de la moitié droite ont constamment provoqué des convulsions à droite ; celles delà moitié gauche, à gauche; celles du centre, à la queue.
10. J'ajoute pareillement que les mutilations de la moitié droite affaiblissaient surtout le côté droit ; celles de la moitié gauche, le côté gauche; celles du centre , la queue.
1 1. Pour bien mettre dans tout son jour cette singulière opposition d'effet entre la moelle alongée et les tubercules quadrijumeaux, je décou-
Il6 PROPRIÉTÉS ET FONCTIONS
vris, sur un pigeon, cette moelle et ces tubercules, en enlevant le cervelet qui recouvre la première, et la portion postérieure des lobes cérébraux qui cache les seconds.
Cela fait, j'irritai tour à tour et séparément ces diverses parties.
Or voici ce que j'observai.
Quand j'irritais le tubercule d'un côté, je provoquais toujours des convulsions du côté opposé ; quand j'irritais, au contraire, la moelle d'un côté, c'était toujours du même côté que s'opéraient les convulsions.
Par exemple , les irritations du tubercule droit ne décidaient des convulsions qu'à gauche ; celles du gauche, qu'à droite; et les irritations, au contraire, de la moelle droite n'en déterminaient qu'à droite, et celles de la gauche qu'à gauche.
12. « Dans les piqûres de la moelle alongée, dit «Lorry, j'ai toujours vu un commencement de » paralysie se fojrmer du côté opposé à celui où «était la blessure, et des convulsions du côté » qu'on avait irrité'» .
Tout le monde voit maintenant l'explication de ce fait si remarquable , et si long-tems révoqué en doute par les physiologistes. Dans
' Mém. des sav. etr. , toiii. III, pag. S^S.
DU SYSTÈME NERVKLX. 11-^
ses expériences. Lorry produisait tout à la fois paralysie du côté opposé à la piqûre et convulsion du côté piquée parcequ'iî n'isolait point la moelle alongée du cervelet : Veffet croisé de celui-ci devait donc se mêler, dans ses expériences, à Yeffet direct de l'autre.
Pour exprimer un fait sous tous les rapports exact, Lorry devait dire : Dans les blessures combinées de la moelle alongée et du cervelet, j'ai toujours vu la paralysie du côté opposé à la piqûre, et la convulsion du côté piqué.
L'assertion particulière de Lorry, comme la proposition générale d'Hippocrate, ne s'applique donc qu'à des lésions complexes : l'assertion de Lorry, aux seules lésions combinées de la moelle alongée et du cervelet; la proposition d'Hippocrate, à tous les cas de combinaison possibles de la lésion d'une partie à effet direct avec la lésion d'une partie à effet croisé.
10. Ainsi , i° le retranchement d'un seul lobe cérébral, d'un seul côté du cervelet, ou d'un seul tubercule quadrijumeau, produit constamment une faiblesse plus marquée dans le côté du corps opposé au lobe , au tubercule , ou au côté du cervelet enlevé ;
Les lobes, le cervelet, les tubercules ont donc un effet croisé; et les lobes et les tubercu-
llS PROPRIÉTÉS ET FONCTIONS
les, un effet croisé double: en avant, sur les yeux ; en arrière, sur les autres parties du corps.
2° L'irritation d'une seule moitié latérale , soit de la moelle alongée, soit de la moelle épinière, détermine toujours des convulsions du même côté ;
Et pareillement, la mutilation d'un seul côté de moelle épinière ou alongée ne paralyse que les parties de ce côté ;
La moelle épinière et la moelle alongée n'ont donc qu'un effet direct \
3° JJeffet croisé se borne donc à certaines parties du système nerveux; dans d'autres il est remplacé par Veffet direct : l'expérience de ces diverses parties pouvait seule constater le genre d'effet propre à chacune d'elles.
4° Enfin, la lésion d'une partie excitatrice de contraction et à effet direct ( les moelles épinière ou alongée par exemple) , combinée avec la lésion d'une partie non excitatrice de contraction et à effet croisé (le cervelet ou les lobes cérébraux par exemple), donne le rapport selon lequel les paralysies se joignent aux convulsions: rapport jusqu'ici tellement inconnu et méconnu que le prin-
' Tout le monde connaît aujourd'hui le fait correspondant offert par l'anatomie : savoir que les faisceaux de la moelle épinière ne s,''entre-croisent(\\i'k un seul point; point où elle finit et où commence l'encéphale.
cipal fait sur lequel il repose, c'est-à-dire le fait d'où était parti Hippocrate et qu'a reproduit Lorry, est encore révoqué en doute par la plupart des physiologistes.
i/j- En résumé, les lobes cérébraux et le cervelet ont un effet croisé et simplement de paralysie ; les moelles épinière et alongée, un effet direct double et de convulsion et de paralysie ; les tubercules quadrijumeaux , un effet croisé double et de paralysie et de convulsion.
i5. Ainsi, qu'un seul lobe cérébral, ou qu'un seul coté du cervelet soit atteint, il y aura simplement paralysie du côté opposé à la partie blessée ; qu'on ne blesse qu'un seul côté des moelles épinière ou alongée, il y aura (selon le degré de la lésion)paralysie ou convulsion du côté lésé; qu'on ne blesse qu'un seul tubercule quadrij urneau, et il y aura (selon le degré de la lésion encore') paralysie ou convulsion du côté opposé à la blessure.
Au contraire, qu'on blesse tout à la fois et un lobe cérébral et le côté correspondant de moelle
' Je dis selon le degré de la lésion, parceque, comme on Tient de Toir, une lésion déterminée des parties excitatrices de contraction (c'est-à-dire, de la moelle épinière, de la mpelle alongée et des tubercules quadrijumeaux) excite la contraction ; tandis qu'une lésion assez profonde pour détruire le tissu de ces parties la paralyse et l'abolit..
120 PROPRIETES ET FONCTIONS
alongée % il y aura tout à la fois paralysie du côté opposé à la piqûre et convulsion du côté piqué ; qu'on blesse un seul côté du cervelet et un seul côté de moelle alongée (toujours la correspondance de côté observée), il y aura encore paralysie du côté opposé à la lésion et convulsion du côté lésé; qu'on blesse enfin, ou un seul lobe cérébral, ou un seul côté du cervelet, concurremment avec le tubercule quadrijumeau du même côté , et la paralysie et la convulsion seront toutes deux du côté opposé à la blessure.
16. La paralysie peut donc exister seule; elle peut se joindre aux convulsions; elle peut être directe ou croisée, du même côté ou du côté opposé à la convulsion ""i le genre d'effet propre à la lésion de chaque partie une fois connu , tous les cas de combinaison possibles des diverses
' Bien entendu que la lésion ne va pas jusqu'à détruire le tissu de la moelle alongée; cas auquel, comme je l'ai déjà dit, ce serait la paralysie, et non la convulsion, qui serait la suite de cette lésion, ou, plus exactement, de cette destruction.
■^ Voyez les Mémoires de Lapeyronie (Acad. des sciencl, année 1741)' ^^ Saucerotte, Sabouraut, Chopart (Acad. roy. de chirurg., tom. IV des Prix); les Observations de Louis, Pourfour Petit, Petit de Namur, Valsai va^ Morgagni, etc., etc.^ etc. Voyez, plus loin, l'application de mes expériences et de leurs résultats à la pathologie.
lésions entre elles se conçoivent, s'expliquent, se déduisent d'eux-mêmes.