‹ Récherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux, dans les animaux vertébrés (volume 3)Chapitre 7 sur 67 · XI] PREFACE · texte numérisé non relu

XI] PREFACE

si elles sont, ou non , pareillement perdues. On peut croire que l'animal, privé de ses lobes, ne goûte ou ne faire pas dans le moment où on l'observe, uniquement parcequ'il n'en a pas actuellement envie, et que peut-êire il goûterait ou flairerait plus tard : on sent combien il est difficile de discerner le cas où il touche ^ du cas où il est simplement touché^ etc.

Un seul moyen m'a paru propre à lever ces difficultés, mais aussi ce moyen est-il , à mon avis, infaillible : c'a été de faire survivre , le plus longtems que j'ai pu, les animaux à l'opération.

Évidemment, l'animal, une fois guéri des suites immédiates de la lésion mécanique qu'entraîne nécessairement avec elle l'ablation des lobes cérébraux, devait reprendre peu à peu toutes les facultés qui ne dérivaient pas essentiellement de ces lobes.

Or les expériences auxquelles je me suis livré dans cette vue, et qui forment le sujet du second Mémoire de cet ouvrage , montrent clairement que, quelque temps que les animaux survivent à

PRÉFACE. Xiij

la perte de leurs lobes (j'en ai vu survivre près d'une année entière), ils restent constamment' assoupis, n'usent plus d'aucun de leurs sens, ne goûtent j ne f}airent plus ce qu'on leur fait manger, ne mangent plus d'eux-mêmes, ne touchent, c'est-à-dire u explorent t^\u%^ enfin, ne veulent, ne se souviennent et ne jugent plus. Les animaux privés de leurs lobes cérébraux ont donc réellement perdu toutes leurs sensations , tous leurs instincts , toutes leurs facultés intellectuelles; toutes ces facultés, tous ces instincts, toutes ces sensations , résident donc exclusivement dans ces lobes.

Ce^ premières difficultés levées, il s'en présentait une autre. Il était naturel de se demander si toutes ces sensations, toutes ces facultés que nous venons de voir résider exclusivement dans le même organe , y occupaient concurremment toutes le même siège; ou s'il n'y avait pas, au contraire, pour chacune d'elles, un siège différent de celui des autres ?

Il suit des expériences de ce second Mémoire

Xiv PRÉFACE.

que, quelque graduée, quelque ménagée que soit l'ablation des lobes cérébraux , quels que soient le point, la direction, les limites dans lesquels on l'opère, dès qu'une sensation est perdue, toutes le sont, dès qu'une faculté disparaît, toutes disparaissent, et conséquemment que toutes ces facultés, toutes ces sensations, tous ces instincts, ne constituent qu'une faculté essentiellement une, et résidant essentiellement dans un seul organe.

Un autre résultat non moins important de ces expériences , c'est que les lobes cérébraux , le cervelet, les tubercules quadrijumeaux peuvent perdre une portion assez étendue de leur substance sans perdre l'exercice de leurs fonctions. Un résultat plus précieux encore, c'est qu'ils peuvent réacquérir en entier ces fonctions après les avoir totalement perdues.

Enfin , c'est une question qui remonte à Hippocrate, qu'on a bien souvent agitée depuis, qu'on n'a jamais résolue d'une manière générale et définitive, de savoir quelles parties du système nerveux ont un effet direct, quelles, au contraire, un

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