L. En résumant tout ce qui précède, on voit
1° que la section du canal horizontal des deux côtés est constamment suivie d'un violent mouvement horizontal de la tête; que la section d'un canal vertical, soit supérieur, soit inférieur, des deux côtés, est suivie d'un violent mouvement vertical de la tête; et que la section des canaux horizontaux et verticaux tout à la fois est suivie d'un mouvement horizontal et d’un mouvement.
vertical tout ensemble; 2° que la section du canal d'un seul côté, quel que soit le canal coupé, vertical ou horizontal, est toujours suivie d'un effet beaucoup moindre que celle du même canal des deux côtés ; 3° que l'effet delasection(1)des canaux semi-circulaires n'empêche pas l'animal de vivre, mais que cet effet subsiste tant que l'animal vit ; et 4” enfin, que cest dans les canaux membraneux enveloppés par Îles canaux osseux, c'est-à-dire dans les véritables canaux semi-cireculaires et dans leur expansion nerveuse, que réside le principe de cet effet. |
IT. Il est surprenant sans doute de voir des parties d'une structure aussi délicate et d'un aussi petit volume que les canaux semi-circulaires, exercer une action si puissante sur l'économie; il ne l'est pas moins de voir des parties qui, par
(x) Du moins de la simple section : car la destruction ou le broiement , plus ou moins profonds, des canaux semi-circulaires entrainent un tel désordre et une telle violence dans les mouvements, que l'animal s’épuise en vains efforts,ne peut plus ni boire ni manger, et finit au bout de quelque temps par succomber. Ains:, la violence des effets est toujours subordonnée au degré de la lésion. Dans le cas d'une simple piqûre, le mouvement de la tête estléger ; il est beaucoup plus fort dans le cas d’une section; il est plus fort encore dans le cas d'une section double; il est au plus haut degré de violence enfin dans Île cas de broiement ou de destruction complète.
leur position dans l'oreille, semblaient ne devoir Jouer qu'un rôle spécial et borné à l'audition, avoir une influence si marquée sur les mouvements ; il ne l’est pas moins enfin de voir la section de chacune de ces parties déterminer un ordre ou une direction de mouvements toujours si parfaitement conformes à la direction de la partie coupée. |
Ainsi, la section des canaux horizontaux détermine un mouvement horizontal ; celle des canaux verticaux, un mouvement vertical. De plus, l’un des deux canaux verticaux, l'inférieur, est dirigé d'avant en arrière ; sa section détermine un mouvement d'avant en arrière, ou de culbute en arrière : l’autre canal vertical, le supérieur, a une direction d'’arrière en avant; sa section détermine un mouvement d’arrière en avant, ou de culbute en avant.
IT. D'un autre côté, bien que les phénomènes qu'amène la section des canaux semi-circulaires aient une analogie très marquée avec les phénomènes du cervelet, ces deux ordres de phénomènes n'en sont pas moins distincts.
IV. Dans plus de vingt expériences sur ces canaux, Je me suis constamment convaincu de l'intégrité complète et absolue du cervelet.
Il est évident, d’ailleurs, que si le branlement
DES OISEAUX. 467 de la tête n'était pas un phénomène propre aux canaux semi-circulaires, la direction de ce branlement ne varierait pas comme varie la direction de ces canaux. |
Enfin, la lésion du cervelet n’est suivie, dans aucun cas, d'un pareil branlement de la tête, soit vertical, soit horizontal, quoique, comme je l'ai précédemment montré, l'animal, après cette lésion , exécute les mouvements les plus confus et les plus désordonnés.
V. Le branlement impétueux de la tête qui vient d’être décrit est donc un phénomène propre aux canaux semi-circulaires. En outre, ce phénomène ést d'autant plus important à consi- “dérer quil n'est pas rare de le voir constituer un symptôme plus ou moins dominant dans plusieurs maladies, soit de l'homme, soit. des animaux ; et cest sans doute un progrès de diagnostic, qui ne sera pas perdu pour la thérapeutique, que la détermination du siége d'un aussi singulier symptôme. |
VI. J'ai répété les expériences qui précèdent, sur des poules, sur des moineaux, sur des verdiers, sur des bruants, sur des chardonnerets, sur des linottes, sur des mésanges, etc. ; le résultat a toujours été le même, du moins quant au fond et à toutes les circonstances essentielles du phé-
nomène (1). Le phénomène qui suit la section des canaux semi- circulaires est donc un phénomène constant et général dans la classe des oiseaux.
VIL Il me reste à indiquer les effets de la section de ces canaux dans les autres classes , et particulièrement dans celle des mammifères; ce sera l'objet d'un autre chapitre.
(1) Ainsi, par exemple, on a vu qu'après la section des canaux horizontaux, le pigeon tourne presque toujours sur lui-même , qu'après celle des canaux verticaux inférieurs il fait souvent plusieurs’ culbutes en arrière les unes à la suite des autres, et qu'après celle des canaux verticaux supérieurs il en fait souvent en avant. Tous ces mouvements ont lieu dans le vol comme dans la marche; mais dans les petits oiseaux (mésanges, bruants, verdiers, etc.), qui volent beaucoup plus qu'ils ne marchent , c’est presque toujours dans le vol qu’ils ont lieu, ce qui ajoute un nouveau degré de rapidité, et par-là même de singularité aux phénomènes. Du reste, même mouvement horizontal de la tête après la section des canaux horizontaux; même mouvement vertical après la section des canaux verticaux ; inême cessation de ces mouvements durant le repos ; même reproduction des mouvements de la tête par tous les mouvements du corps ; et même trouble de tous ces mouve-
ments (vol, marche, course , etc.) par le mouvement de la tête.
DES MAMMIFÉRES. 469