DÉTERMINATION DES PROPRIÉTÉS DU SYSTÈME NERVEUX
I. Le système nerveux est tout à la fois l'origine des sensations et l’origine des mouvements. Il est le siége du principe qui veut, qui perçoit, qui se souvient, qui Juge. Mais est-ce par une propriété unique ou par plusieurs propriétés diverses qu'il
(1) Mémoire lu à l'Académie des sciences de l'Institut, dans les
séances des 4, 11 et 25 mars 182,
détermine des phénomènes aussi distincts? Cette question, presque aussi ancienne que Ja science, n'a jamais été résolue d'une manière définitive. L'opinion la plus générale a toujours été de n’attribuer au système nerveux qu'une propriété unique, en vertu de laquelle il détermine épalement et les sensations, et les mouvements, et le reste. Néanmoins, et à diverses reprises, quelques physiologistes ont soutenu l'opinion contraire, savoir, qu'il y a plusieurs propriétés distinctes, l'une pour les mouvements, l’autre pour les sensations, l’autre pour les perceptions, etc. Mais quand on en est venu à demander à ces physiologistes si toutes ces propriétés résident dans les mêmes parties ou dans des parties diverses, nul na répondu par des expériences directes; et ainsi cette opinion, tour à tour abandonnée ou reprodyite dans la science, n'a jamais été ni complétement établie ni complétement réfutée.
Quelques faits acquis de bonne heure, en pathologie, ne laissent pourtant aucun doute que ces trois propriétés, l’une de sentir, l'autre de mouvoir, l'autre de concevoir et de vouloir, etc., ne soient essentiellement distinctes. R IT. Le sentiment peut étre aboli, et le mouvement conservé; réciproquement, le mouvement peut s'éteindre, et le sentiment survivre, Il n’est
DU SYSTÈME NERVEUX. 3 pas jusqu'à la faculté de vouloir et de concevoir qui ne puisse disparaître séparément des autres. Le sentiment , le mouvement, la perception, la volition, etc., ont donc, dans les masses nerveuses, des siéges divers et une origine distincte.
Le point de la question et de la difficulté n'est donc qu à déterminer expérimentalement (car ce n'est qu'ainsi que l’on détermine) quelles parties du système nerveux servent exclusivement à la sensation, quelles à la contraction, quelles à la perception Aute :
Évidemment, l'expérience de chaque partie pouvait seule en donner la propriété. J'ai donc soumis à l'expérience, tour à tour et séparément, les nerfs, la moelle épinière, la moelle allongée, les tubercules quadrijumeaux, les lobes cérébraux et Le cervelet.
$ IL
Expériences relatives à la détermination des propriétés des nerfs.
I. Lorsque l'on pince ou que l’on pique un nerf dans une certaine étendue de son trajet, il y a sur-le-champ une réaction opérée (1).
(1) 1 ne s'agit ici que des nerfs rachidiens. On verra plus tard
le résultat de mes recherches sur le grand sympathique,
Cette réaction a pour effets immédiats : d'une part, la contraction des parties musculaires auxquelles le nerf se rend; et, d'autre part, la sensation éprouvée par l'animal. |
Ainsi, contraction dans les muscles, sensation éprouvée par l'animal, voilà les deux effets ordinaires de l'irritation d'un nerf.
IL. Je découvris Le nerf sciatique, sur une grenouille : les irritations de ce nerf déterminèrent des contractions dans les muscles de la jambe, et un malaise général.
Je coupai ce nerf par une section transversale, à peu près vers le milieu de son trajet fémoral; les irritations du tronc inférieur donnèrent longtemps encore des contractions dans les muscles de ce tronc; mais je ne remarquai plus de malaise général, l'animal ne ressentait plus, c’est-àdire ne percevait plus ces irritations. Les irritations du tronc supérieur provoquaient toujours, au contraire, des douleurs et des convulsions tout ensemble.
HE. J'ai choisi le nerf sciatique pour sujet ordinaire des expériences de ce genre. Il est le plus gros et le plus long de tous les nerfs, l'un des plus faciles à découvrir, l'un de ceux dont les altérations compromettent le moins la vie D VE de
l'individu.
Je découvris ce nerf sur un jeune chien, par une incision qui se prolongeait du grand trochanter au jarret : lorsque je pinçais un peu fortement le nerf ainsi mis à nu, lanimal poussait des cris plaintifs; les muscles postérieurs de la jambe éprouvaient des contractions vives et partielles; l'animal se débattait et faisait des efforts pour s'échapper.
Je dépouillai bien exactement la portion supérieure du nerf de tous les rameaux qui en provenaient; jinterceptai cette portion entre deux ligatures ; et, après que les douleurs déterminées par l'application de ces ligatures furent apaisées, Je soumis tour à tour à des piqûres, à des pincements, à des tractions, la portion de nerf ainsi interceptée : il n'y eut plus ni sensation ni contraction, l'animal n'éprouva plus rien.
IV. Je supprimai la ligature supérieure (1), sans toucher à l'inférieure (2), et j'irritai de nouveau la portion de nerf précédemment irritée : l'animal cria et voulut se sauver; mais les muscles postérieurs de la jambe restèrent complétement immobiles.
(1) C'est-à-dire, celle placée vers le point d'insertion du nerf à la moelle épinière.
(2) C'est-à-dire, celle placée du côté des ramifications nerveuses dans les parties,
Ô PROPPIÉTÉS
Je réappliquai la ligature supérieure, et j'enlévai l'inférieure; j'irritai fortement toujours la même portion du nerf: les muscles postérieurs de la jambe subirent des contractions violentes, mais l'animal ne ressentit ou ne perçut rien.
V. Enfin, je coupai ce nerf sciatique par une section transversale : les irritations du tronc supérieur n'excitèrent plus que des douleurs; celles du tronc inférieur, que des contractions.
VE. J'ai vinet fois répété de semblables expériences. |
Lorsqu'on irrite la portion du nerf inférieure à la lisature ou à la section, le membre de l'animal se contracte et s’agite, mais l'animal n'en ressent absolument rien. Les parties situées au-dessous de la ligature forment une espèce de système isolé et étranger au système général de l'économie. On peut brûler ces parties, les dilacérer, y déterminer des convulsions violentes, l'animal reste doux et calme. |
Au-dessus de la ligature, au contraire, la moindre irritation le tourmente et l'inquiète ; et c’est, pour le coup, le membre ligaturé qui devient à son tour étranger au trouble général de l’économie.
VIL. J'ai coupé transversalement le nerf sciatique d'un pigeon dans sa portion fémorale ; j'ai irrité
lé tronc inférieur un peu au-dessus de sa division en poplités externe et interne, et il y a eu contraction de tous les muscles auxquels ce tronc ou ces divisions se rendent.
J'ai coupé le poplité interne; je l'ai irrité par son bout inférieur, ct l’irritation est demeurée confinée aux seules ramifications de cette branche du sciatique.
J'ai poursuivi cette branche, de section en section, jusqu'à ses dernières ramifications. L'effet de l'irritation a toujours été de plus en plus circonscrit et réduit; mais il a persisté jusque dans les plus extrêmes subdivisions.
VIT. J'ai coupé, sur une grenouille, tout le plexus nerveux qui va à la jambe. J'ai chagriné l'animal; il a voulu s'enfuir, mais la jambe a refusé de lui prêter son secours. J'ai irrité a moelle de l'épine; il y a eu des convulsions par tout le corps, ‘à l'exception de la jambe dont j'avais coupé les nerfs.
J'ai irrité le plexus nerveux de cette jambe : toute la jambe a manifesté des mouvements brusques et saccadés. J'ai coupé le nerf sciatique à l'endroit où ilse divise en poplités externe et interne. J'ai irrité le poplité externe, et il n°y a plus eu de convulsions que dans les muscles de cette branche irritée. |
Enfin, j'ai poursuivi par des coupures successives les subdivisions du poplité externe jasqu'à leurs derniers ramuscules : l'effet excitateur des contractions a persisté jusque dans les ramuscules les plus extrêmes.
IX. Ainsi, 1° un nerf, irrité dans un point quelconque de son trajet, provoque à l'instant des douleurs et des contractions.
2° Une simple ligature ou une section, opérée sur le trajet d'un nerf, y établit sur-le-champ deux centres d'action, et s'y interpose entre deux ordres de phénomènes : sensation au-dessus, et contraction au-dessous. La contraction est donc essentiellement distincte de la sensation ; on peut provoquer l'une séparément de l’autre; on peut séparément les conserver, les abolir ou les reproduire. | |
X. Mais cette sensation que je sépare ici de la contraction, cette sensation que J'isole, est-elle un fait simple? Non sans doute. Cette sensation est un fait complexe, et qui se comipose tout à la fois et de la sensation proprement dite, et de la perception.
XI. Je laisse, pour le moment, ees deux derniers faits confondus ensemble. Je les dégagerai bientôt l'un de l’autre.
Expériences relatives à la détermination des propriétés de la moelle épinière. F
I. Je coupai, sur un jeune chat, tout l'arc supérieur des six dernières vertèbres dorsales ; je fendis ensuite la dure-mère, l'arachnoïde, la piemére; et la moelle épinière étant ainsi mise à nu, je l'irritai alternativement par des piqûres et par des pressions.
A chacune de ces irritations, l'animal criait; il subissait des convulsions qui ébranlaient tout son corps; et, devenu furieux par les douleurs qu'il éprouvait, on avait toute la peine du monde à se garantir de ses griffes et de ses dents.
Je divisai, par une section transversale, la portion de moelle dénudée : les irritations du tronc antérieur continuèrent à exciter des contractions et des douleurs violentes; les irritations du tronc postérieur n'excitèrent plus que des contractions.
IL. Je découvris, comme ci-dessus, la région dorsale de la moelle épinière, sur un jeune cochon d'Inde que j'avais rendu très familier. Je divisai incontinent la moelle par une section transversale à peu près vers le milieu de cette région;
10 | PROPRIÈTÉS
et l'animal étant remis des douleurs et du trouble causés par l'opération, je lui offris à manger en le caressant , et il mangea en effet.
J'irritai alors le tronc postérieur de la moelle: toutes les parties qui recevaient leurs nerfs de ce tronc, les muscles des jambes, des cuisses, etc., toutes ces parties éprouvérent des contractions vives et répétées; mais l'animal n'en ressenitit rien, il continua à manger. J'irritai le tronc antérieur ; il poussa des cris pitoyables et voulut s'enfuir.
IL. Je découvris, sur un pigeon, toute la portion de moelle qui s'étend du renflement des membres antérieurs au renflement des membres postérieurs. |
Cela fait, j'irritai successivement divers points de cette portion de moelle dénudée, en comprimant tour à tour en avant ou en arrière des points irrités; et je provoquai tour à tour ou des douleurs et des contractions tout ensemble, ou des ‘contractions seulement, selon que j'irritais en avant ou en arrière des points comprimés.
Par exemple, lorsque j'irritais la moelle en avant du point comprimé, les parties antérieures ‘éprouvaient des convulsions, l'animal souffrait et voulait s'enfuir. Lorsque au contraire j'irritais la “moelle en arrière du point comprimé, les parties postérieures éprouvaient bien des convulsions
aussi, mais l'animal ne souffrait plus et ne cherchait plus à s'enfuir.
IV. Je coupai, sur un autre pigeon, la moelle épinière un peu au-dessus du renflement des membres antérieurs. Quelque point que jirritasse endecà de la section, toutes les parties situées en-decà subissaient des contractions, mais l'animal n’en ressentait rien.
Je fis une seconde section un peu en avant du renflement des membres abdominanx. Les irritations du bout médullaire antérieur ne s’étendirent plus qu’au train antérieur; celles du bout postérieur, qu'au train postérieur : l'animal ne ressentait ni les unes ni les autres.
Je pratiquai une troisième section vers le milieu de la région dorsale. J'eus alors trois centres d'irritation parfaitement distincts et indépendants. Les irritations d'un centre restaient étrangères aux irritations de l’autre, et l'animal n'en percevait aucune.
V. J'interceptai, sur un lapin, par deux sections, une portion déterminée de la moelle épinière dorsale. Je détachai tous les nerfs de cette portion; après quoi, |'irritai tour à tour, en avant, en arrière, ou entre les deux sections.
Lorsque j'irritais en arrière, il n'y avait que des convulsions; lorsque j'irritais en avant, les con-
12 PROPRIÉÊTÉS
vulsions s'accompagnaient de douleurs; lorsque Jjirritais entre, il n'y avait ni convulsions ni douleurs.
VE. Ainsi, 1° lorsquonirrite une portion de moelle épinière convenablement préparée, en comprimant tour à tour en avant ou en arrière du point irrité, on détermine tour à tour et séparément des contractions ou des douleurs.
2° En interceptant, par des sections transversales, deux ou plusieurs portions de moelle épinière, on établit incontinent deux ou plusieurs centres d'irritation. Pareillement, en détachant un nerf de la moelle épinière, on localise incontinent ses irritations aux seules parties auxquelles il se rend.
C'est donc par la moelle épinière que s'effectue la dispersion, ou, si l'on veut, la généralisation des irritations ; généralisation qui constitue précisément ce que les physiologistes ont appelé sym:pathies.
Communément on attribue ces sympathies au cerveau. Leur siége réel est la moelle épinière (et, comme on le verra plus tard, la moelle allongée); c'est elle qui les effectue, le cerveau ne fait que les percevoir.
La moelle épinière est donc l'organe ou l'instrument des sympathies générales ; les nerfs ne
sont que des instruments de sympathies partielles. La perception ou la conscience de ces sympathies (communications d’irritation) appartient exclusivement aux seules parties centrales, qui seront bientôt désignées comme siéges de la perception.
$ IV
Expériences relatives au démélement de l’excitabilité et de la
sensibilité dans les nerfs et dans la moelle épinière (1).
I. Jusqu'ici je n'ai vu, dans la moelle épinière et dans les »erfs, que des organes simples. J'ai pris, dans mes expériences, le nerf tout entier ; j'ai piqué, j'ai coupé la moelle épinière tout entière. Aussi le fait que j'ai séparé ainsi de la contraction nest pas un fait simple, ce n'est pas la sensation seule ; le fait que j'ai séparé est un fait complexe, et qui se compose tout à la fois, comme je l'ai déjà dit, de la sensation et de la perception.
Il. Des expériences nouvelles, et dont la première idée est due à une vue admirable de M. Charles Bell (2), ont séparé dans le 72erfmême,
(1) Cet article est tout entier, je n’ai presque pas besoin d'en avertir, de cette seconde édition.
(2) Cette vue admirable de M. Bell, qui l'a conduit à distinguer la fonction propre de chaque racine des nerfs, et par suite à voir
dans chaque nerf deux nerfs, l’un pour le-sentiment, l’autre pour le
14 PROPRIÉTÉS dans la moelle épinière même, le mouvement du sentiment, l'excétabilité de la sensibilité.
IL. Si, sur un animal, on touche la fuce postérieure de la moelle épinière (1), l'animal témoigne de la douleur; si l'on touche la face antérieure, l'animal ne paraît point souffrir; si l'on coupe la racine postérieure de l'un des nerfs qui partent de cette moelle, l'animal perd aussitôt le sentiment dans toutes les parties auxquelles ce nerf se rend, mais le mouvement S'y conserve encore ; si l’on coupe la racine antérieure, c'est, au contraire, le nouvement qui se perd, et le sentiment qui subsiste. |
IV. Le mouvement peut donc être séparé du sentünent ; Vun peut donc être aboli sans l’autre et chacun a son siége propre : le sentiment, dans
mouvement, et dans la moelle épinière même deux moelles, l’une pour la sensibilité, l’autre pour la motilité; cette vue, fruit d’une analyse aussi profonde que fine, a été reprise et confirmée, d'abord en France par M. Magendie, puis en Allemagne par M. J. Muller, etc., et tout de nouveau, en France encore, et avec une grande habileté, par M. Longet.
(1) Je ne parle ici que des nerfs à double racine, et que des deux faisceaux, l’un moteur, l'autre sensorial, de la moelle épinière. M. Bell a distingué, avec non moins de précision, un troisième faisceau de la moelle épinière, lequel est le faisceau qui sert aux mouvements de la respiration, et un troisième ordre de nerfs, lesquels sont les nerfs respiratoires.
DU SYSTÈME NERVEUX. 19 le faisceau postérieur de la moelle épinière et dans les racines postérieures des nerfs; le mouvement, dans le faisceau antérieur de la moelle épinière et dans les racines antérieures des nerfs.
V. J'ai répété les expériences de M. Bell, et je les ai répétées avec une modification que mes vues particulières me suggéraient.
VI. J'ai commencé par mettre à nu le renflement postérieur de la moelle épinière, sur un chien ; puis, pinçant séparément les racines antérieures ou les racines postérieures , je provoquais séparément ou des contractions dans les muscles des jambes de derrière, ou des douleurs.
De plus, chaque fois que jirritais la face postérieure de la moelle épinière, l'animal souffrait, et le témoignait par ses cris et ses eflorts pour s'échapper. |
J'ai retranché alors les lobes cérébraux tout éntiers, et tous les effets de l'expérience ont continué comme auparavant. Quand j'ai pincé les racines antérieures, les muscles des jambes de derrière se sont contractés; quand j'ai pincé les racines postérieures, l'animal l'a senti, il a souffert, il s'est agité, il a crié : il a souffert, il s'est agité, il a crié de même, quand j'ai irrité la face postérieure de la moelle épinière.
VIL J'ai répété cette expérience compliquée
10 PROPRIÈTÉS sur plusieurs chiens, et le résultat a été le même.
VIIT. Ainsi donc, d'une part, la sensation survit au retranchement des lobes cérébraux, lobes dans lesquels la perception réside ; la sensation est donc distincte de la perception. D'autre part, la sensation a, dans la moelle épinière et dans les nerfs, un siége distinct de l'excitabilité ; la sensibilité est donc distincte de l'excitabilité. L'excitabilité, la sensibilité, la perception, sont donc trois propriétés distinctes.
S'Y Expériences relatives aux limites de l’excitabilité.
1. J'ai découvert, sur un jeune chien, la moelle épinière, dans toute son étendue, depuis le sacrum jusqu'au crâne. Puis j'ai irrité, successivement, tous les points de cette moelle ainsi dénudée, à partir de l'extrémité caudale; et jai provoqué par tous les points des phénomènes de contraction musculaire. |
J'ai aussitôt ouvert le crâne, j'ai continué mes irritations sur la masse cérébrale, et j'ai bientôt rencontré un point où les phénomènes de contraction musculaire ont cessé.
IE Ensuite, et comme pour contre-épreuve,
j'ai commencé, sur un autre chien, par ouvrir le crâne ; j'ai irrité d'abord impunément tous les points des centres nerveux antérieurs : l’excitabilité (c'est-à-dire l'effet sur la contraction musculaire) n'a reparu qu’au point où, dans l’expérience précédente, elle avait cessé.
JL. J'ai mis à nu, dans le même temps à peu prés, toute la région dorsale de la moelle épinière sur un pigeon, toute la région cervicale sur une grenouille, toute la région lombaire sur un lapin. Partout, dans toute l'étendue de ces régions, sur tous ces animaux, les piqûres ou les pressions ont été suivies de convulsions.
IV. J'ai découvert la masse cérébrale sur trois autres individus de ces trois espèces. J'ai constamment trouvé, sur tous, un point où l'excitabilité a cessé; et, sur tous, ce point a été le
même.
À partir de ce point, la moindre irritation provoquait des convulsions ; de l’autre côté de ce point, j'avais beau dilacérer, piquer, brûler, nulle contraction n avait lieu. |
V. Il y a donc un point, dans le système nerveux, où finissent les phénomènes d'excitabilité, et il y en a un où ils commencent. L’excitabilité, c'est-à-dire la propriété de provoquer immeédia-
18 PROPRIÉTÉS tement des contractions musculaires, n'appartient donc pas à tout ce système.
$ VI
Expériences relatives à la détérmination des propriétés des diverses parties de la masse cérébrale.
L. J’enlevai, sur un petit lapin, les deux os frontaux : l'animal perdit peu de sang, et il allait tout aussi bien après l'opération qu'avant.
Je fendis la dure-mère des deux côtés; je fendis également l’arachnoïde, je les écartai toutes deux; je piquai ensuite les hémisphères cérébraux dans toute leur étendue, sans produire nullé part le moindre signe d'effet sur la contraction musculaire.
IL. J'enlevai ces hémisphères, par couches successives, sur un pigeon: l'animal resta impassible. R
IL. Je découvris le cervelet sur un autre pigeon; je le perçai de part en part, et dans tous les sens, avec une aiguille; je le coupai par tranches successives : l'animal ne bougea pas.
Je passai aux hémisphères cérébraux: il ne bougea pas davantage. Je piquai les tubercules bijumeaux : il y eut un commencement de trem-
blement et de convuisions; et ce tremblement et ces convulsions s accrurent d'autant plus que je pénétrai plus avant dans la moelle allongée.
IV. J'ai répété un nombre infini de fois cette expérience : le résultat a toujours été le même.
V. J'enlevai toute la pañoi crânienne du côté sauche, sur un jeune chien; je piquai, je déchirai les lobes cérébraux et le cervelet de ce côté : l'animal n’en fut ni troublé ni agité.
VI. Je piquai, sur un chien beaucoup plus âgé, les tubercules quadrijumeaux : tant que je ne blessai que les couches superficielles, c'est-à-dire que les seuls #zbercules, je ne vis point de convulsions ; dès que je touchai, au contraire, les couches profondes, c'est-à-dire les pédoncules du cerveau, sur lesquels reposent les tubercules, de faibles convulsions parurent. Je piquai la moelle allongée : il en survint de violentes.
VIL. Je piquai d'abord, dans tous les sens, et j'enlevai ensuite en totalité, par tranches successives, sur un lapin, les corps striés et les couches | optiques : nulle agitation n'accompagna cette double épreuve.
On a prétendu que la pression des couches optiques abolit la contraction des iris; on l'a prétendu aussi de la pression des corps striés. La paralysie des iris n'a lieu, dans ces cas, que parce
que les nerfs optiques, placés au-dessous de ces parties, sont comprimés avec elles.
VII. Je piquai, dans tous les sens et sur tous les points, les corps striés et les couches optiques d'un pigeon : l'iris de ses yeux demeura immobile. Je piquai les tubercules bijumeaux, et il y eut surle-champ des contractions manifestes des deux iris.
IX J'enlevai tous les hémispheres cérébraux, y compris les couches optiques, sur un pigeon: l'iris conservait toute sa contractilité. Je n'avais qu'à piquer, ou les nerfs optiques, ou les tubercules bijumeaux, pour y décider des contractions vives et prolongées.
X. J'ai répété cette expérience sur plusieurs autres pigeons : le résultat a été le même.
XI. Aïnsi : 1° les hémispheres cérébraux ne sont point susceptibles d’exciter immédiatement des contractions musculaires.
Haller et Zinn (1) l'avaient déjà reconnu pour les parties supérieures ; Lorry (2) pour le corps calleux : je l'ai vérifié pour tout l’ensemble des
(1) Mémoires sur la nature sensible et irritable des parties du corps animal. Lausanne , 1756, tom. I et II. |
(2) Académie des sciences : Mémoires des savants étrangers, tome III.
DU SYSTÈME NERVEUX. al hémisphères, les corps striés et les couches optiques.
C’est à tort qu'on a attribué la paralysie des iris à la lésion de ces dernières parties. On peut les couper, ou les piquer sur tous les points, sans abolir comme sans provoquer la contractilité des iris. |
Quelques observateurs ont cru exciter des contractions et des convulsions, dans les mammifères, par les piqûres du corps calleux; c'est que ces piqûres s'étendaient jusqu'aux pédoncules cérébraux. À
9° Le cervelet n’excite point non plus immédiatement des contractions musculaires.
Haller et Zinn (1) se sont trompés, quand ils ont dit que les blessures du cervelet causent des convulsions universelles : cela n’est vrai que de la moelle allongée placée au-dessous du cervelet, et probablement intéressée dans leurs expériences.
3° Dans les oiseaux, les tubercules bijumeaux excitent des convulsions.
Leur irritation, comme celle des nerfs optiques, provoque les contractions de l'iris. C'est avec ces tubercules que commence ou que finit, Pain cette classe, l'excitabilité.
| (1) Liv. dit.
4° La moelle allongée, comme la moelle épinière et comme les tubercules bijumeaux, excite des contractions.
À cette similitude de propriétés se joint une similitude parallèle d'organisation. La moelle épinière, la moelle allongée, qui n’est que la moelle épinière continuée, les tubercules bijumeaux, qui ne sont que la terminaison de cette moelle; toutes ces parties, c'est-à-dire toutes les parties excitatrices de contraction, ont la substance grise en dedans et la substance blanche en dehors.
Une disposition inverse de ces deux substances forme le caractère des parties non excitatrices, c'est-à-dire des lobes cérébraux et du cervelet.
On peut donc, à priori, juger des propriétés de ces parties par leur structure, et réciproquement de leur structure par leurs propriétés.
XII. Ces données fixeront définitivement, je pense, la détermination des tubercules bijumeaux.
Deux raisons m'ont porté, depuis long-temps, à les considérer comme la continuation et la terminaison des moelles épinière et allongée : 1° leur similitude de structure avec elles; 9° l'origine qu'ils donnent comme elles à des nerfs : les lobes cérébraux ni le cervelet ne sont effectivement l'origine directe d'aucun nerf.
Ainsi, même structure, même destination ; Je
DU SYSTÈME NERVEUX. 23 puis ajouter maintenant, mêmes propriétés : tels sont, dans les oiseaux, les caractères communs de la moelle épinière, de la moelle allongée et des tubercules bijumeaux.
XIIL. Dans les mammifères, toute la portion supérieure des tubercules quadrijumeaux est impassible.
XIV. J'ai piqué, sur des chiens, sur des lapins, sur des cochons d'Inde, etc., toute la portion supérieure, toutes les couches superficielles des tubercules quadrijumeaux, sans exciter des contractions. | |
XV. J'en ai toujours excité, au contraire, quand j'ai piqué les couches profondes, c'est-à-dire les pédoncules mêmes du cerveau, sur lesquels les tubercules quadrijumeaux reposent.
XVI. L'excitabilité qui, dans les oiseaux, s'étend jusqu'aux tubercules, finit donc un peu plus tôt dans les mammifères. Voilà pour la limite des couches supérieures de l'encéphale. Quant à la limite des couches inférieures, elle est la même dans les deux classes : dans les oiseaux comme dans les mammifères, c'est avec les pédoncules du cerveau que l’excitabilité finit ou commence.
$ VIL
Expériences relatives au déméêlement de la sensution et de la
perception.
LE Partout, jusque dans les effets des organes mêmes des sens, la sensation proprement dite, la sensibilité générale, se distingue de la perception ou intelligence.
IT. Une de mes expériences, que l'on verra bientôt, le démontre formellement.
Quand on enlève le cerveau proprement dit ou les lobes cérébraux à un animal, l'animal perd toute intelligence , et par Conséquent toute perception; mais, par rapport à l'œil, rien n'est changé : les objets continuent à se peindre sur la rétine, l'iris reste contractile, le nerf optique excitable. La rétine reste sensible à la lumière, car l'iris se ferme ou s'ouvre selon que la lumière est plus ou moins vive. Ainsi l'œil est sensible, et cependant l'animal ne voit plus. La sensation n'est donc pas la vision; la vision n'est que la perception de la sensation.