FONCTIONS DU CERVELET
Expériences sur les oiseaux.
Exp. I. Sur un dindon.
Je retranchai le cervelet, par couches successives, sur un dindon. Aux premières couches, hésitation et manque d'harmonie dans les mouvements; aux moyennes couches, démarche chan celante et embarrassée; aux dernières couches, perte de tout équilibre et de toute locomotion répulière.
Exp. II. Sur une hirondelle.
J'enlevai le cervelet petit à petit sur une hirondelle.
Cet oiseau fut bientôt réduit à ne voler que de la manière la plus singulière et la plus bizarre;
134 FONCTIONS il reculait au lieu d’avancer; il roulait sur luimême en volant; son vol avait toutes les allures de l'ivresse la plus fougueuse. |
Du reste, cet animal, comme le précédent, comme tous les suivants, Conservait toutes ses facultés intellectuelles et perceptives.
Exe. III. Sur un moineau.
J'enlevai, sur un moineau, le cervelet par couches successives.
L'animal perdit peu à peu la faculté de voler et de marcher, tout en conservant parfaitement l'usage de sa vue, de son ouïe, de tous ses sens, de toutes ses facultés intellectuelles.
Ce petit oiseau offrait le spectacle le plus curieux par sa démarche chancelante et bizarre. Après être resté un moment comme indécis, il s'élançait et faisait trois ou quatre pas (quelquefois en avant, beaucoup plus souvent en arrière) avec une précipitation incroyable, et tout cela se terminait par une chute ou par un roulement sur lui-même.
Mais ce qu'il y avait de plus singulier, c'était la manière dont il volait : une fois en l'air, il semblait rouler encore sur lui-même, ne pouvait plas se diriger comme il le voulait, s'élançait dans un
sens et tournait vers l’autre, et finissait bientôt par tomber. |
Ce vol représentait complétement, en un mot, la marche de l'ivresse. Il y a donc un vol, comme il y a une marche d'ivresse.
Exp, IV. Sur une effraie,
Je retranchai à peu près toute la moitié supérieure du cervelet, par couches successives, sur une effraie. Aux premières couches, il ne se manifesta qu'une lépère hésitation dans les mouvements; aux couches suivantes, toutes les allures de l'ivresse parurent dans la démarche : l'animal volait pourtant encore assez bien. Aux moyennes couches, il ne volait presque plus; il avait la plus grande peine à se tenir un moment debout sans chanceler ; sa démarche était irrégulière et désordonnée, tous ses mouvements déréglés et incohérents.
Il entendait, il voyait ; il se mettait même en défense dès qu'on voulait l'attraper, c'est-à-dire qu'il se jetait aussitôt sur le dos, en présentant son bec et ses griffes; et, comme il n'y avait plus d'équilibre ni daplomh dans ses mouvements, en voulant prendre cette attitude il tombait souvent, ou tout-à-fait sur le dos ou sur le côté, et
136 FONCTIONS il roulait alors jusqu’à ce qu'il pût se redresser sur ses pattes, ce à quoi il parvenait toujours fort difficilement.
Quand il prenait l'essor pour éviter un objet, il lui arrivait souvent d'aller au contraire ( faute de pouvoir maîtriser et diriger ses mouvements) se heurter contre cet objet; quand il voulait aller en avant, il allait presque toujours en arrière; quand il voulait prendre sa nourriture, il avait toute la difficulté imaginable à la saisir.
Exr. V. Sur un canard.
Je détruisis, par couches successives, le cervelet sur un fort gros canard. Aux premières couches, l'animal perdit l'harmonie de ses mouvements, et sa démarche, comme toutes ses autres allures, ressemblait de tout point à celle de l'ivresse. Je poussai mes retranchements plus loin : l'animal avait toute la peine du monde, ou à faire quelques pas chancelants, terminés bientôt par une chute, ou à se tenir appuyé sur ses coudes et sur ses ailes.
Je parvins aux dernières couches : l'animal perdit tout équilibre; ilne pouvait plus, quelque effort qu'il'fit, ni faire un seul pas régulier, ni se tenir d'aplomb; il reculait et roulait
sur lui-même quand il voulait se mouvoir; enfin, épuisé de fatigue, il se reposait sur un côté, ou sur le dos, ou sur le ventre, selon la position où l'avait amené son dernier effort.
Placé dans l'eau, le jeu de ses pattes effectuait tout aussitôt, mais dune manière incohérente, le mouvement du canard pour la natation.
En un mot, tout équilibre, tout mouvement coordonné étaient perdus. Il est superflu d'ajouter, au point où nous sommes, qu'il conservait tous ses sens et toutes ses facultés intellectuelles.
Expériences sur les mammifères.
Exe. I. Sur un lérot,
J'enlevai, sur un lérot que je conservais depuis quelque temps, le cervelet, par couches successives.
Cet animal, dont on connaît l'extrême vivacité, la légèreté, la souplesse de mouvements, commença par chanceler sur ses pattes, et finit bientôt par ne pouvoir pius s'en servir du tout d’une manière régulière et coordonnée.
Mais il conserva constamment ses sens et son intelligence. Quand on l'irritait avec un bâton,
par exemple, il s'élançait sur le bâton, et sil l'atteignait, il le mordait avec colère; il entendait aussi bien qu'il voyait, et n'avait, en un mot, perdu que l'équilibre et la réoularité de ses mouvements.
Exr. II. Sur un chat,
Je mutilai, de plus en plus profondément, le cervelet sur un chat. L'animal perdit peu à peu l'équilibre ; bientôt il ne lui resta plus que la démarche chancelante de l'ivresse. Il perdit enfin jusqu'à cette démarche même, ainsi que toute faculté de station et de locomotion régulières. Mais il conservait tous ses sens, toute son intelligence, et sa férocité naturelle s'était tellement accrue par les douleurs de l'opération, qu'il y aurait eu tout à craindre de ses dents et de ses priffes, s'il eût conservé l'adresse et la précision de ses mouvements. |
Exp. II, Sur une taupe.
J'enlevai, sur une taupe, le cervelet, par couches graduelles : l'animal perdit graduellement la faculté de se mouvoir d'une manière régulière et coordonnée. |
Je le portai sur un tas de terre où il avait coutume de se réfugier ; il sy reconnut très bien,
et redoubla d'activité pour creuser un trou et s’y câcher : mais il ne sut plus creuser; ses pattes ne se remuaient plus convenablement; il s'y prenait comme s'y fût pris un animal ivre, et, après quelques efforts inutiles, il finissait bientôt par reculer, tomber et rouler sur lui-même.
Exp. IV. Sur un chien.
J'enlevai, sur un chien, jeune encore mais vigoureux, le cervelet, par des retranchements de plus en plus profonds. L'animal perdit de plus en plus la faculté de se mouvoir avec ordre et régularité. Bientôt il ne marcha plus qu'en chancelant et par zigzags. Il reculait quand il voulait avancer; quand il voulait tourner à droite, il tournait à gauche. Comme il faisait de grands efforts pour se mouvoir, et ne pouvait plus modérer ces efforts, il s'élançait avec impétuosité et ne tardait pas à tomber ou à rouler sur lui-même. Trouvait-il un objet sur sa route, il ne pouvait, quelque dessein qu'il en eût, l'éviter,; il se heurtait à droite et à gauche; cependant il voyait et entendait très bien; quand on l'irritait, il cherchait à mordre, et mordait en effet l'objet qu'on lui présentait, quand il pouvait le rencontrer, mais il ne disposait plus de ses mouvements avec assez de précision pour le rencontrer sou-
vent. Il avait toutes ses facultés intellectuelles, tous ses sens ; il n'était privé que de la faculté de coordonner et de régulariser ses mouvements.
Je retranchai jusqu'aux dernières couches dn cervelet; l'animal perdit toute mobilité, toute stabilité régulières.