‹ Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux, dans les animaux vertébrésChapitre 84 sur 167 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

S Le.

Trois grandes lois régissent l’action nerveuse :

La première est la spécialité d'action ;

La seconde est la subordination des fonctions nerveuses ; R

La troisième est l'unité du système nerveux.

Spécialité de l’action nerveuse.

I. On a vu, par tous les faits réunis dans ce livre, que chaque partie essentiellement distincte du système nerveux a une fonction ou manière d’agir également distincte.

Le cerveau proprement dit n’agit pas comme le cervelet; ni le cervelet, comme la moelle allongée ; ni la moelle allongée, comme la moelle épinière ou les nerfs.

IL. Chaque partie du système nerveux a donc une action propre ou spéciale , c'est-à-dire différente de l'action des autres ; et l'on a vu de plus en quoi cette différence ou cette spécialité d’action consiste.

Dans les lobes cérébraux réside la faculté par laquelle l'animal pense, veut, se souvient, juge, perçoit ses sensations, et commande à ses mouvements.

Du cervelet dérive la faculté qui coordonne ou équilibre les mouvements de locomotion; des tubercules bijumeaux ou quadrijumeaux, le principe primordial de l’action du nerf optique et de la rétine ; de la moelle allongée, le principe premier moteur ou excitateur des mouvements respiratoires; et de la moelle épinière enfin, la faculté de lier ou d'associer en mouvements d'ensemble les contractions partielles immédiatement excitées par les nerfs dans les muscles.

IL. Le grand fait de la spécialité d'action des diverses parties du système nerveux, fait à la démonstration duquel aspiraient depuis si longtemps Les plus nobles efforts des physiologistes, est donc désormais un fait établi par l'observation directe, et le résultat démontré de l'expérience.

$ IL Spécialité des propriétés nerveuses.

L Il y a trois propriétés nerveuses essentiellement distinctes : celle d’exciter la contraction musculaire; celle de ressentir et de transmettre les impressions; celle de percevoir et de vouloir.

J'appelle la première de ces propriétés, excitabilité ; la seconde est la sensibilité ; la troisieme est l'intelligence.

IL. Et chacune de ces propriétés a un siége déterminé, c'est-à-dire un organe propre.

L'excitabilité réside dans le faisceau antérieur de la moelle épinière et dans les nerfs venus des racines de ce faisceau ; la sensibilité réside dans le faisceau postérieur de la moelle épinière et dans les nerfs venus des racines de ce faisceau; l’iëntelligence réside exclusivement dans le cerveau proprement dit (lobes ou hémisphères cérébraux).

$ IV

Role spécial de chaque partie du système nerveux dans les

mouvements,

I. Nul mouvement ne dérive directement de la volonté. La volonté n’est que la cause provo-

catrice de certains mouvements; elle n'est jamais la cause effective d'aucun.

Qu'un animal veuille mouvoir ou son bras, ou sa jambe, ou toute autre partie : aussitôt il la meut; mais ce n'est pas sa volonté qui anime les muscles de la partie mue, qui les excite, qui les coordonne. | |

Ni la production de la contraction musculaire, ni la coordination du jeu des divers müscles, contraction et coordination indispensables néanmoins pour que le mouvement s’exécute : rien de cela n'est sous la puissance de la volonté, et conséquemment des lobes ou hémisphères cérébraux en lesquels cette volonté réside.

IT. La cause directe des contractions musculaires réside particulièrement dans la moelle épinière et ses nerfs; la causé coordonnatrice du jeu des diverses parties réside exclusivement dans le cervelet.

IT. Voilà donc trois phénomènes essentiellement distincts dans un mouvement voulu : 1° la volition de ce mouvement, volition qui réside dans les lobes cérébraux; 2° la coordination des diverses parties conCourant à ce mouvement, coordination qui réside dans le cervelet; et 3 enfin, l'excitation des contractions musculaires, la-

DE L'ACTION NERVEUSE. 239 quelle a son siége dans la moelle épinière et ses nerfs. .

IV. Puisque ces trois grands phénomènes, essentiellement distincts, résident dans trois organes essentiellement distincts aussi, on voit tout aussitôt la possibilité de n'abolir que l’un de ces phénomènes, la volonté, par exemple, en laissant subsister les deux autres, la coordination et la contraction; où d’abolir à la fois la coordination et la volonté, er ne respectant que la contraction.

V. Et c'est là ce que les expériences dé cet oùvrage ont mis dans une évidence complète.

Un animal, privé de ses lobes cérébraux, ne se meut plus spontanément ou volontairement, mais il se meut coordonnément et tout aussi régulièrement que lorsqu'il avait ses lobes.

Un animal privé de son cervelet, au contraire, perd toute coordination de ses mouvements. Cependant toutes les parties d’un tel animal, la tête, le tronc, les extrémités, toutes ces parties, dis-je, se meuvent; mais comine leurs mouvements ne sont plus coordonnés, il n'y a plus de résultat total obtenu. Un pareil animal ne marche plus, ne vole plus, ne se tient plus debout; non qu'il ait perdu l'usage de sés pattes et de ses ailes, mais parce que le principe coordonnateur de ses pattes

et de ses ailes n'existe plus. En un mot, tous les

mouvements partiels subsistent encore; la coordination seule de ces mouvements est perdue.

VE Ce que je viens de dire du cervelet, par

rapport aux mouvements coordonnés de locomo-

tion, on peut le dire de la inoelle allongée, par

rapport aux mouvements coordonnés de conser-

vation.

Tant que cette moelle subsiste, ils subsistent ;

quand elle s'éteint, ils séteignent. C’est donc en elle que réside effectivement leur principe régulateur ou leur premier mobile.

VIL. Quant à la moelle épinière, elle se borne à lier les contractions musculaires, premiers éléments de tout mouvement, en mouvements d'ensemble; et, bien que d'elle partent presque tous les nerfs qui déterminent et ces contractions et ces mouvements, ce n'est pourtant point en elle que réside l'admirable faculté de coordonner et ces contractions et ces mouvements en mouvements déterminés, saut, vol, marche, course, station, etc.; ou inspiration , cri, bâillement, etc. : cette faculté réside dans le cervelet, pour les premiers ; dans la moelle allongée, pour les seconds.

VIII. Il reste une dernière considération à rappeler. Communément, les mouvements de la respiration, du cri, du bâillement, etc., sont ap-

pelés involontaires, par opposition aux mouvements de locomotion , qu'on appelle alors volonfaires.

On vient de voir ce quil faut penser de ce mot volontaires, appliqué à certains mouvements. La volonté n'est jamais que la cause provocatrice, éloignée, occasionnelle, de ces mouvements; mais enfin elle peut les provoquer, en régler l'énergie, en déterminer le but ; et, ce qu'il y a d'essentiellement remarquable, elle peut cela de tous points. Ainsi un animal peut, à son gré, se mouvoir ou non, lentement ou vite, dans telle ou telle direction qu'il lui plaît. Il est donc maître absolu, non pas du mécanisme de sa marche, mais de sa marche.

Il en est de même de la course et du saut, qui ne sont qu'une marche précipitée; du vol, du nagement, de la reptation, qui ne sont que différentes espèces de marche; de la station, qui n’est qu'une partie de la marche, et, en un mot, de tous les mouvements de locomotion ou de translation. :

La respiration, le cri, le bâillement, certaines déjections , etc. , au contraire, ne dépendent que jusqu à un certaint point, et que dans certains cas, de la volonté. En général, tous ces mouvements ont lieu sans qu'elle s'en aperçoive, sans qu’elle

242 LOIS s'en mêle, sans qu'elle y participe, souvent même quelque opposée qu'elle y soit.

Enfin, les mouvements du cœur et des intestins sont totalement et absolument étrangers à la volonté (1).

Sous le rapport de la volonté, comme sous le rapport du mécanisme, comme sous le rapport des organes du mouvement, il y a donc trois ordres de mouvements essentiellement distincts. Les uns sont totalement soumis à la volonté; les autres n'y sont soumis qu'en partie; les autres n'y sont point soumis du tout.

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