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X PREFACE

contractions musculaires : la moelle épinîère, agent immédiat de toutes les contractions et par elles de tous les mouvemens , n'en veut ni n'en coordonne aucun. Un animal privé de ses lobes cérébraux perd toutes ses facultés intellectuelles, et conserve toute la régularité de ses mouvemens^ un animal, au contraire, privé de son cervelet, perd toute régularité dans ses mouvemens, et conserve toutes ses sensations , etc.

Les diverses parties du système nerveux ont donc toutes des propriétés distinctes , des fonctions spéciales, des rôles déterminés ; nulle n'empiète sur l'autre. Le nerf excite; la moelle épinière lie; le cervelet coordonne ; les lobes cérébraux veulent et sentent. De l'indépendance des organes dérive l'indépendance des phénomènes.

Enfin, non seulement l'origine des mouvemens est distincte , dans la masse cérébrale , de l'origine des sensations ; l'origine des sens eux-mêmes s'y distingue encore de celle des sensations.

L'ablation des lobes cérébraux , par exemple , fait perdre à l'instant la vue; mais l'iris n'en

I»RÉPACE, XJ

reste pas moins mobile; le nerf optique, excitable. L*ablâtion, au contraire, des tubercules quadrijumeaux abolit sur-le-champ la contractilité des iris et l'action de la rétine et du nerf optique. Dans le premier cas, on n'avait détruit que la sensation de la vue ; on détruit le sens de la vue, dans

le second.

Il y a donc, en dernière analyse, dans la masse cérébrale , des organes distincts pour les sens, pour les sensations y pour les mouvemens.

J'avais conclu des expériences de ce premier Mémoire que dans les lobes cérébraux résident exclusivement toutes les sensations.

Lorsqu'on enlève, en effet, le lobe d'un côté à un animal, il ne voit plus de l'œil du côté opposé; les deux lobes enlevés, il devient aveugle et n'entend plus. La vision et l'audition résident donc bien incontestablement dans ces lobes , puisqu'elles se perdent bien incontestablement par eux.

Mais, pour les autres sensations, il n'était pas^ à beaucoup près , aussi aisé de décider d'abord

xi] PRÉFACE.

si elles sont, ou non , pareillement perdues. On peut croire que l'animal, privé de ses lobes, ne goùie ou ne flaire pas dans le moment où on lobserve , uniquement parcequ'il n'en a pas actuellement envie, et que peut-être il goûterait ou flairerait plus tard : on sent combien il est difficile de discerner le cas où il touche , du cas où il est simplement touché, etc.

Un seul moyen m'a paru propre à lever ces difficultés, mais aussi ce moyen est-il , à mon avis, infaillible : c'a été de faire survivre , le plus longtems que j'ai pu, les animaux à l'opération.

Evidemment, l'animal, une fois guéri des sui-^ tes immédiates de la lésion mécanique qu'entraîne nécessairement avec elle Tablation des lo"^ bes cérébraux, devait reprendre peu à peu toutes les facultés qui ne dérivaient pas essentiellement de ces lobes.

Or les expériences auxquelles je me suis livré dans cette vue, et qui forment le sujet du second Mémoire de cet ouvrage , montrent clairement que, quelque teoips que les animaux survivent à

PRÉFACE. Xii)

la perte de leurs lobes (j'en ai vu survivre près d'une année entière), ils restent constaoîment assoupis, n'usent plus d'aucun de leurs sens, ne goûtenty ne flairent plus ce qu'on leur fait man^ ger, ne mangent plus d'eux-mênoes, ne touchent, c'est-à-dire n explorent ^lus^ enfin, ne veulent, ne se souviennent et ne jugent plus. Les animaux privés de leurs lobes cérébraux ont donc réellement perdu toutes leurs sensations , tous leurs instincts , toutes leurs facultés intellectuelles; toutes ces facultés, tous ces instincts, toutes ces sensations , résident donc exclusivement dans ces lobes.

Ces premières difficultés levées, il s'en présentait une autre. Il était naturel de se demander si toutes ces sensations, toutes ces facultés que nous venons de voir résider exclusivement dans le même organe, y occupaient concurremment toutes le même siège; ou s'il n'y avait pas, au contraire, pour chacune d'elles, un siège dififérent de celui des autres ?

Il suit des expériences de ce second Mémoire

Xiv PRÉFACE.

que» quelque graduée, quelque ménagée que soit TablatioD des lobeé cérébraux , quels que soient le point, la direction, les limites dans lesquels on Topère, dès qu'une sensation est perdue , toutes lesont, dès qu'une faculté disparaît, toutes disparaiissent, et conâéquemment que toutes ces facultés, toutes ces sensations, tous ces instincts, ne constituent qu'une faculté essentiellement une, et résidant essentiellement dans un seul organe.

Un autre résultat non moins important de ces expériences, c'est que les lobes cérébraux, le cervelet, les tubercules quadrijumeaux peuvent perdre une portion assez étendue de leur substance sans perdre l'exercice de leurs fonctions. Un résultat plus précieux encore, c'est qu'ils peuvent réacquérir en entier ces fonctions après les avoir totalement perdues.

Enfin , c'est une question qui remonte à Hippocrate, qu'on a bien souvent agitée depuis, qu'on n'a jamais résolue d'une manière générale et dé^ finitive, de savoir quelles parties du système nerveux ont un effet direct^ quelles, au contraire, un

. PREFACE. XT

effet croisé j quel est surtout le rapport selon lequel les paralysies se joignent aux convulsions. Les expériences de ce Mémoire établissentencore que les lobes cérébraux , les tubercules quadrijumeauX;, le cervelet, ont seuls un effet crohé; les moelles épinière et alongée seules, un effet direct; et que de. la combinaison de ces divers effets^ par la combinaison des lésions de ces diverses par/tW, se déduisent tous les cas possibles de croisement, de non-croisement, de conjonction, de disjonction des paralysies et des convulsions. Un supplément expérimental accompagne ce second Mémoire. Il a pour objet secondaire de faire mieux ressortir quelques circonstances de détail que le récit de faits plus împortans m'avait à peine permis d'indiquer dans le cours même du M.émoire. L'objet principal est d'établir, par une infinité d'expériences répétées sur une infinité d'espèces diverses, que la disposition des or-» ganes et des fonctions du système nerveux, établie dans les deux précédens Mémoires , forme une loi générale , constitutive , invariable , du

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