Pareille expérience sur deux hirondeUes
pareil résultat.
5. Ainsi donc, i® La perte des tubercules quadrijumeaux entraîne constaniment la perte de la vue , et toujours dans un sens croisé ; leur ablation complète abolit complètement le jeu de l'iris.
ii*La perte de ces tubercules n'entraîne jamais que la perte de la vue , sans altérer les autres faculté^ ni intellectuelles ni locomotrices.
3* Les fonctions des lobes cérébraux , des tubercules quadrijumeaux, du cervelet, sont donc bien distinctes.
Des lobes cérébraux dérivent les sensations et les facultés intellectuelles ; du cervelet , les facultés locomotrices ; des tubercules quadrijumeaux , l'action de l'iris et de la rétine.
4* Il y a , comme on voit , deux moyens d'éteindre la vision par la masse cérébrale.
L'un , Tablation des tubercules quadrijumeaux ,
l54 PROPRIÉTÉS ET FONCTIONS
tue le nerf optique , et par lui là rétine , et par elle riris^rautre, Tablation des lobes cérébraux ^ ne tue ni le nerf optique , ni la rétine , ni Tiris ; il ne tue que l'organe où se consomme et se trans-^ forme en sensation l'effet de Tiris, de la rétine et du nerf optique. L'ua est la perte du sens de la vue ; l'autre est la perte de la sensation de la vue: par l'un on perd l'a»/, par l'autre la vision.
Je montrerai ailleurs qu'il en est de même pour. tous les autres sens.
S*" Pour que la vision soit tout-à-fait éteinte > il n'est pas nécessaire que les tubercules soient tout -à-fait ôtés; une ablation partielle, mais pro« fonde 9 suffit pour cela.
Dans ce cas , ni l'iris , ni la rétine , ni le nerf optique , ' ne sont réellement et complètement morts ; mais leur communication avec les lobea cérébraux , par les tubercules quadrijumeaux, n'est plus libre. Leur action n'arriva donc plus au centre unique où elle puisse se convertir en sensation ; il n'y a donc plus de sensation , il n'y a plus de vision.
UU SYSTÈME NERYEUX l5&.
Expériences comparées sur les tubercules quadrijumeaux^ les lobes cérébraux et le cervelet.
Exp.I. Sur trois poules.
Je retranchai la moitié supérieure du cervelet sur une poule ; les deux lobes cérébraux sur line autre ; les deux tubercules quadrijumeaux sur une troisième.
J'avais mis ces trois poules dans le même appartement ; quand je voulais leur donner à manger 9 je contrefaisais quelquefois le cri qui les appelait habituellement, avant leur opération, aux repas ; et tout en continuant ce cri , je leur jetais du grain.
La poule sans lobes n'entendait rien , ne se doutait de rien et ne bougeait pas ; celle sans tubercules etitendait très bien , s'approchait du cri et du bruit que faisait le grain en tombant ; et quand elle y était arrivée , savait très bien le trouver sans y voir , et en mangeait beaucoup. Celle sans cervelet voyait le grain , voulait rattraper , faisait mille efforts pour l'attraper sans y réussir, au moitis d'ordinaire ; et se jetait presque toujours d'un côté , quand le graîii lui venait de l'autre , à peu près comme il arrive aux gens
l56 PROPRIÉTÉS ET FONCTIONS
ivres , qui , quand ils veulent aller à droite , ne manquent guère àe tourner à gauche.
EzF. II. Sur toois autres poules.
J'enlevai, comme ci-dessus, les deux lobes cérébraux à une poule , les deux tubercules quadrijumeaux à une autre , la moitié supérieure du cervelet à une troisième.
Je .les remis ensuite dans l'appartement même qu'elles occupaient avant l'opération , et auquel elles étaient conséquemment déjà habituées. Cet appartement fut tenu bien approvisionné.
La poule sans lobes mourut de faim : les deux autres surent chercher leur nourriture , la trouver , la choisir , et vécurent.
J'ai reproduit bien des fois , sur des coqs , sur des poules, sur des pigeons, sur des lapins, cette admirable opposition entre les effets des lobes cérébraux , des tubercules quadrijumeaux et du cervelet.
L'opposition est de tous points complète :
1** L'animal sans lobes reste assoupi ; rien n'est plus éveillé que l'animal sans cervelet ; celui sans tubercules n'est ni plus ni .moins éveillé qu'à son ordinaire.
2* Le premier n'a nulle sensation réelle, nulle faculté intellectuelle ; le second a toutes ses sensations et toutes ses facultés; le dernier n'a perdu que la vue.
3* Le premier et le troisième conservent toutes leurs facultés locomotrices régulières : le second les a toutes perdues.
4* En résumé, le premier ne manifeste aucune détermination spontanée , n'accuse aucune sensation positive , ne donne aucune marque d'intelligence ; il a donc perdu toutes ses sensations et toutes ses facultés intellectuelles.
Le troisième se montre impressionnable à tous les genres de sensation , sauf aux seules sensations de la vue; il donne toutes les marques d'une intelligence parfaite ; tous ses instincts se mani-
festent et se développent avec énergie; il n'a donc perdu que la vue.
Le second n'a perdu ni sensations ni facultés intellectuelles ; il n'a perdu que la faculté de se mouvoir coordonnément.
Les lobes cérébraux sont donc le réceptacle unique des sensations ; les tubercules quadrijumeaux, le siège du principe primordial de l'action de la rétine , de l'iris et du nerf optique ; le cervelet, celui de la coordination des mouvemens de locomotion et de préhension.
l58 PRO^RliTES ET FONCTIONS
§. VI
Expériences relatives à la ^uérison de certaines lésions des parties cérébrales.
£xp« I. Sur un coq.
Je fendis longitudinâlement les deux lobes cérébraux sur un jeune coq.
Sur-le-champ, l'animal perdit toute sensation , toute volition ; n'y vît plus , n'entendit plus, etc. : presque toujours assoupi ou endormi, il ne bougeait ou ne marchait qu'autant qu'on l'irritait.
Le second jour, même état : les lobes cérébraux sont très tuméfiés ; je fais boire et manger l'animal. .
Le troisième jour, même état encore : lobes toujours très tuméfiés ; sommeil presque continuel.
Le quatrième, même état, même tuméfaction des lobes. En se débattant contre les efforts que je fais pour lui ouvrir le bet, l'animal heurte violemment de la tête contre ma main : presque tout le lobe cérébral droit est détruit du coup.
Le cinquième, la tuméfaction des lobes, diminue ; l'animal paraît moins profondément ab* sorbe dans sa léthargie.
Le sixième, Tanimal commence à entendre, à se mouvoir, à se diriger de lui-même.
Le septième , l'animal donne des signes évîdens de volition et de sensation : il entend, voit un peu de l'œil droit,' mais non du gauche, cher* che sa nourriture, la trouve, boit et mange de lui-même.
Le huitième, l'animal voit bien de l'œil droit, entend bien, mange, boit, se nourrit. Tous ses instincts, toutes ses sensations ont reparu.
Mais il lui manque toujours la vue de l'œil gauche ; et quoiqu'il ait survécu fort long-tems à l'opération , il ne l'a jamais recouvrée.
Exp. II. Sur une poule.
Je fendis le lobe cérébral droit en long, sur une poule ; la vue fut soudain perdue de l'œil gauche.
Du reste, l'animal y voyait très bien de l'œil droit ; il entendait, se dirigeait, cherchait sa nouriture comme à l'ordinaire.
La tuméfaction du lobe fendu fut d'abord énorme. Sept à huit jours après , elle avait disparu ; et l'animal avait repris la vue de l'œil gauche.
J'enlevai alors le lobe cérébral gauche; l'animal continua à entendre , à se diriger, à se nourrir, à y voir, comme auparavant ; à la différence
l60 PROPRIÉTÉS ET FONCTIONS
près qu'il n'y voyait plus que de l'œil qu'il avait d'abord perdu.
Ezp. III. Sur une autre poule.
Les deux lobes cérébraux furent fendus par une section transversale , dans leur région . moyenne, et dans toute l'étendue de cette région.
La poule perdit, incontinent, tous ses sens, toutes ses facultés intellectuelles ; et ne les recouvra plus jamais*
Exp. IV. Sur nue troisième poule.
Je retranchai toute la région supérieure des deux lobes cérébraux, par couches successives;
l'animal perdît peu à peu tous ses sens et toutes ses facultés intellectuelles. Durant les cinq premiers jours , il fut plongé dans un état de stupidité complète. Dès le sixième , il commença à reprendre ses sens; du septième au neuvième, il les eut entièrement repris.
Ezp. V. Sur deux coqs.
Le cervelet fut fendu longitudinalemen.t sur l'un de ces coqs; il le fut en travers sur l'autre.
Ces deux coqs perdirent aussitôt tout leqr équilibre ; au bout de quinze jours , ils l'avaient totalement repris.
DU SYSTÈME NERVEUX. l6l
Exp. Vi.- 8àr an canard.
Je rendis ce canard aveugle par Textirpation de toute la région superficielle des deux tubercules quadrijumeaux.
Vingt jours après, Vanimal eut entièrement recouvré la vue des deux yeux.
Ezp. Vil. Snr nne pie.
J'enlevai toute la portion supérieure du cervelet sur cette pie. A peine douze jours s'étaient-ils écoulés qu'elle avait repris tout l'aplomb, toute la régularité de ses mouvemens.
Il serait superflu d'accumuler ici les faits de ce genre.^'Ceux que j'ai déjà rapportés suffisent, je crois, pour établir d'une manière incontestable K
1* Que les lésions des lobes cérébraux, des tubercules quadrijumeaux, du cervelet, sont (quand elles ne dépassent pas certaines limites) suivies de guérison de l'organe avec réintégration complète de la fonction;
2° Qu'une portion , assez restreinte mais déterminée , de ces organes suffit au plein et entier exercice de leurs fonctions;
S"" Que les conditions matérielles auxquelles
l6a PROPRIÉTÉS ET FONCTIONS
est soumis le jeu de ces organes peuvent être directement observées, et par conséquent déterminées avec rigueur ' ;
4* Enfin, que les fonctions du cervelet, des lobes cérébraux, des tubercules quadrijumeaux, sont bien essentiellement distinctes et séparées , puisque chacune d'elles peut, séparément , être conservée, détruite, restituée, selon que Torgane de chacune d'elles se conserve, se détruit, ou se restitue.
§. vn.
GonclusioD générale et définitive de ce Mémoire.
1*. Les lobes cérébraux sont le siège exclusif des facultés içteliectuelles et sensitives ;
2*. Le cervelet est lé siège du principe régulateur des facultés locomotrices et préhensives ;
3*. Des tubercules quadrijumeaux dérive le principe primordial de l'action de l'iris , de la rétine, et du nerf optique ;
4*. La faculté de sentir , essentiellement une , réside essentiellement dans un seul organe ;
* Ceci paraîtra surtout par mes Observations sur le modo de réunion y d'inJUunmation et de cicatrisation qu^ affectent lés pairies cérébrales blessées.
DU SYSTÈME NERVEUX* l63
5^ Les lésions des lobes cérébraux , des tubercules quadrijumeaux , du cervelet, (pourvu qu'elles ne dépassent pas certaines limites ) ne dépouillent que pour un certain tems ces organes de leurs fonctions.
Toutes ces conclusions ne sont qu'une répétition des résultats acquis par les précédens Mémoires ; mais cette répétition même est la plus sûre garantie et do l'exactitude et de la généralité de ces résultats.
§. Vin.
i . Je n'ai considéré jusqu'ici les faits contenus dans ces Mémoires que sous leur rapport physiologique ; mais tout le monde aperçoit le jour qu'ils peuvent jeter sur les questions les plus épineuses de la pathologie.
Et d'abord , comme il a été déjà remarqué , le diagnostic des lésions des diverses parties cérébrales résulte des phénomènes mêmes donnés par mes expériences.
En effet , les diverses propriétés des lobes cérébraux , du cervelet, des tubercules quadrijumeaux, étant connues, il est clair quelsi lésion de telle ou telle de ces propriétés dénotera toujours infailliblement l'organe lésé.
Je n'en donne ici^qu'un exemple un peu dé-
l64 PROPRIÉTÉS ET FONCTIONS
taillés tiré des paralysies ; abstraction ftiite , pour le moment , des paralysies dont le siège intéresse les organes. nerveux des mouvemens involontaires : organes dont la détermination fait le principal sujet du Mémoire suivant.
2. Je dis donc qu'il n*est pas de paralysie observée que l'expérience ne reproduise ; qu'il est une infinité de paralysies inconnues encore à l'observation , et déjà indiquées par l'expérience; et que , soit que l'expérience les indique , soit qu'elle les reproduise, il n'en est point dont elle ne détermine la nature par les symptômes , et par la nature le siège.
5. 1*. Les organes du sentiment étant distincts des organes du mouvement , il y a des paralysies distinctes du sentiment et du mouvement :
- Les paralysies diffèrent donc de nature.
s*. Les diverses parties du système nerveux pouvant toutes être affectées séparément, l'affection ne réside souvent que dans telle ou telle partie, à l'exclusion des autres :
Les paralysies diffèrent donc de siège.
3*. Chaque partie du système nerveux ayant des fonctions propres et déterminées , le trouble
I Je reviendrai plus loin sur ce sujet.
DU SYSTÈME NERVEUX. l65
des fonctions varie, comme varie la partie lésée : Les paralysies diffèrent donc encore de symptômes.
Finalement , les paralysies varient de nature , de siège et de symptômes.
Mais comme les symptômes dérivent de la nature , et la nature du siège ; il suit que qui voit l'un voit l'autre , et que la détermination de l'une de ces choses implique toujours nécessairement la détermination de toutes les autres.