APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE
1. En 1768, r Académie rojrale de chirurgie proposa, pour la troisième fois, et pour sujet d'un double prix , la questiorî suivante : « Eta- » blir la théorie des lésions dé la tête par contre- » coup9 et les conséquences pratiques qu'on peut » en tirer ^ »
Sous une forme toute chirurgicale , ce sujet renfermait une question fondamentale de physiologie ; il la supposait même , jusqu'à un certain point, résolue.
Il est clair qu'on ne saurait établir, effectivement, la théorie des lésions de ta tête^ ou, plus exactement^ de l'encéphale^ si l'on ne connaît déjà les propriétés et les fondions des dÎTerseâ parties dont cet organe important se compose.
2. La question n'était donc pas très clairement posée ; je crois qu'elle aurait dû l'être ainsi :
» Fnx de l'Acad. roy. de thi)rai%, y tom. IV.
Établir , par des expériences et par des observations précises ^ les propriétés et les fonctions des diverses parties dont se compose l'encéphale ^ afin d'en déduire ensuite la théorie des lésions ^ soit directes ^ soit par contre --coup ^ de chacune, de ces parties.
5. La circonstance du contre - coup ne change effectivement rien à la question , du moins sous le point de vue qui nous occupe.
Qu'il y ait lésion par coup, ou par contre-coup, peu importe ; le tout est qu'il y ait lésion, et, dès qu'il y a lésion , le tout est de reconnaître les signes qui la constatent , et de remonter par ces signes jusqu'à son siège : tout se réduit donc toujours à déterminer le siège d'une lésion céré^' brale donnée par les signes de cette lésion.
4. Or, il est , encore un coup, visiblement impossible de discerner les signes de la lésion d'un organe , si l'on ne connaît déjà les fonctions ou le& propriétés de cet organe.
Les signes, ou les symptômes, ne sont que les propriétés altérées; la lésion , ou le siège de la lé" sionj n'est que V organe lésé: on ne peut donc déterminer les symptômes de la lésion , si l'on n'a préalablement déterminé les propriétés de Corgane. Ces deux propositions sont corrélatives : qui énonce l'une, suppose l'autre. On ne remonte
des symptômes au siège qu'en remontant des propriétés kVorgane : quand on a les propriétés d'un organe^ on a donc toujours, à coup sûr, les signes , ou les symptômes , de sa lésion.
5. Toute la question, toute la difficulté, dans la théorie des lésions de l'encéphale^ consistait donc dans la détermination des propriétés ou fonctions des diverses parties qui le constituent; il y avait donc , dans le sujet proposé par rAcadémie, une question physiologique à résoudre, avant d'arriver à la question chirurgicale même. Plusieurs des concurrens eurent le grand mérite de le sentir; l'Académie le sentit aussi, puisqu'elle couronna leurs Mémoires.
6. Une courte analyse de ces Mémoires suffira, je pense , pour donner tout à la fois une idée , et des efforts remarquables de leurs auteurs , et de l'état de confusion , de vague , d'incertitude , où , malgré ces efforts , la science se trouvait encore.