MARCHE GENERALE DE L’EXCITABILITE
I. Marche générale de l’excitabilité au cours d'une même expérience. — II. Influence de l’intensité du courant sur la durée de la période latente. — III. Influence des excitations pratiquées avec l’intensité minima suffisante, sur l’excitabilité par un courant d’intensité moindre.— IV. Addition latente. Tétanos.
I. Marche générale de V excitabilité au cours d'une meme expérience. — Nous n’avons sur ce point, qu’à compléter ce qui a été dit précédemment au sujet de l’influence du chloral sur l’excitabilité. Nous avons vu que le chloral agit, deux ou trois minutes après qu’il a été injecté, tantôt en abolissant l’excitabilité, tantôt en la diminuant considérablement, tantôt encore en ne l’affectant que d’une façon à peine appréciable.
Il nous reste à voir ce que devient cette excitabilité à mesure que le temps s’écoule, à mesure que l’on s’éloigne du moment où le chloral a été donné. Règle générale, elle augmente, c’est-à-dire que l’on obtient la même réaction avec des courants de moins en moins intenses ; la grande majorité de nos expériences le montrent surabondamment. Si 1 on considère non plus l’excitabilité en elle-même, c est-à-dire la possibilité d’obtenir une réaction motrice au moyen d un courant déterminé, mais la période latente qui traduit en quelque sorte cette excitabilité et permet de la
mesurer avec une autre unité de mesure, la règle est beaucoup moins nette, et dans bien des cas elle disparaît totalement. Il j a à cela des raisons complexes.
I.a première, c’est que dans nos expériences, nous avons toujours recherché avant de prendre un tracé quelconque, le courant minimium nécessaire pour produire une réaction ; jamais ou presque jamais nous n’avons pris deux tracés de suite avec la même intensité de courant ; or l’intensité du courant influe certainement sur la durée delà période latente, comme nous le verrons plus loin. Il en résulte que les conditions où sont prises deux tracés n’étant pas les mêmes, les durées des périodes latentes sont déjà influencées par cette différence de conditions, et ne sont guère comparables.
La seconde c’est que les excitations peuvent produire deux effets bien distincts; elles peuvent ou bien réveiller ou bien fatiguer l’excitabilité cérébrale.
Voilà donc deux éléments qui ont pour effet de compliquer la question, pouvant se combiner pour agir dans le même sens ou, au contraire, agir en sens différents. Nous renonçons donc à tenir compte de la durée de la période latente pour mesurer l’excitabilité du cerveau, sauf en ce qui concerne l’action immédiate du chloral. Nous avons déjà vu en effet que le choral tend à accroître la durée de la période latente, pendant les premiers temps qui suivent l’injection. Mais, au bout d’une période variable, la durée des périodes latentes varie beaucoup, d’une façon très irrégulière. Nous devons évidemment considérer ces irrégularités comme dues aux éléments perturbateurs que nous avons signalés ; nos expériences, telles qu’elles Gnt été
faites ne nous permettent pas d’utiliser la durée des périodes latentes comme mesure de l’excitabilité cérébrale. Bornons-nous donc à constater qu’au furet è mesure que
Il on s’éloigne du moment où le chloral a été injecté, les courants minima nécessaires pour produire la réaction motrice sont de moins en moins intenses ; l’expérience se passe ainsi en une série d’oscillations de valeur à peu près égale.
II. Influence cle l’intensité du courant sur la durée de la période latente cérébrale. — Bubnoff et Heidenhain ont signalé cette influence et montré que si l’on accroît l’intensité d’un courant durant l’inscription d'untracé, les retards diminuent aussitôt ; au chapitre Ior j’ai rapporté quelquesuns des exemples cités par eux. Nous avons contrôlé leurs expériences assez rapidement, et nous avons reconnu l’exactitude des résultats annoncés par eux.
L’expérience qui suit montre (D3, D4) la diminution du retard sous l’influence d’un courant plus intense (0 au lieu de 3 pour les courants ; 8, 8 au lieu de 9,3 pour les retards. Plus loin (El et E2) le retard passe de 10,0 à 8,0, le courant passant de 6 à 0. Plus loin encore (E3, E4, E5), l’expérience est faite en sens inverse ; on agit d’abord avec le courant fort (0) puis avec le courant 5, enfin avec le courant 8. Ici le retard est le même pour les courants 0 et 5 ; il augmente sensiblement pour le courantS; mais si on revient au courant 0, le retard diminue aussitôt. Enfin (Hl, H2, PI 3) on voit, comme dans le cas précédent le retard être environ le même pour les courants 0 et 5, et augmenter pour le courant 7.
Ces deux derniers faits sembleraient indiquer qu’il n’est
pas utile d augmenter la force du courant au delà d’une Crosnier de Varigny. 7
certaine limite, sous peine de fatiguer L’excitabilité ou tout au moins de ne pas l’accroître (1).
Expérience XXIII (29 février 1884). — Chien griffon, jeune, en très bon état, pesant environ 16 kilogrammes.
2 h. 8. Injection de 2 gr. 50 de chloral.
2 h. 10. Injection de 50 centigrammes.
Mise à nu du cerveau gauche commencée à 2 h. 12, et achevée à 2 h. 40.
Hémorrhagie médiocre pour les tissus musculaire et osseux; abondante pour l’incision de la dure-mère.
Dispositif. — Deux piles Gaiffe. Interrupteur Trouvé à 1 interruption par seconde. Signal Desprez. Diapason = 100 V. D. par seconde. Chariot Du Bois-Reymond. Tambours à air, Marey. Clef.
Les mouvements inscrits sont ceux de la patte antérieure droite.
2 h. 45. 50 centigrammes de chloral.
2 h. 57. Premières excitations: l’excitabilité commence à 3,5 du chariot.
3 h. 1. Excitabilité à 6,5.
3 h. 3. 50 centigrammes de chloral.
3 h. 10. Tracé XXIII. A3. Bobine à 4. Mouvements assez vifs.
Valeur des retards :
l'e Excitation 11,0 centièmes de seconde.
Moyenne : 11,2
3 h. 20. Excitabilité à 4.
3 h. 21. Tracé XXIII. Bl. Bobine à 4. Mouvements trop faibles pour permettre la lecture du tracé.
3 h. 22. Tracé XXIII. B2. Bobine à 4. Int. à 1. Mouvements très nets.
(1) Rosenthal a démontré quelque chose d’analogue au sujet des muscles des tracés recueillis par lui (in Leçons de C. Richet, p. 195 seq.) montrent que ce n’est pas toujours avec le courant le plus fort que l’on obtient la réaction la plus vive.
Valeur des retards :
lre Excitation 8,0 centièmes de seconde.
7e — 8,5 — — Moyenne : 7,5.
3 h. 25. Excitabilité à 6 du chariot. On peut, à condition de laisser passer les courants entre les électrodes appliquées à la surface du cerveau, amener l’excitabilité à exister encore à 10 du chariot, en éloignant graduellement la bobine induite. Pour abréger, désormais, nous dirons que l’excitabilité que nous avons vue commencer à 6, a pu être conduite jusqu’à 10.
3 h. 26. Tracé XXIII. B3. Bobine à 5. Int. à 1. Mouvements nets.
Valeur des retards :
1er Excitation 10,0 centièmes de seconde.
5e — 7,0 — — Moyenne : 9,0.
3 h. 37. Excitabilité commencée à 6, pouvant être conduite à 9.
3 h. 38. Tracé XXIII. Cl. Bobine à 6. Int. à 1. Mouvements très nets, réveil assez avancé.
Valeur des retards :
lie Excitation 7,0 centièmes de seconde.
6e — 10,0 — — Moyenne : 8,6.
3 h. 41. 75 centigrammes de chloral.
3 h. 42. Excitabilité à 5.
3 h. 43. Tracé XXIII» C2. Bobine à 4. Int. à 1. Mouvements nets.
lr0 Excitation 8,0 centièmes de seconde,
Moyenne : 8,6.
3 h. 44. Excitabilité à 5, pouvant être conduite à 8.
3 h. 48. Excitabilité à 6, pouvant être conduite à 8.
3 h. 48. Tracé XXIII. C3. Bobine à 4,5. Int. à 1. Mouvements nets Valeur des retards:
lro Excitation 10,0 centièmes de seconde.
— — Moyenne: 8,3.
3 h. 55. Excitabilité à 7, pouvant être conduite à 8,5.
3 h- 55. Tracé XXIII. C4. Bobine à 7. Mouvements faibles, ne permettant la lecture que de deux retards de valeur égale à 85 millièmes chacun.
4 h. 5. Excitabilité à 6, pouvant être conduite à 8.
4 h. 8. Tracé XXIII. Dl. Bobine à 6. Mouvements très faibles, dont un seul est mesurable : 1 15 millièmes de retard.
4 h. 9. Tracé XXIII. D2. Bobine àO. Int. à 1. Mouvements très nets
Valeur des retards:
lr® Excitation 8,5 centièmes de seconde.
6® — 8,0 — — Moyenne : 9,5.
4 h. 11. 75 centigrammes de chloral.
4 h. 13. Excitabilité à 1,5.
4 b. 15. Excitabilité à 2, pouvant être conduite à 5.
4 h. 10. Tracé XXIII. D3. Bobine à 3. Int. à 1. Mouvements nets.
Valeur des retards :
lre Excitation 8,5 centièmes de seconde.
Moyenne : 9,3.
4 h. 17. Tracé XIII. D4. La bobine est non plus fixée à 3, mais à 0, afin de voir si l’intensité plus grande du courant influera sur la valeur des retards.
7e 9t5 — — Moyenne : 8,8.
4 h. 26. Excitabilité à 6, pouvant être conduite à 8.
4 h. 27. Tracé XXIII Et. Bobine à 6. Int. à 1. Mouvements nets.
Valeur des retards :
lre Excitation 12,0 centièmes de seconde.
7e — 9,0 — — Moyenne : 10,0.
4 h. 28. Tracé XXIII E2. Bobine à 0. Int. à 1 [(même tentative que plus haut). Mouvements plus amples que ceux du précédent tracé.
Valeur des retards :
tre Excitation 9,0 centièmes de seconde.
Moyenne: 8,1
4 h. 30. Tracé XXIII E3. Bobine à 0. Int. à 1. Mouvements très nets et amples (tentative pareille aux précédentes, mais faite en ordre inverse).
lre Excitation 8,0 centièmes de seconde.
Moyenne : 7,7.
4 h. 31. Tracé XXIII E4. Bobine A 5. Int. à amples.