Taenia Canis Lagopodis Rudolphi
Chez plus d’un cinquième de mes chiens j’ai rencontré un Cestoïde que je ne sache point avoir été observé jusqu’ici dans cet animal, et qui, par sa taille et son apparition en grande quantité dans la moitié postérieure de l’intestin grêle, présente quelque ressemblance avec le T. cucumerina , dont il diffère d’ailleurs notablement. En l’examinant de plus près, on le prendrait pour un Bothriocéphale, mais il s’éloigne aussi beaucoup de ce genre, et la conformation de sa tête le fait ranger parmi les Ténias. Il y en avait ordinairement moins de 10, mais assez souvent davantage, et quelquefois même 3 — 400. Il ne dépassait pas en général 30 — 50cm ; j’en ai cependant mesuré qui atteignaient jusqu’à 1 30cm. Ce Ténia était encore plus fréquent chez les chats, car je l’ai trouvé chez plus du tiers de ceux que j’ai eu l’occasion d’examiner en Islande; il mesurait jusqu’à 65cra environ, et, comme chez le chien, il y en avait ordinairement plusieurs; mais je n’en ai jamais compté plus de 20. i\I. O. Gislason de Reykjavik m’en apporta en outre quelques exemplaires qu’il avait trouvés dans un isatis ( Canis Lagopus ), tué près de Reykjavik dans le district de Gullbringa.
La tête (flg. 64 et 69), large de 0,6mm, est inerme, mais munie de 4 ventouses presque orbiculaires de 0,25mni de diamètre. Dans les individus vivants, on voit avec le microscope les 4 canaux longitudinaux se diviser dans le voisinage des ventouses pour former des anastomoses et des anses. Le cou est lisse, et large de 0,45mm sur 4mra de long. Les premiers articles sont à peine visibles à l’œil nu, et les autres vont en augmentant graduellement de largeur jusqu’aux derniers qui mesurent 3— 3,5mm, et ont une longueur de 3,5 — 4ram.
Ce Cestoïde, qui a une forme très élégante, est un peu plus transparent que le T. cucumerina , avec une faible teinte rougeâtre le long de la ligne médiane. Les articles développés présentent tous à leur partie postérieure une espèce de noyau d’où part une
raie sinueuse moins marquée qui s’étend en avant. Le noyau, blanc et opaque, est proéminent sur les deux faces de l’article, et il en est de même pour la raie, quoiqu’à un moindre degré; mais, chez les individus de grande taille, le noyau seul apparaît dans les derniers articles. Les organes génitaux, auxquels ces parties appartiennent, offrent une organisation toute particulière, mais ils ne deviennent en grande partie visibles qu’après avoir été imbibés avec du carmin. Il n’y a pas d’orifices génitaux sur les bords des articles , et, malgré toutes mes recherches, je n’ai pu les découvrir non plus sur les faces, où ils auraient dû se trouver s’il y en avait eu réellement.
Les jeunes articles de 0,7mm de large (fig. 74) présentent au milieu de leur moitié antérieure une partie oblongue plus transparente, qui renferme un pénis qu’on ne distingue clairement que dans les préparations au carmin; il est irrégulièrement sinueux et se termine en arrière par un renflement. Dans la moitié postérieure de ces articles, et le long de la ligne médiane, apparaît une strie longitudinale, également pellucide; c’est le premier vestige de la capsule oviforme qui se développe plus tard. Les parties latérales sont remplies de corps ronds translucides, de 0,05ram de diamètre, qui forment comme 3 séries irrégulières, et, de même que les organes analogues existant chez d’autres Cestoïdes, doivent être considérés comme des testicules. Hors de la place occupée par ces derniers , le parenchyme de l’article est moins pellucide, et ne laisse voir que les canaux latéraux. A mesure que les articles se développent, les testicules disparaissent, mais le pénis ne subit aucune altération, et continue à être visible même dans les articles qui contiennent des œufs mûrs. Je l’ai toujours trouvé placé dans l'intérieur des articles, et jamais à la surface.
Dans les articles un peu plus âgés, on peut au milieu de chacun d’eux, et presque dans toute leur longueur, voir les œufs se développer ; ils forment d’abord une masse plus ou moins cohérente (fig. 70) qui se colore fortement par le carmin, et ce n’est que plus tard qu’ils se séparent nettement les uns des autres. Cette masse s’infléchit autour de l’endroit où est situé le pénis, et est entourée, ainsi que ce dernier, d’un espace plus transparent, de forme un peu sinueuse, et qui se termine en arrière par un renflement où les œufs se laissent moins facilement pénétrer par le carmin, et conservent une teinte jaunâtre. La partie renflée présente en son milieu une ceinture assez large, mais peu distincte, d’aspect strié, et, à sa base, une espèce de région polaire qui, de même que la portion sinueuse de la masse ovifère, se colore fortement par le carmin, et renferme un plus grand nombre de corpuscules calcaires. Dans les articles plus âgés (fig. 66 et 71), le renflement ci-dessus s’est transformé en une capsule ovoïde dont la pointe est dirigée en bas; la masse obscure qui s’y trouvait est devenue très peu distincte, et les corpuscules y sont plus disséminés. Les œufs renfermés dans la capsule y occupent un espace plus large à contours bien tranchés ; ils sont parsemés de corpuscules réfractant fortement la lumière, et communiquent par un
col étroit avec ceux qui se trouvent dispersés dans la partie sinueuse de la matrice. Les œufs mûrs sont ronds ou légèrement ovoïdes (fig. 107); ils mesurent 0,03mm de long sur 0,025mm de large, n’ont qu’une seule enveloppe membraneuse, et l’embryon est muni de 6 crochets longs de 0,oilram.
Dans les articles encore plus développés (fig. 67 et 72), la partie élargie de la matrice forme, dans l’intérieur de la capsule, une masse ovoïde limitée dont la pointe est également dirigée en bas , et la partie sinueuse a disparu. Après les avoir fait macérer pendant quelques instants dans l’acide acétique, j’ai trouvé que la capsule et la matrice s’étaient un peu rétrécies, et les corpuscules calcaires, qui étaient très marqués, se trouvaient accumulés dans la partie postérieure de la matrice, où ils formaient un cercle peu distinct (fig. 73).
En somme, les corpuscules calcaires ne sont pas très nombreux chez ce Cestoïde,
si ce n’est aux endroits dont nous avons parlé, et où on les trouve en plus grande quantité. Dans chaque article, ils sont toujours plus abondants vers le bord postérieur.
Ce Ténia paraît avoir la vie assez tenace. J’ai vu du moins une fois au microscope
la tète d’un ver qui avait séjourné 24 heures dans l’eau froide faire des mouvements très distincts.
Au musée de l'Ecole vétérinaire se trouvent quelques fragments d’un Cestoïde qui, dans le catalogue de la collection d ’ A b i 1 dgaar d;î8) , est indiqué sous le nom de Taenia canina ex intestinis canis Lagopodis , immédiatement après le » Taenia canina Linn. Goeze. p. 311. canis domesticL . Rudolphi*) le cite parmi les espèces douteuses sous le nom de Taenia Canis Lagopodis. Il présume qu’ A b il dgaar d l’a confondu avec le T. cucumerina , mais croit qu’il doit plutôt être rangé sous le T. litterata à cause de la parenté qui existe entre le Canis Lagopus et le Canis Vidpes. Je me suis assuré qu'il appartient à l’espèce décrite plus haut qui, outre le chien et le chat, se rencontre aussi en Islande chez l’isatis, et, quoique le nom de Taenia Canis Lagopodis ne lui convienne par conséquent pas très bien puisqu’il n’est pas exclusivement propre à cet animal, j'ai cependant cru devoir lé conserver, parceque les rapports de ce Cestoïde avec d’autres espèces de Ténias sont encore assez obscurs, et qu'ils ont besoin d’être soumis à une étude plus approfondie.
Quant au T. litterata auquel Rudolphi crut pouvoir rapporter ce Ténia, il n’est encore qu’imparfaitement connu.
38) Erich Viborgs Sammlung von Abhandlungen. Erstes Bàndclien. Copenhagen 1795. p. 237. Ce catalogue d'helminthes comprend 216 numéros. Lorsque M. Bendz fut chargé en 1837 de l’administration du musée de l'Ecole vétérinaire, les préparations ;ï l'esprit de vin étaient pour la plupart perdues faute de soins, et il chercha à en sauver ce qui pouvait encore être conservé. La moitié environ de cette collection existe encore à l'Ecole vétérinaire.
') Ouvr. cit. n° 4. Vol. IL P. IL p. 193.
Goeze*) en fait la seconde variété de l’espèce T. cateniformis trouvée par lui dans les renards. Il prétend n’avoir pu en distinguer les crochets qu’imparfaitement à l’aide du compresseur, et en représente la tête sans crochets ni trompe. Quant aux dessins qu’il a donnés des articles, une erreur semble s’y être glissée, car on devrait croire que sa fig. 9, qui représente un article sans orifice génital marginal (et avec un organe piriforme à la partie postérieure)*, appartient plutôt à la fig. Il qu’aux fig. 7 et 8. La fig. 12, il est vrai, est bien munie d’orifices marginaux, mais ressemble d’ailleurs à la fig. 11.
Batsch**) lui donne le nom de T. litterata.
Zeder***) l’a souvent rencontré chez les renards, et assure que, même avec la plus forte pression, il n’a pu distinguer la moindre trace de crochets. Il a trouvé que, vers leur bord antérieur, les articles étaient munis d’une matrice qui, suivant qu’ils appartenaient à la partie moyenne ou postérieure de l’animal, ressemblait à un noyau, ou avait la forme d’une cornue; elle s’ouvrait en avant, et était teinte en rose par les œufs mûrs; dans les individus vivants, la couleur était gris-cendré. 11 en a examiné 300 exemplaires sans pouvoir découvrir ni proéminences, ni orifices marginaux.
Rudolphif), et c’est en cela seulement qu’il s’éloigne de Zeder, dit avoir observé très rarement des orifices aux bords des articles.
Duj ardin -J-J-) le range parmi les Ténias incomplètement connus, et suppose qu’il doit être identique avec le T. crassiceps.
Küch en m eist er -J-f-f) donne les dessins des crochets du T. litterata Rud. , sans du reste en faire autrement mention.
R. Leuckart -j-f-j-f) dit en passant que le T. litterata a des crochets très caducs, et renvoie, pour ces derniers, à la figure de Kiichenmeister. Il n’en a pas vu lui-même avec des crochets, et les exemplaires inermes qu’il a examinés étaient dépourvus de trompe. D’après lui, ce Ténia a simplement une matrice en forme de sac ( schlauchfôrmig , avec un renflement arrondi à l'extrémité postérieure , et des œufs à enveloppe mince.
J’ai tout lieu de soupçonner que M. Kiichenmeister a attribué à tort au T. litterata les crochets ci-dessus, et que, de même que le suppose M. Leuckart pour les crochets que ce savant a représentés comme ceux du T. crassiceps Duj., ils pourraient peut-être appartenir au T. polyacantha.
') Ouvr. cit.
**) Ouvr. cit.
""I Ouvr. cit.
|) Ouvr. cit.
ff) Ouvr. cit.
ttf) Ouvr. cit.
tttt) Ouvr. cit.
u° 4. Vol. II.
pl. XXII A.
P. II. p. 103.
pl. IV. fig. IV.