Recherches historiques et statistiques sur l'intempérance des classes laborieuses; et sur les enfants trouvés
Un nouveau fléau , celui de Y intempérance , étant venu accroître depuis un certain temps, les maux de la classe laborieuse ; une noble émulation s’est manifestée sur tous les points du globe pour le combattre et réduire, au moins de beaucoup, ses déplorables effets. Des sociétés de tempérance se sont formées d’im bout du monde à l’autre; c’est-à-dire du fond des Etats-Unis d’Amérique à l’extrémité de la Russie; et des îles- Otaïti, à la Péninsule indienne: de telle sorte que l’on a pu concevoir pendant quelque temps l’espoir, que le succès couronnerait de si philanthropiques, de si constants efforts.
Cet espoir se réalisera-t-il bientôt? Il est permis d’en douter : car, pour que ce pas immense, dans les voies de la perfectibilité sociale, puisse s’effectuer ; il faut que les gouvernements soient en posi-
AVANT-PROPOS
tion de joindre leurs efforts unanimes à ceux des associations particulières pour assimiler l’ivresse, par exemple, au vol , kV adultère , k\à concussion,. qui sont des faits également réprouvés partout. Or, ces mêmes gouvernements éprouvent un si grand besoin d’argent; et l’intempérance est pour eux, une source si productive d’impôts abondants ! !
Le nombre de ceux qui profitent des excès de cette espèce est si considérable; et tous les gouvernements, encore plus ou moins mal assis, ont si grand besoin de ne pas s’en faire des ennemis implacables , qu’il est de toute évidence que nos hommes d’État ne pourront, de longtemps encore, s’unir franchement, énergiquement et sans arrière-pensée, à la ligue sainte dont notre siècle, qui a tous les instincts du bien , a vu arborer le drapeau. Or, tant qu’il n’en sera point ainsi ; tant que l’ivresse ne sera pas stigmatisée par une disposition à la fois pénale et déshonorante; le mal, n’étant point attaqué à sa source, saura bien résister à de simples palliatifs.
La France a-t-elle pris part à ce combat généreux? Elle aussi, s’est-elle efforcée d’accueillir, de propager ces doctrines saintes, ces philanthro-
AYANT— PROPOS
piques enseignements , qui prennent leur source dans l’amour le plus pur, le plus vrai de l’humanité? Oui; et je considère comme étant jusqu’à un certain point de son honneur de constater qu’il en a été ainsi.
Personne n’a partagé plus vivement que moi , ce qui ne sera longtemps encore, qu’une illusion vaine. Une Société de tempérance s’étant formée à Amiens , ville manufacturière , où la classe laborieuse se livre aux boissons alcooliques avec un déplorable excès ; non-seulement j’ai répondu à l’appel fait à des souscripteurs, mais, lorsqu’il a fallu à cette Société, un programme, un historique des heureux résul tats obtenus jusqu ’à ce jour ; et un exposé du bien qui était encore à faire; j’ai pris la plume et n’ai rien négligé pour atteindre le but proposé.
Y suis-je parvenu? Je crois qu’il m’est permis de répondre par l’afïirmative, car une Commission, prise dans le sein de la Société nouvellement formée , a dit de mon travail , par l’organe de son rapporteur 1 :
M. Amable Dubois, aujourd’hui membre de l’Assemblée nationale.
AVANT— PROPOS
« 'Telle est l’analyse exacte et rapide d’un mé- « moire ou plutôt d’un ouvrage plein de faits, « d’aperçus ingénieux , de recherches longues et « difficiles. L’auteur a fait preuve , presque par- « tout, d’un jugement sain , d’un esprit sage et « droit. Ce mémoire devant être imprimé , nous « avons demandé à l’auteur le sacrifice de beau- « coup de détails intéressants , et qui lui avaient
« coûté un long travail Le style est par-
« tout clair et précis ; l’auteur ne cherche pas à « éblouir, mais à éclairer, et ce mémoire est un « beau résultat du concours. »
La petite ville que j’habite 1 est située à une égale distance d’Amiens et d’Arras. — Cette dernière ville ayant voulu, de même que Rouen, venir en aide aux efforts de sa consœur , elle mit de son côté au concours , par l’organe de son Académie , une question ainsi conçue :
Exposer l’influence que les Associations de tempérance exerceraient - sur les mœurs françaises, et déterminer les moyens de les organiser?
La question, pour être utilement résolue, me parut devoir être réduite à des termes moins
Douüens.
AVANT-— PROPOS
généraux. Je la traitai doue , et voici en quels termes, le rapporteur du concours crut devoir applaudir à mes nouveaux efforts :
« Vous aviez demandé que les concurrents « exposassent l’influence que les Sociétés de tem- « pérance pourraient avoir sur les mœurs fran- « caises; l’auteur s’est borné à considérer les effets « que cette institution pourrait produire sur les « mœurs de la classe ouvrière , et donne ainsi les « motifs de sa détermination :
Le temps n’est plus où, comme avant et pendant le règne de Louis XIV , les gens riches, les hommes de lettres, et jusqu’à certains seigneurs de la cour, allaient se divertir et s’enivrer au cabaret . Toute discussion est même inutile, pour établir que T ivrognerie est aujourd’hui descendue dans les dernières classes de la société : c’est un fait incontestable, et que quelques exceptions ne sauraient infirmer .
« Faut-il blâmer l’auteur d’avoir ainsi réduit « les proportions de votre programme ? Votre « Commission ne l’a pas pensé : elle a cru , au « contraire, que c’était là le véritable point de « vue sous leq uel la q uestion devai t être considérée .
Xlf
AVANT-PROPOS
« Ce Mémoire , riche de faits , de recherches « curieuses, de calculs statistiques, est trop étendu « pour qu’il soit possible d’en donner lecture : je « vais , autant qu’il me sera possible , suppléer « h cette omission nécessaire. »
En effet, mes démonstrations, mes développements composaient quatorze chapitres dont voici les titres :