‹ Recherches historiques, généalogiques et bibliographiques sur les ElsevierChapitre 14 sur 25 · U11 BUCHER ENFLAMMÉ · texte numérisé non relu

U11 BUCHER ENFLAMMÉ

Cette manière d'imager son nom était fort commune chez les imprimeurs. On remarque dans le Philippe de Commines et dans le Charron des quatre éditions, les éléments du nom Else-vir ou Else-vuur, pouvant signifier feu d'orme.

Louis III, s'étant associé avec Daniel, ils prirent Minerve et l'Olivier avec la devise ne extr à oleas. Ils ne conservèrent pas toujours cette marque.

Nous ne pouvons taire que ce Louis III a engagé à son service, en 1655, un certain François Heger, auquel il fit faire différents voyages pour des affaires de commerce, moyennant une somme de 4 florins par journée d'absence.

Il est généralement connu que les Elsevier eurent de grandes relations commerciales avec l'extérieur et qu'ils ont fait plusieurs voyages en Angleterre, en Suède, en Danemark, en Allemagne, en Italie et en France, pour donner plus d'extension à leurs produits typographiques. Les lettres des savants qui en parlent n'indiquent pas toujours leurs prénoms; mais il est à présumer que Louis III a beaucoup voyagé à l'étranger. Il paraît que c'est lui qui visita l'Italie en 1658, et qu'étant à Rome, il s'est chargé d'une lettre de Lucas Holstenius, bibliothécaire du Vatican, à Bonaventure et Abraham Elsevier, insérée entièrement dans X Opéra Meursii, Ed. Lami, xi, col. 598.

M. A. de Goudoever, professeur à l'université d'Utrecht, possède une lettre italienne de Lucas Holstenius, écrite en 1642 à Bonaventure et Abraham Elsevier , que nous reproduisons ici :

MOLTO MAGNIFICI SlGNORI,

Sapendo io che le Signorie Yostre tengono pensiere di slampare tutta F istoria di Procopio, ho stimalo sempre beneficio publico di con-

LES ELSEVIER. 5

correre ad una si nobil' impresa, e procurare, ch' Oltra la squisitezza délia stampa, che la loro gia cognosciuta diligenza promette, quell' opéra havesse anco la maggior correttione che fosse possibiîe di darli. E percio hauendo hauuto io Y Arcana historia del suddito autore, tutta correlta e riuista dal Signore Nicolo Alemanni per una seconda impressione, di che l'originale si troua nella libraria dell' Eminentissimo Signore cardinal Francesco Barberino, mio Signore, invio a loro l'aggionta copia, per seruirsene d'essa per la stampa, alla quale vedranno anco aggionte moite correttione nel testo mandatemi dalla libraria Ambre giana di Milano. Prego le Signorie Vostre di non metter nella loro eclitione maledicenza alcuna contra il dito Alemanni , al quale seruirà per apologia il principio di Procopio stesso , ch' en questo suo esemplare hora vedranno intiero : e per il tutto restaranno tenuti al detlo Signore Card. Barberino, mio Padrone, che con mol ta prontezza ha concesso per uso loro e del publico l'originale dell' Alemanni. Se loro hauessero voglia di stampare 1' Hierocle in aureum carmen Pythagorae in greco e latino, da me diligenlissimamente corretlo sopra cinque manoscritti, mandarei l'originale mio per questa medesima slrada de' Signori Puteani. Hora stampo qui la vita di Proclo philosopho tutto intiera, aggiongendovi dei discorsi, l'uno de Successione Academiae Atticae et Alexandrinae , X altro de Scriptis Procli.

Mi faranno fauore di salutare a nome mio li Signori Heinsio, Scriuerio, Vossio, e di nuovo aile Signorie Vostre m' ofîerisco.

Roma, li 28 di Gennare I6tâ.

Délie Signorie Vostre

Affettuosissimo servi tore,

LUCA HOLSTEMO.

Alli Mto. Magn. Signori.

Elzeuirii, mercanti librari, a Leyda.

Insieme con un libro.

Nous avons jugé utile de donner la traduction de cette lettre :

Messieurs,

Ayant appris que vous vous proposez d'imprimer l'histoire entière de Procope, j'ai cru rendre un service au public en coopérant à une aussi noble entreprise et en y apportant les soins nécessaires pour que cette œuvre atteigne le plus haut degré de perfection, quoique l'excellence de l'impression que nous promet votre exactitude bien connue ne soit pas douteuse.

Et comme je me suis procuré l'Arcana historia de cet auteur, entièrement corrigée et revue pour une seconde impression par M. Nicolas Aleman, et dont l'original se trouve à la bibliothèque de Son Éminence le cardinal François Barberino, je vous en envoie ci-joint la copie pour servir à l'impression ; vous y verrez un grand nombre d'améliorations apportées dans le texte, qui me sont envoyées de la bibliothèque Ambroisienne de Milan.

Je vous prie de ne rien dire dans votre édition au désavantage de M. Aleman, auquel servira d'apologie le commencement de Procope, que j'ai vu en entier dans son exemplaire : vous en êtes redevable au cardinal Barberino, qui s'est empressé de céder l'original d'Aleman pour votre usage et pour celui du public.

Si vous aviez l'intention d'imprimer Hierocles in aureum carmen Pythagor^e, que j'ai soigneusement corrigé en grec et en latin d'après cinq manuscrits, j'enverrais mon original par l'entremise de M. Puteanus.

J'ai ici à imprimer la vie entière du philosophe Proclus. J'y ai ajouté deux traités, l'un de Successione Academle Attics et Alexandrins, et l'autre de Scriptis Procli.

Ayez la bonté de saluer de ma part Messieurs Heinsius, Scriverius et Vossius. En vous offrant, Messieurs, mes services j'ai l'honneur d'être,

Messieurs ,

Votre dévoué serviteur , Lucas Holstenius.

Rome, le 28 janvier 1642.

Adresse: A Messieurs Elsevier, marchands libraires, à Leyden. (Avec un livre.)

Après les années 1664-1665, nous trouvons tous les livres de ces deux compagnons indiquant qu'ils sont imprimés par Daniel Elsevier seul, d'où l'on peut conclure avec raison que Louis III s'était retiré des affaires. Il habitait en 1666 et en 1668 sa maison de campagne de S'Graveland, nommé par Gilevius, Prœtorium Elzevirianum agri comitatensis , et c'est là qu'il mourut en 1670 (1), sans alliance: car il existe une liquidation de sa succession, faite par acte passé à Utrecht, le 1er juin 1671, par-devant le notaire H. Van Zuylen, où nous voyons qu'il avait nommé pour ses héritiers sa sœur Marie, les enfants de son frère Pierre et ceux de sa sœur Barbe.

Il avait désigné Daniel Elsevier, son compagnon et son parent, en qualité d'exécuteur testamentaire; mais avant d'arriver à une liquidation définitive, on régla d'abord les comptes établis entre ces deux compagnons pour les livres qu'ils avaient imprimés et spécialement les Bibles.

Il est donc évident que Louis III s'est encore mêlé de quelques entreprises typographiques avec Daniel, après s'être retiré des affaires.

Il laissa après sa mort une grande fortune.

11 eut pour directeur et correcteur de son imprimerie un certain Simon Moinet. Ce Simon Moinet naquit à Paris en 1610, et s'établit à Leyden, où il paraît avoir été attaché à l'imprimerie de Bonaventure et Abraham Elsevier, car il signa, le 12 décembre 1650, l'Épître dédicatoire placée en tête de I'Égole de Salerne, en vers Burlesques, de 1651, qu'il dédia à M. Patin, doyen de la faculté de Paris, et commençant ainsi :

« Nos Messieurs auraient bien rimprimé ce liure en Testât qu'il sort « des presses de Paris, c'est-à-dire avec la mesme Épître dédicatoire, « qui vous y est vouée. Mais s'estant remis à moy de la correction de « partie de leurs impressions et entièrement des françoises, ils m'ont « dit de vous y témoigner de leur part l'estime qu'ils faisoien-t de vostre « personne, et de ne la changer que pour la grossir de l'abondance « de l'affection qu'ils vous portent, etc. , etc. »

Simon Moinet demeurait encore à Leyden en 1656, car il se fit inscrire comme étudiant de l'université, le 28 septembre 1656. Il y

(1) Nous trouvons une lettre, dans les Syllog. epp. de Burman, tome IV, p. 90, datée de janvier 1G7I, où il est dit que Louis III est mort (la lettre est de janvier 1661; mais, vérification faite aux errata, elle doit être de janvier 1671).

est nommé Lingile gallioe magister, natif de Paris, âgé de 58 ans. M. /. L. Jacob, libraire éditeur à La Haye, a publié, dans son Annuaire de la librairie hollandaise (1), une lettre que Simon Moinet a adressée à Nicolas Heinsius , dans laquelle il lui raconte l'étrange réception qu'on lui avait faite à l'ambassade de France à La Haye.

Lettre de Simon Moinet, correcteur à l'imprimerie des Elsevier, publiée d'après l'original par J. L. C. Jacob.

A Amsterdam, le sixième jour de janvier 1661

A Monsieur Heinsius à La Haie.

Monsieur!

Aprenant tout à l'heure que Ton vous va anvoiér une épreuve, j'anpoigne cête ocasion de vous tracer à la hâte ces lignes, pour vous prier instamant de vouloir tant faire pour moi auprès de Monsegneur De Thou, Ambassadeur de France à La Haie, qu'il me face randre quatre cahiers de mon ortografe françoise, que je ne saurois retirer dès mains du plus petit de ses secrétaires dont le nom m'êt inconu, quelques moiins que j'aie amploiés jusqu'à présant diversement e inutilement pour ce sujet. An voici a peu près l'histoire. Anviron le mois d'avril dernier, un peu après lès fêles de Pâques, je me transportai de cête vile à La Haie, a dessein d'alér faire la rêvêrance à Monsegneur De Thou, é de lui prêsanter quatre cahiers de mon ortografe françoise, accompagnés d'une petite êpitre dédicatoire, afin de lui consacrer tout l'ouvrage: mais l'on m'aporta tant d'obstacles pour laprochér, que je fus contraint de tout laisser à la recommandation de ce secrétaire, qui me promit de lui même, qu'aiint a faire corne il avoit a Amsterdam, il mi aporteroit an pêrsone mes cahiers avec la réponse de Monsegneur

(1) Année 4842-1843, p. 68-71.

l'Ambassadeur. Mais j'an ai atandu I efêt an vain six semaines durant. Anfin perdant patiance, j'écrivis à un de mes Amis apelé Monsieur Ménard De Wassenaer, qui étoit précepteur chés Monsier d'Amerongue avec lequel il et ancore l'aiant acompagné à son Ambassade d'Espagne: cet Ami ala trouver aussitôt le secrétaire , é lui demanda de ma part mes écris, lui présentant ma lêtre. Mais il reçut de ce secrétaire la même réponse qu'il m'avoit faite à moi même lorsqu'il reçut mes écris de ma main : qu'il me lés aporteroit à Amsterdam la même semaine avec la réponse de Monsêgneur De Thou. E tout cela ancore sans êfét. Je garde bien la bêle lettre latine de cet Ami, pour servir au besoin. Anfin j'i suis retourné moi-même au commancemant du mois novambre dernier : cêtoit un dimanche, à la sortie de la messe, je trouvai ce secrétaire dans la sale an sortant de la chapêle, e lui fis ressouvenir que j'étois celui qui lui avois laissé, il i avoit quelque tans, des écris d'ortografe françoise : Il me dit qu'ils étoient encore par devers Monsêgneur De Thou; mais qu'il ne savoit ce qu'étoit devenue l'épitre dedicatoire : quej'atandisse, jusqu'au landemain qu'il en parleroit, le même soir à Monsêgneur son maître. Là-dessus je le quite, e m'an vais de-la saluer le sieur De La Richardière, avec qui étudié autrefois à Paris. Le landemain je retourne à l'hôtel de Monsêgneur De Thou, ou le suisse-portier ne me vît pas plutôt qu'il me dit d'une mine e an vois d'ours, qu'il n'i avoit pêrsone au logis de ceux que je chêrchois et que je ne parlerois point à eux, ne fesant que perdre tams de les atandre. Je lui repondis là-dessus que je n'atendois que mes écris, que je le priois de me vouloir faire randre. A quoi il me repondit qu'on les avoit anvoiiés an Portugal. Vous savez, Monsieur, ce que cela veut dire an Holande. Anfin un gentilhomme françois qui avoit à faire à La Haie é chés Monsêgneur l'Ambassadeur, aïant su le tour que me jouoitce secrétaire, se voulut bien charger d'une de mes lêtres au mois de décembre dernier pour la lui prêsantér é lui redemander mes écris. Ce qu'il a fait, e le secrétaire a nié d'abord qu'il ut reçu aucuns écris; mais peu après il an a tombé d'acord, é a prié ce gentilhomme de n'an rien dire à Monsêgneur de Thou , lui promêtant qu il les chêrcheroit et me les renvoieroil. Monsieur je vous prie de me faire cête charité d'an parler tout droit à Monsêgneur De Thou, autrement je n'en tirerai jamais de raison. Je ne vous ferai point ici ressouvenir de Yhomo Homini Deus; ni n'oseiois vous dire an noire langue vulgaire, que pour un Ami

l'outre vélle; je vous assurerai seulemant avec protestation que je suis de toute mon ame,

Monsieur!

Votre trés-afêctiôné é trésobéissant serviteur,

Simon Moinet.

Corêcleur à l'imprimerie de Messieurs Elsêvir.

Je baise très-humblement les mains à Monsêgneur De Thou.

Nota. Nicolas Heinsius abdiqua en 1658 son secrétariat et alla s'établir à La Haye. Ovide, Virgile, Valerius Flaccls, la muse latine et une correspondance littéraire fort étendue, occupaient ses loisirs. (Biographie universelle, tome 19, p. 586.)

Cette lettre, datée de 1661, nous fait supposer que Simon Moinet était alors établi à Amsterdam et attaché à l'imprimerie de Louis et Daniel Elsevier.

Il y était certainement en 1662 : car dans les Epist. var. viror. de S. Brantii (1), de 1715, page 213, se trouve une lettre de M. Guido Patin, datée de Paris, le 14 mars 1662, à M. Christ. Utenbogaerd, demeurant à Utrecht , où il dit : >

« Siresponsum aliquod ad te mittat, pro memittes, si volueris, Leidam, « ad amicum nostrum D. Van der Linden, vel Amstelodamum, ad quem- « dam Parisinum, qui vocatur Simon Moynet, habitantem apud Ludov. « Elsevirium, ejus Typographœi directorem et Emendatorem , qui sin- « gulis septimanis scribit in hanc urbem ad Lud. illum Elsevirium, qui « hic degit ab aliquot septimanis. »

A la page 214, il dit de Louis III :

« Fasciculum adornabo priusquam noster Elsevirius in patriam suam « revertatur. »

A la page 217 (celte lettre est datée de Paris, le 6 juin 1662).

M. Patin écrit : « Quotiescumque voles ad me scribere, vel aliquos li-

(1) A Amsterdam, chez Jansjonis Waesbergios, 1735 ; mais ce recueil a été imprimé à Amsterdam en 1702 par Palzold.

« bellos mittere, tuto mitte quidquid habehis Amstelodamum, ad Simon « Moinet in Typographœo Elseviriorum commorantem. »

Il résulte donc de ces deux lettres que Simon Moinet a été, en 1662, le correcteur et le directeur de l'imprimerie de Louis III , à Amsterdam, et que Louis III a été à Paris en 1662. On peut donc en tirer la conséquence qu'il faut attribuer à Simon Moinet l'impression de quelques Elsevier Anonymes ou Pseudonymes, tels que les OEuvres satiriques de Blessebois, d'ARÉTiN, les Bagionamente et la Pultana errante, que la morale réprouve.

Il est d'ailleurs certain que ce Simon Moinet imprimait en 1663 pour son propre compte, et qu'il a voulu introduire une nouvelle méthode d'orthographe française, ayant soin d'ajouter sur les titres qu'ils sont corèct è an la bone ortografe. Un de ses livres de 1665 est intitulé : La Masarinade, en vers burlesques, par le sieur Scaron, corèct è an la bone ortografe. Amsterdam, aus dépens e de l'inprimerië de Simon Moinet. dans le ruîle de la Serviéte (vulgairement Servetsteeg), joignant le Fie. 1665, petit in-8° de 20 pages.

Un autre livre aussi de 1665 , est intitulé :

« Le vrai Testament du cardinal Mazarin, corèct è an la bone or- « tografe. 1665, petit in-8° de 28 pages, » avec un avis au lecteur sur sa nouvelle orthographe.

Enfin un autre du même, a pour titre :

« Relation de l'établissement de la compagnie française pour le com- « mer ce des Indes Orientales, à Amsterdam, de l'imprimerie et aux dépens « de Simon Moinet, le long du Canal du Laurier, dans le cu-de-sac du « Potier. 1666. »

Dans cette relation de 152 pages petit in-12, les caractères, les initiales grises sont Elseviriens , et la composition et même le papier ressemblent à ceux des Elseviers véritables.

Nous finirons cet article en ajoutant qu'il serait à désirer qu'on pût connaître où était située l'imprimerie de Louis et Daniel Elsevier à Amsterdam , afin de la confronter avec celle de Simon Moinet.

LES FAUX ELSEVIER

Page 1