ELLE EST DONNEE AUX PREMONTRES
« si des difficultés venaient à se produire, tâchez par « vous-même ou par vos amis de les aplanir T^).
Pierre IV ne se rend pas aux pressantes sollicitations de l'évêque de Tournai. Cependant, quelque formelle et explicite qu'ait été la promesse de donation ou même la donation de Doue à l'abbaye de Saint- Euverte, on ne peut pas dire que l'évêque du Puy ait manqué à sa parole. Les premiers mots de la lettre d'Etienne, à B., chanoine du Puy : « Memor antiquœ liberalitatis vestrœ, je me souviens de votre ancienne libéralité »^ ces mots nous permettent de supposer que les religieux de Saint-Euverte n'étaient pas venus, au temps fixé, "prendre possession de Doue, ou qu'ils avaient violé tout autre clause de Tancien traité. Dégagé de sa parole vis-à-vis de Saint-Euverte, Pierre de Solignac s'adressa, pour réformer Doue, aux chanoines réguliers de Prémontré, au diocèse de Laon.
Fondé depuis quarante ans seulement, l'Ordre de Prémontré gardait intacte la ferveur primitive ; il comptait beaucoup de saints et de savants; il était très florissant et s'était déjà répandu, comme nous l'avons dit, dans toutes les parties du monde. Le choix de l'évêque du Puy ne pouvait pas être plus ' heureux.
(i) Odo de GissEY, Ouvrage cité, édition de 1644, p. 347 et
L'archimonastère de Prémontré, berceau de la grande famille norbertine^ s'empressa de recueillir le présent que Saint-Euverte avait perdu par ses lenteurs. Il envoya aussitôt quelques religieux s'établir à Doue, près le Puy-Sainte-Marie, ville célèbre par son église angélique et ses pèlerinages, dans laquelle ou autour, de laquelle tous les grands Ordres religieux ont tenu à avoir des maisons : Franciscains, Capucins, Cordeliers. Carmes, Dominicains, Chartreux.
Ainsi, il faut compter Doue parmi les monastères de la filiation directe et immédiate de Prémontré 0^, et faire remonter l'établissement des disciples de saint Norbert dans cette maison à l'année 1162, sous l'épiscopat de Pierre de Solignac. Sur ce point (2), nous devons nous en rapporter aux traditions norbertines. Hugo, dans la préface de ses Annales^ compte en Auvergne, huit monastères de son Ordre^ parmi lesquels Doue, fils de Prémontré, ^/2W5 Prxmonstrati. Il ajoute : « Pierre, évêque du Puy, fonda le monas-
(i) Les rapports de filiation, dans 4'Ordre de Prémontré, étaient réglés par des constitutions particulières. L'abbé du monastère fondateur, appelé Abbé-Père, avait droit de visite régulière dans le monastère fondé, dont l'abbé prenait le nom d'Abbé-Fils ; il pouvait aussi réprimer les abus, vérifier les comptes, etc. îl devait, au cours de ces visites, être reçu avec honneur, respecté, obéi en tout.
{2) Voir une étude sur l'abbaye de Prémontré, publiée en 1872 par le Bulletin de la Société académique de Laon.