‹ Recherches historiques sur l'Abbaye de Doue [microform]: et sur les prieurés qui en dépendaientChapitre 51 sur 78 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Les abbés de Doue : Henri, de Sénecterre, abbé du Monastier- Saint-ChafFre et de Doué; il est cité devant]"la Chambre des Grands- Jours de Languedoc en 1666 ; tristes circonstances de sa mort.

E successeur de Martin Barry, sur le siège abbatial, fut Henri II de Sénecterre, trente-deuxième abbé.

« Il est, dit M. G. Arsac(i), précisément à propos du personnage qui va nous occuper, des noms que Ton voudrait effacer, qui font tache partout où ils se trouvent, mais la vérité les demande. Quand les pages de l'histoire du monastère (du Monastier-Saint-Chaffre) s'ouvrent pour nous faire admirer, dès le commencement, les vertus d'un saint Calmin, d'un saint Eudes, d'un saint Thépfrède, d'un saint Savinien, d'un saint Ménélée : quand nous y lisons ensuite les noms des Gotescalc, des Dalmace, des Guillaume, des François d'Estaing pour finir avec un d'Aviau, le 7ère des pauvres, ce n'est qu'avec

(i) Echo du Velay, septembre 1880.

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regret et tristesse que l'on écrit sur ces mêmes pages un Henri de Sénecterre ».

Nous éprouvons la même répugnance que le savant historien du Monastier à écrire la biographie de cet abbé ; mais pourquoi rie F écririons-nous pas ? Les saints Evangiles ne nous parlent-ils pas de Judas, le prévaricateur, le suicidé du Collège apostolique?...

Nous ne savons rien de positif sur l'origine de Henri de Sénecterre. M. Paul Le Blanc prétend (i) qu'il y a identité entre lui et N..., bâtard de Saint-Nectaire, abbé de Mbustiers en Rouergue, désigné par les auteurs de V Histoire des grands officiers de la Couronne (2), comme Tun des enfants naturels de Henry de Saint- Nectaire, marquis de la Ferté-Nabert, lieutenant-général au gouvernement de Champagne, ambassadeur en Angleterre et à Rome, ministre d'Etat," mort à Paris, le 4 janvier 1662, et de Geneviève Fouré de Dampierre, fille d'honneur de la Reine.

Ce qu'il y a de bien certain, c'est que Henri de Sénecterre poussa l'ambition jusqu'à réunir sous sa houlette pastorale les religieux des deux abbayes du Monastier et de Doue, et il y réussit. Nous rechercherons donc les faits et gestes qu'il a accomplis comme abbé de ces deux monastères.

Il fut nommé abbé du Monastier et succéda à

(1) Annales de la Société académ. du Tuy^ xxx, appendice, p. 40.

(2) Tome X, p. 891.

Charles II de Sénecterre en 1645. Cette date est certaine (i). Quelques années plus tard, il transigeait avec les Jésuites duPuy dans les circonstances suivantes. « En 1653, les Jésuites et l'abbaye de Saint-ChafFre plaidaient devant le parlement de Toulouse sur la pension due à frère Simon Mouton, cloîtrier, qui demeurait à poste fixe dans la maison priorale de S'olignac-sur-Loire. Henri de Sénecterre voulut mettre un terme à cette situation pénible. Muni des pouvoirs spéciaux que lui avait donnés le Chapitre de son couvent le 10 octobre 1659^ il fit le 5 novembre suivant, de concert avec le P. Raymond Dauguères, syndic du Collège du Puy et procureur du P.François Tarbe^ provincial de Toulouse, un acte qui supprimait la place monacale de Solignac. Par cette transaction le collège s'obligeait à pourvoir la paroisse d'uii prêtre en remplacement du cloîtrier, mais sans que l'abbé du Monastier pût intervenir dans la nomination ou le déplacement de cet ecclésiastique, chargé, de l'office divin. De plus, les PP. Jésuites devaient payer cinquante livres à l'abbé de Saint-Chaffre^ ou bien recevoir et héberger pendant huit jours douze bénédictins qui viendraient par séries de deux ou trois faire leurs exercices spirituels au collège (^X »

(i) Gallia ChrisHana, II, col. 769. — G. Arsac, Echo du Velay, septembre 1880.

(2) Tablettes historiques du Velay y VI, pages 56 et 57.

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En sa qualité d'abbé régulier, Henri de Sénecterre était astreint à la résidence ; il crut cependant que sa situation robligeait à prendre un logement au Puy. Il réalisa son projet en 1665, d'après un acte publié par M. Tabbé Arsac d), et que nous reproduirons dans les pièces justificatives (2^. « Si nous interprétons bien cet acte, dit M. Arsac, en nous rapportant au plan de la ville du Puy qui accompagne le second volume de Médicis, ce logement était dans le groupe de maisons en face de l'Hôtel-Dieu et faisait partie alors de Fîle Moravy, comrnençarit à la grande pile sud de la façade de Notre-Dame et comprenant le côté sud de la riie des Grazes (grand escalier), la rue de la Rochette (rue des Pèlerins), etc. »

« C'est dans cette même maison qu'il devait si tristement mourir, au dire de Thistorien de M. de Lantages. »

Le 12 octobre 1666, Pierre-Robert Lattaignant, chanoine régulier de l'ordre de Prémontré, profès de la maison de Saint-Pierre-les-Salincour, autrement dite Sainte-Larme, du diocèse d'Amiens, se disant prieur commis de l'âbbaye de Doue par R. P. Frère Pierre du Flot, vicaire-général de Mgr Augustin Le Cellier, abbé de Prémontré et général de l'Ordre, pair provisions en date du 28 septembre 1666, déclare

(ï) Echo du Velay, 2 décembre 1893. .

LES ABBÉS : HENRI DE SÉNECTERRE l8l

vouloir en prendre possession et se fait accompagner à Doue par le notaire soussigné, Y étant arrivés, ils rencontrent PP. frères Dominique Séjalon et Jean Falcon, en présence desquels il prend possession (^),

Le 24 juillet 1667, Henri de Sénecterre délibère avec le Chapitre de son abbaye du Monastiei* pour demander à l'Ordre de Cluny l'agrégation qui est accordée le 25 noverribre de la même année. Par lettres patentes du 13 mars 1668, enregistrées par le Grand Conseil le 9 avril suivant, le roi Louis XIV confirme cette agrégation qui fut probablement imposée à l'abbé de Sénecterre i^).

En 1676, l'abbé du Monastier permet à dom Claude. Estiennot, bénédictin de la congrégation de Saint-. Maur, de parcourir à loisir les registres des statuts et des revenus de l'abbaye, ainsi que les manuscrits du savant D. Bourbon ou Barbon. C'est là que dorri Cl. Estiennot a puisé la liste des abbés du Monastier et les diplômes qu'il a transcrits dans ses Probationesis).

Voilà à peu près tout ce que nous savons sur Henri II de Sénecterre, comme abbé du Monastier ; il nous reste à étudier ses actes comme abbé de Doue. Ce travail ne nous coûtera pas beaucoup, parce qu-il a été déjà fait très consciencieusement par un érudit

(i) ^rch.dép,. Minutes de Jean Thivel, notaire du Puy.

(2) Notes inédites àQ Vàbbé G . Arsaç.

(3) Gallia Christiafia, II, col". 769.— Atin. de la Soc., agricole, et scientifique de la Haîite-Lçirey Y f ire partie, p, 28.1. ..

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de premier ordre, M. Paul Le Blanc (i). Nous le reproduisons très fidèlement en le complétant toutefois, quand il nous est possible.

« Henri de Sènecterre, déjà abbé régulier du Monastier-Saint-ChafFre, ordre de Saint-Benoît, depuis 1645, s'empara en 1648, à la faveur d'un simple brevet de don du roi, de l'abbaye de Doue, ordre de Prémontré. Il n'eut recours ni à l'autorité du Saint- Siège, pour avoir des bulles de dispense, ni à celle du Conseil, pour obtenir un arrêt qui lui permît de prendre possession et de jouir des fruits de cette dernière abbaye; car la possession de ces deux abbayes d'un ordre différent, l'une et l'autre sujettes à la résidence actuelle^ était incompatible dans la personne d'un religieux.

« Non content. d'être possesseur illégitime, Henri de Sènecterre se montra administrateur prodigue. Il surprit, en 1656, du sénéchal du Puy, une permission de couper, dans les propriétés de Doue, du bois dont le prix de vente devait être employé aux réparations les plus pressantes de l'abbaye, réparations qui devaient, d'après sa requête, s'élever à la somme de 45.000 livres. Cette permission était restreinte aux bois pins taillis seulement (^), et elle fut déterminée à

(i) Annales de la Soo. académique du Puy, XXX, p. 240 et suiv,

(2) Le pin sylvestre est "soumis, dans le Velay, à une sorte de

taille qui permet de l'exploiter comme un véritable taillis. Voir

sur cet aménagement inconnu ailleurs et qui provoque l'étonné-

un seul canton. L'abbé ne demeura point dans les bornes prescrites ; il s'attaqua à tous les bois de Tabbaye.

« Ces bois occupaient alors une superficie de plus de 48e arpents; ils étaient en très bon état, bien peuplés de haute futaie, la plus grande partie bois de chêne, essence déjà rare dans le pays. On y voyait grand nombre d'arbres de quatorze brasses de hauteur. Ils étaient si gros, qu'on en faisait faire des planches et des poutres pour bâtir et réparer des maisons. Tous ces bois furent abattus pour une valeur de 40.000 livres, sous les ordres de Champagne, agent et maître d'hôtel de l'abbé de Sénecterre, par plusieurs coupeurs qui travaillèrent journellement pendant plus de quinze ans. Tout ce qui n'était pas propre à la charpente était mis en bûchers et vendu publiquement. Les beaux et grands arbres étaient achetés tout droits par des particuliers qui les emportaient à plusieurs charrettes dans la ville du Puy. Blanc, poudrier de cette ville, et Gallien, intendant de la maison de Polignac, en achetèrent pour ii.ooo livres chacun.

« Les fonds qui provinrent de ces ventes, Henri de

Sénecterre les employa a à ses usaiges et profEcts par-

. « ticuliers ». Pendant ce temps, il chassa les religieux

de l'abbaye par les mauvais traitements qu'ils eurent à

ment des étrangers, un mémoire de M, Bertrand de Doue (Ann, de la Soç. d'Agriculture du Piiy, 1832-33, pages 46 à 79).

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essuyer de la part de ses domestiques, ou par le refus qu'il fit de leur payer leur pension. De douze religieux que les biens de l'abbaye avaient honorablement entretenus jusqu'au temps de son intrusion, il n'en resta que deux ou trois, sous la conduite d'un prieur intrus, le P. Robert Lattaignant; ils ne vivaient même que des secours qu'ils recevaient, pour leurs services^ de quelques curés des paroisses voisines. Les lieux réguliers servaient de demeure à des receveurs, à des gens d'affaires, à des domestiques de l'un et de l'autre sexe. Une partie de l'église était ensevelie sous les ruines. L'abbé de Sénecterre s'était servi à son usage d'une grande quantité de pierres de taille qui en provenaient; Tautre partie de cet édifice avait été transformée en écuries à chevaux et à porcs, en granges pour dépiquer les grains et conserver les pailles. Le clocher était sans cloches et sans degrés. L'abbé avait emporté les ornements de l'église, les meubles de la rnaison abbatiale, les papiers, titres et documents des archives. Une petite sacristie était seule consacrée au service divin; elle était « tout ensemble le sanctuaire, « l'autel et le temple ». Les vases sacrés étaient les uns de fer blanc, les autres d'étain, « le plus superbe ce, d^'un simple ivoire ».

« Ces faits étaient si notoires que, le 3 octobre 1666, deux jours avant l'ouverture de la séance des Grands-Jours, Henri de Sénecterre fut arrêté et conduit dans les prisons du Sénéchal par le prévôt du

Puy (I). Il était accusé ce de simonie, de fausse monc( naie, de plusieurs concussions et d'avoir dégradé « les bois de ses abbayes (2) ».

« La Cour commit, le 8 octobre, les officiers Tiffault et de Rességuier pour instruire son procès ^3) ».

Trois jours après, un arrêt de prise de corps fut décerné contre ses officiers, Mathieu Neffiers^ dits Champagne,, père et fils, l'un son apothicaire, et Tautre son maître d'hôtel, et contre les nommés Lyotard et Eyraud, charpentiers de Laussonne (4). Pour arriver à parfaire l'instruction commencée, la Cour rendit, le 14 du même mois^ un arrêt portant publication d'un monitoire et vérification des lieux ; le 16, nouvel arrêt qui fixe une provision de 200 livres «à prendre sur les deniers et plus clairs revenus, tant de l'abbaye de Doue, que de celle du Monastier,; pour parvenir à la réparation desdits déportements, entreprises et malversations (5) »

Le 20 du même mois, l'abbé de Sénecterre n'ayant pas voulu répondre aux commissaires, prétendant qu'en qualité de chef d'ordre, il n'y était pas obligé, les commissaires en font leur rapport à la Chambre.

(1) Annales de la Société d'Agriculture du Puy, XXX, p. 42,.

(2) Ihidem, p. 65.

(^) Ibidem, p. 47. ,

(4) Ibidem, p, 48, texte et note,

(5; Ibidem, p. 243. .

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Il est ordonné qu'ils lui feraient trois sommations de répondre, après lesquelles il serait pourvu .

Un arrêt du même jour porte que sans préjudice du déclinatoire proposé par le sieur abbé de Sénecterre, il répondra aux interrogatoires qui lui seront faits conjointement ou séparément par les commissaires, sinon son procès lui sera fait comme à un muet i"^).

« Le 26 du même mois, le père Sorel^ visiteur de Tordre de Prémontré, était à Doue ; il reconnut dans le procès- verbal qu'il dressa, la vérité de tous les faits allégués. Il rendit sur-le-champ quelques ordonnances pour remédier d'urgence aux plus grands abus ; puis il présenta requête au procureur général de la Cour des Grands-Jours, le 28 octobre. Il y peignait le triste état de l'abbaye et la conduite criminelle de l'abbé; il demandait qu'il en fût fait justice.

« Le lendemain du jour de la présentation de cette requête, Henri de Sénecterre^ dans l'espoir d'adoucir ses juges, transigea avec le P. Lattaignant et deux prétendus religieux qui habitaient l'abbaye. Il s'était gardé d'appeler à ce traité les vrais religieux qu'il avait chassés. Il obtint de ces trois personnes, qui étaient à sa dévotion, une décharge presque gratuite f^ ».

l'i) Ibidem, p. 52 et 53, [2) Ibidem, p. 243.

Le procès de l'abbé de Sénecterre commença le 20 novembre ; mais par arrêts des 22 et 23, la Cour le renvoya devant son juge d'Eglise f^J. Un autre arrêt du 27 porte « qu'il sera élargy hors des prisons et mis sous la garde d'un dès gardes du sieur duc de Verneuil, gouverneur de la province de Languedoc ^ à la charge de le représenter et remettre devant le juge d'Eglise, quand ainsy sera ordonné ^2).

Il est alors traduit au conseil du roi. Son administration mauvaise, ses prodigaHtés, son intrusion furent la matière de plusieurs mémoires. De son côté, il n'oublia rien pour sa défense, mais il ne proposa rien avec succès . Par l'arrêt rendu contradictoirement avec lui, le 12 mai 1668, le roi ordonne :

« 1° Que l'abbé de Sénecterre. se pourvoira par devers sa Sainteté, dans trois mois^ pour obtenir des bulles touchant i'abbaj^e de Doué, et dispense pour en jouir conjointement avec celle du Monastier, autrement et les trois mois passés, il y sera pourvu par Sa Majesté;

« 2° Qu'il sera incessamment procédé par l'abbé de Sénecterre ,au rétablissement de l'abbaye de Doue, fourniture d'ornements, et entretenement du nombre de religieux, vérification des chapelles, et les lieux

(i) Ibidem, pages 64 et 65.

(2) lUdem, p. 69.

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par lui remis en l'état que le service diviti y puisse être célébré avec la décence requise, et même la valeur des bois abattus par ledit de Sénecterre, employée en fonds au profit de l'abbaye de Doue.

« Enfin le roi enjoignit à son procureur général du Parlement de Toulouse, de tenir la main à l'exécution de cet arrêt.

a Le II juillet suivant, le Parlement de Toulouse rendit un nouvel arrêt, en conséquence de cette injonction. L'abbé de Sénecterre quitta alors l'abbaye. Tous ses efforts tendirent à éluder l'exécution de ces divers arrêts ; il y réussit Xi) ».

En dehors de sa comparution devant la Cour des Grands-Jours de 1666, nous savons peu de chose sur l'abbé intrus de Doue. Un mois environ avant l'ouverture des grandes assises, il se trouvait au Teil, dans le Vivarais. Appelé au Puy nous ne savons pour

(ï) IMdeni pages 244 et 245. — Nous savons ce que coûtèrent àl'évêque du Puy l'impression et l'affichage des arrêts (Ibidem, p. 15 note) :

« Estât de ce qui est deu dans la maison de Mgr l'Evesque du Puy (Armand de Béthune) au sieur Delagarde, libraire et imprimeur de la ville du Puy, du 23 août 1666 jusqu'en mai 1669 ».

« Plus ay imprimé l'arrest contre M. l'abbé du Monastier et en ay faict cent vingt copies. . 10 livres.

« Pour les affiches d'iceluy . . i livre.

<( Plus un autre arrest contre le mesme et en fivons faict cent exemplaires, 6 livres » .

quelles affaires, il alla au Brignon le 15 du mois de septembre et resta jusqu'au 19 au château du sieur des Roys. Là le curé Aulanier le vit « avec son, train et vint le saluer. » Peu de jours après, il était prisonnier. Renvoyé par le bras séculier devant le juge d'Eglise, il parvint probablement à échapper aux coups de la justice humaine ; mais il est bien douteux qu'il ait échappé aux sévérités dû Juge, suprême qui punit les crimes selon leur gravite : les circonstances de sa mort, que nous raconterons tout à rheure, autorisent malheureusement trop notre doute et nos craintes (^^.

Converti ou non^ désireux de restituer ou ol)éissant à des ordres supérieurs, Henri de Sénecterre charge, quelques mois après les Grands-Jours, son digne collègue Robert Lattaignant, prieur intrus de Doue, de faire refondre la cloche du couvent, cassée depuis longtemps. Nous devons au regretté M. Augustin Chassaing, archiviste -paléographe des plus distingués, de connaître le prix de refonte de cette cloche.

Robert Lattaignant, prieur de Doue et de Saint- Gefmain-Laprade, confie ce travail, le 18 février 1667, à Jean Juny, dit Guiard, maître-fondeur du Puy, moyennant la somme de quarante livres et trois charretées de bois de chêne. S'il manque du métal, le prieur s'engage "à le payer douze sous la livre. — Fait au Puy,

<^i) Payrard, Nouveaux Mélanges -historiques, lïf pages 6s et 66,

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dans la boutique du fondeur, en présence de M" Antoine Liabeuf, greffier de Doue, etc. t^).

Nous voyons encore, sur la fin de la même année, Robert Lattaignant, sur Tordre sans dpute de Henri de Sénecterre, s'occuper à faire payer les arrérages des rentes consenties en faveur du monastère usurpé. Il fait assigner, à cet effets Gaspard de Beaufort-Montboissier-Ganillac qui, marié le 11 juin 1648, à Françoise-Marie d'Auriouse^ dame de Cusse, fille de Jean d*Auriouse, seigneur de Cusse et de Marguerite- Félicité de Polignac, avait reçu de sa femme avec la terre de Chassaigne, près Paulhaguet, la baronnie de LardeyroL

« Dans leur château de Chassaigne où ils établirent leur résidence, dit M. Truchard du Molin (2), les barons de Lardeyrol, de la maison de Montboissier- Canillac, ne demandaient à Fantique monastère de Doue, ni prières ni sépulture. Ils ne songaient à la pauvre abbaye, presque abandonnée^ que pour s'affranchir des fondations que les seigneurs de Glavenas y avaient faites, en d'autres temps; mais qui, pour ces possesseurs étrangers, imbus d'autres idées, n'étaient plus qu'une charge incommode. Gaspard se laissa assigner devant le sénéchal, le 14 novembre 1671, en

(i) Archives départ, de la Haute-Loire, Minutes de Jacques Espanhon, notaire.

(2) Baronnie de Lardeyrol, p. 220. — Inventaire de 1782.

paiement d'arrérages bien mal servis et en nouvelle reconnaissance de la rente. La copie de rajournement n'alla pas jusqu'à sa personne. C'eût été peut-être téméraire, elle fut laissée à son fermier, au château de Lardeyrol . Le R. P. Lattaignant, prieur de l'abbaye de Saint-Jacques, n'était guère en situation de soutenir une longue lutte judiciaire contre les Canillac, et il eut le bon esprit de sacrifier beaucoup pour sauver quelque chose . Dans une transaction passée au Puy, le 8 mars 1672^ il fit remise : 1° des arrérages non payés; 2° de la rente annuelle et perpétuelle de' dix livres créée en faveur de sa communauté par Glaire de Glavenas, dans le testament du 15 mars 1573, mais il obtint la confirmation de la rente de trois setiers de blé seigle ou vingt-quatre mesures de Lardeyrol, et de quarante sous en argent énoncés dans l'acte du 5 juin 1392, passé entre l'abbé de Doue et noble Guigon de Glavenas.

« Ceux qui s'arrêtent aux contrastes des temps et des mœurs remarqueront que, danis ce dernier traité, on ne trouve' plus, comme dans les précédents^ rappelées les causes pieuses des anciennes fondations ni rien qui sollicite les religieux à prier pour les possesseurs nouveaux de la baronuie et pour leurs prédécesseurs ; l'acte du 8 mars 1 672 est absolument muet à cet égard. Le lendemain^ intervint la ratification du R. P. Louis Gosset, chanoine régulier, résidant par obéissance de Mgr Colbert, abbé et général de l'Ordre

des Prémontrés, au couvent de Saint-Jacques de Doue, pauvre moine gardien des ruines de Tancienne abbaye !»

Revenons à Tabbé Henri de Sénecterre.

Un mémoire écrit de sa main, trouvé parmi ses papiers lors de l'inventaire de ses titres fait après sa mort, nous porterait à croire qu'il avait désiré mettre ordre à ses affaires et se convertir définitivement.

« Il y disait « qu'il se proposait de consulter plusieurs, affaires, et restituer quelques dons qu'il s'était fait faire par les religieux 5) ; il y énonçait « le défaut de réparations à ses églises » ; la principale et la plus négligée était celle de Doue. En un mot, on voyait dans cette espèce de confession un abbé repentant qui se reconnaissait simoniaque, prodigue, dissipateur, qui s'accusait d'avoir tiré « des sommes considérables, jusqu'à cinq cents écus » pour la collation d'une cure dépendant de l'abbaye de Doue, sans compter celles provenues d'autres collations (i\ » ' Malheureusement les circonstances de sa mort ne nous permettent pas de croire au repentir de l'indigne abbé. Nos lecteurs nous pardonneront d'emprunter à l'auteur de la Vie de M. de Lantages, premier supé-

(î) ^Annales de. la Société académique du Puy, XXX, p. 245. -— factum pour les religieux, abbé, prieur et couvent de Vabbaye de Doue contre l'abbé et les religieux de Vabbaye du Monastier-Saint- Chaffre, sans lieu ni date (i 708), in-foL, p. 3.

rieur du Grand-Séminaire du Puy (0, le lugubre récit de cette mort affreuse :

« Pendant que l'évêque (Armand de Béthune) faisait sa retraite au Grand-Séminaire (2)^ la mort affreuse d'un ecclésiastique de marque, sourd au même appel de la miséricorde divine, jeta dans tous les cœurs ces salutaires terreurs dont Dieu se sert quelquefois pour commencer la conversion des âmes. Ce fut l'abbé du Monastier, d'une des premières familles d'Auvergne. Le luxe de ses habits, la richesse de ses ameublements, la délicatesse de sa table et l'ensemble de sa conduite, étaient, dans un homme de sa profession, un sujet de scandale et de murmures universels pour les peuples de ces contrées. Il avait été nommé par la possédée pour faire sans délai une retraite au séminaire; mais malheureusement un cercle de personnes mondaines^ que cet abbé avait sans cesse à sa table, eurent trop d'empire sur son esprit. Malgré ses promesses, le mercredi des Cendres, jour marqué pour la retraite, il s'excusa de venir au séminaire, disant qu'il ne voulait pas être la fable du monde, ni se donner en spectacle au public; et il ajouta qu'il ferait sa retraite à la mi-carême. M. de la Chétardie, affligé de cette résistance, se

(i) Pages 285 et 286.

(2j Une possédée avait averti, durant les exorcismes, plusieurs personnes de faire au plus tôt leur retraite. De ce nombre étaient l'évêque, l'abbé du Monastier, etc.

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rendit plusieurs fois chez lui, pour le presser de ne pas différer davantage : tout fut inutile. Le huitième jour de la retraite, l'abbé prit médecine. Ce jour-là on . joua et on se réjouit beaucoup chez lui; le soir il donna des rafraîchissements à des demoiselles de la ville, et le reste de la soirée se passa encore dans le jeu, les ris et les divertissements. Mais le moment de la justice divine était arrivé, et l'ange du Seigneur avait déjà le bras levé pour frapper le coupable. Car ce jour-là même, lorsque la compagnie se fut retirée, sur les dix heures et demie du soir, comme il allait se mettre au lit, voilà que tout à coup il tombe sans mouvement et sans connaissance; il demeure étendu sur le carreau plusieurs heures, et ne tarde pas à expirer dans cet état.

« Le sentiment d'effroi qui glaça tous les cœurs, . fut encore augmenté par les circonstances de cette mort affreuse. A peine eut-il expiré, qu'on pilla ses amas d'argent , sa vaisselle, ses meubles, ses riches habits, ses tapisseries, toutes ses provisions si exquises et si abondantes, jusqu'à sa montre, sa bague et son bonnet de nuit. Le corps fut exposé par terre dans une salle basse : un simple drap mortuaire, une croix de bois, deux chandeliers de cuivre faisaient tout l'appareil des funérailles. On avait d'abord mis sous la tête de ce mauvais riche un coussin dont la doublure renfermait encore des jeux de cartes; mais ce coussin fut aussi enlevé, et remplacé par une botte de foin.

avec laquelle on porta le corps en terre. Chacun fut d'autant plus frappé, que c'était le propre jour où l'on récitait à l'église l'évangile du mauvais riche, et que celui dont nous parlons fut réduit par un juste jugement de Dieu, à n'avoir pas seulement la sépulture du Lazare. Lorsqu'on allait descendre le earps dans le caveau, la bière échappant des mains des porteurs, et tombant par divers sauts, alla se briser au fond de ce caveau, sans qu'on s'occupât d'inhumer autrement le corps; et, enfin, pendant la nuit, on enleva jusqu'au linceuil et à la chemise qui couvraient ce misérable cadavre. » >

Tous- les chroniqueurs de l'époque s'accordent sur la date du décès de Henri de Sénecterre, qu'ils placent au 18 mars 1677, dans la maison du sieur des Roys. Ils diffèrent seulement sur le genre de mort. Dom Estîennot et M. Aulanier, curé du Brignon, le font mourir de mort subite^ sans spécifier autrement; J.-P. Clavel, praticien du Monastier,, dit dans son Journal qu'il moui-ut « d'une apoplexie ou poison » . Seul M. Aulanier rapporte qu'il avait à sa mort soixante-dix ans environ, et que « son corps fut enterré dans l'esglise Saïnct-Pierre du Plo, appartenance du Monastier en la ville du Puy, sans avoir eu le temps de pourvoir à sa conscience, ayant vescu tellement quellement, ni à ses richesses (^). »

(i>Sur la mort de l'abbé du Monastier et de Doue, voir : 1° Dom Estiennot, réimprimé dans les ,Annàles de la Société

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Henri de Sénecterre avait vécu dans le crime; il mourut vraisemblablement dans l'impénitence finale.

Après sa mort, les religieux de Doue intentèrent un procès en dommages-intérêts à l'abbaye du Monastier, qui fut condamnée à réparer celle de Doue (i).

agricole du Puy, t. V, p. 281 ; — 2° Journal deJ.-P. Clavel, dans V Annuaire de la Haute-Loire, année 1869, p. 69 ; — 30 Payrard, Nouveaux Mélanges historiques , \1, pages 66.6'j ; — 4° Vie de M. de Laniages, pages 285-286.

(i) Inventaire de iy82.

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