Procuration donnée à Jean-Thierry Fagnier de Vienne
« Le 21 octobre 1752, l'abbé et les religieux de Doue constituent (non pas le P. Lanciau, mais) messire Jean-Thierry Fagnier de Vienne, conseiller du Roy, abbé de Bonnefontaine, demeurant à Clermont- Ferrand, leur procureur général et spécial pour eux et au nom de la communauté, emprunter la somme de trois mille livres, pour employer aux frais de l'obtention des Bulles de Monsieur Fagnier de Vienne, nommé par Sa Majesté abbé de ladite abbaye de Doue. . . Fait et passé dans le couvent de Doue, en présence de Messire Christophe de Mourgues de Saint- Germain, habitant de la ville du Puy, et messire Claude-Marie Dauthier de Saint-Sauveur, habitant dans son château du Monteil. . . » — Acte reçu Abrial, notaire au Puy.
3 . Rente constituée de jo livres par an consentie par les religieux de Doue aux Révérends Pères Cordeliers de Clermontj le 2^ octobre 17 S^-
« Par devant les notaires royaux sousssignés, fut
LES ABBès : P.-EMMAN. DEVIENNE 221
présent Messire Jean-Thierry Fagnier de Vienne, lequel fondé de procuration des religieux Prémontrés de l'abbaye de Doue, constitue avec promesse de garantir aux R. P. Cordeliers de cette ville de Clermont, acceptant pour eux Claude Bompard, marchand apothicaire, leur syndic, et R. P. Antoine Desortiaulx, gardien du couvent, une rente annuelle, perpétuelle et néanmoins racheptable de la somme de cinquante livres^ que ledit seigneur abbé de Vienne a promis de payer et porter chaque année aux Pères Cordeliers dans leur couvent en cette ville, ladite constitution de rente ainsy faitte.moyennantle prix et somme de mille livres payée au comptant parlesdits R. P. Cordeliers... Fait et passé à Clermont-Ferrand es l'étude de Mathieu et son confrère^ notaires royaux (D. . . »
L'abbé de Vienne appartenait à une famille noble d'Auvergne, dont les armes portaient : de gueules à Vaigle êployée d'or. Il mourut à Blesle, sa ville natale peut-être, le i6 juin 1753. M. le Comte Amédée de Saint-Julien a bien voulu nous communiquer son acte de décès qui suit :
« Le samedy seizième jour du mois de juin de l'année mil sept cents cinquante-trois est décédé Messire Pierre Emmanuel de Vienne, preste, abbé régulier de l'Abbaye Royale de Saint-Jean (sfc) de Doue, diocèze du Puy, dans cette ville de Blesle, sur
(i) Archives départementales de la Haute-Loire, f. de Doue.
222 l'abbaye de DOUE
les dix heures du soir^ âgé d'environ quarante-sept ans, et a esté inhumé sous la grande pierre à l'entrée du cœur Qic) de l'esglise abbatiale et paroissiale de Saint-Pierre dudit Blesle par moy curé dudit Saint- Pierre soussigné es présances de Messires Jacques Chemin et Guilhaume Maigne, prestre heddomadiers dudit Saint-Pierre, soubsignés, Chemin, Maigne, Dulac, curé de Saint-Pierre . »
Pierre-Emmanuel Fagnier de Vienne de Neuville eut pour successeur Jean-Baptistk Opinel, trenteneuvième abbé de Doue.
Sous le gouvernement de l'abbé Opinel, Tabbaye eut avec la Chartreuse de Brives un grave démêlé à propos du droit de pêche dans la Loire. Voici à quel propos :
Le i®*" septembre 1757, Dom d'Aigueperse^ procureur de la Chartreuse, charge Pierre Roche, de Peyredeyre, un des pêcheurs à gage du monastère, de pêcher à l'épervier dans la Loire, au-dessus du pont de Brives, c'est-à-dire dans la concession de l'abbaye de Doue. Il lui recommande de se tenir sur la rive gauche, du côté de Charensac, et ajoute que si les religieux de Doue viennent l'inquiéter et lui demandent son épervier, il n'aura qu'à le leur donner ; il se charge, lui, de leur demander raison de leur conduite.
Pierre Roche exécute fidèlement les ordres reçus ; il se met à pêcher, lorsque bientôt apparaissent sur
LES ABBES : JEAH-BAPTISTE OPINEL 223
la rive opposée trois religieux de Doue, armés de fusils, le propre neveu de l'abbé et les Frères Pernin et Ja vain. Ils couchent immédiatement le pêcheur en joue et le menacent de tirer sur lui s'il ne leur apporte pas au plus tôt son épervier et les quelques poissons qu'il a pris.
Roche, craignant qu'on ne lui fasse un mauvais parti, obéissant d'ailleurs aux recommandations de son maître, le procureur de la Chartreuse, s'empresse de passer le fleuve et de remettre son filet et sa capture.
Les religieux Prémontrés se retirent triomphants, emmenant le pêcheur et emportant son épervier et son poisson.
En apprenant ce qui vient de se passer, Dom d'Aigueperse écrit ah irato, le soir même, à l'abbé de Doue une lettre un peu verte dont nous n'avons pas la teneur, mais que la réponse suivante nous fait suffisamment connaître :
« On n'a point osté. Mon Révérend Père, Tépervier au pescheur de Peyredère . Lorsqu'on l'aperçut le jettant dans la rivière, j'envoyai le reconnoître par mes religieux, qui luy demandèrent par quel ordre il peschoit. Il ne se fit point presser "pour répondre que c'étoit par le vôtre, et que -vous lui aviez ordonné qu'en cas qu'on le luy voulût prendre, de l'apporter lui-même. Il a tout exécuté à la lettre. De quoy vous plaignez-vous ? Seroit-ce des égards auxquels vous m'accusez d'avoir manqué? Si vous aviez voulu vous
224 l'abbaye de doue
donner le temps de la réflexion, vous eussiez senti que j'étois seul en droit de vous en faire le reproche. De mémoire d'homme vous n'avez fait pescher dans cette partie delà rivière. Quelle envie vous a prise d'y envoyer aujourd'hui et d'endoctriner si bien votre homme? Vous qui êtes poly, vous êtes sorti de votre caracthère. Ayant encore envie d'innover, vous pouviez me prévenir. La façon avec laquelle nous avons vécu ensemble jusque ce jour l'exigeoit, et sanS avoir recours aux menaces, j'en discutte mes droits avec la politesse qui convient à d'honnêtes gens; je suis fasché qu'avec autant d'esprit vous m'obligiez à vous faire des observations sur les décenses.
« Je ne disputte rien sur voS lettres, parce que je ne disputte point des choses que je ne connais pas. Tout ce que je scais, c'est que personne n'a droit de pescher dans la Loire depuis Gagne au Pont de Brives que l'abbaye de Doue. M. de Bouzols et vous le prétendiez ; vous en avez été débouttés tous les deux. Le parlement de Toulouse par faveur accorda à M. de Bouzols de pescher luy personnellement, lorsqu'il serait à son château et non autrement, et déboutta les Révérends Pères Chartreux impliqués dans le procès. Dans cecy, Mon Révérend Père, je ne crois rien vous apprendre de neuf. L'arrest du Parlement n'est ipas d'assez ancienne datte, pour que vous en prétendiez cause d'ignorance. Malgré votre procédé, je ne vous en refuserais ny la date ny la teneur.
LES ABBES : JEAN-BAPTISTE OPINEL 2^5
« Quand à l'épervier^ s'il est à votre maison, i^ me ferai un plaisir de le rendre à vous ou à quelqu'un de chez vous, mais je suis persuadé que, lorsque vous aurez examiné les choses sans prévention, vous vous en désisterez et serez fasché de vous être mis dans le cas de faire, de mauvaises difficultés à gens qui ne sont point capables de manquer à leurs voisins. Ce sont les sentiments de celuy qui est très parfaitement, « Mon Révérend Père,
« Votre très humble et très obéissant serviteur,
« L'abbé de Doue ».
Le I" septembre 1757.
Dom d'Aigueperse n'est pas du tout satisfait de la réponse de l'abbé de Doue; il dépose tout de suite chez le lieutenant-général criminel de la sénéchaussée et présidial du Puy une plainte où il relate les faits précédents ; mais il ne dit pas qu'il a donné des ordres formels à Pierre Roche. Par contre, il s'applique à faire ressortir ces deux faits : que des clercs, contrairement aux saints canons, ont été vus armés de fusils, et qu'ils ont violé ouvertement la loi civile qui défend le port d'armes à feu aux simples particuliers.
Faisant droit à la plainte du procureur de la Chartreuse, le lieutenant criminel charge Pierre-Raymond Pages de Lherm, conseiller en la sénéchaussée du Puy, de faire une enquête sur l'attentat commis sur la personne du pêcheur par les religieux de Doue. Pierre Raymond Pages fait citer devant lui, comme témoins,
226 l'abbaye de doue
Antoine Peyronnel, travailleur; Jean Pal; Jean Mouleyre et Claude Teyssonneyre, laboureurs, tous quatre de Brives. Les témoins reconnaissent l'exactitude des faits allégués par le procureur, à savoir, que les religieux de Doue, armés de fusils, se sont emparés de la personne de Pierre Roche, qu^ils l'ont emmené à Doue, et qu'ils lui ont pris son épervier et son poisson. En conséquence, le lieutenant criminel les cite à sa barre pour le 8 octobre suivant. Nous ignorons la suite de cette affaire.
Le ir avril 1760, Frère Nicolas Javain, prieur et procureur de Doue ; Simon Pernin, sous-prieur et sous-procureur ; François Parand ; Dominique Sapet ; Jean-Pierre Laurenson; Frère Ardouin, tous religieux de l'abbaye, donnent en l'absence de l'abbé Jean-Baptiste Opinel, à prix fait à Claude Aies, maître maçon et charpentier de Saint-Germain-Laprade, les réparations à faire au four à cuire le pain, à sa gloriettect à l'appartement qui est attenant à la cuisine, moyennant la somme de deux cents livres. Pour acquitter cette somme, les religieux donnent en ferme à l'entrepreneur seize cartonnées d'un champ appelé Le Pal, situé sur le chemin du Puy à Saint-Germain (I).
Le 7 juillet suivant, Louis-Bonaventure Ardouin, de Salins, en Franche-Comté, diocèse de Besançon,
{\) archives départementales de la ffaw^^-î-oîV^, Minutes de Joseph Hilaire, notaire de Polignac.
LES ABBES : JÈAN-BAPTISTE OPINEL 227
donne^ avant de faire sa profession religieuse, tous ses 'biens meubles et immeubles à Henry-Denis Ardouin, son frère, lieutenant d'infanterie au bataillon de Dôle, ici présent et acceptant, sous la réserve d'une pension annuelle et viagère de deux cents livres, du consentement de l'abbé général, pour servir à ses besoins ou distribuer en aumônes. Les biens donnés sont estimés 7.500 livres. Fait à Doue, en présence entre autres de André Maistre, prêtre et curé de Saint-Germain-Laprade W.
Antoine Ghouvy, huissier au sénéchal du Puy^ signifie, le 9 décembre 1760, de la part de Joseph Bâtie et de Catherine Goudard, mariés au lieu de Pinatelles, paroisse de Montregard,, à Messire Jean- Baptiste Opinel, abbé de Doue, d'avoir à payer les arrérages des cinq dernières années de la rente constituée de la somme capitale de treize cent vingt livres. L'abbé refuse de rembourser cette somme parce que Catherine Goudard n'est pas encore majeure. Un billet de M. Desgranges, dernier ahbé de Doue, daté du 5 avril 1784, nous apprend que cette somme fut payée quelques années plus tard par M. Chapuis, régisseur de l'abbaye, à Catherine et à Marie Goudard, toutes deux filles à feu Claude 2) .
L'abbé Opinel vivait encore le 3 octobre 1780. A
(I) Ibidem. • \'
{■2) Archives' dép . de la Haute-Loire ^ f. de Doue,
228 l'abbaye de doue
cette date, M. rEcuy, élu général de l'Ordre de Prémontré, écrivaitàM. Chapuis, régisseur de Doue : « J'ai reçu l'effet de 300 livres que vous m'avez envoyé pour M . Opinel. Je viens de le lui faire passer. Dès que j'aurai sa quittance, je vous l'enverrai (0. »
« Le, 15 août 1762, dit Francisque Mandet (2), Louis XV nomma Dom Martin Gaudivally abbé de Doue. Il fut \& quarantième ^x. le dernier. Ses prédécesseurs, qui vivaient à Paris, avaient dissipé les revenus et endetté le monastère. Aussi, quelque temps après, le roi Louis XVI la mit d'abord en économat, puis en commende, c'est-à-dire que les religieux furent conduits dans d'autres nionastères^ et un administrateur fut chargé de régler la situation »
Si Martin Gaudivally a jamais été abbé de Doue^ il ne fut pas le dernier^ puisque nous trouvons après lui les abbés Mocquet et Desgranges. Nous avons déjà expliqué l'origine des dettes de l'abbaye : les malheurs des temps, les abbés intrus, l'élection des abbés légitiriies. Nous n'en trouvons jamais la cause dans la vie prétendue dissipée des abbés commendataires, qui se contentaient de leur traitement^ et qui même, nous le verrons bientôt, employaient une partie de leurs émoluments en bonnes œuvres. Les religieux
(1) Archives départ, de la Haute-Loire, f. de Doue.
(2) Histoire du Veîat/, V, p. 442,
LES ABBES : B ART . -AUGUSTIN MOCQIJET 229
de Doue ne furent jamais dispersés dans d'autres abbayes, par la raison bien simple qu'ils ne furent pas même assez nombreux pour occuper les prieurés qui dépendaient de leur monastère.
Le successeur de Martin Gaudivally fut Barthélémy-Augustin MocauET , quarante-unième abbé (1762). Il habitait dans la maison de Messieurs les prêtres de la Doctrine chrétienne, rue des Fossés Saint-Victor, à Paris: Les documents que nous avon? recueillis sur Doue, au temps où il en était abbé, concernent sa personne, les religieux, les régisseurs, les dettes,, les dépenses et la vente de l'abbaye.
I . Uabbé et les religieux. — Quand l'abbé Mocquet prit possession de l'abbaye, la rente de cinquante livres consentie par l'abbé Fagnier de Vienne en faveur des Cordeliers de Clermont-Ferrand n'était pas encore remboursée. Il fut obligé^ le i8 avril 1765^ de passer ratification de ce contrat de rente au R. P. François de Gannat, gardien du couvent (^).
Le 4 février 1768, il recevait de noble Ignace-Bertrand-Benoit Lamyc de Lardeyrol, trente livres trois sols, trois deniers pour-arrérages d'une censive annuelle de trois livres dix sols pour un champ situé au Treuil de Doue (2). Le 13 du même mois, l'abbé Mocquet, Frère Dominique Sapet et Jean de Laval afferment à
(i) Archives départementales de la Haute-Loire, f. de Doue. (2) Archives départementales de la Haute-Loire, Minutes de Joseph Hilaire, notaire de Polignac,
sieur Louis Montbel, maître boucher et à François Vêysseyre^ maître teinturier, du Puy^ une pièce de terre, sise au Treuil^ sous la censive annuelle de. trois cartons blé seigle, mesure de Doue C^). Le 30 mars suivant, les mêmes afferment à Marie Gévolde, veuve de Pierre Brun, de Brives, et à Mathieu, son fils, habitant à Oudinet, un champ audessous de la vigne de Doue, appelé de Lissart, plus une partie du couderc de la Sarraxine, sous la censive annuelle pour VIssart de 64 cartons blé fromentade, un carton seigle, et pour le Couderc, trois cartons seigle et deux livres d'huile de noix (2).
L'abbaye ayant été supprimée au Chapitre général tenu à Prémontré, le 16 septembre 1770,' les quelques religieux restés à Doue adressent, en 1771, une supplique à l'archevêque de Toulouse. Ils exposent que, : depuis la suppression, leur communauté se trouve dans l'état le plus déplorable : les bois qui faisaient la partie principale de leurs revenus sont entièrement dégradés et ravagés par les habitants de la contrée qui y viennent par troupes durant la nuit. Et comme ces religieux se trouvent réduits au nombre de trois, savoir deux prêtres et un frère infirme, et qu'ils restent dans la campagne, éloignés de toute
(i) Ibidem.
. (2) Archives départementales de la Eaute-Loire, Minutes de Joseph Hilaire, notaire de Polignac.
LES ABBES ". BÂRT . -AUGUSTIN MOCaUET 23 I
ville et de tout village de plus d'une lieue^ ils appréhendent des malheurs plus grands encore. C'est pourquoi ils supplient Sa Grandeur de prendre en pitié leur triste état et de décider au plus tôt de leur sort. Suivent les signatures.: Sapet, Ardouin, prêtres, Frère Laval (^).
Par une lettre^ datée de Paris 22 janvier 1771, M® Gellet, procureur au Grand Conseil^, donne avis que l'affaire contre le R. P. Cairoche vient d'être jugée, et que l'arrêt le condamne à passer reconnaissance à l'abbé de Doue . tant de l'abonnement de la dîme que du cens, et ordonne l'exécution de la transaction du 15 janvier 1723 i^K
En 1772, un arrêt du Conseil d'Etat décide que les biens de l'abbaye seront régis par M. Vacheron, bourgeois du Puy; que « sur les revenus il sera payé au sieur Mocquet^ abbé régulier d'icelle, la pension annuelle de i .200 livres et celle de 500 livres à chacun des religieux ».
En 1777, Etienne Le Blanc, chanoine régulier de l'Ordre de Prémontré, profès de l'abbaye de Doue, ci-devant curé pendant quarante ans de Saint-Julien- . d'Ance, expose quç son âge l'a déterminé à résigner son bénéfice en faveur d'un de ses confrères de Saint- André de Clermont et demande la pension de
(1) archives nationales, carton Gg, 632.
(2) Inventaire de 1782,, folio 41 .
232 l''abbaye de doue
500 livres, comme ses confrères conventuels (0.
Jean Marc de Véron de Saint-Julien était^ en 1779, prêtre et profès de l'Ordre des religieux Prémontrés et résidait sans doute au monastère de Doue (^^;
Le 21 juin 1780, l'abbé Mocquet donne aux pauvres de la paroisse de Saint-Germain-Laprade un capital de mille soixante livres. Cette somme prêtée à Jean- François Vincent, fermier du domaine de Pébélit, appartenant à l'Ordre de Malte, produit un revenu annuel de cinquante-trois livres qui doit être distribué chaque année, à la Saint Jean-Baptiste (24 juin), à douze pauvres de la paroisse, y compris Catherine Coudeyre, restant actuellement dans l'abbaye de Doue (3).
Une inscription qui se lit dans l'église de Saint- Germain-Laprade et que M. Payrard a publiée dans ses Nouveaux Mélanges historiques (4), rappelle que l'abbé Mocquet fut un insigne bienfaiteur de cette paroisse sur le territoire de laquelle se trouvait l'abbaye. Nous mettons sous les yeux de nos lecteurs le texte de ce document sans y rien changer :
« Par contrat passé par devant maître Raffenaud de risle, escuyer et conseiller du Roy, notaire au Châtelet de Paris, le 30 juin 1784, M. Barthélémy-Augustin
(i) Archives nationales, Gg, 632.
(2) Archives dép. de la Haute^Loire, B, 92.
(3) Archives delà Fahrique.de Saint-Germain-Laprade.
LES ABBES : BART -AUGUSTIN MOCaUET 233
Mocquet, prêtre, abbé régulier de Tabbaye de Doue, Ordre de Prémontré, et premier chanoine dignitaire de l'Eglise Cathédrale du Puy en Vellay, a fait et constitué au profit des pauvres de cette paroisse deux cent quarante-deux livres douze sols de rente perpétuelle, 15^ déduit, assignée sur les Aydes et Gabelles et autres revenus du Roy, pour les arrérages de cette rente être employés en distributions mensuelles et en nature de pain en faveur de trente pauvres les plus nécessiteux de cette paroisse, le premier ou le deuzième de chaque mois, à raison de quatre livres pour chacun par les personnes qui en seront chargées par messieurs les curés, marguilliers et notables habitants, laquelle fondation a été acceptée par messieurs le curé, marguilliers et notables qui s'en sont chargés personnellement comme il est parlé en leur acceptation fi). »
La Révolution française respecta cette fondation, qui existe encore*
Nous ignorons la date précise de la mort du bienfaisant abbé Mocquet. La dernière quittance de sa pension, signée de lui, est du 25 Octobre 1787.
2. Les Régisseurs. — Sous l'abbé Mocquet, qui résidait à Paris, la gestion des affaires de Doue fut confiée à des régisseurs. Le premier, M. Vacheron, bourgeois du Puy, nommé par arrêt du Conseil
(ij Cette inscription se trouve sur une plaque en fer attachée à la pile de la chapelle du Saint-Rosaire.
d'Etat en 1772, rend ses comptes en 1779. Ses recettes s'élèvent à 38.881 livres et ses dépenses à 39.433 livres (0. Le second, sieur Jean-François Chapuis, négociant du Puy, précédemment fermier de Tabbaye, est nommé par un arrêt dû Conseil d'Etat du Roi, du 27 février 1780, qui lui adjoint Pierre Sabatier, de Blavozy iv. Le 5 juin 178 1, Jean- François Chapuis, et Gaspard Durastel, régisseurs, afferment le domaine à Jean-Louis Bruchet, de Marnhac, paroisse de Saint-Germain-Laprade, moyennant cinquante setiers de seize cartons, mesure du Puy, .dont treize froment, vingt-cinq fromentade, douze seigle, huit cents livres pour les prés, douze paires chapons, cent livres beurre et cent livres fro- 'mage, six sacs raves nettes, six sacs pommes de terre '3 . M. Chapuis était encore régisseur de Doue le 28 décembre 1787 f4)..
3. Les dettes. — a) L'abbaye de Doue doit, depuis le 27 octobre 1752, aux Pères Cordeliers de Clermont-Ferrand une somme de mille livres pour laquelle elle sert annuellement le cinq pour cent, c'est-à-dire cinquante livres. Les intérêts sont payés régulièrement ; le capital est enfin remboursé par M. Chapuis, régisseur, le 28 décembre 1783, au
[^1) Archives nationales, carton Gg. 632
(2) Archives dép. de la Haute-Loire^ f. de Doue.
(3) Archives de DvC. Bertrand de T)oue.
(4) ^Archives dép. de la Haute-Loire, f. de Doue,
LES ABBES : BART . -AUGUSTIN MOCCIUET 23 $ .
K: P. Ferjeux, directeur des religieuses de Sainte- Claire au Puy, cordelier de Clermont, autorisé à cet effet par le Chapitre de son couvent.
b) Doue doit encore à M. Arnaud, médecin du Puy^ la somme capitale de douze mille livres, dont les intérêts s'élèvent chaque année, de 178 1 à 1787, à quatre cent cinquante livres.
c) Madame Roche et M. Dugone, son héritier, reçoivent annuellement des régisseurs dé Doue, de 1781 à 178e, cent cinquante livres pour trois mille livres prêtées le 24 janvier 178 1.
4. Les dépenses. — .à) La pension alimentaire de l'abbé Mocquet fixée d'abord, comme nous l'avons dit, à 1.200 livres, est portée par un arrêt de 1773 à 1.600 livres payables par trimestre.
F) Les religieux, dont nous ignorons le nombre exact, reçoivent cinq cents livres chacun.
c) Le curé de Saint-Germain-Laprade, en exécution d'un arrêt du Conseil d'Etat du Roi, du 27 février 1780, « reçoit 500 livres pour sa congrue, 40 livres pour menues dépenses, 7 livres 10 sols pour l'huile de la lampe, plus 3 setiers grain, moitié froment et moitié seigle, ledit setier composé de seize cartons, mesure du Puy, évalué ledit froment à trois livres douze sols le carton, et le seigle à deux livres dix-huit sols, pour fondation que ,lui doit annuellement ladite communauté (de Doue), à l'échéance de chaque fête de saint Michel. »;
d) Messire Cairoche, chapelain de Saint-Jean (chapelle de Téglise paroissiale de Saint-Germain-LapradeJ reçoit des régisseurs de Doue trois cents livres par an, d'après une quittance du 17 octobre 1786.
é) Messieurs Chapuis et Durastel donnent à Jean- Pierre Roche, garde-bois de Doue, pour le salaire d'une année, la somme de 250 livres, le 10 février
/) Le 20 février 1782^ M. Martin^ procureur fiscal de la terre de Doue, reçoit 72 livres « pour employer en à compte des frais de la procédure criminelle faite à raison de l'homicide commis sur la personne de Joseph Lager, dit Gingard » . Le 23 mars de la même année, il est donné 45 livres 12 sols au sieur Serve], greffier de la terre de Doue, pour expédition de la procédure ci-dessus C^).
g) Les régisseurs Chapuis et Durastel déclarent, le 10 mai 1781, avoir déboursé depuis le commencement de leur régie pour réparations urgentes faites aux bâtiments, à la vigne, au jardin, à l'allée, au pré de l'Abbé, sur la route de Brives au Monastier, la somme de 998 livres, 18 sols, 6 deniers.
Le sieur Chapuis, régisseur, déclare, le 8 mai 1782, avoir déboursé à lui seul pour le transport au Puy et les frais de~ vente des cloches et du mobilier de
(I) Tous ces renseignements sur les dépenses et les dettes de rabba3'e de Doue ont été puisés aux Archives départementales de la Haute-Loire, série H., f, de Doue.
LES ABBES : BART . -AUGUSTIN MOCaUET 237
l'abbaye, la somme de 219 livres, 8 sols, six deniers (^)^
5 . Inventaire et vente des biens meubles et dû mobilier de r abbaye. — Le rapport sur l'inventaire et la vente des meubles de Doue, dressé en 1781 et 1782, se trouve aux Archives départementales de la Haute-Loire; il nous a fourni tous les renseignements qui termineront ce chapitre.
Les revenus de l'abbaye, est-il dit dans ce précieux 4 document, ne pouvant plus équilibrer les dépenses et sufHre à payer les intérêts dés sommes empruntées, le Chapitre général de l'Ordre de Prémontré ordonne une estimation des biens et un inventaire des effets mobiliers.
En conséquence, Antoine Reynier, chanoine régulier, prieur de Saint-Julien-d'Ance, nommé commissaire à cet effet par Mgr de TEcuy, abbé de Prémontré etgénéral de l'Ordre, le 12 février 178 1, se transporte à Doue, le 3 mai suivant, « pour procéder à l'inventaire des titres, papiers et meubles^ état et description des maisons, bâtiments, bois et autres fonds dépendant de ladite abbaye ». Il est assisté de MM. Chapuis et Durastel, régisseurs .
ce Voulant, dit M. Reynier, donner à notre commission tout l'ordre et l'exactitude possibles, une preuve de notre empressement à maintenir les intérêts qui nous ont été confiés et mériter la confiance
(i) Inventaire de 1^81-82.
238 l'abbaye de doue
dont on a voulu nous honorer, avons trouvé convenable de commencer par , la vérification des bois taillis )).
M® Claude Borie, commissaire à terrier, archivisteexpert du Puy, est chargé de ce travail ; Pierre Roche, garde-bois, lui montre les limites. Voici le résultat de l'expertise de Claude Borie.
a). — ' Bois de feuilles.
1. Bois de la Taillade ou Chouvet, ^u midi de l'abbaye, d'une contenance de 48,03 5 toises carrées ou 32 arpents, 35 toises, mesure de Toulouse.
2. Autre bois, au noVd de l'abbaye, d'une contenance de 69.751 toises carrées ou 46 arpents et demi et une toise de Toulouse.
Ces deux bois, composés de chênes, de frênes, de noisetiers, de trembles et autres mauvais bois blancs, ont été dégradés; les arbustes n'ont poussé que sur des souches. Un sixième de l'étendue est dépourvue d'arbres . L'expert divise les bois en neuf coupes qu'il détermine par des bornes et des fossés. Le tout est approuvé par M. Reynier et par les régisseurs.
¥). — Bois de pins taillis.
Ces bois, situés au levant de l'abbaye, ne renferment pas d'arbres de haute futaie, mais des arbres propres à faire des fagots. Les quatre coupes faites jusque là sont maintenues.
LÈS ABBES : BÂRT. -AUGUSTIN MOCQUET 239
L'expert a consacré huit journées au précédent travail.
Après l'estimation des bois, l'inventaire des titres et papiers, parmi lesquels deux terriers, l'un de 1456, signé Montanhac en 163 feuillets, et l'autre de 1562, reçu Lyotard. Nous renvoyons à la fin de ce travail le catalogue des Archives, de même que l'inventaire du mobilier de l'église et de Tabbaye et des livres de la bibliothèque.
M. Reynier et les régisseurs font annoncer la vente du mobilier par l'affiche suivante :
C< Avis AU PUBLIC,
« On fait scavoir que, le onze avril prochain, il sera procédé à la vente des cloches, ornements d'église, custode, et de plusieurs autres effets appartenant aux Religieux de l'abbaye de Doue, que l'adjudication en sera faite le susdit jour et suivants, à TAuditoire de la Sénéchaussée de la ville du Puy, au plus offrant et dernier enchérisseur, à deniers comptant, et que jusques au jour ci-dessus indiqué, les régisseurs de la dite abbaye donneront connaissance aux personnes qui le désireront de l'état des objets qui seront exposés en vente. Au Puy^ le 15 mars 1782. »
Le^ Chapitre général de l'Ordre de Prémontré, réuni à Paris, sous la-présidence de l'abbé de TEcuy, donne plein pouvoir a M. Reynier et aux régisseurs
pour procéder à la venté et recueillir les fonds en provenant.
« A tous ceux qui ces présentes verront, les général, abbés et prieurs composant le conseil de l'Ordre des Prémontrés, salut, savoir faisons que, sur le rapport qui nous a été fait de Tétat actuel des meubles appartenant à l'abbaye de Doue dudit Ordre et portés dans l'inventaire qui en a été fait le 24^ may et jours suivants de Tannée 178 1, en présence des sieurs Durastel et Chapuis, régisseurs de ladite abbaye et Frère Reynier, religieux dudit Ordre, que nous aurions nommés commissaires à cet effets et des raisons qui doivent nous déterminer à faire incessamment procéder à la vente desdits effets, nous avons commis et par ces présentes commettons lesdits sieurs Durastel et Chapuis, régisseurs, comme spécialement chargés par nous de faire procéder à ladite vente publique au plus offrant et dernier enchérisseur, après avoir fait préalablement. afficher à jour déterminé ladite adjudication, d'en recevoir les deniers et de nous en remettre le montant à notre réquisition. Fait au conseil assemblé à Paris, le vingt unième mars mil sept cent quatre-vingt-deux. Signés sieurs de l'Ecuy, abbé des Prémontrés, frère Attey, abbé de Moncel, frère Doninville, prieur de Joyenval, frère Lissoir, abbé de La Val-Dieu, frère Lacroix, secrétaire. »
La plus grande partie du m©bilier fut vendue, les II, 12 et 13 avril, 2,815 livres 15 sols.