‹ Recherches historiques sur l'Abbaye de Doue [microform]: et sur les prieurés qui en dépendaientChapitre 74 sur 78 · Eglise de Saint-Germain- Laprade · texte numérisé non relu

Eglise de Saint-Germain- Laprade

Les dépenses pour la restauration de l'abbaye sont évaluées au total de 26.000 livres.

Les deux architectes emploient à faire Texamen et rapport ci-dessus douze journées chacun et sont payés douze livres par jour, soit en tout deux cent quatrevingt-huit livres. Ils finissent et déposent leur travail le 9 février 1788 '2).

Ajoutons au rapport si détaillé qui précède quelques observations complémentaires que nous fournit l'état actuel de l'abbaye et de l'église.

(i) Il sera parlé de cette église dans le second volume, (2) Archives dêp. de la Haute-Loire fî. de Doue,

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. Les bâtiments de l'antique monastère sont disposés en carré autour d'un cloître où l'on voit encoreplusieurs fenêtres ogivales. Ces bâtiments qui ont été réparés et même repris en partie à la suite des incendies dont nous" avons parlé, remontent dans leur ensemble et leur disposition générale au milieu du douzième siècle. Ce qui n'a pas été touché^ d'accord avec l'histoire, justifie suffisamment cette date. Seule, une vieille tour carrée, comme en avaient pour se défendre les couvents isolés de nos montagnes, atteste une époque bien postérieure. Cette tour fut sans doute élevée à l'époque de la guerre de Cent ans ou plutôt lors des guerres de religion.

L'église qui date du douzième siècle, comme les bâtiments, est un immense vaisseau coupé en forme de croix latine. Le sanctuaire et deux chapelles latérales, qui forment les bras de la croix, subsistent encore. Les voûtes, peintes à la fresque, portent quelques inscriptions que le temps n'a pas effacées. Sur une d'elles, on lit sans trop de peine : Omnemaledictum non erit amplius^ il n'y aura plus de malédiction (Apoc. xxii^ 3). Sur celle qui sépare le choeur de la grande nef oa a écrite pour rappeler aux fidèles la majesté du lieu : Locus iste sanctus est, ce lieu est saint (EzECH,, XLii, 13).

Tel était d'une manière très approximative l'état de rabbaye de Doue peu de temps avant sa déchéance finale. Nous pouvons nous rendre compte aussi de

son ameublement grâce à un inventaire dressé, en mai 1781, sur l'ordre des régisseurs et de M. Antoine Reynier, prieur de Saint-Julien-d'Ance, commissaire à ce désigné par le Chapitre général de l'Ordre. ^ 29 mai 178 1 5 matin :

Etant entrés dans Véglise de ladite abbaye, avons trouvé un tambour bois pin avec deux -grandes portes battantes et une petite au côté droit à demi usée, et plus avant,, derrière le chœur, avons trouvé aux deux côtés deux autels, Tun dédié à saint Norbert, l'autre à saint Augustin (i) le tout en bois pin, tant retables que tableaux.

De là, étant entrés dans le chœur, avons trouvé à la droite d'icelui (côté de l'épître) onze stalles bois noyer en' assez bon état avec leurs dossiers^ et de l'autre côté (évangile), même nombre de stalles, et au milieu du chœur un mauvais lutrin et un mauvais banc.

De là, avons passé à la chapelle de la Sainte Vierge dont Tautel est aussi en bois, et à côté un confessionnal fort usé.

De là, avons passé à la chapelle du côté droit où nous avons trouvé un autre autel dédié à sainte Barbe aussi tout en bois.

Avons ensuite passé au sanctuaire, à la droite duquel, au-dessus de la porte de la sacristie, se trouve un vieux

(i) Le premier, fondateur de l'Ordre ; le second, auteur de la Règle observée par les chanoines Prémontrés.

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tableau représentant la Sainte Vierge, saint Jacques (i) et saint Antoine. Au milieu dudit sanctuaire est le maître-autel, dont le gradin est en bois peint, le tabernacle d'un bois doré et vermoulu^ le rétable en bois de noyer sans peinture avec un devant d'autel en cuir doré. Derrière l'autel, un tableau représentant l'Annonciation, en pastel et sur toile, dont, le cadre est peint en bleu, la moulure dorée, haut d'une toise quatre pieds sur une toise un pied de large.

De là étant entrés à la Sacristie, avons trouvé un mauvais retable, un mauvais gradin, un tableau audessus représentant la Sainte Vierge et saint Norbert, au-dessus duquel sont renfermés dans une châsse les ossements du bienheureux Robert, évêque du Puy (2). Plus, trois armoires de bois pin dont les deux premières à deux battants, la troisième à trois battants dans laquelle avons trouvé deux croix de procession, une grande et une petite en cuivre, deux lampes en cuivre, six petits chandeliers d etain avec dix pots à fleurs en bois doré, deux mauvaises boîtes fer blanc, six chandeliers et un Christ avec deux adorateurs en bois doré, une. petite clochette, deux burettes et le plat en étain. Plus, un encensoir et sa navette en cuivre, un bénitier aussi en cuivre sans aspersoir, six chandeliers

(1) Le patron de l'église et de l'abbaye.

(2) Robert de Mehun assassiné près de Doue et enterré près du maitre-autel de l'église i

et deux crucifix en bois peints en rouge et deux en noir, dont l'un en ivoire et l'autre en cuivre,, et deux chandeliers pour les acolytes.

N'ayant rien plus trouvé dans, ladite sacristie, sommes montés au dortoir, où étant, sommes entrés dans \^ première chambre où nous avons trouvé dans une alcôve un bois de lit usé avec une très mauvaise couverture et des rideaux de serge verte en laine tout pourris ; plus, une mauvaise tablg, bonne à mettre au feu. .

De là, sommes entrés à la seconde chambre où nous n'avons trouvé que deux mauvaises tables et deux prie-Dieu.

De là, sommes entrés à la troisième cham^bre oh nous avons trouvé dans une alcôve un lit composé d'un garde-paille, deux matelas, un traversin, une couverture laine, la tenture dudit lit d'une mauvaise sergelaine couleur de vin, le tout très usé et de peu de valeur! Plus, nous avons trouvé dans ladite chambre une garde robe bois de pin", sans serrure, dans laquelle nous avons trouvé une chasuble de toutes couleurs en laine, autre chasuble avec deux dalmatiques en calemandre de toutes couleurs, une troisième chasuble en serge bleue de laine avec un galon jaune en soie; une quatrième en satin noir sans galon et sans manipule; une cinquième aussi de couleur noire en camelot; une sixième en camelot rouge, et une chappe de calemandre de différentes couleurs. Plus, nous avons

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trouvé quatre aubes avec deux cordons, six nappes d'autel mauvaises et grossières, quatre autres un peu plus fines, dont deux en dentelles, deux mauvais surplis, vingt-deux petits linges pour le service de Fautel, trois corporals, dix amicts, cinq tours d'étole, deux pâlies et deux bourses. Plus, on a trouvé dans une autre garde-robe fixe de ladite chambre vingthuit draps de maître et quinze de domestique. Plus, deux chandeliers étain, deux chandeliers cuivre, quatorze moules de petits pâtés, un moulin à café sans manïvellé,quatrecueilleres d'étain,quatre fourchettes, cinquante serviettes toutes usées, à l'exception d'une douzaine qui ne Test qu'à demi, dix mauvaises nappes, deux devants d'autel et un drap de morts fort usé.-

2^ mai 1781, soir :

Nous étant transportés dans la quatrième chambre dudit dortoir, nous avons trouvé dans une alcôve un bois de lit, une paillasse, deux matelas, une garniture de lit cadix vert avec ses rideaux, le tout fort usé. Plus, une mauvaise garderobe à deux battaîits sans serrure ; plus, un prie-Dieu avec Une mauvaise table et deux mauvaises chaises en bois.

De là nous avons passé à \2i cinquième chambre, où nous avons trouvé un bois de lit dans une alcôve, une paillasse, deux matelas, une garniture de lit de cadix jaune avec ses rideaux, le tout, extrêmement usé; plus, deux fort mauvaises chaises en bois et deux mauvaises tables de bois de pin.

Delà, nous sommes descendus à \^ cuisine ^ qui était commune aux abbés et religieux, ou nous avons trouvé trente-deux livres étain en plats ou assiettes, deux grands chaudrons, une bassine, un sceau, une poissoinière, un cocomard, une petite marmite, une passoire^ trois casseroles, dont l'une est percée, un gril, deux pelles en fer, et une hors de service, deux broches à faire rôtir, une grande cueillère à pot, deux lichefrettes en fer, trois fers ^ à repasser le linge, un tripier, deux petits bassins en cuivre, une pelle, des pincettes^ deux chenets, un tournebrochè et un mauvais bois de lit.

De là, nous avons passé à récurie, où nous avons trouvé trois fusils, deux chaînes de fer pour attacher les vaches, une herminette, six pioches grandes ou petites, trois petites scies, une bêche et un bigot, le tout très usé ; deux poids ou romaines, quatre tables grandes ou petites, un dressoir à quatre portés et une armoire à deux battants.

Au salon, au-dessus de ladite écurie, deux coffres, deux armoires et deux garderobes, le tout très- usé.

De là, nous sommes descendus au cuvage^ où nous avons trouvé un pressoir en mauvais état, deux cuves, une grande et une petite ; cette dernière ne pouvant point servir ; deux tonneaux gâtés, deux mauvaises cornats hors d'usage, cinq coignéesgrandes ou petites et de peu de valeur.

Dé là, nous , sommes montés au clocher, . où . nous

avons trouvé trois cloches, la plus grande ayant deux pieds et demi de profondeur sur trois pieds de diamètre. La seconde, deux pieds trois pouces de profondeur sur deux pieds et demi de diamètre, et la troisième un pied huit pouces de profondeur sur un pied dix pouces de diamètre. ,

La bibliothèque, installée dans un cabinet dépendant de la maison abbatiale^ se composait des ouvrages suivants, formant 112 volumes :

Le traité de Taumône, i ; Rodriguez, i ; Traité sur la Conception, i ; Traduction de la véritable religion par M. Arnaud^ pasteur apostolique^ secrétaire de la Cour, I ; Ordinarium Prœmonstratense^ 2 ; Dévotion à la Vierge, i ; Sernîones ^etri Chrysologi, i ; Manière de prêcher, i ; Regulœ linguse grœcœ, i ; Droits des curés, I. ; Imitation de Jésus-Christ, i ; Biblia Sacra, I ; Traité sur la grâce, i ; Jus Canoniçuniy i ; Le Maître itahen^ i ; Cérémonies "de l'Eglise, i ; Instruction des prêtres,'! ; Bible galoise, i ; Les Principes de la philosophie de Descartes, i ; Notes sur le Concile de Trente, i ; Sermons du Père Le Jeune, .11 ; Prônes de Joly, 4 ; Sermons de La Rue, 3 ; Histoire ancienne, 9 ; Abrégé de l'Histoire universelle, 2 ; Sermons de Pécol, 2 ; Catechismus ad Parochos^ i ; Catéchisme de Montpellier, i ; Entretien avec Jésus-Christ, i ; Explication de la Passion, i ; Tombeau de Jésus, 2; Devoir des Pasteurs, i ; Pensées édifiantes^ i ; Medulla Theologia, 3 ; Missionnaire paroissial, 7 ; Histoire de

Louis XIV, 7 ; Le Peuple deTOeu, lo; Petits prônes I ; L'art de conserver les dents, i ; Idée de la conversion du pécheur, i ; Pratique de Verdun, i ; Catéchisme du peuple de la campagne, 4 ; Elévation à Dieu, I ; Perfection chrétienne, i ; Pasteur apostoli^ que, I ; L'art de la navigation ou l'homme d'épée, i ; Le chrétien en solitude, i ; Paterculi Historiœ^ i ; Instruction sur le symbole, i ; Les trois Antipho-^ naires, 3 ; i Missel; i Rituel de l'Ordre; i Registre des actes de vêtures, sépultures... (^).

M. Durastel, régisseur, avait reçu en dépôt, le 14 novembre 1774, de Frère Arduin, religieux : quatre couverts d'argent, dont deux furent envoyés par lui à M. Mocquet, àbbé de Doue, du consentement de Tabbé général et du Conseil de l'Ordre ; deux cueillières à ragoût ; deux burettes, deux calices avec leurs patènes; un ciboire, une petite paix dorée, une custode : tous ces objets en argent. Une écharpe pour la bénédiction ; une chasuble de damas blanc à galon d'or fin et fleur en or dans la croix, avec son garniment, à l'exception de la bourse et du voile qui sont en tafetas, avec galon faux sur la bourse. Autre chasuble de damas blanc à fleur en plein or et galon fin or avec son assortiment et deux voiles de même. Autre chasuble de damas rouge avec tout l'assortiment

(i) Nous n'avons pu Jusqu'ici retrouver ce registre qui nous aurait fourni de précieux renseignements.

de même, le tout en galon fin. Enfin une chape avec son étole en satin blanc à fleurs rouges et vertes dont For froid est à fleur en or et galon faux.

Le mobilier de Fabbaj-e de Doue fut vendu, sauf quelques objets sans valeur^ au grefle de la sénéchaussée du Puy, au mois d'avril 1782. Contentons-nous de faire remarquer ici que les ornements et les vases sacrés furent achetés par les prêtres et les communautés du Puy, la bibliothèque par le chanoine Pouderoux et le prieur des Jacobins au prix de 56 livres 9 sols et les cloches par Dubois, fondeur, qui ne tarda pas de les revendre.

Une de ces cloches, p esant environ 350 kilogrammes fut acquise par le prieur de Saint-Romain-de- Lerp, près Saint-Péray (Ardèche) ; elle se trouve encore aujourd'hui au clocher de cette paroisse. M. l'abbé Garnodier i^\ à qui nous devons ce renseignement^ nous donne aussi la description de la cloche. Nous le citons littéralement.

« Bruschet, prieur de Saint-Romain-de-Lerp, né en 1727 <^^^, curé de Saint-Romain-de-Lerp en 1782,

(i) Recherches archéologiques sur Saint-Romain-de-Lerp^ p. 168. — Valence, 1860.

Ci) N. Bruschet, né à Vielprat, canton de Pradelles (Haute- Loire), en 1727, fut installé curé de Saint-Germain-de-Lerp en 1782. Il refusa de prêter le serment constitutionnel, il resta caché dans le pays et mourut d'une attaque d'apoplexie le 3 juin 1734. (Communication bienveillante de M. A. Mazon, ardéchois, publiciste à Paris).

acheta de ses deniers, la cloche de son église. Elle avait été fondue en 1737 pour le monastère de St-Jacques de T)oa (Doue), d'après Finscription et les armes qu'elle porte ».

« Cette inscription dans- laquelle figurent, outre les noms du parrain et de la marraine, ceux d'un abbé et de deux prieurs conventuels, est ainsi conçue :

« DD. JOANNES LUDOVICUS GENESTET, ABBAS S" JACOBI a DE DOA; F, JOANNES DE MORGUES, PRIOR PONS IMPE- « RATI (sic; ; F. JOANNES ANDREAS LASHERMES, PRIOR « S'i GERMANI ; NOBILIS IGNATIUS PASCAL, VIR CAPITOL!- «NUS ANNO 1730; BARON US DE LARDEROL, HUJUS « CAMPANT PATRINUS ; JOANNA MARGARITA LASHERMES, „ CONJUX DOMIINI NOLHAC, HUJUS CAMPANTE MATRINA. ■ « — MENSE NOVEMBRI 1737,. V. PALADE f. »

Voici la traduction de l'inscription précédente : Révérendissime Jean-Louis Genestet, abbé de Saint-Jacques de Doue ; Frère Jean de Morgues, prieur du Pontempeyrat ; Frère Jean-André Lashermes, prieur de Saint-Germain ; noble Jgnace Pascal, sièur de. Chapteuil, en 1730, baron de Lardeyrol, parrain de cette cloche; Jeanne-Marguerite Lashermes, épouse de Monsieur Nolhac, sa marraine. — Au mois de novembre 1737. — V. Palade, fondeur. « Au-dessous de l'inscription;, ajoute M. Garnodier, on voit d'un côté la croix ornée d'arabesques; de Tautre, trois sceaux poses en pal, qui sont : 1° Celui du monastère, placé au milieu, sur lequel figurent la crosse et la mître en sautoir entre quatre fleurs de lys.

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avec cette légende : Sigillum Sancti Jacohi de Doa (^) ; 2° Celui de la marraine posé au-dessus, ayant un lion grimpant sur champ d'azur, et pour, support deux branches de laurier ; ^^ Celui du parrain, placé au-dessous des deux autres, portant sur champ d'a^^ur, au milieu de Vécu, une grande fleur de lys, et au chef deux étoiles à cinq rayons, avec une couronne de baron, ayant aussi deux branches de laurier pour support.

Tels sont, dans leur ensemble, les résultats de nos recherches sur l'abbaye norbertine de Doue. Il nous reste à esquisser l'histoire des six prieurés qui en dépendaient, mais nous croyons devoir auparavant, pour satisfaire la curiosité de nos lecteurs, terminer la première partie de notre travail par un court aperçu sur rétat actuel de l'Ordre de Prémontré..

(i) Sceau de Saint-Jacques de Doue.

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