Mémoires de Nevers, t. I, p
et obtint des lettres patentes qui Tautorisaient à vendre remplacement à des particuliers pour y bâlir des maisons et y percer des rues*. Henri de Guénégaud fut le principal acquéreur^ il fit construire par François Hansart un riche hôtel auquel il donna son nom^ ainsi qu'à la rue qui fut ménagée à droite des nouveaux bâtiments. L'hôtel de Guénégaud devint bientôt le séjour le plus brillant de Paris^ Boileau y lut ses premières satires^ et Racine ses premières tragédies^ Dans les dépendances de cette splendide habitation se trouvait rhôtel Sillery qui fut habité par Gourville, le célèbre intendant du duc de LaRochefoucault« En 1670, rhôlel de Nevers fut acheté par la princesse de Conti, et cette famille le conserva jusqu'en 1750, époque où il fut cédé à FÉtat moyennant cent soixante mille livres. Après de longues hésitations, il fut démoli en 1768 pour faire place à Fhôtel des Monnaies..
 l'époque qui nous occupe, le domaine de Nesle avait donc perdu déjà beaucoup de son étendue primitive : la partie orientale subsistait presque seule. Callot nous a conservé l'aspect que présentait le reste des bâtiments à la fin du règne de Louis XIU, et aucune modification n'avait eu lieu jusqu'au moment où les exécuteurs testamentaires de Mazarin le choisirent pour y établir le collège
1. Jaillot» Recherches critiques sur la ville de Paris, quartier Saiiit-Germain-des-Pr'5s, p. 54.
des Quatre-Nations. Le domaine de Nesle se composait alors d'un édifice flanqué de deux tours^ entre lesquelles s'ouvrait la porte de la ville ; on y arrivait à travers le pré, très-large à cet endroit, par un pont formé de quatre arches, La tour de Nesle, située à quelques mètres et au nord de cette porte, était ronde, très-élevée et accouplée à une seconde tour plus haute, moins grosse et qui contenait l'escalier à vis.
Ces derniers vestiges du vieil hôtel de Nesle allaient eux-mêmes disparaître ; et nous verrons les exécuteurs testamentaires de Mazarin ordonner encore la démolition de plusieurs maisons élevées sur les portions de terrains qui en avaient été détachés et sur le territoire de Fancien Pré aux Clercs.
CONSTRUCTION
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CONSTRUCTION
ACBàT DBS TERRAINS. — INDEMNITÉS ACCORDÉBS A LA YILLR Dl PARIS
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PLAN GÉNÉRAL DR LBTAU. — TRAITRMRNT DBS ARCHITBCTBS. ESTIMATION DBS DÉPBNSB8.
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'emplacement choisi^ il fallait Tacquérir; et^ ici encore^ on dut faire appel à l'autorité du roi.
La superficie jugée nécessaire pour l'établissement du nouveau Collège était d'environ trois miUe huit cents toises. Levau s'entendit avec le prévôt des marchands et les échevins y et le prix d'achat de chaque toise de terrain fut fixé à cent vingtsept livres dix sols. Cette estimation ne portait d'ailleurs que sur le sol nu , le prix des lots sur lesquels s'élevaient des constructions devait être
discuté à part; et le montant des indemnités réglé de gré à gré avec les propriétaires.
La ville de Paris se présenta la première. Le roi lui avait donné les fossés de Nesle^ sous la condition qu'elle remplacerait l'ancienne porte qui menaçait ruine^ et qu'elle continuerait le quai jusque-là * . Le prévôt des marchands ne demandait
1. Ces sortes de conventions étaient assez fréquentes. Au commencement du règne de Louis XIV, les fossés et les murailles de Paris se trouvaient dans un état de dégradation qui les rendaient inutiles. Le 7 juillet 1646, le prévôt des marchands obtint du roi des lettres patentes qui accordaient à la ville ces anciennes fortifications pour y établir des rues et construire des maisons. On commença par démolir les murailles et combler les fossés du câté de l'Université; mais les événements politiques firent suspendre ces travaux, et le roi, dans la suite, s'appropria ces emplacements. — La cession dont il est ici question avait été faite en mai 1659. L'hôtel de Nesle dépendait de le censive de Saint-Germain-des-Prés, et les rois s'en déchargeaient volontiers, afin de ne pas payer la rente dont il était grevé. Le petit Nesle avait déjà été donné par Fraaçoitf l" au prévôt des marchands ; mais un passage des Mémoires de B. Cellini nous montre le cas qu'à cette époque la ville de Paris pouvait faire des donations royales : « J'appris ensuite au roi, dit Cellini, que j'avais, trouvé un emplacement qui me semblait convenir parfaitement à nos travaux. — Cet endroit, continuai-je, se nomme le Petit-Nesle et appartient à Votre Majesté, qui l'a cédé au prévôt de Paris ; mais comme celui-ci ne l'utilise point. Votre Majesté peut me le donner à moi qui en tirerai bon parti pour son service. » — « Ce château est à moi, répliqua le roi, et je sais très-bien que celui à qui je l'ai laissé ne l'habite point. Ainsi, prenez-le donc pour vos travaux. » — Et aussitôt il enjoignit à un de ses lieutenants de m'en mettre en possession. Cet officier lui représenta que cela était impossible ; mais le roi se fâcha
pas mieux que d'abandonner le terrain aux exécuteurs testamentaires^ mais il en youlait cent soixante et onze mille trois cent quatre-vingt-dixhuit livres^ et Colbert en ofhrait cent Tingt mille livres seulement. Après de longues discussions^ la ville fut dispensée d'exécuter les travaux qui^ aux termes de la donation^ avaient été mis à sa charge ; et^ en retour^ elle accepta la somme fixée par Colbert. Celle-ci fut payée comptant à Nicolas Boueot^ receveur des domaines et octrois de la ville de Paris K
Le marquis de Coislih se conduisit en grand seigneur y on lui donna seize mille livres qu'il reçut sans compter. Mais H. de Guénégaud lésina longtemps ; il possédait dans les fossés un espace de quatre cents toises^ et prétendait vendre chaque toise deux cent cinquante livres; il demandait en outre une forte indemnité pour la grosse tour de Nesle^ qui allait être démolie. Louis XIV intervint ;
et déclara qu'il entendait donner son bien à qui bon lui semblait, et surtout aux gens qui travaillaient pour lui ; que ce ohÀteau ne servait à rien, et enfin qu'il voulait qu'on ne lui parlât plus de cela. Le lieutenant ajouta qu'il faudrait employer un peu de force. — « Allez, allez, s'écria le roi^ et si un peu de force ne suffit pas, employezen beaucoup. » Le lieutenant me conduisit alors au Petit- Nesle, et fut en effet obligé d'employer la force pour m'y installer. y> Mémoires deBenvenuto CelHnt, traduits par L. Leclanché, p. 287.
1. Registre des délibérations du conseû de la fondation du collège Màzarini, Archives de l'Empire, MM, 462, p. 48 à 59.
H. de Guénégaud courba la^ téte^ laissa chaque toise pour cent vingt livres et accepta en payement une rente de quinze cents livres.
On donna encore vingt-deux mille deux cents livres « à Jean Rupalley^ bourgeois de Paris^ » et dix mille deux cent douze livres à Tarchitecte Lambert^ tous deux propriétaires de a places vaines et vagues de Tancien fossé et porte de Nesle^ contrescarpe et fossé d'icelle. »
Le garde-clef de la porte de Nesle^ Estienne Leguay^ reçut une indemnité de huit cents livres pour a son logement et charge de portier, b Les échoppes qui existaient au pied de la tour appartenaient à la ville. Depuis quarante ans elles étaient louées à Magdeleine Gruin^ veuve de Guillaume Sachet « premier vallet de chambre de la reyne Marguerite ^ ^ » elle les sous-louait à de petits artisans et se faisait ainsi un revenu de mille deux cent quatre-vingt livres ; une indemnité de douze mille livres lui fut accordée.
Les maisons bâties aux environs de la porte de Nesle et qui durent être achetées par les exécuteurs testamentaires^ avaient^ du reste, peu de valeur. La plus chère fut payée trente-quatre mille livres, elle faisait le coin de la rue de Seine et du quai, et appartenait à François Popineau, procureur au Parlement. Une autre, située petite rue de
1. Sans doute Marguerite de Navarre, première femme de Henri IV, morte en 1615.
Nede ^ fut achetée trente mille livres à Pierre Ariste^ a premier commis de M. de Briemse, cy devant secrétaire d'Estat *. » On donna trente-cinq mille livres à l'avocat Jean Mingot^ pour six maisons « faisans Tancoignure de la rue du fossé de la porte de Nesle et de la rue de Seine. » On accorda encore onze mille livres à Marie Petite veuve de Christophle Cruchet^ juré porteur de charbon ' ; vingt mille livres à Jean Onfroy, a conseiller secrétaire du roy ; » douze mille livres à Geneviève Jeallin^ veuve de Jean le Comte^ « fourrier des centsuisses de la garde du roy ; » et neuf mille cinq cents livres à André Maurice^ « sergent à verge au Chastelet ; » tous quatre possédaient des bâtiments sur le quai Malaquais. Bernard du Bus^ a marchand espicier^ » reçut dix mille cinq cents livres pour une maison c seize au coing de la petite rue de Nesle. » Nous trouvons encore vingt-six mille livres accordées à Antoine Tournaire^ « scellier ; »
1. La petite rue de Nesle occupait le retour d'équerre qui va de Textrémité de la rue Mazarine à la rue de Seine. Elle conduisait à la porte de Nesle.
% Henri-Auguste de Loménie, comte de Brienne ; il était encore ministre des affaires étrangères pendant la minorité de Louis XIV.
3. Il 7 avait alors, devant le quai de Nesle, un dépôt de charbon. On le vendait & la voie; chaque voie contenait seize boisseaux; et le prix, dans l'espace de cent ans^ varia entre 4 et 5 liv. L'usage était de donner 5 ou 6 sols au porteur. Il existait deux autres ports pour le charbon, l'un à la porte Saint-Bernard, l'autre devant la Grève.
dix-huit mille livres à Claude Robert^ serrurier ; et sept mille livres à Esloy Antheaume^ marchand chandelier , dont les maisons étaient situées petite ruedeNesle^
En somme^ les dépenses faites pour Tachât du terrain^ les expropriations et les diverses indemnités^ s'élevèrent à cinq cent soixante-quatorze mille cinq cents livres'.
On commença aussitôt les constructions. Le plan de Levau ayant été adopté^ ce fut lui qui fut chargé d'en diriger l'exécution. Deux autres architectes de mérite^ Lambert et Dorbay^ furent placés sous ses ordres et conduisirent les travaux. Un arrêté des exécuteurs testamentaires fixa à trois mille livres les honoraires de Levau^ qui devaient lui être payés « par chacun an^ tant et sy long temps qu'il seroit employé pour conduire et controUer les bastimens de la fondation'. » Lambert et Dorbay recevaient seulement douze cents livres *.
Nous avons dit déjà en quoi consistait le plan de Levau. La façade du Collège devait former une place demi-circulaire ; au centre s'élevait le portail
1. Compte rendu par M. Martage^ trésorier du collège Mazarinj de la recepte et despence des reuenus dudit collège. Archives de l'£mpire, H, 2822.
2. Registre des délibérations du conseil de la fondation du coUege Mazarini. Archives de l'Empire, MM, 462, p. 77.