Recueil de la fondation du collège Mazarinif p. 12 à
3. Voyez dans le Recueil de la fondation du collège Mazarini, la Requeste présentée à MM, de l'Université de Paris le 22 octobre 1674, pour Vaggrégation du collège Mazarini, et •mise entre les mains du procureur scindic de ladite Université ledit jour.
des Mathurins^ où , depuis le xiii*' siècle^ rUniversité tenait ses séances; les doyens des quatre facultés et les procureurs des quatre nations ^ présentèrent successiyeoient leurs rapports. Tous concluaient à Tadoption^ mais ils soumettaient en même temps le Collège à des conditions qui en modifiaient l'idée fondamentale et en dénaturaient le principe. On exigea avant tout la fermeture du théâtre que la troupe de Molière venait d'établir rue Guénégaud; l'article 19 des règlements de la faculté des arts interdisait^ en effets dans les limites de l'Université; la présence d'établissements de ce genre '. Quant au Collège^ il devait se conformer aux statuts généraux de l'Université^ et présenter ses statuts particuliers à la censure de la compa-
1. L'Université se composait de quatre facaltés : théologie, droit, médecine, arts. La faculté de théologie avait deux collèges, la maison de Sorbonne et celle de Navarre. L'école de droit venait (1771) d'être transférée place Sainte-Geneviève, dans le local actuel. L'école de médecine était installée rue Saint-Jean -de-Beauvais, dans les bâtiments précédemment occupés par Técole de droit. La faculté des arts embrassait renseignement des lettres et des sciences en général, et comprenait neuf collèges. £lle était divisée en quatre nations : France, Picardie, Normandie et Allemagne, qui elles-mêmes se subdivisaient en un grand nombre de provinces ou tribus; chaque nation avait ses officiers particuliers, un procureur, un censeur et un questeur.
2. « Omnes gladiatores^ tihicineSt saltatores, et hislrioneSt ab AcademisB finibus migrent, et vitra pontes ablegentur, » Statvta facvltatis artivm, art. XIX, p. 21.
gnie \ Le principal et les professeurs seraient membres de TUniversité, ce qui, contre l'ordre formel de Mazarin ', excluait les Théatins ^ On n'y enseignerait ni la théologie, ni la jurisprudence, ni la médecine. Enfin, il n'y aurait ni manège, ni professeur de danse, ni maître d'escrime.
Cette dernière décision était de la plus haute importance, et à cet égard, il y avait eu presque unanimité au sein du conseil. Le rapport du doyen de la faculté de théologie exigeait ul prœdklum Collegium nullam habeat academiam palœstricam, et celui du procureur de la nation française por- /
tait ut academia palœstrica removealur. Le procureur de Picardie déclara academiam gladiatoriam arceri velle, et celui d'Allemagne demanda simplement ut ab eo Collegio arceantur gloÂialores et saltatores. Les autres membres de la commission, sans s'exprimer aussi nettement, avaient
1. « ut csBterorum Collegiorum more^ Legibus^ laudahilihus InstitutiSf Usihus et Statutis AcademisB suhjaceat , , . . Cum et Statuta privata condentuTt ea cum Universitate et cum singulis Facultatilu^ communicentur. » — Excriptum ex actis Universitatis parisiensiSf p. 6.
2. « Le principal et le sous-principal de Pignerolles. . . seront de l'Ordre des religieux Théatins, et choisis par les vocaux de la maison de Sainte-Anne-la-Royale. . . . » RecuéU de la fondation, p. 7.
3. « Non Theatinumj non alium quemcumque regularem assumât in primarium^ aut administratorem ; non ullum denique qui non sit ex Academias sinu. » — Excriptum ex actis Vniversitatis parisiensis^ p. 6.
exprimé le même \œu; il se trouTait compris dans une formule générale^ aux termes de laquelle le nouveau collège devait être soumis à tous les règlements de l'Université^ sans exception \
La manière dont fut accueillie cette idée si sensée, si prévoyante, de compléter, par des cours d'équitation, d'escrime et de danse, l'éducation reçue dans le collège, est un fait réellement curieux. Tous les écrivains modernes qui ont écrit sur cette époque ont reproché au cardinal la légèreté dont, à leur avis, il avait fait preuve dans cette circonstance. Ils sont, jusqu'à un certain point, excusables, puisque les contemporains euxmêmes, placés dans le milieu le plus favorable pour apprécier la sagesse de cette mesure, semblent n'en avoir nullement compiis la portée.
Il faut se rappeler qu'au xvu* siècle la noblesse n'avait pas encore généralement adopté Téducation universitaire. Plus désireuse de former des hommes braves, intelligents et spirituels, que des savants, elle voyait très- bien à quel danger la vie de collège eût exposé ses enfants. Avec raison , elle redoutait pour eux, et l'asservissement à une règle inflexible qui dénature et amollit le caractère, et l'influence énervante d'un travailincessant et forcé, qui enlève à Tespril sa spontanéité, son originalité et sa grâce. D'ailleurs, rhérilier du nom et des armes de la famille devait, avant tout, prendre les
1, Excriptum ex actis Universitatis Parisiensis, passim.
habitudes^ le ton et les manières du monde dans lequel il était destiné à vivre, et il ne pouvait guère les acquérir qu'à la demeure paternelle.
Mazarin montra qu'il avait senti tout cela, lorsque, fondant un établissement spécialement destiné à la noblesse, il ordonna, tout cardinal qu'il était, que l'équitation, l'escrime et la danse feraient partie intégrante de l'éducation qu'on y recevrait. Sa pensée fut si peu saisie, que les architectes prirent d'abord sur eux de ne pas construire le manège; puis vint l'Université qui se voila la face, et, d'un trait de plume, annula la volonté de Mazarin. Il en résulta que l'établissement, ainsi mutilé, ne répondit plus du tout à son but. Aussi, quoiqu'il présentât de grands avantages sur les autres collèges, quoiqu'il eût été déclaré par Louis XIY FONDATION ROYALE, les grandes familles ne l'acceptèrent jamais, et la noblesse pauvre daigna seule y envoyer ses enfants» De là le peu de noms historiques que nous fournira la liste des élèves qui, dans l'espace de cent ans, y firent leur éducation.
Les exécuteurs testamentaires s*inquiétèrent peu de faire respecter les intentions formelles du cardinal , ils acceptèrent la décision de l'Université ; et le roi lui-même, qui, par ses lettres patentes de i665, avait approuvé la création de cette académie, ordonne, par celles de 1688, qu'elle ne sera pas exécutée.
Le collège ne pouvait entrer en exercice avant
que le cardinal fût yenu prendre place au milieu de sa splendide fondation., Mazarin était mort à Yincennes le 9 mars i66i *; le lendemain^ son corps fut exposé dans la chapelle du château^ et le 11 le service religieux eut lieu a sans beaucoup de cérémonies^ » dit madame de Motteville^ quoique un grand nombre de prélats et tous les membres de la famille Mazarin y assistassent'. Les Théatins^ qui avaient été établis en France par le cardinal, et qui lui devaient la construction de leur église, consacrée sous le nom de Sainte-Anne-la-Royale, obtinrent de posséder son cœur ; il leur fut livré dans la soirée du 28 mars \ Le corps, qui avait été provisoirement déposé à Vincennes, fut transporté en grande pompe, le 6 septembre 1684, dans la chapelle du collège ^
C'est quatre ans après seulement, en octobre 1688, qu'eut lieu l'ouverture des classes. Nous n'avons à cet égard d'autres renseignements que ceux qui nous sont fournis par G. Brice; il nous