Loret, Mvge historiqvef n** du 5 mars
3. Saint-Simon raconte qu'après la mort de celle-ci, dans un procès que le duc de Mazarin eut à soutenir contre son fils, il fut prouvé « en pleine grand'chambre » que, tout calculé, elle lui avait apporté vingt-huit mil-
donné à chacune des deux reines une poignée de diamants S il lui reste encore plus de cent millions. Comment oser disposer d'une pareille fortune, comment Tavouer même^ dans un moment où la France est épuisée par une longue guerre, où le peuple est accablé d'impôts, écrasé sous les exactions et les corvées ? Puis, Colbert est là, d'un côté, qui, financier avant toul, voudrait faire rentrer ces biens dans les coffres de l'État; d'un autre côté^ c'est la religion, représentée par M. Joly, curé de Saint-Nicolas-des-Champs , celui-là hésite trèsfort à lui donner les sacrements , il rengage à res* tituer une fortune qui ne peut avoir été bien acquise.
Hais Mazarin est toujours le rusé négociateur qui a triomphé de la Fronde. Il connaît mieux que personne le caractère du roi, l'affection trèsréelle qu'il porte à son ministre ; il se décide à jouer le tout pour le tout. 11 appelle un notaire et fait un testament par lequel il institue le roi son
lions. On connaît, au reste, le mot du duc de Mazarin, héritier du cardinal et le plus étrange original qui ait jamais paru à la cour; il était loin de nier l'origine illégitime des richesses qui lui étaient venues de Mazarin, et disait : « Je suis bien aise qu'on me fasse des procès sur les biens que j'ai eus de M. le cardinal. Je les crois tous mal acquis; et du moins, quand j'ai un arrêt en ma faveur, c'est un titre, et ma conscience est en repos. » Voyez Saint-Simon, Mémoires^ t. X, p. 278.
1. G. Patin, Lettre du 1" mars 1661, à Falconet, t. III, p. 329. — Voyez aussi une lettre sans date adressée à Spon, t. II, p. 458.
légataire universel*. Louis XIV était trop fier pour accepter un pareil don^ il rend à Mazarin tous ses biens. Dèslors^ leur origine est oubliée ; aux yeux des contemporains^ le séjour qu'ils ont fait dans les mains royales a suffi pour les purifier : Mazarin peut désormais en disposer sans crainte.
Son testament révèle à la fois la jactance du méridional et la vaniteuse ostentation du parvenu. C'est ainsi qu*il lègue six cent mille livres tournois au pape^ afin quil puisse lever une armée contre les Turcs, et qu'il donne à la couronne de France dix-huit gros diamants, sous la condition qu'ils porteront le nom du testateur : il veut qu'au Sancy, au Richelieu, aux cinq Hédicis, aux quatre Valois, on ajoute les dix-huit Mazarins. Tout cela n'empêche pas qu'après sa mort, on trouve encore neuf millions dans le bois de Vincennes, cinq au Louvre, sept à la Bastille, huit à la Fère, quinze ou vingt à Brissac et à Sedan *. Un dernier sentiment de pudeur ou d'avarice l'avait empêché d'en disposer, et Colbeii les fit remettre au trésor.
Quand Mazarin eut terminé son testament, toutes ses pensées se tournèrent vers l'accomplissement d'un projet qu'il caressait depuis longtemps en secret. Les mobiles qui l'avaient fait naître étaient toujours les mêmes : le désir de voir son nom con-