BAPTÊME D' AUGUSTIN-DANIEL BELLIARD
« Le vingt-cinq de mai mil sept cent soixante-neuf, par moi, prêtre soussigné, du consentement de M. le doyen Voyneau du Plessis, a été baptizé dans l'église de Notre-Dame, Augustin-Daniel, né du jour; fils de M. Augustin Belliard, procureur ès-cours royales de
cette ville, de Fontcnay-lc-Comte, et de Marie-Angélique Robert, légitimement conjoints.
» Le parrain a été Pierre - Daniel Robert, et la marraine Marie-Rose Robert, qui se sont, avec moi, soussignés.
» Ont signé au registre : Marie-Rose Robert Bouteville, Pierre -Daniel Robert, Stéphanie Robert, Césaire Robert, Pierre-Daniel Robert, F. Phelipeau, Belliard,R. Roulin et Claveau, prêtre, vicaire de Saint-Nicolas (i). »
La famille Claveau occupait une haute position dans notre ville, à cette époque. Elle était représentée par M. Grégoire-François-Marie Claveau, conseiller du roi, receveur-contrôleur des consignations, notaire royal do Fontenay et sénéchaussée, receveur- syndic de la mairie, époux do dame Marthe-Marguerite-Radégonde (lendronneau, son frère, et par son neveu désigné ci-après. C'est au titre d'ami tout au moins, de parent peut-être, que M. l'abbé Claveau avait été appelé à baptiser le futur général. J'ai beaucoup connu ce digne ecclésiastique alors qu'il était aumônier de l'hôpital, on 1819-1820. Il me semble encore le voir, de taille moyenne, le visage blême, le corps exténué par les
(1) Foiiteuay-le-Comte, capitale du Bas -Poitou, avait alors trois paroisses et trois églises: Notre-Dame, Saint-Jean et Saint-Nicolas; celle-ci située au lieu où se trouve la salle d'asile de Saint-Jean, avait uuo flèche, dans les mûmes proportions que celle de ladite église <fc Saint-Jean.
L'église et la flèche de Saint-Nicolas sont tombés de vétusté, à la Un du siècle dernier.
misères de la vie, l'exil en Espagne, comme confesseur de la foi, et les fatigues de tout genre incombant au ministère ecclésiastique ; d'une tenue correcte, propre, et portant comme autrefois des boucles d'argent sur ses souliers.
Son acte de décès porte, M. Mathias Cougnaud étant alors maire de Fontenay :
« Décès, sous la date du 21 mai 1820, de M. Augustin- Jean Claveau, prêtre et aumônier de l'hospice civil, âgé de 79 ans, né en cette ville, fils de feu M. Barthélémy Claveau, notaire, et de feue dame Marie Martineau, décédé au domicile de M. Hilaire-François Claveau, son neveu, rue du Bédouard » (attenant à celui de feu M. Favreau, contrôleur de l'octroi, de si bonne mémoire, à droite, en montant).
M. Claveau, parent plus ou moins près de toutes les familles Martineau, si nombreuses dans notre localité, avait baptisé entre autres, M. Martineau, gendre du susdit M. Favreau , lequel avait servi très honorablement , comme sergent-major d'infanterie, sous le I er Empire.
(Récits de famille recueillis de sa bouche).
Voilà l'heureux bilan de la naissance du général Belliard.
Voici le funèbre bilan de sa mort :
« Paris, 30 janvier 1832.
» Le général Belliard vient de mourir d'une attaque d'apoplexie foudroyante, dont il a été frappé dans sa voiture, près du parc de Bruxelles. Vainement les secours
des médecins lui ont été prodigués pendant une dçmiheure, qu'on a conservé l'espoir de le sauver. On nous écrit de Bruxelles que toute cette ville était en émoi ; les voitures ne cessaient de se diriger vers son hôtel. Le roi lui-même s'est empressé de lui faire visite, et tout ce qu'il y a de notable dans cette ville a suivi son exemple.
» Notre correspondant ajoute que le général Belliard sera fort regretté par les Belges. « Car, il faut le reconnaître, dit-il, dans les événements du mois d'août, c'est à son activité que Bruxelles a dû de ne pas tomber au pouvoir des Hollandais. Il avait appris, à l'école de Bonaparte, à se multiplier en quelque sorte et à être partout où sa présence était nécessaire. Le quartiergénéral hollandais, celui du maréchal Gérard, celui du roi Léopold, voilà les points entre lesquels, pendant trois fois vingt-quatre heures, il ne cessa d'aller et de venir et cette activité produisit son effet. Le ciel lui devait de voir terminer les affaires de Belgique. »
» Cette nouvelle, apportée la nuit dernière à Paris, par un courrier extraordinaire, a circulé rapidement, et des hommes de tous rangs, des militaires de tous grades affluaient à l'hôtel du général. Ils le regrettent au nom de la nation qu'il défendit, au nom de l'armée dont il était une des plus hautes illustrations.
» Le général Belliard a fait toutes les campagnes de la Révolution et de l'Empire ; il a gouverné trois capitales, le Caire, Bruxelles, Madrid : esprit ferme et juste, partout il a su faire respecter et chérir le nom Français. C'était d'après le vœu des habitants de Bruxelles, que le
roi avait nommé le général Belliard son ambassadeur en Belgique.
» M. A. Sol, secrétaire de la légation, est parti ce soir pour Bruxelles avec des instructions. »
On lit dans une lettre de cette ville, du 31 janvier :
t( Les obsèques du général Belliard ont eu lieu aujourd'hui. Il est difficile de se faire une idée de l'empressement que les gens de toutes les classes ont mis à lui rendre les derniers devoirs.
» A onze heures, le corps est sorti de l'hôtel de l'ambassade, précédé d'un bataillon du 4 e de ligne, d'un détachement du 1 er ban de la garde civique et d'un nombreux état-major. Le cortège s'est dirigé, avec la foule, vers l'église Saint-Jacques, sur Candenberg, où un magnifique catafalque avait été élevé. Les sièges du chœur et de la nef ont été envahis bientôt par tout ce que Bruxelles compte de personnes notables. Sénateurs, députés, magistrats, militaires de tous grades, tous s'étaient fait un honneur et un devoir d'assister à cette triste cérémonie. Les coins du poêle étaient portés par sir Robert Adair, ambassadeur d'Angleterre, par M. de Mensenaëre, ministre des affaires étrangères, par le général Evain et par M. Charles de Brouchère, ministre de la guerre.
» Tous les Français présents à Bruxelles assistaient au service, portant la cocarde tricolore au chapeau et le crêpe au bras. Au moment de l'offrande, on a remarqué, enti'e ceux qui sont allés embrasser le Christ, un major
polonais en grand costume, à la tête de plusieurs de ses compatriotes. , C'étaient dos braves qui honoraient la mémoire d'un brave.
» Après le service, le cortège s'est mis en marche. Un bataillon du 4 e régiment précédait le corbillard, que suivait une longue file de voitures , entre lesquelles on en remarquait deux à six chevaux, où étaient les aides de camp du roi Léopold. On s'est dirigé vers le cimetière de Lacken , où la dépouille du général a été déposée. M. le ministre des affaires étrangères a prononcé un discours sur sa tombe, et des décharges d'artillerie ont terminé, comme elles avaient commencé, cette triste cérémonie. »
On lit dans Y Indépendant de Bruxelles, du 31 :
« Le corps du général Belliard a été, pendant toute la journée d'hier, exposé sur un lit de parade. Il était revêtu de tous ses insignes et décorations militaires. On pouvait contempler encore cette physionomie qui avait conservé l'empreinte de son dernier sourire. Pendant toute la journée, une foule nombreuse s'est portée à son hôtel. Les traits du général ont été pris par un sculpteur et un dessinateur, »
« Paris, 15 mars.
» Les dépouilles mortelles du général Belliard viennent de quitter la Belgique. M. Sol, secrétaire d'ambassade, et M. Langlé accompagnaient le corps, dans une voiture de suite.
» Il a fallu, pour que la translation put avoir lieu sans inconvénient, extraire le corps du cercueil et le placer
dans un autre de plomb. En moins d'une heure, l'opération a été faite sous la direction de M. Langlé, directeur en chef des pompes funèbres de Paris, que M. le maréchal Soult avait envoyé, à cet effet, à Bruxelles. Les mains du général étaient en parfait état de conservation et le corps était de même, en si parfait état, qu'on a renoncé au projet qu'on avait de détacher le fond de l'ancien cercueil, pour laisser tomber le cadavre dans le nouveau. Les ouvriers ont fait , de leurs mains, le déplacement d'un cercueil à l'autre. On a alors répandu une dissolution d'eau de chlorure et le cercueil a été rempli de son ; il a été foulé avec grand soin.
» Le cercueil est arrivé à Valenciennes, à dix heures du matin. D'après les ordres du ministre de la guerre, maréchal Soult, les honneurs militaires lui ont été rendus avec la plus grande pompe. »
Et voilà que, par une de ces coïncidences, qui sont toujours un à-propos de circonstances, même quand elles sont l'apparat d'un grand deuil, c'est le 3 e dragons, colonel de Brémond d'Ars , qui en a les premiers fleurons, le même dont les ancêtres avaient fait la campagne d'Egypte avec Belliard, le même qui était à ses côtés, à la bataille des Pyramides et à Héliopolis; les voilà, ces chers enfants, qui font escorte à leur grand-père, escorte partagée par le 2 e hussards-Chamborant, colonel de Chabannes, dont il avait vu les anciens à Jemmapes et à Valmy. Le 12 e de ligne, colonel Boarini, était massé en colonne et formait la haie avec la garde nationale ;
3,000 hommes environ, presque une petite armée, mais Ton n'est jamais trop pour accompagner les cendres des héros.
« Le lieutenant du roi , commandant la place avec un nombreux état-major composé d'officiers généraux et autres, est venu recevoir, à l'entrée de la ville, le corps qui avait été placé sur un magnifique corbillard, traîné par quatre chevaux blancs ; un grand nombre de maisons avaient été pavoisées de drapeaux aux couleurs nationales, et toute la population se pressait dans les rues.
» Le cercueil du général n'était décoré d'aucun insigne ; nulle inscription ne le recommandait à l'admiration de la foule, et pourtant son nom était dans toutes les bouches et ce nom était répété avec recueillement et sympathie. On se souvenait qu'il avait été un de nos généraux les plus illustres et les plus dévoués à leur pays. On se racontait surtout, avec émotion, les services signalés qu'il a rendus à la Belgique et son rare désintéressement dans toutes les actions de sa vie ; car le général Belliard ne laisse pas de fortune après lui ; il ne lègue à sa famille d'autre héritage, que celui de sa mémoire, mais cet héritage sera aussi recueilli en France.
» A Cambrai, où le corps arriva le même jour, à trois heures, de semblables honneurs lui ont été rendus par la garde nationale et la garnison. A la sortie de la ville, la cérémonie a été des plus touchantes ; le général Saint-Cyr-Nugues, et tout l'état-major de l'armée du
Nord, ont fait alors leurs adieux au char funèbre qui s'éloignait.
» Le 1 er régiment de lanciers a continué l'escorte jusqu'à une demi-lieue de la ville ; là il s'est rangé en bataille sur le bord de la route, dans une attitude morne et silencieuse, et a vu passer devant lui les restes de l'illustre général , auxquels le colonel Bro a offert une dernière fois les mêmes hommages (1).
» Le convoi s'est ensuite dirigé sur Péronne, où il est arrivé trop tard pour que des devoirs analogues aient pu lui être décernés. C'est hier, mercredi, à trois heures de l'après-midi, que le corps du général Belliard est entré à Paris et a été déposé sans cérémonial, à l'église de l'Assomption , d'où il sera transporté samedi au cimetière du Père-Lachaise.
» Un service solennel aura lieu ce jour-là, à neuf heures du matin, dans l'église de l'Assomption. »
(1) Etait-ce le colonel Bro qui, à la tête du 4 e lanciers, se distingua, en repoussant, à Waterloo, les gardes anglaises et en reprenant un de nos drapeaux, tombé au pouvoir de l'ennemi? Gela peut être, plusieurs officiers, restés en disponibilité, n'ayant repris du service que sous Louis-Philippe.
(Voir l'Histoire de tous les régiments, tome III, page 443, édition de 1851, Barbier, éditeur, Paris).
Ce colonel était-il le père du jeune Bro, sous - lieutenant aux chasseurs d'Afrique, qui, enveloppé par un gros de cavaliers arabes, fut sauvé par Lamoricière, qui le saisit par la ceinture et l'emporta, en travers, sur son cheval ? Gest encore possible.
{Oraison funèbre de Lamoricière, p. 8, 1865, Nantes, par M" Dupanloup, évoque d'Orléans).
« Paris, 16 mars.
{Séance de la Chambre des pairs, fin du compte-rendu).
« .... Demain, la Chambre no se réunira qu'à deux heures, à cause des obsèques du général Belliard, pair de France. »
« Paris, 19 mars.
» Les obsèques du général Belliard, dont la dépouille mortelle était déposée dans l'église de l'Assomption, ont eu lieu samedi. Après les cérémonies religieuses, le corps a été porté au cimetière du Père-Lachaise. Le président de la Chambre des pairs et le grand référendaire, une députation de membres des deux Chambres, des généraux, des ambassadeurs, accompagnaient le catafalque qui était précédé et suivi de détachements de vétérans et de troupe d'infanterie (40 e et 42 e de ligne). Les généraux Roguet et Rey ont prononcé sur sa tombe des discours où étaient retracés les faits glorieux qui ont rempli la carrière du général.
» M. Lebon, chargé d'affaires du gouvernement belge, s'est rendu l'interprète de l'estime et de la reconnaissance de la Belgique envers l'illustre Français qui avait rendu à cette nation de si éminents services. »
La correspondance fait remarquer la prodigieuse activité du général Belliard, défiant son âge et ses fatigues. Aussi bien , sa plume était aussi accélérée que son épée; c'est avec elle, sa plume, plutôt qu'avec cette dernière, qu'il dominait pleinement, et le grand quartier-général Hollandais et celui du maréchal Gérard,
commandant en chef le corps expéditionnaire français, et celui du roi Léopold. Quand sa plume avait besoin d'explication verbale, il arrivait et sa présence suffisait à tout. Cependant, quand il fallut faire parler la poudre, le maréchal Gérard le fit par ses ordres, mais ce ne fut qu'à l'extrémité ; après qu'elle eût parlé, il mit sa plume dans le bassinet de nos fusils et la diplomatie l'emporta, car les hommes de cœur font la guerre par la force des choses ; ils savent remporter la victoire, mais ils sont les premiers à demander la paix. Et ! le plus grand honneur de la Belgique sera de conserver ce beau côté du général Belliard, en vis-à-vis avec l'organisation solide de cette petite armée française, si bien conduite, si bien dirigée, et où deux de nos jeunes princes payaient de leur personne, à la tête de nos régiments d'avant-garde, le duc de Chartres, ancien colonel du 1 er hussards, et le duc de Nemours, depuis colonel du 1 er chasseurs à cheval !
Cette armée, dite armée du Nord, aux ordres supérieurs du maréchal Gérard, ayant pour chef d'état-major le général Saint-Cyr-Nugues, avait un effectif de 70,000 hommes, ainsi répartis :
8°, 11 e , 19 e , 20 e légers;
5 e , 7 e , 8 e , 12 e , 18 e , 19 e , 22 e , 25 e , 39 e , 32 e , 58 e , 61 e , 63 e de ligne ;
1 er , 2 e , 5 e , hussards ; 1 er , 4 e , 7 e , 8 e chasseurs ;
1 er lanciers ; 5 e et 10 e dragons ;
1 er , 4 e , 9 e , 10 e cuirassiers ;
Génie, artillerie.
(Voir Y Histoire de l'armée, etc., t. IV, p. 90. Edit. 1853).
Tout Belge voudra connaître et conserver précieusement les N 08 et les noms de chacun des régiments qui ont concouru à sa liberté, ainsi que le résumé suivant de la haute personnification de son libérateur.
« Tout ce qu'il y a de grandeur, de noblesse, d'élévation de cœur, d'âme et d'esprit, se trouve dans le général Belliard. Tout ce qui fait la force d'une armée, toutes les aptitudes militaires, toutes les qualités administratives s'y donnent la main. Son nom est une lettre parlante qui le peint et le résume tout entier :