‹ Recherches historiques sur les croisades et les TempliersChapitre 31 sur 40 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

De V Armure des anciens Che\»aliers, Armes défensives.

Dans les combats les chevaliers étaient entiërement couverts d'ult vêtement de fer qui prenait des pieds à la lôte^ et dont les divisions se rapportaient très - exactement aux articulations de l'individu qui le portait, c^està-dire que les tlivorses parties qui composaient ce vêtement étaient, jointes ensemble par des cbamiëres et clouées avec tant de justesse qu'elles s'éloignaient ou se rapprochaient suivant les mouvemens que voulait faire 1q chevalier. Cette armure était composée de dix pièces; savoir, le casque on heaume y que Ton chargeait ordinairement d'un panache; le hausse-col, qui servait à joindre le casque à la cuii*asse, et facilitait, par sa forme, les mouvemens de flexion et de rotation du couj la cuirasse ^

( 176 ) qui emboîtait le corps par devant et par derrière : elle était aussi composée de deux parties qui passaient les unes dans les autres y ce (jui donnait au corps la facilité de se plier ; les épaulières , dont la forme est absolument celle d'un deltoïde (i), couvraient entièrement le haut du bras ^ elles tenaient par derrière à une autre pièce de fer qui couvrait l'omoplate (2) et qui en avait presque la forme. Les brassarts , composés de plusieurs tuyaux , enveloppaient le bras et Favant-bras , et venaient se perdre au poignet^ qui lui-juème était recouvert de l'ei^rémité du gantelet , lequel était de cuir ou Jie peau {a). Les tassettes étaient quantité de petites lames de fer et mobiles qui tournaient autour du corps ^ et qui tombaient sur le bout des cuisses , à la manière delà trousse (3). Les cuissarts couvraient les cuisses seulement par devant ^ le derrière était en cuir. Les genouillères emboîtaient la rotule et couvraient entièrement les genoux.

Enfin les grèves ou armurea de jambes couvraient entièrement le tibia (4) et le dessus du pied^ et laissaient également les gémeaux ou le

{a) On nonimnit rubr frères cette partie de rarmare qui se fixait à Tendroit du coude.

( 177 ) derrière de la jambe libre, qui se trouvait seulement couverte d'une pièce de cuir ou de peau de buffle. On conçoit aisément combien on cavalier, ainsi chargé de fer, avait de peine à se relever lorsqu'il tombait de cheval.

L'armure des anciens chevaliers était souvent ornée des plus belles ciselures (5), relevées, repoossées en relief, damascjuinées., et chargées d'un travail extrêmement précieux, représentant des arabes€[ues, des batailles ou tous autres objets , comme on peut le voir par les figures du Musée des Monumeiis français, recueillies par M. yilejcandreLenoir^i^diV les belles armures du Musée royal et du précieux cabinet de M. Durand , rue de Braque, à Paris.

Le père Daniel prétend que les chevaliers commencèrent sous Oiarles VII à ne piué porter la coile-^t armes (6) en guerre ^ il s'autorise des historiens , des monumens , et principalement des bas-reliefs sculptés sur les tombeaux de Louis XII et de François P', qui , suivant lui , ne montrent aucun cavalier vêtu de la cotte-d'armes. Il est vrai que les historiens ne disent rien de positif sur l'abandon que les chevaliers firent de ce vêtement, lorsqu'ils allaient à la guerre , quoiqu'ils eussent reconnu qu'il devenait plus embarrassant

( ^78 ) qu'utile , puisqu'il ne préservait le cavalier d'aucune attaque. Je ferai observer cependant que rien n'atteste que ce vêtement fut entièrement aband onné à l'époque indiquée par le P. Daniel^ puisque nous ue connaissons point l'ordonnance qui dut la faire supprimer, et que les monumens même nous autorisent à croire le contraire. En effet, P^illiersde VUe^Ada/n, mort en i534 , ^st représenté ^r son tombeau avec sa cotte-d'arme» (7) : l'amiral Chabot , mort en i543, le connétable Mnne de Montmoreiicj , tué à la bataille de Saint-Denis, en 1567 y ®^^- (^)> ^^^* ^^^^ représentés sur leuFb ^pultures vêtus de la cotte-d'armes , et sur le tombeau même de François I^. , àa troisième bas-relief de la petite porte latérale à iiroite, on voit un cavalier vêtu de la cotte-d'aimes : il paraît <;ertaip qu'elle n'était plus en usage sous le règne d'Henri ly. Les anciens cheVali^^ mettaient beaucoup de magnificence daHs leur cotte*d'ai*mes , *$oit qu'ils allassent à la guerre ou qu'ils se présenta^isent dans les Donrnois. Elles étaient assez ordinairement d'ét(^e précieuse, c'est-à-dire, dedrapd'or ou4'ar^M, richement brodée en perles ou «a pierreri<9s. Ils en portaient aussi de drap écarlate, garnie ^ fouiTures recherchées, t^es quemarte zîbeliae,

( '79 ) menas- vair, etc. Les rois furent obligés , à plusieurs reprises, d'arrêter le luxe que les chevaliers mettaient dans leurs cottes-d'armes.

Philippe-Auguste défendit aux chevaliers qu'il avait désignés pour son expédition d'outremer j l'usage du drap écarlate (9) , du vair^ de l'hermine, etc. Joùmllenous apprend que Saint-Louis imita son exemple , et que , dès qu'il fut croisé, il ne porta plus ni écarlate, ni vair, ni hermine. L'usage de porter l'echéuj^e (10) est fort ancien en France. Joinville déclare lui-même s'être fait passer son écharpe par l'abbé Cheminon au moment de son départ pour la Terre-Sainte : « // me bailla, dit- N il , ^^ me ceignit mon écharpe blanche. »

Suivant Ginart , il paraît prouvé que l'écharpe des Français était blanche , et qu'elle était indistinctement portée par les soldats , les oflficiers, etc., soit en ceinture, soit en baudrier. Monstrelet dit que sous Charles VI la mode vint de la porter en baudrier , quoiqu'il n'y eût point de réglemens pour cela , et que <dlacun fut libre sur ce fait.

Qiaiies IX , pendant les guerres de religion, prit l'écharpe rouge. Henri III la prit également, et ordonna à ses troupes de l'imiter. On croit que ce fut pour distinguer son monde des

( i8o) troupes du roi de Navarre , et des protestans qui la portaient blanche.

D'AubignévdLi^i^OTte que Henri III, en iSSg, reprit l'écharpe blanche pour se soustraire aux poursuites du duc de Maïence , qui était au moment de l'enlever dans un des faubourgs de Tours , s'il n'eut été secouru à tempsr par Grillon, Châtillon, La Trémouille , Larochefouçauld et les gens du roi de Navarre , dont ils faisaient eux-mêmes partie , et avec lequel il venait de traiter.

Les chevaux de bataille portaient aussi des armes défenswes ; ils étaient couverts . d^une grande couverture de cuir, décorée d'armoiries ou d'autres omemens ; lem'S têtes étaient coiffées d'un masque de fer, orné d'une longue pointe aussi de fer , et placée sur le froiit en forme de corne (i i). Suivant Colmar, les casaques dont on affublait les chevaux de guerre étaient de fer. Hi equi cooperti fuerunt coopertoriis ferreis, id est veste -exferreis cir^ culis contextâ. Mais il est certain que la pesanteur et l'incommodité que . présentait ce vêtement dans la manœuvre. de la cavalerie-, Font fait abandonner pour celui de cuir. Vers I025, tous les chevaliei*s français portaienjt un plastron de fer sur lequel ils mettaient la g€Ui^

( i8. ) tesson OM gambesson , sorte de pourpoint d'étoffe de soie rembourré de laine et piqué :

quelquefois il était fait de }>eaux de cerf, appliquées les unes sur les autres ; on employait jusqu'à vingt cuirs de cerfs pour cette armure^ ce qui la i*endait très-pesante et très-incommode. Le gaubessou était recouvert par le haubert ou jaque de mailles j c'était une espëce de chemisette composée de pcïtits anneaux de fer poli, et qui descendait jusqu'aux genoux (12)^ elle avait un capuchon aussi de maillés qui couvrait la tête sous le heaunie ou casque. On nommait salade, une armure de tête , espèce de casque d'une forme particuhère , et gorgerin, cette pièce de l'armure qui couvrait la gorge et tenait au casque. Certains casques ont des visières qui se lèvent ou baissent à volonté , d'autres ont des grilles simplement percées de trous. Lorsque le chevalier voulait se rafraîchir , il ôtait son heaume et se couvrait la tête d'un bassinet , petit chapeau de fer assez léger. Les chausses de mailles qui couvraient les jambes s'attachaient au haubert avec plusieurs crochets. Par-dessus le haubert , les chevaliers mettaient encore la cotte-d'armes , sorte de petit manteau ouvert par les côtés avec des manches courtes ; il ne

( i8a) descendaitque jusqu'à la ceinture, et était d'une riche étoffe, comme nous l'avons vu plus haut ; à l'article de l'armure des anciens chevaliers.

^3^ote4

Page 1