‹ Recherches historiques sur les Girondins, Vergniaud (volume 2)Chapitre 23 sur 106 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

hommes, les unit par les liens d'une fraternité universelle. C'est celle qui peut faire ton bonheur et celui du monde... »

Le 10 avril, il dit encore :

Quelques bommes ont paru faire consister leur patriotisme à faire verser des larmes ; j'aurais voulu qu'il ne fît que des heureux.

Enfin, il arrive à prononcer cette grande parole :

... On a cherché à consommer la Révolution par la Terreur, j'aurais voulu la consommer par I'amour.

Certes, c'est là un mot nouveau, étrange dans la Convention, dans cette arène où étaient déchaînées les passions les plus féroces, les plus farouches ressentiments, quel courage ne fallait-il pas pour professer ce culte en face des apôtres fanatiques du sang (1), tels que Marat et Robespierre, ou des sceptiques railleurs : Camille Desmoulins et Hérault de Séchelles. Quelle hauteur de talent, pour l'imposera la multitude déchaînée des aboyeurs, lesLecointre, les Guffroy, les Bourdon, et aux murmures des tribunes. L'orateur ne pouvait y parvenir qu'en élevant et en soutenant la discussion à un tel point qu'il fit respecter la grandeur de ses idées parla magnificence de ses paroles. Aussi est-ce dans ces discours qu'il a prodigué la richesse des images et les comparaisons célèbres que l'on trouve partout citées.

Vergniaud professe donc le dogme de l'amour en politique.

Il le pratique dans sa vie privée.

Il a des amis : « Ma consolation et leur crime, c'est de

(1) Beffroy de Reigny nous apprend qu'on vendait alors un journal intitulé : l'Ami du Sang. Quoique ce titre cachât une contre-vérité, il est significatif.

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m' aimer. » Voilà ce qu'il devait dire, ses notes en font foi, devant le Tribunal Révolutionnaire, lieu où cette déclaration n'eut pas fait moins de contraste qu'à la Convention.

Bien plus, il aime ses ennemis, ceux qui le persécutent et veulent le faire périr.

Le 8 avril 1793 la Section Bon-Conseil présente à la Convention une pétition contre les Vergniaud , les

Guadet, etc a II est temps, dit-elle, de dépouiller de

l'inviolabilité ces liberticides et d'appeller sur ces inviolables le glaive de la loi. »

Le 20 avril les quarante-huit Sections de Paris reprennent la pétition de la Section Bon-Conseil et demandent la proscription de la Gironde.

Vergniaud n'est pas insensible à l'attaque. Il en comprend la portée meurtrière ; il sait et il dit : « Que si tout homme doit sa vie à sa patrie, aucun ne la doit à ses assassins. »

Cependant le 31 Mai, prélude du 2 Juin, il s'écrie : « Je suis loin d'accuser la majorité ni la minorité des habitans de Paris. Ce jour suffira pour faire voir combien Paris aime la liberté. Il suffit de parcourir les rues, de voir l'ordre qui y règne, les nombreuses patrouilles qui y circulent pour décréter que Paris a bien mérité de la Patrie. » Et le décret est rendu en ces termes !

Enfin, quand la proscription est accomplie, qu'elle a été prononcée sous le coup de l'insurrection parisienne, que l'échafaud approche, Vergniaud écrit encore : « Personne plus que moi n idolâtre la gloire de Paris. »

Tout différent est Buzot, qui n'a pas assez d'imprécations contre la « tourbe populaire qui croit d'autant plus qu'elle comprend moins (Mémoires, p. 43, édit. Guadet), contre cette tourbe de misérables sans intelligence, sans

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