DU SIEUR GAMOT
C'est unebelle égideàopposeraux traits dolacaloinnie, que quarante années de vertus. Avec quelle complaisance on doit écouter le malheureux chargé de fers, qui peut dire à son accusateur : C'est par votre propre témoignage que je veux faire connaître cette portion de ma vie qui s'est écoulée jusqu'au moment où vous avez juré ma perte. Si quelquefois j'ai trahi les devoirs du citoyen, accusez-moi ; si j'ai prévariqué dans les fonctions de mon ministère, accusez-moi ; si, dans mes discours ou mes actions, vous avez entrevu que les attraits du vice étaient plus puissants sur mon cœur que les charmes de la vertu, accusez-moi.
Oue de présomptions s'élèvent en faveur de cet accusé ! Si son accusateur reste confondu par ces questions, et si les témoins qu'il a produits, même ceux qui lui sont les plus dévoués, sont forcés de répondre : Oui, toujours en vous nous avons reconnu l'honnête homme, le bon prêtre, l'excellent pasteur, — ils seraient bien difficiles ceux qui pourraient en désirer un meilleur que vous... Eh bien, nous venons de faire connaître les diverses interpellations que le sieur Gamot a faites aux témoins du comte de Uourzolles, et de rendre compte de la réponse de ces témoins. Ce n'est pas nous, nous aurions peut-être paru suspects par le zèle que doit nous inspirer notre client : ce sont eux qui vantent ainsi la conduite et le caractère du sieur Gamot. A leur voix nous pourrions ajouter cette réclamation universelle et de la paroisse de Saint-Germain et de tout le diocèse de Sarlat, qui conjurent la Cour de leur rendre un ecclé-
i.N MÉMOIRES JUDICIAIRES DE VERGNÏAUD.
siasiique que son zèle el ses vertus rendent nécessaire aux brebis dont il est Le pasteur et l'exemple. Nous pourrions dire que L'homme honoré de l'estime générale, qui a mérité môme celle de ses ennemis, n'est pas devenu tout h coup un barbare assassin, un blasphémateur audacieux, un lâche suborneur1. Mais ce ne seraient là que des considérations, et il faut justifier le sieur Ganiol. Ils ne sont plus, les temps où il aurait pu s'écrier avec Scipion : Marchons au capitole ! Nous allons donc sonder les profondeurs de cet abîme d'iniquité et rendre à l'innocence tout son éclat
C'est peu de m' avoir accusé d'assassinat, lorsque vous étiez bien convaincu que personne ne voulait vous assassiner : vous avez appelé sur ma tête toutes les foudres de la justice, en me dénonçant comme un homme qui profanait la Religion et outrageait par ses blasphèmes la Divinité au service de laquelle il a consacré sa vie. Cette accusation, vous l'aviez concertée d'avance avec vos témoins, et cependant vous n'avez produit aucune preuve.
Vous avez imploré le ministère d'un Juge que vous saviez être prêt à écouter la voix du sang, plutôt que celle de la justice.
Vous m'avez persécuté en faisant appel de l'ordonnance qui me permettait de prouver que ce Juge était votre parent; vous m'avez persécuté en formant opposition 2 à la sentence qui déclarait ce Juge valablement récusé ; vous m'avez persécuté en faisant appel du jugement qui ordonnait que je serais transféré dans les
1 II y a là un souvenir évident de ces vers célèbres de Racine :
Un seul jour ne fait pas d'un mortel vertueux,
Un perfide assassin, un lâche incestueux. (Phèdre.)
2 Nota que cette opposition n'a jamais été signifiée au sieur Gamot. (Annotation du Mémoire original.)