PIÈCES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE
Entre al's Astronomes.
Messieurs les Amants d'Uranie, Le Ciel brille, l'air est serein :
Par deux astres nouveaux, la nuit est embellie; Dépêchez-vous, lorgnette en main, Pénétrons sous ce vert feuillage, Aux vieux observateurs laissons le firmament. Vous savez bien qu'Amour place le plus souvent Sur du gazon, dans le bois d'un bocage, L'observatoire d'un amant.
Tournez à gauche et marchez un peu vite Vers cet orme touffu que le zéphyr agite;
Le plus tendre pressentiment
M'entraîne et me précipite.
Suivez mes pas; surtout, si votre cœur palpite, Ne dites mot, le mien en fait autant.
Là, regardez à travers l'ombre
Scintiller ces deux yeux fripons Et sur ces cols si blancs flotter ces cheveux blonds;
C'est en vain que la nuit est sombre.
Quand on est éclairé du flambeau de l'Amour,
On voit la nuit comme le jour.
Entendez-vous ces voix touchantes?
La lyre d'Amphion n'eut pas tant de douceur; Tous les sons échappés de ces bouches charmantes
Vont retentir au fond du cœur.