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DES AMIS DE LA CONSTITUTION

faite dans le sein de la Société du Musée était essentiellement confidentielle. Il n'était pas permis à Vergniaud plus qu'à tout autre de divulguer publiquement un secret qui ne lui appartenait pas. Il ne pouvait donc que s'abstenir, et c'est ce qu'il a fait. C'était à la Société des Amis de la Constitution à imiter l'exemple de celle du Musée, à nommer une commission chargée d'examiner les antécédents de Lacombe. Cette commission aurait pu prendre des renseignements auprès de celle du Musée, et alors Vergniaud aurait été mis en demeure de persévérer dans ses reproches contre Lacombe ou de les rétracter. C'est dans ces conditions seulement qu'on aurait pu l'accuser de versatilité ou de partialité.

Le 28 mars 1791, les électeurs du Ve arrondissement de Bordeaux sont réunis pour procéder au remplacement de Gensonné qui, Procureur de la Commune, avait été nommé membre du Tribunal de Cassation.

Les citoyens actifs étaient au nombre de 48.

Vergniaud obtint au premier tour de scrutin le plus grand nombre de voix (14), mais il n'avait pas la majorité absolue; aux tours de scrutin suivants, ce fut Grangeneuve qui l'emporta.

DKITTK A L'ASSKMIJLÉK LÉGISLATIVE

Les pièces relatives aux élections des députés à l'Assemblée législative ne se trouvent pas aux Archives nationales, reliées en volumes comme celles qui ont précédé la réunion de l'Assemblée constituante. Ces dernières forment une collection complète sous le titre de Convocation des Etats-Généraux. 11 n'en est pas de même des procès-verbaux électoraux de la seconde Assemblée. Il faut les chercher dans les cartons qui renferment les papiers concernant les premières séances de l'Assemblée législative, celles où eut lieu la vérification des pouvoirs. C'est là qu'est classé le procès-verbal de l'Assemblée électorale de la Gironde. Nous en avons extrait ce qui se rapporte à la nomination de Vergniaud :

Aujourd'hui 31 août 1791, l'Assemblée convoquée pour la nomination du quatrième député de la Gironde s'est réunie et s'est trouvée composée de 478 votants. Au premier tour de scrutin, il y a eu ballottage. Au second tour, il s'est trouvé 518 votants, sur lesquels M. Vergniaud, administrateur du département de la Gironde, a obtenu une majorité de 259 suffrages avant la fin du dépouillement qui n'a pas

VERGNIAID A L'ASSEMBLEE LÉGISLATIVE. 95

été terminé... La proclamation en a été faite à l'instant, et des applaudissements universels y ont répondu.

M. Vergoiaud les a suspendus un instant pour remercier l'Assemblée de la confiance qu'elle venait de lui prouver et pour renouveler le serment de consacrer toutes les facultés de son âme à la défense de la liberté ou de succomber sous ses efforts pour cette sublime cause.

Les applaudissements ont recommencé plus vifs, plus unanimes après les remerciements de M. Vergniaud.

Les trois premiers députés nommés pour Bordeaux avaient été Barennes, maire, Ducos et Servière, membre du Tribunal de District de Bazas.

Guadet fut élu le sixième \ Grangeneuve, le onzième, Gensonné (alors membre du Tribunal du Cassation, le douzième et dernier2).

Les autres membres de la députation de la Gironde, étaient : Lafon-Ladebat fils (cinquième), Journet-Aubert (septième), Sers (huitième), Lacombe (neuvième), Jay de Sainte-Foy (dixième). C. I, i.

1 Après avoir dit que de longs applaudissements accueillirent la proclamation de cette élection, le procès-verbal ajoute : « M. Guadet les a encore accrus et justiffiés par l'hommage du respect et delà reconnaissance qu'il a offert à 1 Assemblée, en prenant devant elle l'engagement de justifficr sa confiance par son zèle et son patriotisme. »

2 Nous trouvons, à la fin des opérations électorales, un Irait de mœurs que nous ne pouvons nous empêcher de citer, parce qu'il peint bien l'époque où la philosophie du xviue siècle règne en apparence à la superficie, et où cependant au fond les croyances religieuses ont conservé leur puissance séculaire, leurs habitudes naïves :

Un électeur a rappelé l'engagement religieux pris par l'Assemblée d'entendre un Te Ùcum et un discours chrétien à la fin de ses operations, diverses propositions ont été faites sur le lieu le plus convenable. M. le président propose de faire chanter à l'heure même le Te Deum dans l'église de Saint-André. Ce parti a été adopté avec empressement et des commissaires ont été nommés à l'instant pour aller prendre les mesures nécessaires à son exécution.

MM. Les électeurs se sont mis en marche fera l'église métropolitaine pour y rendre des actions de grâces à l'Être suprême.

98 VIK6NIAUD \ l'assemblée législative.

Vergniatfd esl admis à l'Assemblée le 2 octobre 1791 (procès-verbaux imprimés, p* 8 .

Il prête serment le î octobre ibid., p. 28).

7 ( Ictobre. — Il est nommé membre d'une députation chargée d'aller au devant du Uni (p. 48).

11 l'ail partie du 22* bureau de l'Assemblée présidé par Fauchet, et il en esl le secrétaire; c'est ce qui résulte d'un procès-verbal de scrutin pour l'élection du président, pièce qui est écrite de sa main et revêtue de sa signature (Arch. nat., Cl, 472-473) '.

9 Octobre 1791 . — L'un des commissaires provisoires aux Archives (le quatrième (p. 74), et Archives nationales, C. I, 93.)

10 Octobre. — Visite de la commission aux Archives. Le procès-verbal est signé de Yergniaud, Claude Fauchet, Ruhl, Dehaussy, etc. V. son rapport imprimé.

17 Octobre. — Scrutin pour la Présidence.

Sur 545 votants, M. du Castel obtient 302 voix. Vergniaut, 102 voix.

Voix perdues, 141.

M. du Castel ayant obtenu la majorité qui était de 273, est proclamé Président de l'Assemblée.

1 NOMBRE DES VOTANTS DU 22e BUREAU-ONZE :

Résultat du scrutin.

MM. Sauveur 1

Bithe 1

Héraut de Sechelle .... 1

Liuia 1

L'Evêque de Bourges ... 1

Broussonnet 1

.Xavier 1

Antonelle 2

Martin le Juste 1

Fauchet . . . , 4

Brissot 4

Breard 1

MM. Larhèze i

Chabot 3

Fouquet i

Crux-Pardaillan 2

Romme 1

Thuriot 1

Couthon i

Averroux 1

Aussi (sic), Robecourt . . 1

Ducos i

Gossuin i

Certifié véritable, par nous Président et Secrétaire :

Claude Fauchet, Président. — Vergniaux, Secrétaire.

vkhcxi vin a l assemblée législative. 97

Pour la Vice-Présidence (1er scrutin) :

Votants, 501. —Majorité, 232.

M. Verniot (sic), 143.

M. Garran, 69.

M. Vaublanc, 48.

Il n'y a pas d'élection.

Signé : De Villiers, secrétaire scrutateur.

2e scrutin.

Sur 491. — Majorité, 246.

M. Verniot, 210 voix.

M. Vaublanc, 83 voix.

Il n'y a pas d'élection. De Villiers.

3e scrutin.

M. Vergniaut, 271 voix.

M. Vaublanc, 169 voix.

M. Vergniaud est élu Vice-Président de l'Assemblée1. Archives nat., C. I, carton S, pièce 106. Notes et minutes pour la rédaction du procès-verbal de l'Assemblée législative.

22 Octobre, séance du matin. — On s'est retiré dans les bureaux pour procéder à la formation du Comité Colonial. Vergniaux est élu par la presque unanimité des voix. Il obtient 418 su tirage s ; celui qui vient après lui n'en réunit que 324 et le dernier 74 (C. I, 474). — (Procès-verbal imprimé, p. 237).

1 Lettre à son beau-frère du 18 octobre 1791 : « Je viens de recevoir un témoignage de la bienveillance de l'Assemblée. J'ai été nommé Vice-Président. Je serois plus flatté de mon élévation, si j'avois fait quelque chose pour la mériter, mais je sais que je ne la dois qu'à une espèce de basard qui dirige les élections tant qu'on ne se connoit pas. »

!)8 VERGOTAUP A L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE.

<Yi accord pour porter Vergniaudau Comité Colonial, ferait penser (pi'il avail en ces matières une compétence notoire, duc à la liante position qu'il occupait au barreau d'une ville connue par sus nombreux rapports avec les colonies.

Nota. — Le 1er article du Règlement portait qu'un membre de l'Assemblée ne pourrait être membre de deux comités à la fois.

D'après l'article 17, le Comité colonial devait se composer de douze membres et être élu pour six mois.

30 Octobre. — Le résultat du scrutin pour la nomination d'un Président a été en faveur de M. Yergniaud, du département de la Gironde. M. duCastel l'a proclamé et lui a cédé le fauteuil.

Pendant ce premier mois, consacré naturellement aux travaux préparatoires d'une Assemblée qui s'installe, Vergniaud avait pris la parole six fois, fait partie de deux commissions (nous ne disons pas comités) et rempli d'une manière active les fonctions de vice-président (V. une allocution adressée par lui en réponse à une députation, séance du 19 octobre) ; il avait en outre prononcé son grand discours sur les Emigrations (V. les n08 299 et 300 du Moniteur de 1791), et présenté un projet de décret en onze articles ; discours et projet dont l'Assemblée vota l'impression i.

i II dit lui-même le 18 septembre 1791 : « Nous n'avons encore rien fait, mais je pense qu'avant la fin de la semaine, l'Assemblée aura pris l'aplomb convenable et qu'elle se montrera digne des fonctions qui lui sont confiées (p. 107). »

Et le 28 novembre, il écrit en effet : u Pendant ma présidence, je n'avois pas un instant à moi. L'Assemblée prend de l'aplomb; il y a des talents, mais il y a trop de bavards (p. 106). »

Cela n'a pas empêché qu'un Je ses biographes ne l'accusât de nonchalance et de torpeur pour avoir gardé le silence pendant ce mois. Les membres de l'Assemblée en jugèrent autrement, puisqu'ils le nommèrent Président.

Aux termes du Règlement, article 2 (Moniteur du 12 octobre 1791), la présidence ne durait que quinze jours. Cependant il parait que les fonctions en étaient très fatigantes, car Vergniaud, malgré sa vigueur, ne put aller jusqu'au bout. C'est ce qui résulte d'une lettre inédite fort curieuse, que nous devons à l'obligeance de M. Farixe, Conseiller à la Cour de Bordeaux. Nous réitérons ici les remerciements que nous lui devons poulie concours éclairé et bienveillant qu'il a apporté à toutes ces recherches.

Cette lettre était probablement adressée aux administrateurs municipaux. Elle est conservée dans les archives de l'Hôtel-de-Ville de Bordeaux.

Messieurs,

M. Guilhet, à qui vous aviez accordé votre confiance pour les affaires que vous aviez à Paris, vient de mourir. On m'a prié de réclamer votre clientelle en faveur de M. Gochin. On m'a vanté son civisme et personne ne doute de ses talents (sic). Je dois à la vérité de vous dire que je ne le connois pas personnellement; c'est l'amitié qui me l'a recommandé, et s'il y avait quelque indiscrétion dans ma démarche, j'espère que vous me la pardonneriez au sentiment qui me fait agir.

J'ai l'honneur d'être, avec respect, Messieurs, votre très humble et obéissant serviteur,

Vergniaud.

l'aris, ce 14 novembre 1791.

P. S. — 11 m'a été impossible de fournir en entier ma

100 \iiti.MUH \ l'assemblé] législative.

carrière de Président. Mes forces n'uni pu me conduire que jusqu'à jeudi dernier inclusivement. Je présidois (aie) un instant samedi; j'en ai fait autanl ce matiu pour proclamer

mon successeur, c'est M. Vaublanc.

6 Février 1792. — Vergniàud esl élu membre de la Commission centrale (Procès-verbal imprimé, p. 71).

2 Mars 1702. — Il est nommé suppléant à la Commission du Comité diplomatique (Archives nationales, C. I, 178).

7 Avril 1792. — Sorti par le sort de la Commission des Douze (Procès-verbal imprimé, p. 118).

Vergniàud ne prit jamais la parole dans la Société des Jacobins, du moins si l'on en juge par le journal qui rendait compte des séances de cette Société. Cependant il fut nommé Président et en remplit les fonctions du 2 au 17 avril 1792. C'est en cette qualité qu'il eut occasion de prononcer quelques paroles lors de la fête des Suisses de Château-Vieux.

(V. Journal des Débats et de la Correspondance des Amis de la Constitution séante aux Jacobins, à Paris, 11 avril 1792, n° 175).

Le 9 avril, une députation de la Société de Versailles1, qui précède les soldats de Château-Vieux, est introduite au milieu des plus vives acclamations. Elle

1 Les soldats de Château-Vieux avaient été envoyés au bagne de Brest. Lorsqu'ils furent mis en liberté par suite de l'amnistie qui accompagna la proclamation de la Constitution de 1791, ils reçurent sur leur passage, à travers la Bretagne et la Normandie, des ovations patriotiques, préludes de la grande fête qui devait être célébrée à Paris. Versailles, la dernière ville de leur itinéraire, se

annonce leur arrivée prochaine. Goujon, président de cette Société, monte à la tribune et prtnonce un discours.

M. le Président (Vergniaux) (sic). — Frères et Amis, nous l'avons pensé comme vous, c'est un grand jour pour l'humanité et la liberté; aussi tous les amis de la liberté se sontils empressés de se porter dans cette enceinte pour le fêter; votre cœur vous y conduit, le nôtre vous y accueille.

Bientôt les soldats Suisses entrent dans l'Assemblée, conduits par deux députés extraordinaires de la ville de Brest, les citoyens Rabit et Vignon.

M. Babil. — Citoyens, nous venons remplir nos vœux et les vôtres; nous vous présentons, de la part de la ville de Brest, les généreux soldats de Château-Vieux, etc.

M. le Président (Vergniaux). — Citoyens, vous dites que vous avez souffert ; recevez l'hommage de notre reconnaissance. Recevez des Amis de la liberté toutes leurs acclamations, comme le symbole de l'amour que nous vous jurons aujourd'hui. Nous possédons Château-Vieux dans notre sein. Partagez notre allégresso et ajoutez par votre présence à la pompe de la fête.

Ici Collot d'IIerbois monte à la tribune et signale la conduite honorable du citoyen Vignon, second député de Brest, qui a prodigué des secours aux soldats prisonniers pendant leur captivité :

Sans vous, lui dit-il, la plus grande partie d'entre eux n'existeroient plus. Grâces soient donc rendues à ce citoyen. — Oui, oui, oui. (Grands applaudissements.)

distingua par une réception enthousiaste où l'on vit figurer Tallien, Goujon, Tissot, M1Ie Terwagne de Marcourt (dite Théroigne de Méricourt) et l'inévitable patriote Palloy, avec sa pierre de la Bastille, sur laquelle on brisa les fers portés au bagne par les quarante soldats suisses.

1(12 VKRGMAID A L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE.

M. Vii/non. — Nous naissons avec des devoirs sacrés à remplir... Soulager l'humanité souffrante est le premier; si j'ai pu y contribuer, je suis forl heureux.

.)/. le Président (Vergniaud). — Frère et ami, je ne vous répondrai pas, car il faudrait peindre le sentiment dont nous pénètre votre vertu. Ce sentiment seroit trop faible, s'il était possible de l'exprimer.

On demande que M. le Président embrasse au nom de la Société MM. Habit et Vignon. Ces trois citoyens se donnent l'accolade civique au milieu des acclamations de tous les spectateurs.

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