‹ Recherches historiques sur les Girondins, VergniaudChapitre 58 sur 135 · PAPIERS · texte numérisé non relu

PAPIERS

TROUVÉS CHEZ VERGNIAUD, DUCOS ET FONFRÈDE (Inutiles)

LETTRES D'AMOUR ET AUTRES PIÈCES INDIFFÉRENTES (Arch. nat., F. 1, carton 4G44, pièces G97 etsuiv.)

Vergniaud, Ducos et son beau-frère Boyer-Fonfrède, demeuraient ensemble, rue de Clichy, n° 337.

Les deux premiers n'étaient pas compris dans la liste de proscription dressée le 2 juin par Marat et consorts. «Mais, dit Bailleul {Almanach des Bizarreries humaines, p. 133), ils étaient singulièrement attachés à Vergniaud ; tous deux étaient ses élèves, ils le regardaient comme leur père. Sa proscription les décida à sacrifier leur vie pour lui *, ils le défendirent courageusement tant qu'ils furent libres, s'opposant, comme on l'a vu à la proposition de le faire transférer dans une maison nationale (V. séance du 24 juin, n° 178 du Moniteur). On a vu aussi que les Girondins, d'abord détenus dans leur do-

i Ducos, dit-il encore, loco citato, était un des hommes de France qui avait le plus d'esprit comptant. Chamfort l'aimait beaucoup... à cause de son dévouement pour la Révolution, de sa jeunesse, de sa candeur et de ses saillies, et il y avait des femmes qui l'aimaient encore davantage. (Des correspondances de femmes se trouvent en effet aux Archives avec celle qui concerne Vergniaud.)

D'après Y Almanach national de 1792, p. 135 et 1 59, Vergniaud et

208 PAPIERS TROUVÉS CHEZ VKllUNIAUD.

micile, sous la surveillance d'un gendarme, pouvaient recevoir chez eux leurs amis et même sortir avec leur garde. C'esl à cette première période de leur détention « j ut* se rapportent les lettres adressées à Vergniaud, rue de Clichy, par une femme dont le nom ne nous est pas connu. On voit clairement que Vergniaud faisait la cour à cette dame, il manifestait certains sentiments de jalousie; elle répondait par l'expression de l'intérêt le plus vif, de l'amitié la plus tendre. Elle ne va pas au-delà, du moins par lettres ; au reste, à en juger par un billet de sa sœur, elle ne faisait pas mystère de son affection pour le proscrit.

Quand on parle des amours de Vergniaud, on songe immédiatement à Julie Candeille. Il y a sur leurs relations un roman tout fait. La belle artiste, séduite par la célébrité du Girondin, aurait dédaigné tous les hommages dont elle était entourée pour monter à lui. Et lui, le grand orateur, aurait oublié la politique pour devenir le collaborateur des pièces de théâtre composées par son amie. C'est à sa participation que serait dû l'immense succès de la Belle fermière, la seule production de Julie Candeille qui ait eu cette bonne fortune. Tout ceci est arrangé, raconté comme si leur liaison avait été publique, leur association littéraire, certaine; aussi les historiens ne se donnent-ils pas la peine de citer leur autorité, tant le fait est notoire. (V. Lamartine, Histoire des Girondins, vol. III, liv. 18, p. 32. Michelet, Histoire de la Révolution, tome V, p. 44. Vergniaud et

Ducos, alors députés à l'Assemblée législative, logeaient tous deux hôtel d'Aligre, rue d'Orléans. Pendant les premiers temps de la Convention, ils ont encore un logement commun, place Vendôme, n° 5. (V. ïAlmanach national de 1793, p. So et 73.) Plus tard, ils se réunissent à Boyer-Fonfrède, rue de Clichy.

PAPIERS TROUVÉS CHEZ VERGNIAUp. 209

Mademoiselle Candeille, déc. 92. La Belle Fermière, Louis Blanc, livre VIII, c. vi, p. 298 ».

Nous comprenons parfaitement que cette histoire ait circule, comme tant d'autres; mais ce que nous n'admettons pas, c'est que des écrivains sérieux passent sous silence la réfutation péremptoire qui l'a fait tomber depuis longtemps. En 1817, la Biographie de Michaud ayant reproduit le bruit en question, tout en déclarant ne pas y croire, Julie Candeille, alors Mme Simons, prit la plume et répondit dans une brochure de quelques pages :

« J'aurais peine à me rappeler les traits de M. Vergniaud : je ne lui ai jamais parlé 2. »

i Réponse de Mmc Simons Candeille, à un article de la Biographie. 17 juin 1817; — Gratiotj in-i°, p. 4. Elle ajoute :

« Pourquoi donc raconter ce qui n'est pas probable et omettre ce dont un est sûr? »

Elle termine ainsi sa brochure :

« Je n'ai plus rien à dire pour ma défense. Paisse cette simple et dernière démarche épargner îles chagrins à quelque autre femme paisible, avertie par mon affliction! et puisse l'intérêt mieux entendu des éditeurs de la Biographie, les décider à purger cet ouvrage d'un article offensant, dangereux, puisqu'il contient une calomnie et inexact jusque dans le catalogue de mes ouvrages publiés. »

Julie Simons Candeille.

- M. Louis Blanc cite les Mémoires de Louise Fusil, vol. I, c. xx. Elle raconte bien en effet qu'à la soirée où Marat vint trouver Dumouriez chez Talnia, Vergniaud était un des assistants et que Mllc Candeille était au piano, mais elle ne fait aucun rapprochement entre eux; elle ne dit pas surtout : «Roland, y allait quelquefois (rue Cbantereine) et Vergniaud toujours..., quand MUc Candeille y était »

La véritable source sur ce point est ÏHistoire du Théâtre français, par Etienne et Martainville, vol. III, p. 37, note 2 :

On alla, disent-ils, jusqu'à attribuer cel ouvrage au célèbre et malheureux Vergniaud.

M. lis ils ajoutent immédiatement :

<« Il suffit de connaître la manière d'écrire de cet homme illustre pour rejeter une pareille assertion.»

C'est une autorité à l'appui de la déclaration de Julie Candeille.

810 PAPIEBS rROUViS CHEZ VKRGXIAUD.

Cette déclaration n'a point été démentie, quoiqu'elle I » 1*1 1 l'être facilement, à une époque où vingt-cinq ans seulement s'étaienl écoulés depuis les faits, où la contradiction étail possible el Be sérail nécessairement établie, si les rapports entre Julie Candeille cl Vcrgniaud avaienl eu le scandale de la publicité.

Aussi M, Michaud rétracta son article*

Ajoutons que les lettres que nous publions ne sont nullement du Fécriture de Julie Candeille. .Nous en avons fait la vérification à l'aide de pièces que nous avail fournies feu M. Charavay, de regrettable mémoire, si versé, comme on le sait, dans l' autographie révolutionnaire.

Rien d'ailleurs dans la Belle Fermière n'indique la participation d'un homme politique de la couleur de Vergniaud. C'est une paysannerie sentimentale, inspirée par Marmontel et fort analogue au théâtre de Mmcdo Genlis '.

Sans être d'un style remarquable, que ne comportaient pas d'ailleurs de simples billets, ces lettres attestent, chez la femme qui les a écrites, une nature distinguée et affectueuse, capable d'apprécier noblement celui qui lui demandait son amour, témoin ces lignes : «J'admire votre courage et je trouve qu'un homme qui, comme vous, n'a qu'à se glorifier de sa conduite et de ses opinions, doit tout braver et ne rien craindre. »

> Le premier titre était : La Fnrniere de Qualité. 11 fallut le changer pour calmer les susceptibilités du parterre. Vcrgaiaud n'aurait jamais choisi ni toléré un titre pareil en 1792.

Page 1